Il n'arrive jamais seul.... Oh non, il n'arrive jamais seul. L'Autre lui est lié par un fil invisible et insécable. Qu'est ce qu'ils apportent ? Des cadeaux pour certains, dans le meilleur des cas... Mais l'autre... L'Autre apporte les cris, les larmes, la peur et la mort.
Noël, cette fête si belle et joyeuse. Une fête que tout le monde attend avec impatience. Tu l'as toujours aimée, comme tous les autres enfants d'ailleurs, n'est ce pas ? Pour cette raison, tu n'as donc jamais fait de bêtises. Et pourtant, tu as déjà été tentée. Rien ni personne ne t'empêchera de voir Saint Nicolas. Il viendra t'apporter tes jouets, comme tous les ans. Tu l'as mérité après tout, non ? Pourtant, inconsciemment, tu penses à quelqu'un d'autre bien plus proche de vous… À moins que tu ne te trompes, ce que tu n'espères pas. Pourtant...
– “VILAINE, VILAINE PETITE FILLE…”
Habitée par une rage intense, j'entends le dernier souffle de vie s'échapper d'entre les lèvres de ma mère. Je l'ai fait, j'ai réussi. Du sang macule mes mains, mon visage et mon pyjama.
J'ai réussi, me dis- je.
Les cris ont retenti, plus fort que les précédents, je vais y arriver… un dernier coup de téléphone. La police. Ils ont été rapides.
J'ai réussi, leur dis-je.
Ils m’emmènent là où je n'aurais jamais cru: l’hôpital psychiatrique. Trop jeune, inapte à être jugée, affirment-ils. Vais-je le voir cette année ? J'ai toujours été gentille, mais la gentillesse n'est pas pour… moi. Je veux le voir comme jamais. Existe-il ? Bien sûr ! J'ai toujours cru en lui, et il croit en moi, j'en suis persuadée. Ce soir sera la nuit de la vérité. Va-t-il m'apporter du charbon ? Non, il fait bien mieux. La mort. L'Autre apporte la mort. Je veux bien tenter. Je n'en ai jamais eu peur. À présent, de toute façon, je ne peux plus reculer. Il arrive : CETTE NUIT.
Enfermée ici, tu n'as plus d'autre échappatoire. Il va venir pour toi… et tous les autres. Vous avez été de vilains petits enfants et, pour cette raison… Vous allez disparaître. Cela sera votre dernier Noël sur cette Terre. Bientôt… Oui, très bientôt. Tu ne l’attends plus. Qui aurait cru que tu étais une enfant suicidaire? Non, tu ne l’es pas. Pour toi, tu étais juste téméraire, à la recherche d’adrénaline, quoi qu’il en coûte, même si cela devait signer ton arrêt de mort. Et puis tu es peut-être trop jeune ? Vraiment trop jeune pour te rendre compte de ce que tu as fait ? Que le meurtre de ta mère est définitif ? Sûrement, mais qu’importe, tu veux jouer avec l’Autre, lui faire perdre la tête. À présent, tu sais que tu es dans sa liste.
La nuit tombe doucement et je regarde le soleil se coucher lentement. Celui-ci sera le dernier. Je m’en fiche éperdument, la seule personne qui comptait encore pour moi était ma mère. Je l’ai abattue de sang froid… Oui je le sais, j’ai été une vilaine fille, mais… Pourquoi ne pas l’être pour lui ? Je l’avoue, je l’aime encore plus que ma mère. Comment est-ce possible ? Je n’en sais rien, il m’attire, indéniablement. Peut être est-ce mon jeune âge, l’insouciance, qui m’a poussée à commettre l’irréparable pour une simple légende ? Mais, cette légende est réelle. Je le sais, je le sens, du plus profond de mon être. Qu’adviendra-t-il de moi ? J’ai déjà sonné mon arrêt de mort et je sais que ce sera dans d’atroces souffrances, pourtant, je l’accepte. J’ai lu beaucoup de choses sur lui.
Et Noël restera ma fête préférée. Le Père Noël est quelqu’un de bien. Je me souviens de tous les cadeaux qu’il m’a offerts au cours de ma vie, des bonbons dans ma chaussette au-dessus de la cheminée. Oui, je l’ai déjà vu, j’ai triché. C’est pour cela que je ne doute pas de l’existence de son opposé. L’Autre existe forcément. Il faut bien quelque chose pour les enfants qui ont été vilains après tout.
– “N’EST-CE PAS ? VILAINE FILLE !”
Tu as peur, ça y est. Le soleil se couche et avec ça… ta mort se profile à sa place. Pourquoi avoir fait ça ? Tu ne le sais pas. Il y a quelques secondes, tu étais certaine de pouvoir endurer la douleur, mais à présent… Tu as peur d’entendre ses clochettes annonciatrices, les bruits de ses sabots. Tu les imagines même déjà ! Dans les rares livres où tu as pu observer cette... Bête ? Des croquis dévoilant une chose cauchemardesque. Bientôt, tu en auras le cœur net, tu sauras que tu n’aurais jamais dû jouer avec le feu. L’angoisse est présente alors que tu vois les premiers flocons tomber depuis le ciel. Il arrive, c’est lui ! Tu trembles alors que ta main est posée sur la vitre de ta fenêtre qui commence à se refroidir.
D'ailleurs, tu la retires, cette main. Le froid... le froid mord ta paume malgré le fait que tu n’aies touché que le verre. Tu n’es pas dehors pourtant. Tu sens que cette soirée, cette nuit, sera la dernière. Son arrivée débute toujours par une chute de neige. Tu vas mourir. Tu en prends de plus en plus conscience et c’est atroce. C’est l’heure du repas et tu vas manger sans grand appétit. Il se finit bien vite et sans un mot, tu retournes dans ta chambre.
Cependant… Tu sens sa présence. Il rôde… Tu sors alors de ta chambre, tout au fond du couloir. Les autres jeunes jouent dans la salle de jeu avant la prise de leurs médicaments, d’autres sont en train de regarder la télé. Un soir calme en soi, mais tu sais, tu sais qu’il peut venir à tout moment. Tu regardes par la fenêtre. Dehors se trouve à présent un véritable blizzard. Il arrive, ça y est. Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’il prenne son repas lui aussi.
Un grand fracas se fait entendre. Je sais exactement ce que c’est. C’est l’Autre ! Je le vois de loin pénétrer dans la salle de jeu. Dois-je y aller ? Quelque chose me dit que non… Évidemment ! C’est mon instinct de survie ! Et lorsque je me mets à grelotter, je le vois tout comme les autres qui ne savent plus quoi faire face à lui. Ils ne savent pas quoi faire à part fuir, malheureusement, ils ne savent ni où, ni comment. Il est énorme ! Autant en largeur qu’en hauteur. De longues cornes démolissant le haut de la pièce et raclant le plafond pourtant bien haut. Une fourrure sombre et épaisse qui a l’air tout sauf duveteuse, plutôt rêche, comme du papier de verre. Une bonne partie du personnel étant en pause, il ne reste qu'une surveillante, qui se retrouve bien vite saisie par le Krampus, soulevée de terre et balancée hors de la pièce, à travers le mur. Elle crache du sang par la bouche et meurt sur le coup.
J’entends alors des hurlements. Un cri par dessus les autres précédé par une clochette qui tinte. Ding… Tout le monde court dans tous les sens en essayant de se cacher. Je vois une énorme chaîne s’élancer pour attraper la cheville d’un pauvre garçon, pas plus vieux que moi, qui se fait happer dans les airs. Je peux à présent voir la face du monstre. Je peux à présent voir le Krampus, de mes propres yeux. Des sabots énormes s’enfonçant dans le carrelage, des pas lourds. Il sait qu’on ne pourra pas s’échapper. L’endroit où nous sommes est trop haut. Il faut un badge pour prendre l’ascenseur et les escaliers. La surveillance ne semble pas être là pour aider de pauvres adolescents et enfants meurtriers ayant des problèmes mentaux… Le Krampus prend donc tout son temps.
– “FAIT COMME DES RATS.. AH… AH… AH!”
Ses yeux se dirigent dans ma direction. Rouges. Rouges comme les flammes des enfers. Il me regarde tout en attrapant en vol la tête d’un enfant qui courait devant lui pour s'enfuir. Son regard se détourne vers lui alors qu’il resserre ses énormes et immenses griffes autour de sa tête, la broyant. De son autre main, il attrape son corps et le décapite, l’enfant a poussé son dernier cri il y a bien deux ou trois secondes de cela. Krampus prend alors le temps de le dévorer lentement, très lentement avec des bruits de mastication faisant froid dans le dos.
– “ATTRAPÉ... DÉGUSTÉ... HÉ… HÉ… HÉ!”
Tu ne bouges pas. Lorsqu’il a posé son regard sur toi, tu t’es sentie fondre telle la cire d’une bougie. Son souffle est lourd, saccadé et… Tu sens que la peur attise son excitation alors qu’il se délecte du corps du petit garçon. Pitié... Pourquoi as-tu voulu ça ? Des larmes commencent à monter jusqu’à tes yeux. Mes larmes.
– “MINUIT PASSÉ, LES CADEAUX ONT ÉTÉ DONNÉES… HÉ… HÉ… HÉ!”
Tu te réveilles en sursaut, toute transpirante. Tout le monde est mort ? Toi non ? Ce n’était donc qu’un rêve ? Tu te lèves d’un bond. Tu es trempée de sueur et sors de ta chambre en furie. Ouvrant la porte, tu te heurtes à quelqu’un. Un membre du personnel. Tu te frottes les yeux, au bord des larmes. D’ailleurs, tu en as déjà la gorge nouée.
– Qu… Qu’est ce qu’il s’est passé ?
– ”JE LES AI DÉVORÉS… HÉ HÉ HÉ !”
L’infirmier te regarde bizarrement, plus surpris qu’autre chose. Tu continues.
– Ils étaient tous morts… Pou.. Pourquoi c’est plus le cas ?
– “DIGÉRÉ… HÉ… HÉ… HÉ !”
– Eve… De quoi parles-tu ? demande l’infirmier légèrement inquiet, personne n’est mort, regarde…
Il balaie la pièce de son bras, dévoilant tous les adolescents et enfants de l’hôpital. Tu écarquilles les yeux. Ce n’est pas possible. Le Krampus n’existe donc pas ? Pourtant, tu as déjà vu le Père Noël par le passé ? Ce n’est pas possible que l’un existe sans l’autre ! Tu te mords la lèvre inférieure à sang, tu trembles et attrape Franck, l’infirmier, par sa blouse de travail.
– Franck ! Je t’assure ! Il était là ! Il les a tous mangés ! Tiens, elle !
Tu montres une adolescente qui se nomme Béatrice.
– Béa ! Il l’a éventrée avec ses griffes ! Elle… Elle essayait de remettre ses organes en elle, mais, mais… elle est morte avant.
– “RIEN NE PEUT M'ARRÊTER… HÉ… HÉ… HÉ… !”
Franck te regarde d’un air ahuri les sourcils froncés alors que tu t'effondres à genoux sur le sol. Tu te sens vite relevée par les épaules.
– Écoute, Eve, tu as rêvé, ce n’était qu’un cauchemar, d’accord ? C’est l’un des effets secondaires de ton antipsychotique.
– ”RIEN NE PEUT M”EMPÊCHER… HÉ… HÉ… HÉ… UNE FOIS QUE J’AI VU LE MAL EN TOI, TU NE POURRAS PLUS JAMAIS ME LE CACHER. HÉ… HÉ… HÉ…”
D’un geste doux, il essuie quelques larmes qui coulent le long de tes joues.
Je n’ai pas rêvé, c'est impossible. Il était là… Il m’a traquée, il a traqué les autres. Pour nous tuer, tous, les uns après les autres. J’entends encore le son de ses sabots sur le sol. Le bruit de ses clochettes. Ding… Un autre pas... Ding. Puis ses chaînes… Clang… Clang. Elles se traînaient lentement… Chring… Chriiiing. Et son souffle. Hhrr… Encore, de long râles gutturaux avec des pointes d’excitation à chaque vie ôtée. Pourquoi ? Pourquoi ? Ce n’est pas possible ! Ce n’était pas un rêve, ce n’était pas un cauchemar ! Impossible !
Je m’en souviens pourtant, je me souviens de chaque dent de la Chose qui me déchiquetait le premier bras jusqu’au coude. Je me souviens des griffes qui se resserraient sur ma cage thoracique alors qu’il me dévorait avec un appétit certain, jamais rassasié même après toutes les proies qu’il avait dévorées avec une euphorie certaine. Torturant, éviscérant, écorchant chaque enfant du service pour leur méchanceté. Pour ne pas s’être bien conduit cette année.
Par chance ou… malchance ? Il m’avait laissée agoniser, mais à présent… STOP. J’étais vraiment réveillée alors ? Je reviens à la réalité en entendant Franck m’appeler.
– Eve ! EVE ! Réveille toi !
– “RÉVEILLE - TOI VILAINE FILLE ! ”
J’ouvre les yeux lentement, la lumière des néons de l’infirmerie m’éblouissent. Je me suis évanouie ? Il faut croire.
– J’ai… J’ai pas inventé… Franck ! J’ai pas inventé ! Le Krampus ! Le Krampus ! Il était là ! Il nous a tous punis ! On a été vilains !
– Mais de quoi parles-tu ? Écoute, Eve…
Le jeune homme soupire avant de reprendre la parole.
– Il te faudra un peu de temps pour t’habituer à tes médicaments. En attendant, tu restes à l’hôpital. Ne t’en fais pas tout va s’arranger lorsque tes médicaments feront effet.
Il me sourit.
– Reste allongée un peu ici. Quelqu’un va venir te voir aujourd’hui.
– ”JE TE VOIS. JE TE VOIS… AH... AH.”