Il était une fois

Chapitre 1 : Il était une fois

Chapitre final

1308 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 02/01/2026 18:20

Il était une fois dans un lointain royaume aux confins de l’univers, dans le mythique Vingt-Septième Royaume(1), vivait dans une petite cabane surmontée de pattes de poule, une vieille femme, la Baba Yaga(2). Cette femme que tout le monde craignait pour ses vastes connaissances en herboristerie et en magie. Elle possédait une immense bibliothèque — objet de désir de plusieurs hommes. Et parmi l’une de ses descendantes, il y avait Mélinda Gordon, une médium des États-Unis qui rendait souvent visite à Yaga pour apprendre de son art.

Ainsi, Kochtcheï l’Immortel(3), qui à ce moment ne l’était pas encore, était un tsar et un sorcier puissant de ce Royaume et lointain cousin de Baba Yaga. Un jour, il frappa à sa porte. Et Mélinda l’accueillit à l’intérieur.

— Illustre tsar, que nous prévaut votre visite ? s’inclina-t-elle poliment.

— La petite, que faites-vous par ici ? Vous n’êtes pas une native du coin !

« Elle a l’air d’une paysanne facile à dupée malgré ses connaissances et interactions avec les fantômes ! Je vais bien un peu m’amuser ! »

— Non, je suis de la famille ! Baba Yaga est ma cousine !

Une lueur de méfiance traversa les sombres yeux de la jeune femme qui se dandinait d’une jambe à l’autre.

— Enchanté ! Alors vous êtes aussi de ma famille ! Mais Yaga n’est pas à la maison présentement ! Avez-vous pris rendez-vous avec elle ?

— Oui, gente dame ! C’est une rencontre annuelle ! Elle viendra certainement !

« Étrange que Yaga ne m’ait rien dit ! » s’étonna en son for intérieur la médium. « Mais je ne peux refuser sa demande ! »

— Pouvez-vous me montrer une preuve et je vous laisserais entrer si le document semble authentique ?

Il lui montra une lettre signée qui attestait la visite planifiée pour aujourd’hui. Mais ce papier était magique, engendrant une passivité chez le lecteur. Mélinda approuva comme un automate et l’invita d’un geste.

Dès que Kochtcheï traversa le seuil, il lévita jusqu’au salon où un samovar doré et décoré d’arabesques et des tasses l’attendaient sagement. Mélinda l’invita à se rassasier, ce qu’il accepta. Le sorcier pensa :

« Qu’elle est naïve ! Pense-t-elle sérieusement que je viens pour une visite amicale ! Moi, j’ai un but, je ne perds pas mon temps en pacotille ! »

Il leva les mains au plafond et murmura une incantation en slavon, une antique formule qu’il avait trouvé jadis dans ses grimoires, pour plonger dans les bras de Morphée la petite brune en face de lui.

« Je n’ai aucun intérêt à la garder avec moi ! Elle n’est pas une princesse, ni une reine… Ni détentrice d’une connaissance particulièrement intéressante. Et je ne suis pas incestueux ! »

Le sorcier vola rapidement, fendant l’air à une vitesse incalculable, pour se rendre à la bibliothèque. L’immense salle, bien que gardée sous clé, ne constituait pas un obstacle pour lui. Il se glissa sous la porte en laissant son corps gésir, alors que son âme voletait dans la salle, cherchant le fameux grimoire tant convoité.

« C’est un ancien ouvrage qui existe depuis que le monde existe ! Un grimoire mythique et légendaire ! »

Soudain, un sourire s’étira sur son visage austère. Il tendit ses mains, invisibles, vers le manuscrit. Il murmura une incantation qui téléporte instantanément l’objet chez lui. Kochtcheï, ravi, regagna son corps, le réanimant immédiatement. Il revint à sa place et réveilla Mélinda. Celle-ci lui demanda :

— Comment ai-je dormi si longtemps ?

— Merci pour le thé et les nouvelles !

— Mais attendez, illustre tsar ! Je ne vous ai encore rien dit !

— Oui, en rêve ! Au revoir !

Et, avec un large sourire carnassier, le tsar folklorique disparut soudainement dans un faisceau de lumière blanche et noire. Mélinda pleura à grosse larmes et murmura :

— Pauvre de moi ! Mon aïeule sera très fâchée ! Mais qu’est venue faire le tsar ?

— Il est venu récupérer le grimoire de l’immortalité, lui répondirent à l’unisson un Domovoï(4) et Carl l’Observateur(5).

— Alors, pourquoi ne pas l’arrêter dans son geste ?

— Eh, justement, ceci outrepasse nos rôles, n’est-ce pas Dimitri ? demanda l’esprit Observateur en tournant un regard suppliant vers son ami. Nous ne faisons que notre travail, pas plus…

— Sinon, il faudrait le mentionner lors des prochaines ententes syndicales avec notre patron !

— Pouvez-vous au moins récupérer l’ouvrage chez le tsar ?

Les deux compères s’observèrent avec un petit sourire malin.

— J’ai trouvé ! s’exclama Dimitri. Toi, Mélinda, va rendre visite à notre tsar… Et mon ami Carl va influencer l’un des serviteurs pour récupérer le grimoire, non ? Mais la règle d’or est de ne rien dire à Yaga ! Sinon, elle va piquer une terrible colère !

Tous approuvèrent le plan d’action.

**

Le lendemain matin.

Dès que Baba Yaga quitta sa demeure pour partir cueillir des plantes médicales, Mélinda, suivi des deux compères invisibles, se rendirent au palais de Kochtcheï. La jeune femme parvint sans encombre jusqu’à sa destination. Et dans la salle du trône, Kochtcheï les attendait, assis et impassible.

— Bonjour, la famille et vous les amis ! Vous venez pour cet artefact précieux, non ?

Il claqua des doigts et fit apparaître devant eux le fameux ouvrage recherché. Mélinda demeura bouche bée et lança un regard interrogateur au Domovoï. Carl se rapprocha d’elle et lui murmura :

— En fait, j’ai oublié de t’informer que le tsar a un miroir de voyance — cadeau de sa fille Anastasia pour Noël dernier qui lui permet de connaître tout ce qui se passe en temps réel.

« Autrement dit, espionner ses sujets ! » songea la médium.

— Et merci pour le secret, ma chère Mélinda ! murmura le mage maléfique avec un large sourire. Je suis immortel maintenant et plus personne ne pourra l’être après moi ! Ha ! Ha !

Il calma son fou rire et congédia le trio avec l’objet de leur quête.

**

Mélinda remit le manuscrit à sa place, honteuse d’avoir si naïve, et demanda à Carl :

— Que faire maintenant ? Yaga n’est pas née de la dernière pluie… Elle doutera bien de quelque chose !

— Le seul conseil est de partir pour revenir chez toi et oublier cette adresse ! Elle demeurera une légende.

La médium approuva d’un signe de tête et plia ses bagages pour revenir chez elle.

Le soir, lorsque Baba Yaga revint dans sa demeure, elle doutait bien que quelque chose se soit passée. Elle demanda au Domovoï et à l’Observateur :

— Où est ma descendante ?

Les deux baissèrent les yeux et bredouillèrent à l’unisson :

— Elle est partie…

— Quoi ?

L’air s’électrifia et un tonnerre gronda au loin.

— Et vous ne m’avez rien dit ! Pour votre complicité, je vais vous punir ! Vous devrez être mes fidèles serviteurs et m’informer des moindre gestes de mon cousin, Kochtcheï pour que je puisse contrecarrer ses plans !

« C’est-à-dire l’emmerder ! » songea Dimitri et Carl à l’unisson.

— Très bien nous acceptons !




___

(1) Vingt-Septième Royaume — littéralement « Trideviatoe tsarstvo » ou « Royaume plus loin que trois fois neuf terres », désigne, dans le folklore russe des contes, un royaume lointain.

(2) Baba Yaga — une sorcière du folklore russe.

(3) Kochtcheï l'Immortel — un sorcier du folkore russe.

(4) Domovoï —Esprit protecteur du foyer et de la famille, un génie du foyer, dans le folklore et les croyances russes.

(5) Carl l'Observateur — Un Obervateur familier avec Mélinda, un esprit errant qui connait tout ce qui se passe entre les vivants.

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