Comment devenir une nounou?

Chapitre 1 : Comment devenir une nounou ?

Par B7B14

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Comment devenir une nounou ?




Un après-midi d'août, dans une maison d'une petite ville en banlieue de Grandview, en Amérique du Nord.

Confortablement assise sur le canapé beige du salon, Mélinda tint un verre de jus de pomme dans sa main droite, souriant aux rayons du soleil qui filtraient les rideaux. En vidant son verre, un goût amer resta dans sa gorge.

« Arh ! Je dois m'occuper de l'inventaire de ma boutique d'antiquités aujourd'hui ! » songea-t-elle en son for intérieur.


L'ampoule de la lampe la plus proche de la jeune femme éclata et un souffle froid l'enveloppa. Elle se leva et, scrutant autour d'elle, demanda :

— Qui est là ?

Son regard s'arrêta sur un être vivant à ses pieds. Un chat gris qui étirait langoureusement ses pattes la fixa de ses yeux jaunes ronds.

« Mais que fait un animal de compagnie chez moi ? » pensa-t-elle. « Comment est-il entré sans que je ne le remarque ? »

— Gente dame, dit le félin en se redressant sur ses pattes arrière. Je suis Kot Baïoun... Le chat le plus sympathique de tout l'univers ! Je suis à la recherche d'un emploi ! Vous voyez, les temps sont durs pour les poètes ! Les chants épiques se meurent par manque de héros. Et Baba Yaga s'est fâchée des mêmes chansons anciennes que je lui chante, provoquant un horrible orage ! Pour éviter son courroux, je lui ai juré sur tous mes ancêtres que je trouverai un emploi sur Terre...

« Un chat qui parle et qui chante ? Intriguant... Mais pas plus étranges que les fantômes que je côtoie au quotidien ! » songea-t-elle avec un sourire narquois. « Je n'ai rien compris des noms mentionnés, mais sans importance... S'il peut m'être utile, je ne vais pas refuser son aide, tout étrange que cela puisse paraître. »

— Pouvez-vous être gardien d'enfants ? suggéra-t-elle.

— Pourquoi pas ? Une nouveauté sur mon CV imaginaire. Je n'ai de l'expérience qu'en chant traditionnel, en guitare, en balalaïka et en lyre. Sans oublier en reproduction de mon espèce, énuméra-t-il. J'ai trouvé des femelles... Pour le soin des enfants, je pense que c'est semblable à des chatons, non ?... Sinon, j'ai ma Française bien-aimée, Ginette, avec qui j'ai un contact... Je peux la solliciter pour son expertise maternelle !

Mélinda observa le chat slave avec incrédulité.

« Je crois en son récit ou non ? Je le prends ou non comme nounou ? Oui ? Non ? Oui ? Non ? »


Elle se rendit dans la cuisine où un fantôme connu l'attendit, les bras croisés. Bien que l'ayant remarqué, elle déposa lentement son verre sur le comptoir. Le visage ridé par l'âge de son interlocuteur en complet beige brilla d'une lueur de joie. L'esprit errant lui murmura :

— Accepte sa suggestion, Mélinda, c'est un vieil ami à moi ! Un félin sympathique ! Et ainsi, je ne serais plus obligé d'être la bonne, j'ai du travail qui m'appelle ! Tu le sais qu'en tant qu'Observateur, la vie n'est pas facile. Ce n'est pas parce que je suis de ce côté-ci de l'existence que je me tourne les pouces, j'ai de lourdes et sérieuses responsabilités.

Elle approuva d'un signe de tête et revint au salon.

— Très bien chat parlant, j'accède à votre demande ! J'ai un fils de cinq ans, vous pourriez le surveiller le temps que mon mari et moi sommes au travail... Vous êtes un adulte responsable ! Et pour le salaire ?

Elle ajusta une mèche brune rebelle d'un geste de la main.

— Bien que domestiqué, mon instinct de chasseur est intact ! Pas besoin de salaire, j'ai plus d'instruments de musique qui sommeillent dans mon armoire que de griffes sur mes pattes !

— Très bien, alors à bientôt et je suis bien curieuse de savoir si cette réorientation de carrière vous convient !

Mélinda sortit de la maison avec tous les sacs nécessaires et barra la porte.


Kot Baïoun était seul avec un garçon aux cheveux noirs qui vint de sortir de sa chambre dès que sa mère ferma la porte d'entrée.

— Ainsi, comment tu t'appelles, petit ? lui demanda poliment le Chat Savant en se redressant sur ses pattes arrière et en faisant apparaître un vêtement de ménestrel des temps anciens serti de pierres précieuses et tissé de fil d'or sur son corps en un claquement des pattes.

Les yeux noisette du gamin s'agrandissaient encore plus.

— Un chat qui parle ! Wow ! Je suis Aiden ! Quel conte vas-tu me raconter ?

— Connais-tu le conte Va je ne sais où, rapporte je ne sais quoi ?

Il secoua énergiquement sa petite tête et s'assit à côté de l'animal, tout oreille.

Il était une fois un tsar célibataire qui avait, parmi ses serviteurs, un chasseur du nom... commença le Chat Savant.

— Tu chantes très mal ! s'exclama Aiden en plaçant ses mains sur ses oreilles. Tu n'as aucun talent !

Le chat cessa et tapota légèrement l'épaule du fils de Mélinda. Ce dernier retira ses mains pour les laisser de chaque côté de son corps.

— Petit ! Je comprends que tu ne veux pas entendre ce conte folklorique ! Très bien !

Un silence s'installa, bref et calme, avant que l'animal murmura :

— Ta maison est particulière... Je ne comprends pas... C'est le seul endroit où mes vêtements d'apparat, ceux que tu viens de voir, se manifestent ! Chez le voisin, rien de tel ! Je ne peux même pas parler, mais seulement miauler ! Que c'est humiliant ! Moi, chat à la voix humaine, craint et redouté dans tous les mondes ! Et sur toi, ma voix magique n'opère pas ! Tu es bien un singulier gamin !

Aiden haussa les épaules.

— Bah ! Je ne pense pas que je sois si spécial... Bien que maman me l'a dit.


Le garçon tourna la tête à sa droite et sourit à un homme aux cheveux blancs et en complet beige apparu de nulle part, le même que Mélinda avait aperçu un peu plus tôt.

— Carl, salut !

— C'est qui ? l'interrogea l'animal, avant de se retourner, scrutant le nouveau venu.

— Un ami invisible, comme l'appelle papa ! précisa l'enfant.

— Je suis un Observateur, le corrigea d'une voix grave le nouvel arrivé. Eh oui, je suis invisible à la plupart des hommes, sauf à ta mère, à toi et aux êtres du folklore.

— Enchanté, mon vieil ami ! s'exclama, ravi, le chat en le reconnaissant. Il y a longtemps que nous ne nous sommes pas vus ! Et si on joue aux échecs ?

Les yeux marron de l'entité scintillèrent de joie.

— Pourquoi pas ? J'aime ce jeu ! D'ailleurs, tu seras ainsi quitte de ta promesse !

— Oui !


Et les deux amis jouèrent une partie d'échecs qu'Aiden leur amena. Le garçon observait le jeu, alors que le félin et l'Observateur réfléchissaient à la meilleure tactique pour gagner. Les joueurs, absorbés par la partie, ne remarquèrent même pas la venue de Mélinda et le départ d'Aiden pour accueillir ses parents.

— Alors Carl, chuchota le chat en avançant un pion, je vais bientôt gagner !

— Pas si vite ! Tu oublies que je connais toujours quelques coups à l'avance, lui répliqua l'Observateur avec un sourire malin.

Dans le cadre de la porte du salon, la brune fronça des sourcils. Son mari, à ses côtés, demeurait coi. Mélinda observa la scène : un chat et un esprit qui jouaient aux échecs et personne ne se préoccupait de leur fils.

Son cœur maternel se serra dans sa poitrine. Elle passa une main dans les cheveux de son fils et se pencha vers lui, observant attentivement ses bras et son visage pour vérifier qu'il n'était pas blessé. Rien, tout allait bien.

— Aiden, ne me dit pas qu'ils jouent depuis que je suis partie ?

— Pas tout à fait... Mais pas loin ! Le chat chante à tue-tête des contes ! Aucun talent !

Une idée traversa l'esprit de la jeune femme.

— Carl L'Observateur, commença la médium d'un ton calme.

Un silence plana dans la pièce. Moment où les deux comparses tournèrent la tête du jeu, affichant un faible sourire. Carl se raidit et murmura :

— Je peux...

— Non, non ! Tu m'as dit avoir beaucoup de travail ! Donc pas de temps pour jouer aux échecs... avec ce chat particulier, termina-t-elle avec un sourire amer. Sauf si tu t'ennuies à ton poste ?

« Si Carl est capable, au lieu de faire son travail, de jouer aux échecs avec Aiden lorsque je suis présente... Je ne peux pas m'attendre à plus de sérieux en mon absence ! » songea en son for intérieur la médium.

— Ouais, tu as raison, avoua l'Observateur.

— Très bien, Carl ! soupira Mélinda. Je dois être moins naïve ! Je comprends qu'un jeu d'échecs soit plus intéressant que de veiller sur mon fils !

— Oui, mais, ajouta le chat. C'est un vieux serment qu'il doit honorer... Et le petit ne voulait pas entendre mon talent d'aède... Alors je fais ce que je peux !

Elle se tourna vers Kot Baïoun et affirma sérieusement :

— Merci, chat à voix humaine pour votre aide, mais telle n'est pas la question... Ce qu'il me faut, c'est quelqu'un qui regarde mon fils au lieu d'un échiquier... Simple, non ?

Le Chat Savant hocha la tête, avant de faire disparaître son vêtement d'apparat.

— Mél, commenta enfin son mari avec une moue, c'est ce que je craignais.

L'interpellée ferma brièvement les yeux et pensa :

« Je fais quoi ? Je ne peux pas le garder... Il n'est pas sérieux, dommage ! »

Elle rouvrit les yeux, déterminée dans son choix et affirma :

— Chat à voix humaine, je ne doute pas de vos compétences, de votre bonne volonté, de votre talent pour raconter des histoires, mais vous n'effectuez pas la tâche attendue avec sérieux... C'est d'un adulte présent que j'ai de besoin...

Le félin soupira, revint sur ses quatre pattes et concéda :

— Je comprends... Je vais essayer un autre métier... À bientôt !

Kot Baïoun miaula tristement et sortit de la maison sans dire un mot.




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Kot Baïoun — Chat à la voix magique des contes russes.

Baba Yaga — Sorcière folklorique des contes russes.




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