Les cognassiers et les neuf jets privés

Chapitre 1 : Les cognassiers et les neuf jets privés

Par B7B14

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Les cognassiers et les neuf jets privés




Il était une fois un politicien qui avait trois fils et, dans son jardin, des cognassiers; en quelques mois, les arbres fleurissaient, et leurs fruits mûrissaient. Mais un inconnu les cueillait tous, sans qu’on pût le découvrir, malgré les caméras de surveillance. Un jour, le politicien consulta ses fils :

— Où donc disparaissent les coings ?

L’aîné suggéra :

— Cette nuit, je surveillerai les arbres pour voir qui les vole.

A la tombée du jour, il alla se coucher sous un cognassier pour le garder. Mais au moment où la nuit tomba, il s’endormit. Et quand il s’éveilla, à l’aube, l’arbre était déjà dépouillé. Et il lui fallut bien aller conter à son père toute la vérité. Alors le fils cadet se proposa pour surveiller un autre cognassier. Mais il subit la même mésaventure que son aîné : il s’endormit sous l’arbre et, à l’aube, quand il s’éveilla, il n’y avait déjà plus un fruit.


Enfin, ce fut le tour du benjamin de prendre la garde. Il se prépara, installa une couche sous un cognassier, et s’y étendit. Un peu avant minuit, il se réveilla et jeta un coup d’œil sur l’arbre : les coings brillaient sous la lumière artificielle. A ce moment précis, fendant l’air, arrivèrent neuf jets privés. Sept d’entre eux s’abattirent au pied du cognassier, le huitième désactiva les caméras à distance et le neuvième se posa sur le lit. A peine installé, il en sortit une jeune femme, si belle qu’elle n’avait pas son égale dans tout le pays. Avant que le fils du politicien ne dise un mot ou esquisse un geste, l’inconnue l’étreignit et l’embrassa jusqu’après minuit. Le benjamin n'offrit aucune résistance, conquis par la jeune femme.


Alors, elle se leva et le remercia pour ses coings. Le jeune homme l’implora :

— Laisse-m’en au moins une !

Et la jeune femme lui en donna deux : une pour lui et l’autre pour son père. Ensuite, elle revint dans son jet privé et s’envola avec ses gardes du corps. Au point du jour, le benjamin sauta de sa couche et rapporta les deux fruits à son père. Le politicien en fut ravi, et il félicita son plus jeune fils.


Le soir suivant, de nouveau, le jeune homme s’installa, comme la veille, pour garder le prochain cognassier. Tout se passa de la même façon et, le lendemain, il rapporta à son père deux nouveaux fruits.

Mais après plusieurs nuits de réussite, ses frères commencèrent à le jalouser. Pourquoi n’avaient-ils pas réussi, eux, à garder ces fruits, comme il y parvenait, lui, chaque nuit ?


C’est alors que leur vieille institutrice vint se mêler à l’affaire : elle leur promit de fouiner, et de découvrir comment leur frère avait sauvé les coings.

Elle se glissa, aidée par des gardes du corps, le soir venu, jusqu'aux arbres et parvint à se tapir sous le lit. Le jeune homme vint peu après et, comme à l’accoutumée, il se coucha. Aux environs de minuit, arrivèrent les neuf avions ; les sept premiers se posèrent au pied du cognassier, le huitième désactiva les caméras et le neuvième sur le lit, et de lui en sortit une jeune femme.

Sa tresse pendait le long du lit. La vieille, doucement, la saisit et la coupa. Aussitôt la jeune femme bondit, revint précipitamment dans son jet et s’envola ; ses huit gardes du corps abandonnèrent aussi le cognassier, et ils disparurent tous ensemble. A son tour, le benjamin se jeta au bas de la couche, en criant :

— Que se passe-t-il ?

Et il fut tout étonné d’apercevoir la vieille sous le lit. Il l’empoigna et l’extirpa de son recoin. Et le lendemain, sur son ordre, elle fut congédiée.


Cependant les jets privés ne venaient plus sur les cognassiers. Et, sans trêve, le jeune homme se lamentait et pleurait l'absence de la jeune femme qu'il aimait. Il cherchait sur tous les réseaux sociaux et les sites de rencontre, en vain. Enfin, il décida de demander aux policiers de retrouver la ville et le pays où vivait sa bien-aimée, et il se promit de ne revenir dans son pays que lorsqu’il l’aurait retrouvée.

Alors, il s’en fut voir son père et lui annonça son intention. Le politicien tenta de le dissuader ; il le raisonna, voulut le faire renoncer à son projet, et, pour cela, promit de lui trouver une jeune femme à son goût : on chercherait dans tout le pays et sur les réseaux sociaux. Mais toutes les raisons du politicien furent vaines : le benjamin s’équipa et, accompagné d’un seul garde du corps, il partit dans le vaste monde à la recherche de la jeune femme.


Longtemps, il voyagea ainsi, de par le monde à bord d’un petit avion, en contactant toutes les polices pour savoir si sa bien-aimée vivrait dans leur ville. Et, un jour, il parvint au bord d’un lac, où il trouva une grande et riche demeure. Et, dans celle-ci, vivait une femme en compagnie de sa fille. Il interrogea la mère :

— Pour l’amour de Dieu, grand-mère, sais-tu quelque chose de neuf jets privés voleurs de coings et de la charmante belle femme ?

— Bien sûr, mon fils, je les connais, la mère de cette jeune femme et moi sommes de bonnes amies. Chaque jour, à midi, ils viennent ici, pour que la fille et les gardes du corps se baigner dans le lac. Pourtant, je te conseille de renoncer à ton projet. Je te donnerai mon enfant ; c’est une fille splendide, et tu hériteras de tous mes immenses trésors.

Mais, dans sa hâte de revoir sa bien-aimée, le jeune homme ne voulait même pas écouter ce que la mère lui racontait sur sa fille. Et, le lendemain matin, il se leva et se prépara pour aller jusqu’au lac et y attendre l'atterrissage des jets privés.


Cependant, la mère soudoya le garde du corps et lui confia une seringue :

— Cette seringue contient un puissant somnifère. Quand vous serez au lac, à la dérobée, pique un peu dans le bras de ton maître. Il s’endormira aussitôt et, ainsi, il ne pourra pas converser avec celle qu'il cherche.

Le garde du corps obéit. Quand ils arrivèrent au lac, il saisit la première occasion pour piquer le bras de son maître, et le malheureux s’endormit immédiatement, comme une souche. Il n’était pas plus tôt assoupi que les neuf avions arrivèrent ; les huit premiers s’abattirent proche du lac, et le neuvième se posa proche du benjamin, et en sortit la jeune femme. Elle étreignit le jeune homme pour l’éveiller :

— Lève-toi, mon trésor ! Lève-toi, mon cœur ! Lève-toi, mon âme !

Mais il restait inerte, comme mort.

Après leur bain, les pilotes revinrent dans leurs avions et ils s’envolèrent, tous ensemble. Aussitôt, le benjamin se réveilla et demanda à son garde du corps :

— Que se passe-t-il ? Sont-ils venus ?

— Oui, ils sont venus. Huit ont plongé dans le lac, et le neuvième s’est posé à tes côtés. Ta bien-aimée t’embrassait et voulait te réveiller.

A écouter ces paroles, de désespoir, le pauvre homme était prêt à se tuer.


Le même scénario se répéta pendant deux jours.


A l’aube du troisième jour, de nouveau, il se prépara pour aller au lac, et enfourcha son vélo électrique. Mais, cette fois-ci, il ne voulut pas se promener sur la rive ; pour ne pas s’endormir, il but des boissons énergisantes.

Pourtant, tant bien que mal, son garde du corps trouva une nouvelle occasion de lui piquer le bras.

Le benjamin s’affala sur son vélo et s’endormit à l’instant. Dès qu’il fut assoupi, arrivèrent les neuf avions ; huit se précipitèrent proche du lac et la neuvième se posa à côté du vélo. Du dernier jet privé sortit la ravissante femme qui embrassait le jeune homme et le secouait :

— Lève-toi, mon trésor ! Lève-toi, mon cœur ! Lève-toi, mon âme ! 

Rien n’y fit : il dormait, comme assommé. Alors elle dit au garde du corps :

— Quand ton maître se lèvera, donne-lui bien ce conseil : « La piqûre la plus douloureuse est de celui que l’on croit trop ! Alors seulement, il me retrouvera. »

Et les jets privés s’envolèrent. Aussitôt après, le benjamin s’éveilla.

— Sont-ils venus ?

— Oui, ils sont venus. Et celle qui s’est posée proche de ton vélo m’a dit : « La piqûre la plus douloureuse est de celui que l’on croit trop ! Et qu’alors seulement, tu la retrouveras. »

A l’instant, l'homme congédia le garde du corps. Et il continua seul sa quête, à travers le vaste monde.


Après une longue route, il arriva sur une montagne et passa la nuit chez un ermite qui vivait là.

— As-tu entendu parler de neuf avions ?

— Eh ! mon fils, tu as de la chance ! C’est Dieu lui-même qui t’a guidé jusqu’au bon endroit : car pour parvenir à eux, il n’y a qu’une demi-journée de marche. Va tout droit : tu trouveras un grand portail ; quand tu auras franchi ce portail, garde ta droite, et tu atteindras leur ville, où tu trouveras leur demeure.


Le lendemain, au point du jour, le benjamin se leva, s’équipa, remercia l’ermite, et prit le chemin indiqué. En effet, il trouva le grand portail ; après l’avoir franchi, il tourna à main droite, et, aux environs de midi, aperçut une ville éclatante de blancheur. Et fut transporté de joie.


A peine entré dans la ville, il s’enquit de la demeure de sa bien-aimée. Le policier l’arrêta à la porte et lui demanda qui il était, et d’où il venait. Il s’en expliqua et, alors seulement, on l’annonça à la mairesse, maîtresse de ces lieux. A l’instant même, celle-ci, hors d’haleine, se précipita vers lui. Elle le prit par la main et le conduisit dans la résidence. Quelle liesse, quel débordement de joie ! Quelques jours après, ils se marièrent. Et le jeune homme resta vivre auprès de sa femme.


Mais un jour que la mairesse allait se promener, sans son mari, elle lui confia les clés de douze prisons de la ville, et lui dit :

— Tu peux visiter toutes les prisons, sauf la douzième. N’y entre à aucun prix ! Ne l’ouvre même pas : c’est ta sécurité que tu joues !

Là-dessus, elle partit. Resté seul dans la résidence, le benjamin s’interrogeait :

— Mais que peut-il donc y avoir dans la douzième prison de la ville ?

Il entreprit de visiter les prisons et de les ouvrir, l’une après l’autre. Arrivé à la douzième, il commença par hésiter. Mais quelque chose l’intriguait : qui peut-il y avoir là-dedans ?

Il discuta avec les agents de sécurité. Enfin, il passa le pas, et ouvrit la porte.

A sa grande surprise, il vit une pièce vide et, en son centre, un homme d'âge mûr entravé par de lourdes chaînes.

— Pour l’amour de Dieu, frère ! le supplia-t-il. Je meurs de soif ! Par pitié, donne-moi un verre d’eau !

Le jeune homme prit un verre d’eau, et le donna au prisonnier.

— Pour l’amour de Dieu, frère ! Délivre-moi de ces cruelles chaînes !

Le prince s'acharna à briser les chaînes qui entravaient le prisonnier. L’homme d'âge mûr se frotta les poignets et appela immédiatement du renfort par drones, ouvrit une cache secrète dans le mur et s’y engouffra. Le prisonnier sortit de l’endroit et embarqua dans un jet privé qui l'attendait à une rue perpendiculaire. Au passage, sur son chemin, il saisit la jeune épouse qui était en pleine conférence publique, et l’emporta. Les habitants coururent annoncer son malheur au pauvre benjamin, qui s’effondra.


Enfin, il décida de repartir, de courir le monde à la recherche de sa femme, puisque les services secrets ne l'aidèrent pas et que le seul indice qu'il parvint à trouver après une recherche sommaire était le surnom du mystérieux prisonnier, un criminel récidiviste. Après un long voyage, il arriva au bord d’un ruisseau. Le longeant, dans une flaque d’eau, il aperçut un petit pêcheur qui se débattait avec son filet. Quand il vit le jeune homme, le pêcheur l’implora :

— Au nom du Seigneur, deviens mon frère juré ! Aide-moi. Un jour, tu auras grand besoin de moi. Alors, n’hésite pas : prends mon numéro de téléphone, et, quand la nécessité te tracassera, tu n’auras qu’à me contacter.

Le jeune homme seconda le pêcheur avec le filet. La prise fut très bonne. Puis il rangea soigneusement le numéro de téléphone dans son mouchoir.


Un peu plus tard, chemin faisant, il trouva un chasseur mélancolique. Quand le chasseur l’aperçut, il s’écria :

— Au nom du Seigneur, deviens mon frère juré ! Libère-moi de ma dette ! Un jour, tu auras grand besoin de moi. Alors, n’hésite pas : tu n’as qu’à prendre mon courrier électronique. Et, quand la nécessité te tracassera, tu n’as qu’à me contacter.

Il échangea le courrier électronique, lui remit une somme considérable d'argent et poursuivit son chemin.


Un jour, le benjamin rencontra un policier qu’il interrogea :

— Pour l’amour de Dieu, frère ! As-tu jamais entendu dire où se trouve la résidence du surnommé « le roi des dragons » ?

L’homme le renseigna aimablement, malgré la frayeur qui se lisait dans ses yeux, et lui indiqua même le moment propice pour s’y rendre. Le benjamin du politicien le remercia, poursuivit son chemin et, longtemps après, parvint à la citadelle du dragon. Et, à son premier pas dans la résidence, il retrouva sa femme. Ce fut, pour eux deux, une immense joie, cette réunion. Mais il fallait aussi prévoir comment s’évader. Enfin, ils tombèrent d’accord pour s’enfuir au plus vite. A la hâte, ils s’équipèrent pour le voyage, sautèrent dans des voitures luxueuses, et les voilà partis !

Ils venaient de quitter la demeure quand, dans une voiture de luxe, revint le ravisseur de femmes. Il entra dans son château : la jeune femme n’y était plus.

Après un repas copieux, le « dragon » roula dans son Mercedes, s’élança à la poursuite des fugitifs — informé par des caméras à reconnaissance faciale — et les rattrapa en moins de rien. Aussitôt, il arracha la mariée au jeune homme, et dit à celui-ci :

— Va où Dieu te conduira. Pour cette fois je te pardonne, parce que tu m’as délivré de la prison. Mais, si tu tiens à ta vie, n’y reviens plus !

Le pauvre mari fit un bout de chemin, mais, malade d’amour, s’en retourna. Et, le lendemain, il revint à la résidence du ravisseur. Il y trouva sa femme, seule, toute en larmes, qui se jeta dans ses bras. Et ils recommencèrent à discuter des moyens de fuir. Le jeune homme lui proposa :

— Quand le dragon rentrera, demande-lui où il a acquis sa voiture; et dis-le moi. J’en chercherai un semblable, qui nous permettra de nous enfuir pour de bon.

Puis, il quitta la demeure.


Le ravisseur rentra. Sur le champ, la jeune femme se mit à le câliner, à le charmer et à l’entretenir de choses et d’autres. Enfin, elle l’interrogea :

— Quelle voiture rapide tu as ! Pour l’amour de Dieu, où l’as-tu trouvé ?

— Là où je l’ai eu, tout le monde ne peut l’avoir. Dans une ville habite une vieille qui a douze voitures de collection. Dans un coin sombre, il y en a une qui semble en mauvais état ; mais ce n’est qu’apparence, en fait c’est la meilleure. Car c’est la sœur du mien ; et qui l’obtient peut aller jusqu’au ciel. Mais qui veut l’obtenir doit servir chez la vieille, trois jours durant. Elle possède aussi un drone et un robot humanoïde. Et il faut les garder pendant les trois nuits. A qui réussit, la vieille permettra de prendre la voiture de son choix. Mais qui se fait embaucher par la vieille, et ne réussit pas à garder le drone et le robot pendant les trois jours, celui-là perdra son salaire et son honneur.


Le lendemain, après le départ du dragon, le jeune homme revint. Et la femme lui raconta tout ce qu’elle avait appris du monstre. Alors, le benjamin partit dans la ville et trouva la vieille.

— Dieu te protège, grand-mère !

— Dieu te bénisse, mon fils ! Quel bon vent t’amène ?

— J’aimerais servir chez toi.

— Bien, mon fils. Si tu parviens à garder mon drone et le robot, trois jours durant, je te donnerai une voiture à choisir. Sinon, je te congédierai sans salaire, ni automobile.

Elle l’amena au milieu de la cour : tout autour, des linges sales étaient alignés.

La vieille montra l’ensemble au prince :

— Tu vois, tous furent embauchés chez moi, mais ne réussirent pas à bien garder mon drone et mon robot. Ce dernier devrait laver ces linges avant le lever du soleil.

Pourtant, l'homme ne s’effraya pas, et il resta au service de la vieille.


Le soir venu, il conduisit le drone en basse altitude et partit vers la cour arrière; le robot commença à laver les linges. Le jeune homme était resté debout, quand, vers minuit, il s’assoupit, puis s’endormit. A son réveil, il était dans un panier en osier.

Devant cette disparition, il prit peur et se précipita à la recherche du robot. Sa quête le conduisit à une rivière. L’eau lui rappela le pêcheur qu’il avait aidé. Il sortit le numéro et l'appela. Et soudain, le pêcheur était à l'horizon :

— Qu’y a-t-il, frère d’élection ?

— Le robot et le drone de la vieille se sont échappés, et je ne sais pas où ils sont.

— J'ai vu un robot et un drone courir le long de la rivière...

Alors, il pointa au loin. Le jeune homme sortit son ordinateur portable et écrivit au chasseur. Et, subitement, le chasseur fut devant lui.

— Qu’y a-t-il, frère d’élection ?

— Le robot et le drone de la vieille se sont enfuis, et je ne sais pas où ils sont.

— Ici, je les ai attrapés ! C’est tellement étrange que je pensais des échappés d’un laboratoire douteux !

Et le drone, avec le robot, se trouva devant le jeune homme, qui reprit le contrôle du drone et guida le robot pour qu’il termine de laver le linge.

Quand ils furent rentrés, la vieille servit le repas, et mena son robot droit à l’hangar, à grands coups de jurons.


Et ainsi pendant trois nuits, le benjamin guida le drone en basse altitude et partit vers la cour arrière; le robot accomplissait la tâche demandée. L’homme était debout, quand, vers minuit, il prit une tasse de boisson énergisante, puis garda l'œil ouvert. Le robot lava tout le linge sale sous la surveillance du drone et du jeune homme.

Quand ils furent rentrés, la vieille lui servit le dîner et mena le robot droit à l’hangar, à grands coups de jurons. 


La vieille, alors, rejoignit le jeune homme.

— Grand-mère, je t’ai servie honnêtement. Maintenant, donne-moi ce qui a été convenu.

— Mon fils, qu’il en soit comme convenu. Voici mes douze voitures. Choisis celle que tu désires.

— Pas question de choisir ! Donne-moi celle couverte de crasse, qui est dans le coin sombre : les belles voitures ne sont pas pour moi.

La vieille voulut le dissuader :

— Vraiment, parmi de si belles automobiles, tu prendrais la crasseuse !

Mais, lui, il insistait :

— Donne-moi celle que je veux, selon notre marché !

Elle ne pouvait se dédire : et elle lui donna donc la voiture crasseuse. Le benjamin prit congé de la vieille et conduisit son automobile dans la ville voisine. Là, il le nettoya, et l’automobile parut dans tout son éclat : le capot, les portes et le coffre semblaient d’or. Le jeune homme le conduisit d’une main ferme. Et, en un clin d’œil, il fut devant la villa du ravisseur. A peine entré dans la demeure, il pressa sa femme :

— Prépare-toi, au plus vite !


Rapidement, ils furent prêts, filèrent sur les routes et s’enfuirent, à la grâce de Dieu !

Peu après, le dragon rentra. La jeune femme avait disparu. Il sauta en voiture et lança sa Mercedes à toute vitesse !

Quand les fugitifs aperçurent le criminel qui les talonnait, ils prirent peur, et forcèrent leur automobile à aller plus vite encore.

Au moment où le ravisseur était sur le point de les rattraper, la jeune femme appela ses gardes en jet privé. Les huit avions volèrent au-dessus de leur tête et une voix masculine leur cria :

— Venez à bord ! Vite !

Le jeune homme souleva sa femme pour la hisser jusqu'aux avions. Alors la voiture qui portait le dragon sauta et se précipita sur un rocher, les pneus furent crevés par l’un des gardes du corps depuis le jet privé. Le ravisseur se brisa en mille morceaux, et sa voiture fut en pareil état. Et c’est ainsi que sans encombre, la jeune mairesse gagna, en compagnie de son mari, sa ville, où ils régnèrent jusqu’à la fin de leur mandat.




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