DAREDEVIL : Aventures enflammées par

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Continuation / Policier / Science-fiction

1 Meghann Morsmont

Catégorie: G , 6265 mots
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           Ce dimanche matin-là, Matthew Murdock émergea de son lit avec une certaine paresse. Depuis quelques semaines, il se sentait perdu. Il oscillait perpétuellement entre l'envie de reprendre le masque et le devoir de rester l'avocat à chaque fois qu'il entendait des sons caractéristiques de la violence qui régnait à Hell's Kitchen.

 

           Marchant lentement vers la cuisine, il alluma la radio en tâtonnant un peu avant de se préparer un café noir.

 

"Ca s'est passé hier, lança la speakerine. Meghann Morsmont, ancienne avocate, a été libérée pour bonne conduite après 2 ans de prison ferme pour le meurtre de son fiancé et journaliste..."

 

           Matt arrêta son geste vers la machine à café. Le nom de Morsmont lui était familier. Peut-être l'avait-il entendu au moment du procès ? Non, il y avait plus. Il se souvenait d'un écho quand ce nom avait été prononcé. L'écho dans un amphithéâtre... Une ancienne camarade de fac. Un nom qui était souvent accompagné d'un rire…

 

           La speakerine continuait à déblatérer sur l'ancienne avocate pendant qu'il se saisissait de son téléphone portable. Comme chaque jour depuis le début de ce qui ressemblait sérieusement à une dépression, Foggy passerait sa pause déjeuner avec lui. Son ami n'avait rien lâché. La fin de Nelson & Murdock était inévitable. Faute de clients, ils avaient du fermer le cabinet. Foggy avait trouvé un travail dans un autre cabinet. Matt avait fait un peu de bénévolat.

 

           D'ici à l'heure où Foggy passerait, Matt avait largement le temps de méditer. Un excellent moyen de se concentrer et d'accélérer la guérison. Il avait l'espoir fou que la méditation aide à guérir ses peines de cœur. Il n'avait plus eu de nouvelles de Karen depuis un moment, sinon pour lui dire qu'elle était maintenant journaliste.

 

           Midi sonna. Matt alla ouvrir à son ami.

 

-Comment ça va ?

-Ca peut aller.

-J'espère car j'ai apporté du chinois.

 

           Foggy posa les plats sur la petite table ronde et ils commencèrent à manger.

 

-Est-ce que tu as entendu parler de Meghann Morsmont ? Ils en ont parlé à la radio…

-Tu me demandes à moi si j'ai entendu parler de Meghann ? Bien sûr, vieux, on était à Columbia ensemble. On n'était pas amis mais on s'était incrustés dans ses fêtes. Tu te souviens pas ? Elle nous a jamais foutu dehors… Tout le campus était invité, sa résidence c'était un vrai moulin…

-Comment elle était physiquement ?

-Les cheveux longs, bruns, des yeux de biche marrons presque noirs. Plutôt bien proportionnée et jolie. Elle était populaire, tout le monde la connaissait. Pourquoi tu poses ces questions ?

-Dans ce que disent les infos, je trouve que quelque chose cloche…

-Je ne pense pas qu'elle ait besoin de ton aide. Sa famille riche à millions a dû la récupérer à sa sortie de prison.

-Ils ont dit qu'elle n'avait eu qu'un commis. Pourquoi n'avoir qu'un commis quand on peut se payer mieux ?

-Une question que j'espère tu ne lui poseras jamais. Cette fille a un don pour s'attirer des ennuis.

-Oui, je crois me souvenir que c'était déjà comme ça à l'époque…

-…Fais comme tu le sens, vieux. Mais ne dis pas que je ne t'avais pas prévenu.

 

 

           Le lendemain, des bruits de meubles que l'on bougeait dans l'appartement voisin le tirèrent de sa méditation matinale, puis il y eut la sonnette. Il se dirigea vers la porte d'entrée après avoir arrangé un épi dans ses cheveux et mis sur son nez ses lunettes noires. Il ouvrit.

 

-Bonjour ! lança une voix féminine et enjouée. Matt ? Matt Murdock ! j'arrive pas à le croire !

 

           Il avait déjà entendu cette voix, mais comme bien souvent, il n'arrivait pas à mettre un visage dessus.

 

-Meghann Morsmont. On était dans la même promo.

-Oui… A Columbia…

-Je sais qu'on n'était pas très proches à l'époque, mais ça me fait vraiment plaisir de te voir. J'ai lu tes exploits dans la presse.

 

           Elle respirait la joie de vivre malgré ce qu'elle avait traversé.

 

-Tu es un vrai ténor.

-Oh merci. Toi-même, tu avais pu exercer avant... ?

-J'aurais dû me douter que tu en avais entendu parler…

-Oui, enfin… vaguement.

-J'ai exercé pendant cinq ans, dit-elle d'une voix sans timbre. J'ai été radiée, évidemment… J'étais juste venue dire bonjour et prévenir pour le bruit... je vais voir où ils en sont.

 

           Et elle s'en alla. Son changement de ton avait été brutal. Matt sentait qu'il avait merdé, encore une fois. Il aurait dû s'y habituer ou tirer des leçons de ses expériences passées. Mais aucune n'avait été en prison…

 

           Il alla toquer chez Meghann peu avant midi.

 

           Ses pas se rapprochèrent de la porte qui s'ouvrit dans la foulée. Une odeur de cuisine italienne s'échappa dans le couloir.

 

-Matt ?

-Je suis venu m'excuser pour toute à l'heure. J'ai été un peu…

-Entre, si tu veux bien. Il faut que je surveille la cuisson de mes pâtes.

 

           Elle retourna aux fourneaux. Matt dissociait avec exactitude chaque aromate, chaque ingrédient de la recette en préparation. L'appartement, agencé de la même façon que le sien (à la différence d'un plus grand nombre de bibelots), semblait envahi par la délicieuse odeur.

 

-Tu disais ? demanda t-elle.

-Je me suis comporté comme un crétin.

-Je sais que c'est une situation bizarre, ne t'inquiète pas, dit-elle d'un ton apaisant en soufflant sur un échantillon de sa recette avant de la gouter.

-Au son de ta voix j'avais cru…

-Je suis un peu fatiguée, c'est tout. Tu as mangé ?

-Non, pas encore.

-Est-ce que tu veux rester ? J'ai fait trop de spaghettis. Je n'ai pas mis de poison dedans au cas où tu douterais.

 

           Matt répondit d'un petit sourire. Il se trouvait un peu idiot mais il ne pensait pas que Meghann ait pu tuer qui que ce soit.

 

           A la fin du repas, Matthew se sentait revigoré.

 

-C'était délicieux, lui dit-il.

-Merci. Mon père était cuisinier. Il avait monté son propre restaurant le Rideau Pourpre.

-Oui, je crois que j'en ai entendu parler. Je ne sors pas beaucoup mais Foggy me raconte parfois ses rendez-vous.

-Comment va-t-il ?

-Bien. Il travaille dans un gros cabinet. On a été associés pendant un temps… mais nous avons gardé contact.

-C'est bien. Je me souviens que vous étiez toujours fourrés ensemble.

 

           Il eut un petit rire. Meghann se différenciait des autres filles populaires par son excellente mémoire.

 

-Mes fêtes brassaient beaucoup de monde mais je sais que vous y étiez souvent.

-… je suis désolé mais il y a quelque chose que je dois faire aux gens que je rencontre. Ca m'est indispensable.

-Je t'en prie.

 

           Il lui toucha le visage délicatement. Il y avait une éraflure sur sa lèvre inférieure.

 

-Tu es blessée ?

-Souvenir de prison. Ce n'est plus douloureux.

 

           Il y avait aussi une cicatrice sur le sourcil gauche hormis cela elle était très belle, ses cheveux lisses tombaient élégamment à la naissance de ses épaules.

 

-Tu as les mains douces, dit-elle en la posant sur sa joue.

 

           Ils ne prononcèrent pas un mot pendant un long moment.

           C'était la première fois qu'une fille ne se sentait pas du tout gêné par son handicap. Elle avait l'air si innocente… Matt était sûr qu'elle n'avait tué personne.

 

-Je suis en train de m'endormir… On ne dort pas très bien en prison…

-Je vais te laisser alors. Repose-toi.

-A plus tard.

 

           Le lendemain matin, Matt se rendit au commissariat pour y prendre le dossier de Meghann. Il était bien décidé à faire la lumière sur ce qui avait fait condamner sa nouvelle voisine de palier.

 

           Sa machine retranscrivit le dossier page par page en braille. Meghann avait été fiancée à un journaliste du nom de Marcus Groove, reporter. Ils s'étaient violemment disputés. Pour se défendre, elle avait saisi un couteau et l'avait poignardé à mort. Elle avait invoqué la légitime défense… Ca sonnait creux. Des couples se disputaient tous les jours, pour un rien. Mais Marcus était journaliste et Meghann avocate, connue à la fac pour s'attirer des ennuis…

           Il fallait qu'il l'amène à parler.

 

           Meghann reçut un texto de Matthew sur les coups de treize heures. Il l'invitait à boire un café chez lui. Après tout, pourquoi pas ? Cela leur permettrait de mieux se connaitre. Elle se souvenait que c'était un acharné du travail, une vraie "tête" à la fac. Et maintenant un ténor, comme elle avait dit la veille. Savoir qu'il lui poserait sûrement des questions sur les motifs de son procès la fit hésiter quelques minutes. Elle n'avait pas envie de revivre le jugement des autres. Elle n'avait pas eu le choix…

           Elle se dirigea finalement vers le miroir le plus proche et mit un peu de rouge sur ses lèvres et un trait noir sous ses yeux, souvenirs de son look d'étudiante. Lui comprendrait, du moins l'espérait-elle. Meghann pianota sur son clavier et se rendit chez son voisin.

           Après de brèves salutations, il la fit entrer. Hormis la couleur des murs, les deux appartements étaient identiques. Quoi que celui de Matt semblait plus délabré et une des deux fenêtres donnait sur une gigantesque enseigne lumineuse.

 

-J'espère que tu n'as pas payé ton appartement aussi cher que le mien, dit-elle.

-J'ai pu négocier, un peu, dit-il en passant derrière le muret qui séparait la cuisine du séjour. Café ou thé ?

-Café. Je ne m'attendais pas à ce que tu aies des tableaux…

-On m'a dit une fois que l'art n'était pas qu'une question de visuel.

-Hum. Ils sont de travers… mais tu ne t'en es probablement pas rendu compte. Tu es sur une affaire ?

-Non, je fais une pause. Hell's Kitchen est plutôt calme en ce moment.

-Oui, grâce à ce Daredevil. En prison, c'est un fantasme très commun de se faire arrêter par le démon de Hell's Kitchen.

-C'est vrai ?

-Oui.

 

           Ils burent une gorgée de café.

 

-Je sais que tu meurs d'envie d'en savoir davantage sur ce qui m'a mis en prison.

-Ca se voit tant que ça ?

-Tu es avocat et un très bon avocat. Bien sûr que tu veux savoir. Je veux bien t'en parler si tu ne te lances pas dans un réexamen.

-Mais tu pourrais…

-Promets-le moi.

-D'accord.

-Dis-le.

-Je te le promets.

-Bon… Ca faisait sept mois que j'étais installée dans mon bureau. J'avais le choix des clients. Le nom de Morsmont est un gage de qualité… Un jour, un des membres des Punals est entré et c'est là que les ennuis ont commencé. Il voulait que je le défende alors j'ai étudié son dossier. Tout était contre lui, les faits, les actes… Il allait écoper de quinze ans de prison. Quand je lui ai dit que c'était perdu d'avance, il m'a ordonnée de soudoyer le juge, le procureur et les jurés. Il a dit que c'était ça ou je mourais… J'ai fait ce qu'il m'a dit. Il n'a eu que quelques mois. La semaine suivante, le gang entier m'attendait dans mon cabinet… Ca a continué ainsi pendant deux mois, avant que je ne rencontre Marcus. Il ne m'a pas dit qu'il enquêtait sur moi. Il m'a mentie, à chaque instant et j'y ai cru. Un jour, il a tout découvert et a menacé de tout révéler. Je n'ai pas eu le choix, si quelque chose filtrait sur les Punals, j'étais morte.

 

           Sa voix s'étrangla.

 

-Au moment du procès, j'étais seule. Aucun avocat ne voulait me défendre. J'ai eu un commis d'office à qui j'ai raconté ce qui est devenu la version officielle.

-Si tu lui avais tout dit, tu n'aurais pas été en prison.

-Je pense que quelqu'un a acheté le procureur pour que je n'y sois que deux ans. Je m'estime heureuse.

-Tu n'aurais pas été radiée…

-Certains pensent que je ne suis pas une bonne avocate. Ils ont peut-être raison.

-Non, tu as fait ce que n'importe qui aurait fait et tu mérites d'être réintégrée.

-J'ai cédé, Matt. J'ai cédé à du chantage. Un bon avocat serait mort. Merci pour le café.

 

           Et elle sortit de l'appartement, partagée sur ce qu'elle devait faire maintenant. Au moins, elle avait obtenu la parole de Matt. Il était trop gentil, persuadé qu'elle en valait la peine.

           Sur sa table basse, la une du journal lui fit de l'œil : "Où est Daredevil ?" Il y avait et il y aurait toujours des malfrats à New York pour abuser de la faiblesse d'un avocat ou d'un officier de police, ou d'un civil lambda. Après ce qu'elle avait subi, elle ne pouvait plus laisser passer cela.

 

           Matt vit une amélioration de son état mental et décida ce lundi matin de reprendre son bénévolat au commissariat. Il trouva l'endroit plus fréquenté qu'habituellement.

 

-Bonjour, Brett.

-Ah, Murdock, vous tombez bien. Ces voyous réclament un avocat.

-De quoi sont-ils accusés ?

-De meurtre.

-Oh, ça change des agressions…

 

-C'est pas moi, je vous dis ! Je l'ai trouvé mort ce matin ! lança un gangster à quelques mètres de lui. Il avait été saigné…

-Vous pouvez m'expliquer ça dans une salle d'interrogatoire. Matthew Murdock, avocat.

 

           Ils s'installèrent dans une des deux salles austères du commissariat.

 

-J'espère que ça ne vous dérange pas si j'enregistre notre conversation, c'est ma manière de prendre des notes.

 

           L'autre haussa les épaules.

 

-Votre nom ?

-Drey.

-Bien. Drey, si vous me racontiez ce qui s'est passé hier soir.

-Je sais pas. J'étais pas au QG. J'arrive ce matin. Mon pote Doug mort.

-Saigné à mort ?

-Comme un porc. Un scalp, j'ai jamais vu ça. En pleine rue. C'est un voisin qui a appelé les keufs.

-Ils vous ont accusé tout de suite ?

-Oui, pourtant, mec, y avait pas d'arme. La seule qu'ils ont trouvé chez moi, c'est mon flingue.

-Ca ne devrait pas être difficile à défaire comme accusation… On n'aura pas besoin d'aller jusqu'au procès.

 

           Autour de lui, il entendait encore et encore la même conversation. Le même mode opératoire. Les voyous de Hell's Kitchen étaient véritablement attaqués par quelqu'un qui voulait que ça se voie. Certains flics commençaient même à croire que Daredevil changeait de méthode… il ne pouvait pas les laisser penser ça.

 

           Le soir même, il décida de mener son enquête, dans son autre costume. Matt resta longtemps dehors, essayant de capter le moindre bruit inhabituel mais il n'y eut rien. Le tueur savait-il qu'il avait attiré l'attention de la police ?

 

           Dix minutes plus tard, on frappa à la porte. C'était Meghann.

 

-Salut.

-Salut.

-De retour du sport ?

-Euh… Oui, boxe.

-Tu as raison : on ne sait jamais sur qui on peut tomber.

-Il te fallait quelque chose ?

-Oui, est-ce qu'il te reste du café ? J'ai oublié d'en racheter et demain je vais devoir faire sans…

-Tiens.

-Merci beaucoup. Tu me sauves la vie.

 

           Et elle rentra chez elle.

           Il songea un bref instant que l'arrivée de Meghann et celle du tueur étaient liées mais se dit que ce n'était qu'une coïncidence. Son enquête n'était pas finie pour autant.

           Il reprit sa vigilance le soir suivant. Dans la journée, il avait rencontré d'autres voyous dont les amis avaient été massacrés. Qui que ce soit, il avait une dent contre les malfrats et s'était déjà affublé d'un nom par la presse locale : le Boucher de Hell's Kitchen.

 

           Ce soir-là, Matt entendit des cris empreints de terreur. Il rejoignit le lieu de la supposée attaque. L'espace de quelques instants, il y eut deux rythmes cardiaques. L'un d'eux se ralentissait mortellement quand il arriva. L'autre était calme. Le bitume répercuta le bruit de pas légers. C'était une femme. Elle rangea une longue dague le long de sa cuisse et disparut.

           Matthew rentra chez lui après avoir prévenu les secours. La tueuse faisait preuve d'un calme terrifiant. Elle agissait de sang froid, comme si elle avait calculé son coup. Cela lui rappelait étrangement le calme dont faisait preuve son père sur un ring et ce qu'il disait : il avait le diable au corps, et ses rivaux fuyaient devant lui…

 

           Le lendemain, Meghann fut interrompue dans sa besogne par l'arrivée du Démon de Hell's Kitchen. Elle dut abandonner sa victime et fuir. Ne pas combattre, pas maintenant, elle n'était pas prête. Il aurait le dessus, il avait de l'expérience alors qu'elle ne s'était battue qu'en prison…

 

           Le surlendemain, Matt sortait à peine quand il sentit qu'on l'épiait. Il y avait d'autres battements de cœur que le sien, ils étaient plus rapides. La tueuse aussi.

           Elle le frappa violemment au visage. Matt sentit son masque entamer sa peau sous le choc.

 

-Tu vas me laisser faire, Dare-débile, dit-elle en s'éloignant d'une pirouette pour éviter une contrattaque.

-Pourquoi ? Tu penses rendre la ville plus sûre ?

-Elle est plus sûre, grâce à moi.

-Jusqu'à ce que les gangs s'arment plus dangereusement.

-Assez jacassé.

 

           Elle mit en marche quelque chose qui déclencha des ultra-sons, brouillant le sonar de Matt. Il ne l'entendit pas s'enfuir et perdit du temps à essayer d'en dissiper les effets. Il ne retrouva ses sens qu'après un temps indéfini.

           Sonné et hébété, Matt rentra chez lui. Il retira son masque et sentit le sang coller sur sa pommette. Elle avait frappé sur le masque, lacérant la peau en dessous. Il entra dans la douche et en sortait à peine quand on sonna à la porte.

           C'était Meghann.

 

-Hey, tu étais au sport ? Je ne t'ai pas entendu partir… C'est règlementaire de taillader son adversaire ?

-… Est-ce que tu pourrais… ?

-Bien sûr.

 

           Elle trouva du premier coup les pansements et le désinfectant.

 

-Tu fais du sport aussi ?

-Oui, la prison m'a fait garder cette habitude.

-Tu t'es battue ?

-Les anciennes clientes ou les femmes ou les maitresses des clients que je défendais ne sont pas toujours contentes du verdict. Et puis, le fait que j'ai été avocate ne m'a tellement aidée…

-J'imagine.

-Les gens pensent que dans une prison pour femmes on ne fait que bavarder… Et voilà.

-Merci.

-Je t'ai racheté un paquet de café.

-C'est gentil… J'ai repris le bénévolat, grâce à toi.

-Ah. J'espère que tu défends les bonnes personnes.

-Je leur parle surtout. La plupart sont des petits malfrats qui ont été coffrés pour un meurtre d'un des leurs mais rien ne colle avec les faits.

-S'ils sont innocents, qui est le coupable ? Le Boucher ?

-Je sais de source sûre que c'est une femme.

 

           Une légère accélération dans son pouls.

 

-C'est bien la preuve que Daredevil n'est pas aussi utile que les gens le pensent.

 

           Un silence lourd s'installa quelques minutes. Ils avaient déjà eu cette conversation. Matt priait intérieurement pour que Meghann le laisse encore croire à son innocence.

 

-Il se fait tard, dit-elle dans un soupir. Je vais te laisser. Bonne nuit.

-Bonne nuit…

 

           Foggy l'appela le lendemain matin alors qu'il était encore au lit.

 

-Hey, qu'est-ce que tu peux me dire à propos du Cauchemar de Hell's Kitchen ?

-Cauchemar ?

-Oui, c'est comme ça qu'ils l'ont rebaptisée. Une femme en noir qui pousse des cris effroyables…

-Ce ne sont pas des cris, c'est des ultra-sons.

-J'en déduis que tu l'as rencontrée. Et tu as une idée de qui ça peut être ?

-… Oui.

-Ca a l'air de te déprimer.

-C'est pire que ça.

 

           Il n'avait même pas envie de la confronter. Elle avait de bonnes raisons d'éliminer la racaille de Hell's Kitchen. S'il avait été dans sa situation, il aurait sûrement agi de la même manière.

 

           Meghann s'était torturée l'esprit toute la journée. Matt, le Daredevil ? C'était inconcevable ! Et pourtant… Elle l'avait vu se déplacer, sans canne et il était très à l'aise. Il trompait son monde… Est-ce que Foggy le savait ? Ca avait dû lui faire un choc… Il y avait de quoi remettre une amitié en question… Du moins, l'imaginait-elle.

 

           Vingt heures venaient de sonner quand elle décida de frapper à sa porte.

 

-On peut parler ? lui demanda t-elle quand il vint lui ouvrir en jogging. A l'intérieur ?

-Bien sûr.

 

           Elle fit quelques pas dans la pièce de vie.

 

-Par où commencer ?

-Je ne crois que ça sert à rien de se voiler la face…

-Oui, je sais que tu es Daredevil. Je t'ai vu sortir et entrer plusieurs fois ici, en costume.

-Et je sais que c'est toi qui es responsable des meurtres des malfrats.

-Tu vas continuer de m'en empêcher ?

-Je comprends pourquoi tu agis de cette manière.

-Non, parce que tu m'en dissuades.

-Ca doit être une déformation professionnelle.

-J'ai peut-être perdu foi en la justice alors.

 

           Elle se dirigea vers la porte d'entrée puis se ravisa :

 

-J'ai juste une question : comment ?

-La réponse est trop longue pour ce genre de conversation. Sache que je n'ai pas toujours été aveugle.

-OK. Je te déconseille de te remettre en travers de mon chemin. J'userais de tous les moyens nécessaires pour t'en dissuader.

 

           A peine proféré, Meghann regretta aussitôt sa menace. Il voulait juste l'aider… Elle le savait. La porte claqua comme une sentence.

 

           Meghann déménagea dans la journée.

 

"-Mais vous avez emménagé il y a peu de temps, non ?

-Deux semaines, mais il y a un problème de rats.

-Au sixième étage ?

-Je ne vous paie pas pour poser des questions."

 

           Matt s'apprêtait à sortir quand il reçut un message. "Message de Meghann, lire": "laisse-moi ou sois jugé". Allait-elle vraiment tout révéler ?

 

           Un appel de Foggy le tira de ses pensées. Ils se retrouvèrent chez Josie quelques heures plus tard.

 

-Alors comment ça se passe avec Meghann ?

-Elle vient de déménager.

-C'est peut-être un mal pour un bien.

-Je l'aimais bien. Elle était gentille et douce… Et elle a complètement changé dès que je lui ai reparlé de son affaire…

-Ca jette un froid, c'est sûr.

-Elle sait.

-Et elle menace de tout divulguer. Classique.

-Elle veut que je lâche l'affaire.

-Pourquoi ? Tu as étudié le dossier ?

-La version officielle n'est pas exacte. Elle m'a tout dit, elle a été piégée par un gang…

-Et comme d'habitude, tu veux aider. Il n'y a que toi pour aider quelqu'un qui ne veut pas qu'on l'aide.

-Oui, parce qu'elle mérite de redevenir avocate…

 

           En sortant du bar, Matt était plus déterminé que jamais à retrouver Meghann.

           Sept nuits furent nécessaires pour la localiser.

           Il n'était qu'à quelques mètres d'elle quand deux ou trois claquements se firent entendre sur le bitume. Ils furent suivis d'une intense chaleur. Des flammes très hautes. Il dut faire demi-tour.

 

           Le lendemain matin, les infos annoncèrent que Daredevil avait agressé une jeune femme.

 

"La préoccupation de ce jour c'est le témoignage troublant d'une jeune femme qui dit avoir été agressée par Daredevil. Photo à l'appui, la jeune femme montre plusieurs hématomes causés par celui que l'on considérait comme le héros de Hell's Kitchen."

 

           Meghann ne dévoilait pas son nom, ce qui était bon signe mais si Matt insistait, sa détermination lui disait qu'il allait probablement se retrouver au commissariat.

           Il eut de longs moments d'hésitation. Fallait-il continuer ? Fallait-il arrêter ? Elle faisait ce qu'elle croyait être juste, comme lui. Elle cédait à une pulsion. Une pulsion qui la mettrait à nouveau derrière les barreaux si quelqu'un découvrait que c'était elle qui tuait les délinquants…

 

           Le surlendemain, il était à nouveau sur ses traces.

           Une brigade de police s'interposa.

 

-On ne bouge plus ! Les mains en l'air !

 

           Matt se retrouva au commissariat.

 

-Vous êtes accusé d'avoir agressé une jeune femme. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?

-J'essayais de la protéger.

-De qui ?

-D'elle-même.

 

           Et cela s'arrêta là. Meghann faisait juste ce qu'il fallait pour lui faire peur.

 

           Il reçu un message une heure plus tard. "Rendez-vous ce soir 20h au Rideau Pourpre pour un armistice". Il tint au courant Foggy.

 

-C'est un rencard, lui dit aussitôt celui-ci. On ne fait pas une esclandre dans ce genre de restaurants…

-C'est quel genre ?

-Très chic et très cher.

-Avec un peu de chance, je ne tiendrais pas jusqu'à l'entrée.

 

           Meghann était arrivée en avance, pour saluer son frère cadet avant qu'il ne commence son service. Bien que muet, Tybalt était un serveur aux petits soins et il parvenait toujours à se faire comprendre.

           Matt arriva pile à l'heure, soigné malgré sa cécité. Plus elle le voyait se déplacer, plus elle se disait que la canne n'était qu'un accessoire. Tybalt l'accompagna à la table qu'elle avait réservé pour eux. Il s'assit face à elle.

 

-Je dois dire que tu es coriace, dit-elle. Je te pensais plus raisonnable, comme le bon catho que tu es.

-Comme le dit Foggy : il n'y a que moi pour aider quelqu'un qui veut me balancer au loup.

-Tu devrais l'écouter.

-Tu te rends compte que si quelqu'un découvrait ce que tu as fait, tu retournerais en prison ?

-Tu en es sûr ?

-Si les proches des malfrats demandaient un avocat et que je les défendais…

-Tu ne le feras pas. Parce que tu ne veux pas me savoir derrière les barreaux. Tu sais que ce ne sont pas des gens bien et que ce que je fais est bénéfique pour la ville.

 

           Un moment de silence passa où l'un des serveurs déboucha une bouteille de champagne et les servit.

 

-Merci, Tybalt, dit Meghann. J'aurais donné cher pour que tu me défendes. Je te l'aurais demandé si on s'était mieux connus.

-J'ai fait des erreurs aussi. Dans mes deux vies. J'ai failli mourir plusieurs fois. J'ai mis en danger des personnes proches. Tu m'as menacé mais je veux encore t'aider. Je le peux.

 

           Elle aurait voulu lui répondre qu'elle n'avait pas vraiment voulu le menacer. Elle avait surtout voulu lui faire peur, pour le décourager mais ce qu'elle pourrait dire ne changerait rien à ce qu'elle avait fait.

 

-Je te remercie mais je ne veux pas être jugée à nouveau…

-Je t'ai donné ma parole, dit-il, mais je veux t'aider pour que tu sois à nouveau inscrite comme avocate de la défense.

-Je ne crois plus en la justice.

-J'ai trouvé ton dossier au commissariat…

-Tu l'as lu ?

-Oui. Quand tu m'as raconté la vraie version, j'ai senti que tu regrettais ce que tu avais fait.

-C'est vrai.

-Je me suis renseigné : il faut prouver qu'on est digne de confiance. Donc je te propose de m'aider à rouvrir le cabinet Nelson & Murdock.

 

           Celle-là, Meghann ne l'avait pas vue venir. Elle avait laissé son dossier au commissariat par mégarde. Jamais elle n'aurait pensé que quelqu'un, encore moins Matt, le regarderait. Et voilà qu'il lui offrait un poste et une chance de redevenir avocate.

 

-Vraiment ?

-Oui. Il faudra que je convainque Foggy de quitter son poste et ça ne va pas être facile…

-Il risque d'être sceptique et les clients potentiels aussi. Mon visage n'est pas exactement associé à de la sympathie.

-Ca serait plus facile si tu acceptais d'être rejugée, je ne te le cache pas. J'expliquerais ta situation à ceux qui se poseront des questions ou douteront de tes compétences.

-Pourquoi toi, tu ne doutes pas ?

-Tu m'as menacé mais tu as fait juste ce qu'il fallait pour me faire douter. Tu as très vite proposé une trêve.

-Si la moitié des gens pensaient comme toi, Matt Murdock, le monde ne s'en porterait que mieux. Préviens-moi quand tu auras convaincu Foggy.

 

           Ils quittèrent Le Rideau Pourpre et allèrent chez Matt.

 

-Du coup, je n'ai pas eu ma réponse l'autre jour.

-C'est un peu long.

-J'ai toute la nuit.

 

           Alors Matt lui raconta tout : l'accident, le meurtre de son père, Stick et son entrainement.

-Whaouh. C'est incroyable, même après deux verres de champagne…

 

           Ils prirent congé l'un de l'autre quelques minutes plus tard.

 

           

           Le lendemain, Matt alla rejoindre Foggy dans un restaurant non loin de son travail.

-Alors ton rencard ?

-Constructif. J'ai émis l'idée de rouvrir Nelson & Murdock et d'embaucher Meghann comme secrétaire.

-Meghann Morsmont, secrétaire de Nelson & Murdock. Notre secrétaire ?

-Oui.

-Tu es fou ?

-Elle a besoin de ce travail et nous aussi.

-Que t'a-t-elle fait boire ? Ses paroles pleines de poison ?

-Elle est d'accord pour travailler avec nous et consciente que ça ne sera pas facile…

-Encore heureux ! Cette fille nous fera la plus mauvaise pub qui soit ! Nelson & Murdock, les condamnés pour meurtre, ils les embauchent.

-Je me porte garant d'elle.

-Tu réalises qu'on sera fichus si on se plante ?

-Oui. Je sais que c'est la dernière personne à qui tu aurais pensé.

-Et encore, je l'aurais exclue dès le départ. Le seul point positif, c'est qu'elle est jolie.

-… Regarde les dossiers qu'elle a traité, écoute ses plaidoiries.

-Tu ne lâcheras pas le morceau de toute façon.

-Aucune chance.

-Tu es amoureux d'elle ? Ne réponds pas, évidement que tu es amoureux. Tu ne devrais pas prendre ce genre de décision.

-C'est pour ça que je t'en parle.

-Laisse-moi quelques heures pour juger du talent de Miss Morsmont. Je te tiendrais au courant.

 

           Dans la soirée, Matt avait un coup de fil.

 

"-Hey, j'ai écouté tes conseils et j'ai quasiment pris ma décision. Est-ce que tu peux emmener Meghann chez Josie's ? Je vous retrouve là-bas."

 

           Il alla aussitôt frapper chez Meghann.

           A le voir soulagé et excité à la fois, Meghann en déduisit que Foggy était plutôt favorable.

 

-Tu fais quelque chose ce soir ?

-Non…

-Foggy nous propose de le rejoindre dans un bar. Il a pris sa décision.

 

           Ils s'y rendirent à pied. Comme elle s'y attendait, Foggy se raidit un peu en la voyant.

 

-Meghann…

-Foggy…

-Ta nouvelle coupe te va bien, lança t-il pour détendre l'atmosphère.

-Merci. La tienne aussi.

-Ah. Matt m'a tout raconté. Genre, tout.

-D'accord…

-Tu n'aspires vraiment qu'à retrouver une vie normale ? Parce que je veux pouvoir compter sur toi si Matt sort…

-L'épisode cauchemardesque est fini.

-Eh bien, tant mieux. Et bienvenue dans l'équipe.

 


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