Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 31 : La symphonie du vent et des larmes

Chapitre final

757 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/04/2026 17:19

Je reste pétrifiée, le souffle court. Mes yeux font sans cesse l'aller-retour entre le corps immobile de Yukina et la silhouette massive de Kokushibo. La Première Lune semble figée dans le temps, ses six yeux dorés écarquillés par la stupeur alors que le gel de Yukina dévore sa peau. Mais je le vois... je vois ses muscles tressaillir. La glace craque. Le monstre n'est pas mort, il est juste entravé.

— « Yukina... »

La voix de Sanemi est un murmure qui me brise le cœur. Il est toujours à genoux, ses doigts effleurant la joue de Yukina, devenue aussi blanche et froide que le marbre. Il ne pleure pas de manière bruyante ; ses larmes coulent en silence, creusant des sillons de chaleur sur son visage marqué par les cicatrices. À cet instant, il n'est plus le Pilier du Vent redouté. Il est un homme qui contemple les ruines de son avenir.

— « Shinobu-chan... » sanglote Mitsuri, sa voix tremblant d'une détresse pure. « Dis-moi qu'elle dort... Dis-moi qu'on peut encore faire quelque chose ! »

Je ne peux pas lui mentir. Je sens l'absence totale de pulsation, le vide laissé par une âme qui a tout donné.

— « Mitsuri, tiens-toi prête, » ordonné-je, ma propre voix étant un sifflement tranchant. « Son sacrifice nous a offert une faille. Regarde sa blessure au torse. »

Un craquement sinistre résonne, comme celui d'une banquise qui se brise. Kokushibo lève lentement son sabre organique. Sa régénération lutte violemment contre les cristaux de sang gelé de Yukina qui circulent encore dans ses veines.

— « Une... volonté... admirable... » gronde la Première Lune, sa voix hachée par le givre qui tapisse sa gorge. « Mais... la glace finit... toujours... par se rompre. »

Sanemi se relève. Lentement. Très lentement.

Le changement dans son aura est terrifiant. C'est comme si tout l'oxygène de la pièce était aspiré par sa fureur. Il ramasse son sabre, les articulations de ses doigts blanchissant sous l'effort. Sa Marque, d'ordinaire en forme de moulinet, semble s'embraser, s'étendant sur son visage comme une griffure sanglante.

— « Tu as tort, » dit Sanemi. Son ton est d'un calme plat, glacial, plus effrayant que ses cris habituels. « La glace ne se rompt pas. Elle s'aiguise. »

Sanemi s'élance. Ce n'est plus une attaque, c'est un suicide héroïque. Le vent qu'il déchaîne se mêle aux cristaux de givre de Yukina, créant un tourbillon de lames transparentes et de vent tranchant.

— « Souffle du Vent. Neuvième Forme : Typhon Iden ! »

— « Mitsuri, maintenant ! » hurlé-je.

Nous nous jetons dans la mêlée. Mitsuri déploie sa lame flexible qui serpente entre les pics de glace de Yukina avec une agilité incroyable.

— « Souffle de l'Amour. Cinquième Forme : Attachement Vacillant - Ongles Griffus ! »

Je m'élève dans les airs, mes ailes de papillon battant contre l'air givré. Je vois l'ouverture. La plaie béante que Yukina a laissée dans la poitrine du démon est notre cible. Elle ne se referme pas, brûlée par le froid absolu.

— « Souffle de l'Insecte. Danse du Centipède : Zigzag à Six Pattes ! »

Je fonce vers le cœur de Kokushibo, ma pointe sature d'une dose massive de glycine, visant précisément l'entaille de Yukina. Le démon rugit, sa lame lunaire créant des croissants de vide qui déchirent nos uniformes. Mais il est lent. Les résidus du pouvoir de Yukina le paralysent de l'intérieur, chaque mouvement lui coûtant un effort surhumain.

Sanemi est une bête. Il ignore les coupures qui s'ouvrent sur ses bras et son torse. Il veut le toucher. Il veut le broyer. Sa lame rencontre celle de Kokushibo dans un fracas métallique qui fait vibrer les cristaux de glace autour de nous.

— « TU VAS PAYER ! » hurle-t-il enfin, sa douleur explosant dans un cri déchirant. « TU VAS PAYER POUR CHAQUE GOUTTE DE SON SANG ! »

Kokushibo chancelle. Pour la première fois, la Première Lune recule devant la fureur combinée de trois Piliers portés par le sacrifice d'une quatrième. La glace de Yukina brille d'un éclat bleuté, comme si son esprit nous encourageait encore.

— « On y est presque... » murmuré-je, sentant l'adrénaline consumer mes dernières forces.

Le combat n'est plus une question de survie. C'est une question de justice. Dans cette cathédrale de verre, sous le regard éternel de la Rose d'Hiver, nous jurons d'éteindre la lune pourpre.

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