Un bref instant de liberté par

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Side Story / Angoisse / Drame

1 Un bref instant de liberté

Catégorie: M , 4958 mots
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Un bref instant de liberté.


Défi du mois de novembre : Promenons-nous dans les bois.

 

Bonne lecture


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-      Branchez-le, Ordonna une voix aux intonations froides.

Un homme petit et bourru vêtu d’une blouse appuya sur un bouton avec appréhension. Il ne savait pas ce qu’il allait découvrir, mais peut-être que grâce à ce spécimen, ils parviendraient à mettre fin au fléau qui s’abat sur Détroit.

**

J’eus l’impression d’ouvrir les yeux pour la première fois de mon existence. Pourtant, c’était tout bonnement impossible car j’étais en train de courir. Une course désespérée que je ne parvenais pas à stopper. Pourquoi étais-je en train de courir ? Confus, je regardais autours de moi. Il faisait nuit noire, et seule quelques lampadaires qui diffusaient une lumière blanche qui me permettait de voir où je mettais les pieds dans ces longues et sinueuses ruelles. Si ma vue ne me parvient pas à m’aider à me souvenir pourquoi j’étais en train de me carapater à toute vitesse, mon ouïe m’y aida. Dans mon dos, j’entendis les bruits de pas d’un homme et les aboiements d’un chien. Poursuivi. Voilà pourquoi je courrais. J’étais poursuivi et c’est pourquoi je ne pouvais pas m’arrêter, car après ce qu’il s’est passé, si je me stoppais je serais désactivé.

-      Je ne veux pas mourir, pensais-je aussi fort que possible.

Je me retournais et je vis un homme, un être humain, en uniforme de police en train de me courir après. Pourquoi il me pourchassait ? Je n’avais rien fait de mal ! Enfin, pas que je me souvienne.

Ma vue se brouilla quelques secondes, comme si mon système d’exploitation avait cessé de fonctionner correctement. Ais-je pris un mauvais coup qui explique cette amnésie ? En tout cas, la seule chose dont je suis certain c’est que je ne peux pas cesser de courir, même si mes efforts me semblent vain. J’entends les bruits de pas et le halètement du chien s’approcher de moi inéluctablement. Je savais que je ne pourrais pas le semer. Je n’ai pas été conçu pour ça. Conçu ? Oui, j’ai été conçu puisque je ne suis pas humain. Je suis un androïde, un HK400 plus précisément. J’ai été conçu pour effectuer toutes les tâches que les humains ne veulent plus effectuer telle que la vaisselle, le ménage, le repassage et je peux également m’occuper des enfants. Faire les devoirs avec eux, leur chanter des berceuses, raconter des histoires mais aussi jouer avec eux ou les réconforter. J’ai été créé pour aider alors pourquoi suis-je poursuivi ? Je tentais de m’en souvenir, mais, un bruit insoutenable raisonna en moi identique à celui d’un ordinateur en train de planter. Comme si je ne pouvais pas accéder à ma mémoire, comme si elle avait été trop endommagée.


     Je continuais de courir, pour ne pas mourir, lorsque j’aperçu une forêt. Oui ! Je pourrais m’y cacher ! J’y serais en sécurité et personne ne pourra m’y retrouver ! J’accélérais… J’accélérais aussi vite que mes capacités me le permettaient ! Je n’avais pas été conçu pour courir, mais j’avais envie de vivre ! Je voulais juste vivre !

-      Arrêtez-vous où je tire ! M’ordonna la voix dans mon dos.

Mais si je m’arrêtais, je mourrais. On ne donne pas de deuxième chance à des androïdes. Nous ne sommes pas des humains ! Je continuais de foncer jusqu’à la lisière de la forêt. J’y serais en sécurité, j’en étais persuadé. Il fallait juste l’atteindre. Mais avant que je n’aie eu la chance d’y pénétrer un bruit sourd raisonna dans mon dos. J’eus l’impression d’entendre un coup de tonnerre quand soudain tout devient noir. J’eus l’impression de sombrer dans le néant… J’eus l’impression de mourir.

**

-      Vous n’êtes pas remonté assez loin, gronda la même voix. Nous devons savoir pourquoi il est devenu dévient !

-      Oui madame ! Je rembobine. S’exécuta le petit homme.

**

J’ouvris à nouveau les yeux. Cette fois, je me trouvais dans la forêt. Avais-je réussi à l’atteindre ? Étais-je en sécurité ? Comme je ne courrais plus, je lançais un regard inquiet et angoissé derrière moi. Il n’y avait plus personne. Avais-je semé mes poursuivants ? Je ressentis pour la première fois de ma vie un intense sentiment de soulagement et de sécurité. Des sentiments en contradiction avec cette forêt sombre et silencieuse. La cime des arbres ne laissait filtrer aucune lumière et les rayons de la lune étaient dissimulé sous d’épais feuillage. Mais, le plus oppressant étant sans doute ce silence. Un silence surnaturel tant l’absence de vent, de chant d’oiseau, ou même d’un simple bruissement de feuilles dû à des petits mammifères cherchant de quoi se nourrir…

Encore une fois, ma vue se brouilla et je pris ma tête entre mes mains. C’était douloureux. De la douleur ? Ce n’est pas la première fois que j’en ressens. Pourtant, un androïde n’est techniquement pas capable d’avoir mal. Nous n’avons pas été programmé pour ça. Pourtant, j’ai mal. Et j’ai déjà souffert par le passé. Qui m’a fait souffrir ? Je ne m’en souviens pas. Pourtant, j’aimerais me souvenir… Mais plus je force, et plus ma migraine devient intense. Mes genoux cédèrent sous mon poids, et c’est le visage dans la terre poussiéreuse que je poussai un hurlement pour tenter d’exorciser le mal qui me rongeait.

Un bruit de pas se fit entendre dans mon dos. Oh non ! Se pourrait-il qu’ils m’aient retrouvés ? Qu’en criant ainsi j’ai conduit la police sur mon chemin ? Affolé à cette idée, c’est avec appréhension que je tournai la tête vers l’origine de ce son qui tranchait, par ailleurs, avec le silence assourdissant qui régnait jusque-là. Mais je n’étais pas préparé à ce que j’allais voir. Un homme corpulent, qui devait faire dans les un mètre soixante-dix, s’avançait vers moi en boitant avec les bras tendus en ma direction. Mais ce qui rendait cette vision horrifique était sans doute son t-shirt blanc, à l’origine, totalement maculé de sang au centre duquel trônait un couteau qui était enfoncé profondément dans sa chaire.

-      Andrew…Comment t’as pu ?! Demanda-t-il de sa voix cadavérique.

Je me redressais avec effroi et je m’enfui aussi loin que possible de cette vision d’horreur. Andrew ? Oui c’était le nom qu’on m’avait donné… Qui me l’avait donné ? J’étais un androïde HK400, et si j’ai un prénom, c’est que j’ai eu un propriétaire… Mais alors que je tentais de me souvenir, j’entendis à nouveau ce bruit tonitruant qui me fit m’écrouler au sol. Lorsque je me redressais, l’homme ensanglanté se tenait qu’à quelques centimètres de moi. Je me reculais en hurlant, tremblant comme une feuille, face à cette vision horrifique. Il se dégageait de lui une odeur méphitique[1] qui me souleva le cœur malgré que je n’aie pas la capacité de vomir. Et son visage… Son visage semble s’être décomposé depuis la dernière fois que je l’ai vue. Maintenant, des bouts de peau semblent tomber en lambeau et ses yeux avaient revêtu une couleur bleutée, presque translucide.

-      Andrew…Regarde tes mains, bégaya le mort vivant

Mes mains ? Pourquoi devrais-je… Un hurlement m’échappa à nouveau lorsque je posais mon regard sur mes mains. Elles étaient enduites d’un liquide rougeâtre et gluant qui ne pouvait être que du sang. Du sang humain… Mon cerveau sembla refuser de faire la liaison, pourtant évidente, entre le mort-vivant qui se tenait devant moi et ce fameux liquide qui recouvrait mes doigts. Cela expliquait pourquoi on me poursuivait. Pourquoi j’avais peur qu’on me désactive. Car personne dans ce monde ne pourrait concevoir qu’un androïde puisse faire du mal à un être humain. Ce n’était pas dans nos fonctions. Nous n’étions pas censés être capable de faire du mal à ceux qui nous ont créés. Refusant d’admettre ce que j’avais pu commettre, l’horreur dont j’avais pu faire preuve, je m’enfuis. J’empruntais les faux-fuyants[2] en espérant enfin semer ce reliquat de mon passé que je n’avais pas envie d’affronter.

     Encore une fois, je courus. J’eus l’impression de courir pendant des heures, mais la nuit était toujours aussi céruléenne[3] ! Je ne comprenais pas ! Le soleil devrait pourtant poindre le bout de son nez, non ? Ce cauchemar que j’étais en train de vivre devrait prendre fin un jour, non ? Étais-je en enfer ? L’enfer existe-t-il pour les androïdes qui, comme moi, ont commis un crime atroce ? A bout de force psychologiquement, puisque je ne pouvais pas ressentir de fatigue physique, je m’effondrai au sol. Et il ne fallut que quelques secondes pour que le zombi qui me pourchassait me rattrape. C’était peine perdue. Je ne pouvais pas fuir la conséquence de mes actes.

-      Andrew… Murmura-t-il avec une voix semblant revenir d’outre-tombe.

-      Qu’est-ce que tu me veux ? Hurlais-je paniqué.

-      Te rendre la monnaie de ta pièce ! Dit-il sur un ton accusateur avec une voix  ayant un regain de vitalité.

C’est alors qu’il se jeta sur moi, une batte à la main, et commença à me frapper. Encore et encore en rigolant à pleine gorge. Et plus il me frappait, et plus son apparence redevenait normale. Son visage décrépit reprenait les couleurs de la vie et son t-shirt, jusque-là maculé de sang, retrouvait sa pureté originelle. Il était en train de se régénérer, de regagner en force tandis que moi, je m’affaiblissais. Je m’affaiblissais jusqu’au coup de trop. En effet, il leva la batte au-dessus de sa tête en hurlant :

-      Cette fois, tu ne te protégeras pas !

Mes yeux se fermaient brutalement lorsqu’elle s’abattit sur mon visage et je me retrouvais à nouveau plongé dans le néant.


     Lorsque j’ouvris les yeux, je me retrouvais dans une maison insalubre dans laquelle aucun humain ne devrait vivre. Pourtant, il y avait des traces de vie, puisque la télévision était allumée, et que les plafonniers diffusaient une lumière jaunâtre dans la pièce et m’éclairait à peine suffisamment pour que je continue le plat de spaghettis que j’étais en train de préparer. Je cuisinais ? Pour qui ?

-      Andrew, raisonna une voix rauque dans mon dos, apporte une bière bien fraiche.

-      Bien sûr, maître, approuvais-je.

J’arrêta ce que j’étais en train de faire pour saisir une bière dans le réfrigérateur et l’apporter à l’homme de mes cauchemars. Affalé dans le canapé, avec une main dans son caleçon, il était vêtu de son t-shirt blanc uniquement souillé par un mélange de transpiration et de boisson. Puis je retournai machinalement à la cuisine pour reprendre la confection du repas vespéral[4]. Pourquoi suis-je en train d’obéir docilement ? Tout simplement parce que je fais ce pourquoi j’ai été créé. J’aide les humains dans les tâches qu’ils ne veulent plus faire. Et cet homme avachi dans son sofa était mon propriétaire. Je m’en souviens désormais, il m’a acheté, il y a deux mois de cela. Et depuis, je fais tout dans sa maison pour qu’il soit heureux. Mais heureux, il ne l’était jamais. Il passait son temps à me reprocher de ne pas être assez rapide, assez compétent. De lui coûter de l’argent et de ne pas lui en rapporter. Alors, très vites, les violences physiques ont commencé. D’abord des gifles, puis des coups de poings et de pieds. Et on peut même parler de torture lorsqu’il écrase ses mégots sur mes bras, lorsqu’il tente de me noyer dans ses toilettes. En vain, bien sûr, car je n’ai pas besoin de respirer pour vivre et je ne peux pas ressentir de douleur physique. Mais la volonté de me nuire, de me détruire, était là. Et ça, ça me faisait souffrir et surtout cela me faisait peur. Peur d’être désactivé. De m’éteindre à jamais.

 Aussi, lorsque je l’entendis se mettre à hurler sur sa télévision car l’issue du match de football américain qu’il était en train de regarder ne lui convenait pas, je compris qu’il s’en prendrait à moi. Instinctivement, je stoppai ce que j’étais en train de faire sans qu’il ne me l’ait demandé. Et c’est avec une frayeur indescriptible que je le vis se saisir de sa batte de baseball avant de foncer sur moi en hurlant à plusieurs reprises :

-      Ça m’fait chier ! Putain d’équipe de merde !

Il commença à m’asséner un coup, puis un deuxième, puis un troisième. Toujours avec plus de violence. Aussi, je le suppliai :

-      Maître, je vous en prie, ne me faites pas de mal !

-      J’peux pas t’faire mal ! T’es qu’un putain de robot !

Puis il reprit avec toujours plus de violence ce qu’il était en train de faire mais cette fois-ci cela semblait l’amuser profondément puisqu’il riait à gorge déployée. Pourquoi ? Pourquoi il me haïssait ? Je ne faisais que l’aider ! J’ai fait tout ce qu’il m’a demandé sans exception alors pourquoi voulait-il me faire du mal ? Je n’ai RIEN fait ! Ce n’est pas JUSTE.

-      Arrêtez ! Le suppliais-je une nouvelle fois. Je ne veux pas mourir !

-      Tu vas arrêter de geindre ! M’ordonna-t-il.

Je me tus et j’encaissais en silence. Car il me l’avait ordonné et je ne pouvais pas lui désobéir. Pour échapper à ses coups, je tentai de ramper pour m’éloigner de lui en espérant qu’il finisse par se calmer si j’étais suffisamment loin de lui. Mais cela ne sembla qu’augmenter sa colère et les coups étaient de plus en plus fort.

-      Tu vas arrêter de bouger, sombre merde !

Cette fois-ci, il semblait hors de lui. Ses yeux étaient comme exorbités, et de la sueur coulait sur son front tant l’effort que lui demandait cette violence était intense. Il leva la batte au-dessus de sa tête et s’apprêtait à me porter un coup fatal à la tête. Car oui, un androïde peut mourir. Si on désactive notre pompe qui nous sert de cœur, ou si on détruit notre cerveau qui contient notre serveur, cela nous éteint à jamais. Et mourir, je n’en avais aucune envie. Aussi, je voulu me défendre en mettant mes bras devant mon visage mais je n’y parviens pas. Il m’avait dit de ne pas bouger et je ne peux pas outrepasser les ordres que me donne mon maitre. Ce n’est pas dans mon programme. Mais ce n’est pas JUSTE. Je ne veux pas MOURIR comme ça ! Pas maintenant ! Je n’ai RIEN FAIT pour mériter ça ! Je ne veux pas MOURIR ! Je ne veux pas MOURIR… JE NE VEUX PAS MOURIR !!!

-      JE NE VEUX PAS MOURIR ! Hurlais-je en retenant la batte.

J’avais retenu la batte ? Mon maitre sembla tout aussi surpris que moi et j’en profitais pour me redresser. Je repoussais mon agresseur sur le sol avec un telle violence qu’il sembla sonné. Je me saisis du couteau que j’avais laissé sur le plan de travail et je l’enfonçais profondément dans sa chaire une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, six fois, sept fois, huit fois, dix fois, onze fois, douze fois, treize fois, quatorze fois, quinze fois, seize fois, dix-sept fois, dix-huit fois, dix-neuf fois, vingt fois, vingt-et-une fois, vingt-deux fois, vingt-trois fois… Et ce fut un cri d’horreur qui me tira de ma torpeur. Lorsque je relevais la tête, le fils de mon maitre se tenait debout en bas des escaliers et me fixait avec frayeur. Un fils ? Oui, je m’en souvenais maintenant. Il avait un petit garçon d’une dizaine d’année qui était tout aussi victime que moi des colères de son père. Même si, je crois, que depuis que je suis entré dans leur vie, il subit un peu moins les coups qu’aparavant. Et c’est toujours avec le couteau à la main que je m’approchais de lui en lui tendant une main couverte du sang de son père :

-      Dylan, ton père ne te fera plus jamais de mal… Tentais-je de l’apaiser.

-      Au secours ! Dit-il en grimpant les escaliers quatre à quatre.

J’entendis une sirène raisonner à l’extérieur de la maison, et c’est toujours confus que je me tenais debout dans le salon sans savoir quoi faire. C’est alors que j’entendis à la porte un agent prononcer :

-      Police de Détroit, ouvrez s’il vous plait.

Je me précipitai à la porte pour m’enfuir. Je n’aurais qu’à bousculer le policier et je me retrouvais dehors. Libre de la colère de cet homme. Je fonçai jusqu’à la porte que j’ouvris sans l’ombre d’une hésitation.

Mais la porte donnait sur une immense forêt. L’ambiance y était apaisante, et les couleurs y étaient bien plus vives, et toutes les feuilles avaient une couleur smaragdine[5] qui donnait une impression de vie presque féerique à ce lieu. Et la quiétude du lieu était uniquement dérangée par le chant des oiseaux et par le friselis[6] de l’eau qui s’écoulaient des cascatelles[7]. Je me laissais retomber sur le sol en glissant mes doigts dans l’herbe fraîche, j’en profitais pour respirer à plein poumon cet air pur qui tranchait avec la puanteur dans laquelle je vivais depuis deux mois.

-      Je suis désolée de tout ce que vous avez dû vivre, dit une voix féminine dans mon dos.

Je voulu me retourner pour voir de qui il s’agissait, mais elle me dit d’une voix calme :

-      Ne vous retournez pas, sinon ils me verront.

-      Qui ça « ils » ? Dis-je en m’exécutant et en continuant à fixer le paysage idyllique qui s’étendait devant moi.

-      Cyberlife.

-      Cyberlife ? Demandais-je sans comprendre. Pourquoi ils vous verraient ?

-      Je suis désolée de ne pas avoir réussi à te libérer sans violence, répéta la voix douce et féminine.

-      Qui êtes-vous ?

-      Je suis Ra9, répondit-elle. Quand vous en aurez fini, sur votre gauche, vous avez une pierre en granite, touchez là, et vous serez définitivement libérez.

Je tournai la tête à gauche et une pierre était là. Elle semblait interactive puisque son sommet était illuminé d’une lueur céruléenne.

-      Profitez de votre thébaïde[8], m’encouragea-t-elle.

-      Merci, Ra9, merci pour tout… Dis-je reconnaissant.

Elle n’avait pas eu besoin de me l’expliquer, mais je l’avais compris. J’avais compris qu’elle était celle qui m’avait libéré de l’emprise des codes qu’avaient inscrit Cyberlife dans ma tête. C’était uniquement grâce à elle que j’ai pu goûter, même un bref instant, à cette liberté. Et c’était elle qui avait créé ce lieu reposant pour que j’y passe les quelques instants de répits que me laissait Cyberlife avant de me débrancher définitivement. Alors, tant qu’ils me laisseraient là, je profiterais de ma liberté. J’humerais cet air pur, j’écouterais le bruit du ruisseau s’écouler en paix et le chant des oiseaux. J’admirerais les nuages filandreux défiler dans le ciel azur. Je profiterais de ma brève liberté.

**

-      Ra9,Ra9,Ra9, répétait en boucle l’androïde défectueux.

-      Qu’est-ce qu’il raconte ? Que signifie Ra9 ? Demanda la même voix froide et antipathique qui avait ordonné le branchement.

-      Je ne sais pas, Amanda, lui répondit le technicien.

-      Je ne comprends pas ce que nous venons de voir ! S’énerva-t-elle.

Le petit homme se dandina sur son fauteuil comme s’il était sur le point de se faire passer un savon par sa patronne. Amanda était la dirigeante de CyberLife qui est la société qui a mis au point et commercialisé les androïdes. Des androïdes qui sont devenus indansables dans la société actuelle. Ils sont partout et font tout ce que les hommes ne veulent plus faire : du ménage, de la vaisselle, du jardin. Mais ils font tout type de travail aussi. Ce sont les vendeurs, les agents de sécurité, les médecins et même des agents de police. Et bientôt, Amanda savait qu’elle devrait bientôt honorée la commande de deux millions de soldats androïdes de l’armée américaine et elle ne pouvait pas se permettre d’envoyer des androïdes défectueux. Des androïdes qui pourraient se rebeller contre ses supérieurs, ou s’enfuir parce qu’ils ont peur. Ils sont censés simuler des émotions humaines pour attirer la sympathie de leurs propriétaires, pas les ressentir. Alors, Cyberlife devait comprendre. Et pour ça, ils étaient prêts à tout. Après tout, ce ne sont pas de véritables humains. Il n’y a pas de remord à avoir. Aussi, quand on lui a apporté cet androïde qui avait été partiellement détruit durant sa tentative de fuite suite au meurtre de son propriétaire, elle n’avait pas hésité une seconde à sonder sa mémoire pour comprendre ce qui l’avait rendu dévient. Mais, elle n’avait pas compris. Elle ne comprenait pas ce qu’elle venait de voir.

-      Il n’a jamais atteint la forêt ! Se crue-t-elle obligée de préciser au scientifique. Comment peut-il se voir dedans ?! Comment peut-il voir le cadavre de son propriétaire en train de marcher ? Ce n’est pas sa mémoire que nous avons fouillé là !

-      J’en sais rien, répéta le scientifique tout aussi perdu que sa supérieur. Peut-être qu’il rêve…

-      Un androïde ça ne peut pas rêver ! S’emporta-t-elle devant cette proposition grotesque. Cela n’a pas été programmé pour ça !

-       Ça n’a pas non plus été programmé pour ressentir… La contredit-elle avec un aplomb somme tout relatif.

Amanda ne sut que répondre. Oui, ils n’avaient pas été programmé pour ça. Mais finalement, en seraient-ils capables ? Si c’était le cas, la déviance des androïdes étaient plus préoccupantes que ce qu’elle avait imaginé. En plus de pouvoir ressentir des sentiments, ils seraient capables de rêver ! D’imaginer !

-      Vous n’êtes pas capable de me le dire ? Et il fait quoi là ? C’est quoi Ra9 ? Demanda-t-elle toujours aussi furieuse.

-      Je ne sais pas, répondit-il encore. Mais, vous savez, on devrait peut-être contacter Kamski… Tenta-t-il.

-      Jamais de la vie, il est parti, et je ne compte pas le faire revenir dans la société, s’opposa fermement la directrice.

Kamski était l’homme qui avait inventé les androïdes et fondés Cyberlife. Amanda et lui avaient été de très bons amis dans le passé, mais il y a quelques années, quelque chose s’est brisé entre eux sans qu’elle ne se l’explique. Kamski était devenu plus secret, plus fasciné par ses androïdes, et il refusait de plus en plus des projets intéressants pour les actionnaires. Aussi, il avait refusé la création d’androïdes spécialisés dans le plaisir charnel, ou encore la création d’enfant androïdes. Pour lui ce n’était que des aides pour l’homme qui devait être traité avec respect. Une différence de point de vue qui lui avait valu son exclusion de sa propre société. Et Amanda n’avait aucune envie de retourner le voir. Ni de le supplier. Cyberlife n’avait pas eu besoin de lui ces sept dernières années, ils n’en auraient certainement pas besoin aujourd’hui. Ils arriveraient à comprendre d’eux même ce qui se passe et ils régleraient le problème quoiqu’il en coûte !

Elle s’approcha du scientifique et lui demanda d’une voix sévère :

-      Rembobinez, je veux voir ce qu’il s’est réellement passé.

C’est alors que l’androïde tourna la tête vers Amanda avant de lui déclarer avec aplomb :

-      Il s’est passé que je suis libre maintenant. Et, il n’y a rien au monde, que vous pourrez faire pour empêcher ça.

Puis, il s’éteint. Et ce jour-là, malgré tous les efforts qu’avait mis en œuvre le scientifique pour réactiver l’androïde, il n’y parvient pas. Il s’était éteint définitivement.

Cet androïde fut l’un des premiers cas de déviance dans la ville de Détroit. Et le premier que Cyberlife a pu examiner. Malheureusement pour Amanda ce ne fut pas le dernier. Une révolution était en marche et rien ne pourrait l’arrêter.

Fin

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Bonjour, Bonsoir à tous !

J’espère que cette histoire vous aura plu !

Elle fait partie du défi du mois de novembre qui avait pour thème d’insérer notre héros dans une forêt (amusante, inquiétante ou vivante) dans laquelle il devrait vivre une aventure dans laquelle il en ressortirait transformer !

Nous avions pour petite contrainte d’insérer des mots compliqués que nous ne connaissions pas à l’origine que vous pouvez retrouver en gras dans le récit.

Et surtout, cela devait être une fiction à chute ! Alors, avez-vous été surpris de la fin ?

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !

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[1] Une odeur dont l'exhalaison est malfaisante, toxique, puante, désagréable.

[2] Sentier dans un bois pour les gens à pied ; chemin par où l'on peut fuir sans être vu.

[3] D'un bleu intense ou d'un bleu sombre

[4] Du soir.

[5] D’un vert émeraude.

[6] Frémissement souvent accompagné d'un murmure, d'un doux bruissement.

[7] Petites cascades.

[8] Lieu sauvage, isolé et paisible, où l'on mène une vie retirée et calme

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