JE SUIS VIVANT

Chapitre 44 : L’absence d’Anderson.

Par Joy69

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L’absence d’Anderson



Cinq jours avaient passé.


Cinq jours depuis que Fowler avait ramené Hank chez lui avant que celui-ci ne s’effondre complètement quelque part dans le Michigan.


Dans le commissariat, les vieux climatiseurs ronflaient au plafond dans un vacarme continu, brassant un air tiède qui sentait le café froid, les écrans surchauffés et les journées trop longues.


Depuis son bureau vitré, Jeffrey Fowler observait Connor.


L’androide était assis à son poste comme chaque jour.


Impeccable.


Silencieux. Concentré.


Ses doigts glissaient avec précision sur l’écran tactile tandis que les néons accrochaient parfois des reflets pâles sur son visage.


Mais quelque chose avait changé.


C’était discret. Presque invisible.


Et pourtant Fowler le voyait.


Connor relevait plus souvent les yeux vers les portes du commissariat. Il restait parfois immobile plusieurs secondes après avoir terminé une tâche, comme si une partie de lui attendait inconsciemment l’arrivée de quelqu’un.


Hank.


Le capitaine sentit une lassitude sourde lui comprimer lentement la poitrine parce qu’il savait exactement pourquoi le déviant attendait.


Et il savait aussi pourquoi Hank ne revenait pas.


Ces cinq derniers jours avaient confirmé ce qu’il craignait déjà depuis le motel : Hank allait beaucoup plus mal qu’il ne voulait bien l’admettre.


Physiquement, les médecins avaient fait leur travail : Arcade recousue. Côtes stabilisées. Antidouleurs prescrits.


Mais le problème n’avait jamais réellement été physique.


Fowler le voyait chaque nuit dans sa propre maison.


Les insomnies. Les silences.


Cette manière qu’avait Hank de rester assis dans le noir complet avec une tasse de café froid entre les mains pendant des heures sans bouger.


Parfois le capitaine se réveillait vers trois heures du matin et trouvait encore la lumière de la cuisine allumée. Il était là. Le regard perdu quelque part très loin derrière les murs.


Et quand Connor était évoqué… Quelque chose se refermait immédiatement en lui.


Le mouvement de l’androïde dans l’open-space tira finalement Fowler de ses pensées.


Il venait de se lever.


Connor traversa calmement les bureaux avant de s’arrêter devant la porte entrouverte.


« Capitaine. »


Il releva les yeux.


Et pendant une fraction de seconde, quelque chose ressemblant presque à de la culpabilité traversa son visage.


Parce qu’il savait déjà ce que Connor allait demander.


« Le lieutenant Anderson a-t-il donné des nouvelles concernant son retour ? »


La voix était neutre. Parfaitement contrôlée.


Mais Fowler remarqua immédiatement cette attente silencieuse dans son regard.


« Il a dû prolonger son congé pour gérer une urgence personnelle. »


Mensonge.


Ou plutôt… Une version tellement incomplète de la vérité qu’elle en devenait presque pire.


Connor resta parfaitement immobile.


« Une urgence personnelle ? »


Fowler hocha lentement la tête en feignant l’agacement du supérieur hiérarchique mal informé.


« Ouais. J’en sais pas beaucoup plus. »


Mensonge encore.


Le capitaine sentit immédiatement le malaise lui remonter dans la gorge.


Parce qu’il détestait ça.


Mentir à Connor lui donnait l’impression étrange de trahir quelqu’un qui ne lui avait pourtant rien demandé d’autre que la vérité.


Et le pire… C’était le regard de l’androïde qui l’observait maintenant avec une attention silencieuse devenue presque inconfortable.


Fowler connaissait suffisamment le RK800 pour savoir ce qui se passait derrière ces yeux fixes.


Analyse thermique. Micro-expressions. Variation cardiaque. Respiration.


Connor était littéralement en train de vérifier s’il mentait.


Pendant une seconde, aucun des deux ne parla.


Puis le déviant cligna lentement des yeux.


Et Fowler comprit immédiatement.


Il savait.


Pas la vérité.


Mais il savait que quelque chose sonnait faux.


Il ne releva pourtant rien.


Pas une accusation. Pas une remarque.


Seulement ce très léger ralentissement dans sa posture. Comme quelque chose qui se refermait discrètement à l’intérieur de lui.


Et cette réaction-là toucha Fowler beaucoup plus durement qu’il ne l’aurait cru.


Parce qu’il ne voyait ni colère ni frustration dans ses yeux.


Seulement… De la peine.


Une peine silencieuse. Contrôlée.


Presque digne.


Comme quelqu’un qui réalisait qu’on l’écartait volontairement de quelque chose d’important sans comprendre pourquoi.


« Je vois. »


Connor resta silencieux quelques secondes supplémentaires avant de demander :


« Savez-vous quand il reviendra ? »


Cette fois, Fowler hésita brièvement avant de répondre :


« Non. »


Pour une fois, ce n’était pas totalement faux.


Parce qu’au fond… Lui-même ignorait combien de temps Hank resterait enfermé dans cette spirale avant d’accepter de revenir.


Connor hocha doucement la tête.


Puis, après une courte pause :


« A-t-il demandé à me parler ? »


Cette question heurta Fowler de plein fouet.


« Non. »


Et immédiatement, il vit la blessure discrète traverser les yeux de Connor.


Pas de manière spectaculaire. Pas théâtrale.


Juste… Cette très légère chute dans son regard. Cette infime rigidité dans sa mâchoire.


Et Fowler comprit soudain quelque chose d’extrêmement simple : ce n’était pas seulement l’absence de Hank qui lui faisait mal.


C’était d’être tenu à distance sans explication.


D’être exclu.


« Je comprends. »


Mais non. Il ne comprenait pas encore.


Et c’était précisément ce qui rendait tout ça si insupportable.


« Merci, Capitaine. »


Puis il retourna simplement à son poste.


Sans protester. Sans insister.


Et Fowler se sentit immédiatement coupable.


À travers les vitres de son bureau, il regarda l’androïde retraverser lentement l’open-space avant de reprendre sa place sous les néons blancs.


Quelque chose dans son attitude avait changé.


Cette façon qu’il avait désormais de fixer son écran une fraction de seconde trop longtemps avant de recommencer à travailler.


Connor avait compris qu’on lui cachait quelque chose.


Et le pire… C’était qu’il avait accepté le mensonge sans protester.


Fowler passa lentement une main sur son visage fatigué.


Merde.


Il détestait cette situation.


Et il se détestait lui-même d’être en train de devenir le gardien de ce silence absurde.


Parce qu’au fond… Connor avait le droit de comprendre.


Mais Hank avait aussi le droit de garder sa douleur pour lui.


Et entre ces deux vérités incompatibles, Fowler avait l’impression d’étouffer depuis cinq jours.


Il avait besoin d’air.


Besoin de nicotine.


--------


Dehors, le parking du commissariat continuait de diffuser la chaleur accumulée toute la journée. L’air sentait l’asphalte brûlé.


À l’extrémité de la zone fumeur, Gavin Reed était adossé contre le grillage métallique.


Une cigarette au coin des lèvres. Téléphone dans une main.


Et pour une fois… L’inspecteur semblait avoir complètement oublié le reste du monde.


La lumière bleutée de son écran éclairait faiblement son visage dans la pénombre du parking.


Son pouce glissait rapidement sur le clavier tactile avant de s’arrêter.


Effacer une phrase.


La réécrire autrement.


Hésiter. Envoyer finalement.


Puis un petit sourire lui échappa malgré lui.


Un vrai sourire.


Bref. Presque embarrassé.


Le genre d’expression que personne ne lui connaissait réellement.


Julia.


Évidemment.


Depuis sa dernière visite avec Connor, Gavin gravitait beaucoup trop souvent autour du labo technique pour que ce soit innocent.


Et le plus ironique dans tout ça… C’était probablement qu’il semblait lui-même totalement dépassé par ce qui lui arrivait.


Alors il compensait comme toujours :


Sarcasme, arrogance, remarques déplacées.


Mais seul dans la chaleur du parking, téléphone en main… Il ressemblait simplement à un type un peu paumé qui essayait maladroitement de parler à quelqu’un qui lui plaisait réellement.


Le bruit lointain de la ville vibrait doucement autour d’eux. Des sirènes résonnaient quelque part dans Downtown. Un hélicoptère passait très haut au-dessus des immeubles. Et dans l’air lourd du soir, la fumée de cigarette montait lentement sans presque se disperser.


Quand Fowler sortit à son tour, Gavin leva vaguement les yeux.


À peine.


Puis retourna immédiatement à son téléphone avec ce même air distrait.


Le capitaine ne sembla même pas le remarquer, trop absorbé par ses propres pensées.


Il descendit lentement les marches métalliques avant de sortir son paquet de cigarettes. Le briquet claqua. Une lueur orange éclaira brièvement son visage marqué par la fatigue.


Fowler inspira profondément.


Longtemps.


Comme quelqu’un qui essayait de calmer quelque chose à l’intérieur de lui. Puis il s’éloigna naturellement de quelques mètres avant de composer un numéro qu’il connaissait par cœur.


Gavin n’y prêta pas attention.


Julia venait d’envoyer une nouvelle réponse. Quelque chose à propos d’un café après le service demain.


Simple. Presque banal.


Et pourtant son cerveau semblait complètement incapable de penser à autre chose.


Il relut le message deux fois.


Puis un sourire idiot menaça encore de revenir.


« Hank ? »


En entendant le prénom, Gavin releva légèrement les yeux sans quitter complètement son téléphone.


« Tu as mangé quelque chose aujourd’hui ? »


Silence.


Puis Fowler souffla lentement une traînée de fumée dans l’air chaud.


« Non, le café noir ça compte toujours pas comme un repas... »


L’inspecteur fronça légèrement les sourcils.


Étrange.


Très étrange.


Le capitaine recommença à marcher lentement, cigarette entre les doigts. La braise rouge apparaissait puis disparaissait au rythme de ses inhalations nerveuses.


« T’as repris tes antidouleurs ? »


Le ton contenait maintenant une fatigue nerveuse que Gavin ne lui connaissait pas.


« Parce que tes côtes vont pas se ressouder toutes seules si tu continues à faire le con ! »


Cette fois, Gavin abaissa complètement son téléphone.


Côtes ?


Le capitaine poursuivit :


« Non, pas question. Tu restes encore chez moi ce soir. »


Le détective cessa complètement d’écrire.


Chez lui ?


Le silence chaud du parking sembla soudain beaucoup plus lourd.


« Parce que j’te connais assez pour savoir qu’à la seconde où t’es seul tu recommences à boire jusqu’à t’effondrer. »


Cette phrase provoqua un léger malaise chez Gavin. Parce qu’elle sonnait moins comme une remontrance que comme quelque chose déjà vécu beaucoup trop souvent.


Comme une vieille habitude d’épuisement et de surveillance.


Fowler écrasa distraitement un peu de cendre au sol.


« Non… il sait rien. »


Cette fois, toute l’attention de Gavin se fixa immédiatement sur la conversation.


« Parce que je respecte encore ce que tu veux. »


Long silence.


« Mais Connor commence à poser des questions, Hank. »


Pourquoi l’androide était-il au centre de tout ça ?


Fowler reprit plus bas :


« Et honnêtement… j’sais pas combien de temps ça va tenir avant qu’il comprenne qu’il se passe quelque chose. »


Gavin resta parfaitement immobile maintenant.


Sa cigarette se consumait lentement entre ses doigts sans qu’il y prête attention.


« Tu peux pas continuer à porter ça tout seul. »


Nouveau silence.


Et enfin :


« T’es en train de refaire exactement la même chose qu’après Cole. »


Le nom heurta Gavin de plein fouet.


Il sentit quelque chose ralentir dans sa poitrine…


« Et cette fois y a Connor au milieu de tout ça. »


Hein ?


C’est quoi cette histoire ?


Quelques minutes plus tard, Fowler raccrocha finalement.


Le silence retomba aussitôt sur le parking étouffant. Le capitaine resta immobile un moment, téléphone encore serré contre sa paume, comme s’il n’avait plus vraiment l’énergie de retourner immédiatement à l’intérieur.


La braise de sa cigarette rougit une dernière fois avant qu’il n’expire lentement la fumée.


Il passa une main sur son visage marqué avant d’écraser son mégot sous sa chaussure. Puis il tourna finalement les talons vers les portes du central sans même remarquer Gavin dans l’ombre près du grillage.


La porte métallique claqua doucement derrière lui.


L’inspecteur resta immobile.


Le téléphone toujours dans sa main. L’écran de conversation avec Julia encore ouvert.


Elle venait d’envoyer autre chose.


Une blague probablement ou le lieu du rendez-vous pour demain.


Normalement il aurait souri et relu chaque mot trois fois comme un adolescent débile incapable de croire qu’une fille comme elle accepte réellement de passer du temps avec lui.


Mais son cerveau était ailleurs maintenant.


Complètement ailleurs.


Le détective fixa quelques secondes les messages sans réellement les voir avant de verrouiller son écran.


Quelque chose ne collait plus du tout.


Pourquoi Fowler mentait-il à Connor ?


Pourquoi Hank refusait-il manifestement de lui parler ?


Et surtout… Pourquoi le capitaine avait-il évoqué Cole ?


Cette dernière pensée resta suspendue quelques secondes dans son esprit.


Il sortit finalement une dernière bouffée de fumée avant d’écraser sa cigarette à son tour.


Pour la première fois depuis longtemps… Hank Anderson ne lui apparaissait plus seulement comme le vieux lieutenant instable.


Et Connor ne ressemblait plus totalement à une machine non plus.


Quelque chose se jouait entre eux.


Quelque chose d’assez grave pour pousser Fowler à couvrir Hank. À mentir. À héberger un homme manifestement en train de replonger.


Et plus Gavin essayait d’assembler les morceaux… Moins il comprenait.


Finalement, il repoussa le grillage dans son dos avant de retourner vers le central. La fraîcheur artificielle de la climatisation lui frappa immédiatement le visage lorsqu’il rentra.


Le brouhaha du commissariat reprit autour de lui : Appels téléphoniques. Radios. Salle d’attente.


Mais Gavin n’écoutait déjà plus vraiment.


Presque instinctivement, ses yeux retrouvèrent Connor.


L’androïde travaillait toujours.


Même posture impeccable. Même calme apparent.


Pourtant, maintenant que Gavin savait que Fowler lui avait menti… Quelque chose dans cette scène lui paraissait soudain beaucoup plus triste.


Le déviant releva finalement légèrement les yeux.


Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde.


Et l’homme eut cette sensation étrange, profondément dérangeante, qu’il avait déjà compris qu’on le tenait volontairement à l’écart.


Sans savoir pourquoi.


-------



« Reed. Le capitaine veut te voir. »


L’un des officiers de permanence venait de s’arrêter près de son bureau avec cette expression résignée des types qu’on envoyait transmettre les ordres à sa place.


Son regard dériva malgré lui vers le bureau vitré de Fowler au fond de l’open-space.


Et immédiatement, Gavin repensa au coup de téléphone entendu dehors un peu plus tôt.


Quand il entra finalement, son supérieur ne releva pas immédiatement les yeux.


Il était appuyé contre son bureau, une main crispée autour de ses lunettes, l’autre perdue parmi plusieurs rapports ouverts.


Il avait l’air d’avoir vieilli brutalement en quelques jours.


Et soudain, Gavin remarqua quelque chose qu’il n’avait jamais réellement pris le temps d’observer auparavant :


La solitude.


Le bureau entier en portait les traces.


Aucune photo récente. Aucun objet personnel hormis une vieille photographie coincée entre deux dossiers où l’on distinguait vaguement Fowler plus jeune avec deux adolescents souriants.


Ses enfants.


Gavin savait qu’ils vivaient désormais en Floride.


Loin de Detroit.


Loin de leur père aussi.


Et les rares fois où Fowler en parlait, c’était avec cette distance étrange des gens qui savent qu’ils ont laissé trop de silence s’installer avec ceux qu’ils aiment.


Le divorce remontait à plusieurs années maintenant. Sa femme avait fini par partir après des décennies à supporter les horaires impossibles, les absences et cette fatigue permanente que le métier avait lentement incrustée en lui.


Depuis… Fowler vivait seul.


Enfin.


Pas totalement seul ces derniers jours.


« J’ai une affaire pour toi. »


Le ton était sec. Professionnel.


Le dossier atterrit lourdement devant lui.


Gavin l’ouvrit et immédiatement, son expression changea.


Photos. Rapports des pompiers.


Constatations médico-légales.


Les premiers clichés montraient un immense entrepôt industriel près des docks. Ou plutôt sa carcasse noircie.


Des structures métalliques rouillées.


Des gradins imimprovisés. Des traces de sang sur le béton fissuré. Des Zones brûlées par un incendie récent.


Gavin tourna plusieurs pages avant de s’arrêter brusquement sur une photographie.


Des androïdes.


Désactivés. Alignés contre un mur calciné comme des objets abandonnés après usage.


Certains présentaient des impacts visibles. Des pièces arrachées. Des articulations disloquées.


Mais surtout…


Autour de leurs cous apparaissaient d’épais colliers métalliques noircis par la chaleur.


Il fronça immédiatement les sourcils.


« C’est quoi ce délire… »


Fowler retira lentement ses lunettes avant de répondre :


« Les techniciens pensent que les colliers servaient à envoyer des décharges électriques. »


Gavin releva lentement les yeux.


« Un système de contrôle ? »


« Plus probablement de torture. »


Le silence qui suivit fut bref. Pesant.


Gavin continua de feuilleter le dossier.


Des cages métalliques. Une immense zone circulaire au centre de l’entrepôt.


Puis il comprit.


« Putain… »


Fowler hocha lentement la tête.


« Des combats clandestins d’androïdes. »


Le capitaine croisa lentement les bras.


« Les Black Vultures seraient impliqués dans l’organisation. »


« Les Vultures ? »


« Oui. »


Le ton de Fowler se fit légèrement plus grave.


« Trafic d’armes. Red Ice. Extorsion. Blanchiment. Ils récupèrent tout ce qui peut rapporter du fric dans les quartiers Est depuis des années. »


Gavin souffla sèchement du nez.


« Et maintenant ils organisent des putains de combats de gladiateurs synthétiques. »


« Apparemment ça rapporte beaucoup d’argent. »


Le détective secoua lentement la tête avant de reprendre les photos.


Plus il regardait les clichés, plus quelque chose devenait dérangeant.


« Combien de victimes ? »


« Quatre androïdes retrouvés désactivés sur place. Trois humains morts dans l’incendie. »


« Membres du gang ? »


« Il semblerait. »


Gavin referma lentement le dossier.


Et immédiatement, quelque chose l’agaça.


Parce qu’il connaissait exactement ce genre d’affaire.


Le genre qu’on confiait systématiquement à Hank et Connor.


« Attendez… »


Fowler ne répondit pas.


Ce qui confirma instantanément son intuition.


Gavin souffla sèchement du nez.


« Sérieusement ? »


Le capitaine soutint calmement son regard.


« Hank n’est pas là. »


La phrase tomba lourdement dans la pièce.


Simple. Factuelle.


Mais les deux hommes savaient parfaitement ce qu’elle signifiait réellement.


Le détective eut un rire bref.


« Donc quoi ? Je fais office de remplaçant maintenant ? »


« Temporairement. »


« Bordel, Capitaine… »


Fowler reprit calmement :


« Cette affaire implique des androïdes, mais aussi des humains. Un réseau criminel organisé. »


Puis il ajouta sans détour :


« Et contrairement à ce que tu sembles croire, Reed… je sais aussi que t’es un bon enquêteur. »


Le détective resta silencieux une seconde comme s’il ne s’attendait absolument pas à entendre ça sortir de la bouche de Fowler.


Le capitaine poursuivit :


« T’as peut-être un caractère de merde, mais t’es observateur, instinctif et tu sais travailler le terrain. »


Gavin eut un léger ricanement nerveux.


« Faites attention, Capitaine. Encore deux compliments et je vais croire que vous m’appréciez. »


Mais Fowler ne sourit même pas.


« Connor, lui, peut analyser une scène de crime plus vite que toute la scientifique réunie. »


Et voilà.


Gavin leva immédiatement les yeux au plafond.


« Évidemment. »


« Reed... »


« Non mais attendez deux secondes. Vous voulez vraiment m’envoyer dans un entrepôt avec le déviant le plus flippant du commissariat ? »


« Connor n’est pas flippant. »


« Il analyse les gens comme s’il pratiquait une autopsie mentale. C’est flippant. »


Malgré lui, quelque chose ressemblant presque à un sourire traversa brièvement le visage de Fowler.


Presque.


« Votre relation s’est suffisamment améliorée pour que vous soyez capables de travailler ensemble. »


Gavin eut un ricanement.


« Votre définition de “suffisamment améliorée” est franchement exagérée. »


Mais malgré son sarcasme, il comprenait déjà.


Connor n’était pas là uniquement pour l’affaire. Fowler essayait aussi de lui éviter de rester seul au central à attendre Hank.


L’inspecteur souffla longuement avant de récupérer le dossier.


« Je peux encore refuser ? »


« Non. »


« Formidable. »


Le Capitaine désigna la porte d’un mouvement du menton.


« Pars maintenant. »


Gavin quitta finalement le bureau.


L’open-space baignait toujours sous les néons blancs et le bourdonnement incessant des ordinateurs.


Connor était à son poste.


Silencieux. Concentré. Le visage éclairé par les reflets bleutés de son écran.


Pendant une seconde, Gavin hésita.


Puis il s’approcha finalement de son bureau.


Le déviant releva immédiatement les yeux vers lui.


Et bordel… Cette expression calme devenait de plus en plus difficile à considérer comme simplement artificielle.


Il resta planté devant lui quelques secondes avant de lâcher :


« Bon, détective androïde. T’as officiellement été réquisitionné. »


Connor cligna légèrement des yeux.


« Réquisitionné ? »


« Ouais. Félicitations. »


L’inspecteur fit tourner distraitement le dossier entre ses doigts avant d’ajouter avec un sarcasme fatigué :


« Fowler a décidé que ma soirée n’était pas encore suffisamment catastrophique sans ta présence. »


Connor pencha légèrement la tête.


« Dois-je en conclure qu’il s’agit d’une nouvelle enquête ? »


« Non. On part observer des oiseaux migrateurs sur les docks. »


Connor le fixa quelques secondes.


« Est-ce une tentative d’humour ? »


« Devine, petit génie... »


Puis il tourna déjà les talons.


« Viens. J’t’expliquerai l’affaire dans la voiture. »


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À suivre.








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