Lorsque Gavin reprit conscience, ce ne fut pas la douleur qui l’inquiéta en premier.
Elle était pourtant partout.
Une pulsation sourde lui traversait le crâne à intervalles réguliers, synchronisée avec les battements beaucoup trop rapides de son cœur, tandis qu’une brûlure plus profonde irradiait depuis ses côtes jusque dans son dos.
Son visage semblait avoir doublé de volume et chaque tentative pour bouger la mâchoire réveillait une douleur lancinante sous sa pommette gauche.
Il resta plusieurs secondes sans ouvrir les yeux, laissant son esprit émerger lentement du brouillard dans lequel on l’avait plongé. Sa bouche avait le goût métallique du sang séché et sa langue rencontra presque immédiatement une coupure sur la face interne de sa joue.
Il inspira.
L’air était humide, lourd, chargé d’une odeur de béton froid, de poussière et de métal.
Puis il ouvrit les yeux.
Une ampoule unique pendait au plafond au bout d’un câble noir.
Gavin fixa d’abord cette lumière, incapable pendant quelques secondes de comprendre ce qui le dérangeait autant.
Puis il regarda autour de lui.
Quatre murs en béton brut.
Une porte métallique.
Aucun mobilier à l’exception de la chaise sur laquelle il était installé.
Et surtout...
Aucune fenêtre.
Une sensation glaciale se répandit aussitôt dans sa poitrine.
Il resta parfaitement immobile, comme si le simple fait de bouger risquait de rendre cette constatation plus réelle.
La porte elle-même semblait presque hermétique, installée dans le mur sans laisser filtrer le moindre filet de lumière.
Pendant une fraction de seconde, Gavin eut l’impression absurde que les murs venaient de se rapprocher.
Il inspira plus profondément.
La douleur dans ses côtes protesta immédiatement.
« Putain... »
Sa voix lui parut anormalement rauque, presque étrangère.
Il tenta de se redresser.
Impossible.
Ce fut seulement à ce moment-là qu’il réalisa l’étendue de ses entraves.
Ses poignets étaient attachés derrière le dossier de la chaise avec plusieurs liens industriels si serrés qu’ils commençaient déjà à entamer la peau.
Ses chevilles avaient été solidement fixées aux pieds métalliques, tandis qu’une large sangle entourait son torse, l’empêchant de se pencher suffisamment pour exercer une quelconque pression sur les attaches.
Il testa discrètement la résistance de ses poignets.
Le plastique mordit immédiatement sa peau.
Il abandonna l’effort.
Ce n’était pas en se déchirant les mains qu’il sortirait d’ici.
La porte était importante.
Une pièce qui possédait une sortie n’était pas une tombe.
Il se répéta cette évidence jusqu'à ce que son souffle ralentisse.
Il la sentait.
Cette pression diffuse qui commençait derrière le sternum avant de remonter lentement vers la gorge.
L’impression que l’air devenait soudainement trop dense, trop rare, alors même que ses poumons continuaient parfaitement de fonctionner.
La claustrophobie n’avait jamais eu besoin d’être rationnelle.
Gavin avait passé suffisamment d’années à prétendre qu’elle n’existait pas pour savoir exactement comment elle fonctionnait.
Les ascenseurs bondés.
Les salles d’archives sans fenêtre.
Les tunnels techniques.
Il trouvait toujours une excuse pour sortir avant que quelqu’un ne remarque.
Une cigarette.
Un appel.
Une remarque désagréable lancée suffisamment fort pour que personne ne pose davantage de questions.
Il força ses épaules à se détendre.
Inspira lentement par le nez.
Quatre secondes.
Bloqua l’air.
Puis expira plus longtemps.
Une vieille technique apprise des années auparavant auprès d’un psychologue du département qu’il avait passé la moitié de la séance à insulter intérieurement.
À l’époque, il avait trouvé l’exercice ridicule.
Maintenant, il s’y accrocha comme à une bouée.
Son regard choisit trois points fixes dans la pièce.
La serrure.
L’ampoule.
Une fissure verticale dans le mur opposé.
Trois éléments concrets.
Tant qu’il pouvait les regarder, les murs ne bougeaient pas.
Il allait recommencer une séquence de respiration lorsqu’un bruit, de l’autre côté de la porte, attira soudain son attention.
Des pas.
Deux personnes.
Gavin se figea immédiatement.
Ses épaules restèrent relâchées, mais toute sa concentration se reporta sur les sons du couloir.
Les voix étaient étouffées par l’épaisseur du battant.
Pas complètement.
Assez pour comprendre.
« …tu l’as vu ? »
Un rire masculin enthousiaste.
« Évidemment que je l’ai vu. Tout le monde en parle depuis qu’ils l’ont chopé. »
Un autre rire lui répondit.
Plus grave.
« Putain, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu une soirée pareille. »
Gavin redressa légèrement la tête.
Quelque chose dans l’intonation ne lui plaisait pas.
Ce n’était pas la voix d’un homme parlant d’une simple réunion. Il y avait une excitation presque fébrile derrière les mots.
L’impatience de quelqu’un attendant un spectacle.
« Y aura du monde ? »
« D’après ce que j’ai entendu, ouais. Beaucoup plus que d’habitude. Des types vont se déplacer de Chicago rien que pour ça. »
Un petit silence.
Puis :
« La patronne veut marquer le coup. »
Gavin sentit son regard se durcir.
À travers la porte, le premier garde reprit :
« Ça va rapporter une fortune. Un RK, bordel… Tu te rends compte ? Un foutu prototype CyberLife dans l’arène. »
Le sang de Gavin sembla se refroidir brutalement.
Connor.
Bien sûr.
Il retint instinctivement sa respiration.
L’autre homme eut un sifflement admiratif.
« Je pensais qu’elle allait le démonter et vendre les pièces. »
« T’es malade ? Ça vaut beaucoup plus intact. Les gens vont payer pour le voir combattre. »
Un rire bref.
« Surtout après avoir su que c’est un flic. »
Gavin serra lentement les dents.
Ses doigts se refermèrent derrière son dos malgré le tremblement encore léger qui commençait à les parcourir.
« Et l’autre ? »
La question provoqua chez Gavin une immobilité absolue. Le silence dans le couloir dura à peine une seconde.
Mais pour lui, elle sembla infiniment plus longue.
« Le vendeur ? »
« Le flic. »
Gavin sentit une tension froide lui traverser la nuque.
« Pourquoi ils l’ont pas encore buté ? »
Depuis son réveil, cette question restait tapie derrière toutes les autres :
Pourquoi respirait-il encore ?
Les Black Vultures savaient qu'il était flic et qu'il en avait déjà trop vu. S'ils l'avaient gardé vivant, ce n'était certainement pas par compassion.
Gavin tendit l’oreille.
La réponse tarda légèrement.
« Tu connais la patronne, c’est une tordue... t’imagine bien qu’elle a aussi un plan pour lui ce soir. »
« Ah... je vois... »
Un silence.
Puis l’autre comprit.
Son rire se fit différent.
Plus bas.
Plus mauvais.
« Putain. »
« Ouais. »
Gavin sentit quelque chose de glacé descendre le long de son dos.
Dehors, les gardes continuaient de discuter avec cette légèreté obscène des gens qui ne voyaient dans la souffrance à venir qu’un divertissement.
« J’espère qu’on sera près de l’arène. La dernière fois, j’étais coincé à surveiller les cages et j’ai rien vu. »
« T’inquiète. Ce soir, personne voudra rater ça. »
Leurs pas finirent par reprendre, d’abord clairement audibles puis de plus en plus étouffés à mesure qu’ils s’éloignaient dans le couloir. Quelques secondes plus tard, leurs voix disparurent entièrement et la cellule retrouva son silence.
Gavin resta longtemps sans bouger.
S’ils comptaient le sortir d’ici ce soir, ils commettraient nécessairement une erreur essentielle.
Ils le rapprocheraient de Connor.
Cette pensée suffit à faire apparaître sur ses lèvres fendues l’ombre d’un sourire.
Très bien.
Il jouerait le prisonnier battu aussi longtemps que nécessaire. Il les laisserait croire que les coups avaient fait leur travail, qu’il était suffisamment diminué pour ne plus représenter de menace.
Mais il regarderait tout.
Le nombre de gardes.
Le chemin jusqu’à l’arène.
Les sorties.
Gavin inspira profondément et sentit sa poitrine se desserrer légèrement.
« Très bien… »
Il fixa la porte avec une détermination froide.
« Venez me chercher. »
Il allait tenir jusque-là.
Il le fallait.
Ce fut précisément à cet instant qu’il remarqua que ses mains tremblaient.
Pas énormément.
Un frémissement discret, suffisamment faible pour qu’il ait pu l’attribuer à l’adrénaline quelques minutes auparavant. Pourtant, maintenant qu’il y prêtait attention, il reconnaissait la sensation avec une certitude immédiate.
Son sourire disparut.
Gavin baissa légèrement les yeux, même s’il ne pouvait évidemment pas voir ses mains attachées derrière lui, puis remua lentement les doigts.
Le tremblement persistait.
Une fine pellicule de sueur froide s’était également formée à la naissance de ses cheveux et dans son dos, contrastant désagréablement avec la chaleur étouffante de la cellule.
Son cœur battait encore trop rapidement, mais il devenait difficile de déterminer quelle part de cette accélération provenait de la claustrophobie, de la douleur, du stress… et quelle part avait une origine beaucoup plus familière.
Une sensation de creux venait également de s’installer au fond de son estomac.
Pas réellement de la faim.
Quelque chose de plus profond et de plus urgent, cette faiblesse particulière qu’il avait appris depuis longtemps à reconnaître.
Gavin ferma les yeux une seconde.
« Oh, fais chier… »
Son diabète.
Il tenta aussitôt de reconstruire mentalement sa journée. Il avait mangé avant de partir, oui, mais quand exactement ?
En fin d’après-midi, probablement.
Depuis, il y avait eu le trajet jusqu’à Delray, la tension de l’infiltration, puis l’affrontement extrêmement violent lorsque sa couverture avait été découverte.
Après cela, plus rien jusqu’à son réveil dans cette cellule.
Impossible de savoir combien de temps s’était écoulé.
L’absence de fenêtre, qui quelques minutes plus tôt nourrissait seulement sa claustrophobie, prit soudain une dimension autrement plus inquiétante.
Gavin ignorait combien d’heures s’étaient écoulées depuis sa capture.
Il déglutit.
Son taux de sucre descendait.
Pour l'instant, les signes restaient légers : sueur froide, faiblesse, tremblements.
Sa vision était claire et il réfléchissait encore normalement.
Mais il connaissait la suite.
Les pensées perdaient leur netteté.
Les gestes se faisaient maladroits et, si la glycémie continuait de chuter, le cerveau finissait par manquer de ce dont il avait besoin pour fonctionner correctement.
Dans n’importe quelle autre situation, il aurait corrigé le problème immédiatement.
Ici, il n’avait rien.
Pas de comprimés de glucose.
Pas même cette barre sucrée qu’il gardait et qui devait désormais se trouver quelque part avec le reste de ses affaires confisquées.
Il avait besoin de toute sa lucidité.
Une hypoglycémie pouvait lui retirer précisément cela.
Et il ignorait combien de temps il lui restait.
Son premier réflexe fut d’appeler les gardes.
Il l’étouffa presque aussitôt.
Non.
Révéler son état signifiait leur donner une information supplémentaire sur lui.
Une vulnérabilité parfaitement exploitable par des gens dont il venait justement d’entendre à quel point ils prenaient plaisir à transformer la faiblesse des autres en spectacle.
Il n’avait aucune intention de leur expliquer qu’ils pouvaient le mettre à genoux sans même avoir besoin de le toucher.
Pas tant qu’il avait le choix.
Alors Gavin inspira lentement et ramena son attention vers la porte.
Il devait tenir.
Conserver le plus d’énergie possible, éviter de lutter inutilement contre ses attaches et surtout ne pas laisser la claustrophobie accélérer davantage son rythme cardiaque.
Chaque parcelle de lucidité comptait désormais.
Il releva légèrement le menton.
La douleur déformait son visage, son œil gauche était presque fermé et une nouvelle goutte de sueur froide venait de glisser entre ses omoplates, mais quelque chose dans son expression demeurait obstinément intact.
Ils l’avaient frappé.
Ligoté.
Enfermé.
Ils avaient Connor.
Et maintenant son propre corps commençait à lui imposer un compte à rebours dont il ignorait la durée.
Cela compliquait les choses.
Cela ne les terminait pas.
Pas encore.
Gavin fixa longuement la porte métallique et attendit, attentif au moindre bruit provenant du couloir.
« Allez… »
Sa voix était basse.
« Tu restes debout. »
Techniquement, il était assis.
Le sarcasme lui arracha presque un sourire.
Bon signe.
Tant qu’il était encore capable de se foutre de sa propre gueule, tout n’était pas complètement parti en enfer.
Son regard retourna vers la serrure.
Ils allaient venir.
Il le savait maintenant.
Et lorsqu’ils ouvriraient cette porte, Gavin Reed serait prêt.
Ou aussi prêt qu’un homme ligoté, tabassé, claustrophobe et en train de faire une hypoglycémie pouvait raisonnablement l’être.
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Au même moment.
Le trajet jusqu’au central lui parut beaucoup plus court qu’à l’aller.
Lorsqu’il avait repris la voiture, il n’avait pas regardé l’heure. Il s’était contenté de démarrer, de quitter lentement les allées bordées d’arbres et de reprendre la direction de Detroit avec cette impression étrange d’avoir laissé quelque chose derrière lui sans parvenir à déterminer exactement quoi.
Pas Cole.
Jamais Cole.
Plutôt une partie du poids qu’il s’obstinait à traîner depuis des semaines.
Cela n’avait rien d’une guérison miraculeuse. Il ne se sentait ni particulièrement léger, ni débarrassé de cette douleur qui s’était installée quelque part sous ses côtes et qui n’avait finalement pas grand-chose à voir avec ses blessures. Ses pensées demeuraient désordonnées et il ignorait toujours ce qu’il allait dire à Connor lorsqu’il se retrouverait devant lui.
Mais pour la première fois depuis plusieurs jours, cette perspective ne provoquait plus chez lui le besoin immédiat de fuir.
Seulement de l’appréhension.
Une putain d’appréhension.
Plus il approchait du central, plus la conversation devant la tombe de Cole lui paraissait irréelle.
Là-bas, les mots étaient venus naturellement. Cole ne pouvait ni l’interrompre ni le regarder.
Connor, lui, le ferait.
Il faudrait affronter ces yeux bruns beaucoup trop attentifs et cette façon insupportable qu’avait l’androïde de rester parfaitement silencieux lorsqu’il essayait de comprendre quelque chose.
Hank resserra ses doigts autour du volant.
Il avait envisagé plusieurs manières de commencer.
Connor, faut qu’on parle.
Terrifiant.
Désolé d’avoir disparu pendant deux semaines.
Pathétique.
Salut, gamin. Désolé d’avoir fait une putain de crise existentielle parce qu’un milliardaire sociopathe m’a raconté que t’avais été fabriqué pour ressembler à mon fils mort.
Il eut un rictus.
Ouais.
Probablement pas celle-là.
Il soupira et sentit aussitôt ses côtes protester sous sa chemise.
« Putain… »
La douleur lui rappela qu’en plus de devoir expliquer son absence, il allait devoir justifier son état.
Son reflet dans le rétroviseur n’avait rien de particulièrement rassurant.
Connor allait le remarquer.
Évidemment.
Connor remarquait tout.
Cette pensée fit naître quelque chose d’étrangement chaleureux derrière son sternum.
Même ça lui avait manqué.
Les analyses incessantes.
Les remarques médicales dont il ne voulait pas.
Cette manière de pencher légèrement la tête lorsqu’une réponse ne lui paraissait pas suffisamment précise.
Hank secoua la sienne avec un sourire fatigué.
« J’suis vraiment foutu… »
Quelques minutes plus tard, le bâtiment du Département de Police apparut au bout de la rue.
Et le sourire disparut.
Il avait franchi ces portes des milliers de fois.
Bourré, épuisé, furieux.
Parfois les trois à la fois.
Jamais il n’avait hésité.
Aujourd’hui, si.
Hank gara son véhicule à sa place habituelle et coupa le moteur.
Autour de lui, le parking poursuivait son activité ordinaire. Des agents entraient et sortaient. Une voiture de patrouille quitta son emplacement. Deux policiers discutaient près des marches, gobelets de café à la main.
Personne ne prêtait attention à lui.
Et pourtant, Hank avait l’impression absurde que tout le monde saurait.
Les nuits passées chez Fowler.
La peur.
Cole.
Connor.
Il ferma brièvement les yeux.
« Allez… »
Il ouvrit la portière.
La chaleur extérieure l’enveloppa aussitôt et, lorsqu’il se redressa, une douleur aiguë lui traversa le flanc. Il dut prendre appui une seconde contre le toit de sa voiture avant qu’elle ne s’atténue.
Les portes du central s’ouvrirent devant lui.
La climatisation, les téléphones, les conversations : tout était exactement comme avant.
Cette banalité le déstabilisa davantage qu’il ne l’aurait cru.
Deux semaines, et le monde avait continué sans lui.
Quelques regards se tournèrent dans sa direction. Certains agents le saluèrent d’un mouvement de tête. Une jeune recrue qu’il connaissait à peine lui adressa un sourire hésitant avant de retourner à son écran.
Personne ne posa de question.
Cela lui convenait parfaitement.
Hank traversa lentement l’open-space, son regard parcourant les bureaux.
Un uniforme bleu.
Deux inspecteurs penchés sur un terminal.
Un androïde administratif près des archives.
Pas lui.
Hank continua.
Puis son bureau apparut.
La pile de dossiers qu’il avait laissée là plusieurs jours auparavant et que quelqu’un avait visiblement déplacée sur le côté.
Et juste en face…
Le poste de Connor.
Vide.
Hank ralentit.
Quelque chose retomba discrètement en lui.
Une petite déception presque enfantine qu’il trouva immédiatement stupide.
Évidemment que Connor n’allait pas nécessairement être assis là à attendre son retour.
Il travaillait.
Il avait probablement une enquête.
Ou il se trouvait au laboratoire.
« Évidemment… »
Quelqu’un leva alors la tête quelques bureaux plus loin.
Chris Miller.
Le policier mit une seconde à reconnaître la silhouette qui venait d’entrer.
Puis ses sourcils remontèrent franchement.
« Lieutenant ? »
Hank tourna la tête.
Chris abandonna immédiatement ce qu’il était en train de faire. Son expression passa rapidement de la surprise au plaisir sincère de le revoir avant de se figer lorsqu’il observa réellement son visage.
« Putain... »
Son regard descendit vers ses mains puis revint sur sa joue.
« Qu’est-ce qui vous est arrivé ? »
« Ravi de te revoir aussi, Chris. »
« Non, sérieusement. »
Le policier contourna légèrement son bureau.
« On dirait que vous avez essayé d’arrêter un camion avec votre tête. »
« Le camion a perdu. »
Chris le fixa.
Hank soutint son regard avec cette expression qui signifiait très clairement que la conversation n’irait pas plus loin.
Après quelques secondes, Miller comprit.
« D’accord… »
Son ton indiquait qu’il n’était absolument pas convaincu.
« Connor est où ? »
La question sortit plus rapidement qu’il ne l’aurait voulu.
« Il est parti sur une affaire. »
Hank hocha la tête.
Voilà.
Rien d’anormal.
Il sentit même une partie de la tension accumulée pendant le trajet retomber.
« Avec qui ? »
Chris retourna vers son écran.
« Reed. »
Cette fois, Hank resta silencieux.
Une seconde.
Puis deux.
« Reed ? »
Chris releva les yeux.
« Ouais. »
Hank contempla le bureau vide de Connor comme si celui-ci pouvait lui fournir une explication.
Puis un rire incrédule lui échappa.
« Gavin Reed ? »
« Aux dernières nouvelles, on n’en a qu’un. »
« Dieu merci. »
Cette fois, un véritable sourire tira légèrement sur la joue meurtrie de Hank.
« J’disparais deux semaines et Fowler fout Connor en binôme avec Reed ? »
Chris haussa les épaules.
« Apparemment. »
« Bordel, j’aurais dû revenir plus tôt. J’aurais payé pour voir ça. »
Il imaginait déjà Gavin supportant les analyses incessantes de Connor et Connor essayant méthodiquement de déterminer si chacune des insultes de Reed constituait une véritable menace ou simplement son mode de communication habituel.
Contre toute attente, l’image lui arracha presque un rire.
« Ils sont partis quand ? »
Chris réfléchit.
« Quelques jours. Ils travaillent sur une affaire impliquant des androïdes. Un entrepôt incendié du côté des docks, je crois. »
Hank hocha distraitement la tête.
Cela expliquait l’absence.
Une enquête.
Rien de plus.
« Ils sont encore sur le terrain ? »
« J’imagine. Je les ai pas vus revenir depuis un moment. »
Il ne semblait pas particulièrement préoccupé.
Et Hank ne le fut pas davantage.
« Bon. Si tu les vois avant moi, dis à Connor que son vieux partenaire est revenu. »
Chris sourit.
« Je lui dirai. »
Le lieutenant fit deux pas avant d’être interpellé.
« Et à Reed ? »
Il s’arrêta.
« Mes condoléances. »
Chris éclata de rire.
Le son accompagna Hank pendant quelques mètres et, étrangement, cela lui fit du bien.
Quelque chose ressemblait enfin à la normalité.
Pas complètement.
Mais suffisamment.
Il lui restait maintenant une autre personne à affronter.
Fowler.
Hank n'avait même pas eu le courage de le prévenir de son retour.
Il leva les yeux vers le bureau vitré.
Et ralentit.
Une femme se tenait devant son bureau, légèrement de profil.
Petite.
Cheveux noirs coupés courts.
Une blouse blanche recouvrait ses vêtements.
Julia Dawson.
Hank l’avait déjà croisée.
Assez pour reconnaître la technicienne récemment arrivée au central.
Mais quelque chose n’allait pas.
Elle se tenait les bras serrés contre elle, les épaules légèrement rentrées, le visage plus pâle qu’à l’ordinaire. Ses yeux demeuraient baissés vers le sol tandis que Fowler parlait.
Non.
Pas parlait.
Hank connaissait Jeffrey depuis suffisamment longtemps pour distinguer une conversation difficile d’une colère véritable.
Et Fowler était furieux.
Pas cette colère explosive qu’il déversait régulièrement sur ses inspecteurs lorsqu’un rapport disparaissait ou qu’une procédure n’avait pas été respectée.
Celle-ci était différente.
Contenue.
Beaucoup plus inquiétante.
Sa mâchoire était tellement crispée qu’un muscle battait contre sa joue. Une main reposait à plat sur son bureau, les doigts écartés comme s’il avait besoin de ce contact pour s’empêcher de faire quelque chose qu’il regretterait ensuite.
Dawson disait quelque chose.
Hank ne pouvait pas entendre à travers la vitre.
Il vit seulement Fowler fermer brièvement les yeux et passer une main sur son visage.
Ce geste-là lui fit perdre son sourire.
Parce qu’il le connaissait aussi.
Jeffrey ne faisait ça que lorsqu’il était dépassé.
Ou très inquiet.
Hank s’arrêta à quelques mètres de la porte et enfin leurs regards se croisèrent.
Pendant une fraction de seconde, le visage du capitaine changea complètement.
La colère disparut.
Ses yeux s’écarquillèrent légèrement.
Puis quelque chose ressemblant à un sourire apparut.
Rapide.
Presque incrédule.
Du soulagement.
Un soulagement si évident que Hank en demeura un instant décontenancé.
Jeffrey était heureux de le voir.
Mais le sourire ne dura pas.
À peine une seconde.
Quelque chose sembla revenir brutalement à l’esprit du capitaine.
Son expression se figea.
Puis ses traits se tendirent de nouveau.
Et cette fois, ce ne fut plus de la colère que Hank vit sur son visage. Ce fut quelque chose de beaucoup plus difficile à supporter.
Et Hank comprit.
Pas les faits.
Pas encore.
Mais son cœur venait d’accélérer sans raison apparente. Une pensée remonta alors dans son esprit.
Ils travaillent sur une affaire.
Puis une autre.
Je les ai pas vus revenir depuis un moment.
Et soudain, le bureau vide de Connor lui revint avec une netteté désagréable.
La chaise parfaitement rangée.
L’écran éteint.
L’absence qu’il avait trouvée presque amusante quelques minutes auparavant.
Quelque chose de froid descendit le long de sa colonne vertébrale.
Non.
Pas avant d'avoir une raison de penser au pire.
Hank reprit sa marche.
Plus rapidement.
La douleur de ses côtes avait disparu de sa conscience. Le commissariat autour de lui semblait s’être éloigné, ses bruits se transformant en une rumeur indistincte qui ne parvenait plus vraiment jusqu’à lui.
Fowler ne le quittait pas des yeux.
Et plus Hank approchait, moins il aimait ce qu’il lisait sur son visage.
Arrivé devant la porte vitrée, il posa la main sur la poignée et pendant une seconde, les deux vieux amis restèrent simplement face à face, séparés par quelques millimètres de verre.
Finalement, il entra.
Son regard passa de Fowler à Julia avant de revenir sur son ami.
Lorsqu’il parla, toute trace d’ironie avait disparu de sa voix.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Le Capitaine ne répondit pas tout de suite.
Et ce silence suffit à faire comprendre à Hank que, quelle que soit la réponse…
Il n’allait pas aimer l’entendre.
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À suivre.
Merci à vous, chers lecteurs.
J’espère que cette fanfiction vous procure toujours autant d’émotions après trois années de publication.
N’hésitez pas me laisser vos commentaires. Vos impressions m’importent énormément.
À très bientôt pour le chapitre 50.