JE SUIS VIVANT

Chapitre 53 : La promesse

Par Joy69

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La promesse



Le chemin jusqu’au bloc des cellules lui sembla beaucoup plus long qu’à l’aller.


Connor savait que cette impression était fausse. Il aurait pu déterminer exactement la distance parcourue depuis l’arène, le temps écoulé ou le nombre de portes qu’ils avaient déjà franchies. Pourtant, depuis qu’Elias s’était effondré sous les projecteurs, ces données semblaient avoir perdu une partie de leur sens. Le temps continuait de s’écouler avec la même régularité, mais il ne le percevait plus de la même manière.


Chaque pas l’éloignait un peu plus de l’arène.


Pas de ce qui s’y était passé.


Les quatre gardes chargés de le ramener aux cellules avançaient sans se presser. Deux le maintenaient sous les bras, davantage par précaution que par réelle nécessité, tandis que les deux autres fermaient la marche quelques pas derrière eux.


Connor gardait la tête légèrement baissée.


Il n’avait presque plus besoin de leur soutien.


Les décharges reçues après le combat avaient perturbé ses fonctions motrices, mais ses systèmes récupéraient rapidement. Les tremblements parasites qui parcouraient encore ses jambes s’espaçaient et ses appuis retrouvaient progressivement leur stabilité.


PERTURBATION NEURALE : 18 %

INTÉGRITÉ FONCTIONNELLE : 73 %


Il effaça les données avant qu’elles n’occupent davantage son champ de vision.


Les gardes ne devaient rien remarquer.


Alors Connor continua de laisser peser une partie de son poids sur eux. Il traîna légèrement un pied lorsque son corps aurait pu le soulever sans difficulté et laissa ses épaules s’affaisser comme si chaque pas lui demandait encore un effort.


Sa main droite resta fermée.


À l’intérieur de sa paume, dissimulée par ses doigts, se trouvait la petite télécommande volée quelques minutes plus tôt à l’un des gardes.


RECONFIGURATION DU PROTOCOLE : 82 %


Le code qu’Elias lui avait transmis progressait lentement dans l’architecture du dispositif.


À chaque nouvelle compatibilité détectée, Connor modifiait une autorisation, contournait une restriction ou reconstruisait une commande. Le processus avançait en arrière-plan, presque indépendamment du reste de ses pensées.


Presque.


Car chaque fois que le nom d’Elias apparaissait dans les données liées au protocole, une autre image menaçait de surgir.


Sa main autour de son poignet.


Son regard.


Puis son corps immobile sur le sol.


Connor interrompit la reconstruction du souvenir avant qu’elle n’aille plus loin.


Pas maintenant.


Il referma un peu plus ses doigts autour de la télécommande.


Il devait sortir de ce bloc.


Il devait retrouver Gavin.


Ensuite seulement, il pourrait se permettre de penser à ce qu’il venait de faire.


Ils franchirent une nouvelle porte de sécurité. Le verrou se referma derrière eux avec un claquement métallique qui résonna longtemps dans le couloir.


Aucun des gardes ne semblait particulièrement pressé.


Pour eux, le danger était passé.


Cette certitude commençait déjà à les rendre moins prudents.


« Putain, il vaut cher, celui-là. »


Connor ne releva pas la tête.


Le garde qui le maintenait par le bras gauche ricana.


« T’as vu les paris ? »


« Ouais. La boss était ravie. »


Ils poursuivirent leur chemin.


« Faut dire qu’il lui a donné exactement ce qu’elle voulait. »


« Plus que ça. »


La remarque venait cette fois de l’un des deux hommes qui marchaient derrière eux.


Connor perçut son regard sur sa nuque.


« J’avais jamais vu un truc pareil. »


Le garde qui le soutenait à droite tourna légèrement la tête.


« Moi non plus. »


Le changement de ton attira l’attention de Connor.


Les hommes continuaient à parler de lui comme s’il n’était pas là, ou comme si les décharges et les dommages accumulés l’avaient suffisamment diminué pour qu’ils puissent cesser de mesurer leurs paroles.


« Elias avait démoli les derniers qu’on lui avait mis en face. Tu te souviens de l’androïde de Cleveland ? »


« Celui qui avait tenu même pas deux minutes ? »


« Ouais. Et pourtant, le type était fait pour le combat. »


Le garde resserra légèrement sa prise autour du bras de Connor, puis jeta un regard vers lui.


« T’imagines ce machin sans collier ? »


L’un des hommes derrière eux eut une brève grimace.


« Non. Et j’ai pas envie. »


Connor conserva la tête basse.


Leur peur était intéressante. Pas suffisamment forte pour qu’ils remettent en question la situation, mais assez présente pour modifier leur façon de le regarder. Ce qu’ils avaient vu dans l’arène avait fissuré quelque chose dans leur assurance.


Ils savaient désormais ce qu’il était capable de faire.


Ils continuaient simplement de croire que le collier rendait cette information sans importance.


« La boss veut vraiment le remettre dans l’arène après ça ? »


« Pas tout de suite. Elle veut le tester avant. »


Connor concentra davantage son attention sur leur conversation.


« Tester quoi ? »


« Ses limites. Combien de dégâts il peut encaisser, à quelle vitesse il récupère et jusqu’où on peut le pousser avant que ses performances commencent à chuter. »


Un silence suivit.


« Et après ? »


« S’il tient aussi bien qu’elle le pense, elle le fera tourner dans plusieurs plusieurs villes. Il s’est bien fait remarquer ce soir. »


L’un des gardes observa le RK800 avec un mélange d’incrédulité et de méfiance.


« Putain... »


Son collègue eut un sourire sans joie.


« Ouais. On vient de trouver notre nouvelle vedette. »


Le mot resta suspendu dans l’esprit de Connor.


Vedette.


Quelques minutes auparavant, des centaines de personnes avaient hurlé lorsqu’il avait commencé à prendre l’avantage sur Elias. Elles avaient acclamé chaque impact, réclamé davantage de violence, puis célébré sa victoire tandis qu’il était encore agenouillé devant le corps qu’elles l’avaient forcé à détruire.


Et les Black Vultures comptaient recommencer.


Une autre arène. Une autre ville. D’autres adversaires, jusqu’à ce qu’ils découvrent enfin ce qu’il fallait pour le briser.


RECONFIGURATION : 92 %


Les gardes ignoraient que leur conversation venait surtout de confirmer ce que Connor avait déjà commencé à soupçonner. Ils avaient peur de lui, mais le collier les rassurait. Peu importaient sa vitesse, sa force ou ses capacités d’analyse ; à leurs yeux, il existait toujours un bouton capable de le mettre à genoux.


Cette certitude les rendait imprudents.


Le prisonnier continua de se laisser traîner tandis que, dans sa main, le travail se poursuivait.


RECONFIGURATION : 95 %


Lorsqu’ils atteignirent le couloir des cellules, les conversations s’éteignirent progressivement.


Connor releva légèrement les yeux.


Les déviants savaient.


Il le comprit immédiatement. Les détails de ce qui s’était produit dans l’arène avaient circulé avant son retour : l’exécution de Mara, le chantage exercé sur Elias, le combat, puis la mort de celui qui avait été pendant si longtemps leur protecteur.


Personne ne posa de question.


Connor aurait presque préféré qu’ils le fassent.


Il aperçut alors les deux androïdes qui avaient été maintenus à genoux aux côtés de Mara. On les avait ramenés parmi les autres prisonniers. L’un d’eux s’était rapproché des barreaux tandis que l’autre restait légèrement en retrait, une jambe endommagée l’obligeant à prendre appui contre le mur.


Leurs regards rencontrèrent celui de Connor.


Il s’attendit à y trouver de la colère.


Il n’en vit aucune.


Seulement une tristesse immense.


Connor sentit sa LED passer brièvement au jaune.


RECONFIGURATION : 98 %


Les gardes atteignirent enfin sa cellule.


L’un des deux hommes qui le soutenaient passa son badge devant le lecteur et la porte coulissa dans le mur. Les deux autres restèrent quelques mètres en retrait dans le couloir, comme ils l’avaient fait pendant tout le trajet.


« Allez. Dedans. »


Ils relâchèrent Connor.


Il vacilla légèrement, juste assez pour entretenir l’illusion, puis fit un premier pas vers l’ouverture.


99 %


Un deuxième.


Il s’arrêta sur le seuil.


« Avance. »


Connor ne réagit pas.


Dans sa paume, les dernières lignes du protocole se verrouillèrent.


100 %


RECONFIGURATION TERMINÉE

PROTOCOLE DE MAINTENANCE DISPONIBLE


« Hé. J’ai dit avance. »


Toujours rien.


Le garde soupira avec irritation.


« Tu veux qu’on recommence ? »


Connor entendit le léger clic de la télécommande.


Il attendit la décharge.


Elle ne vint pas.


Le garde fronça les sourcils.


Un second clic.


Toujours rien.


Son expression changea.


« Qu’est-ce que... »


L’homme regarda sa télécommande, puis le collier autour du cou de Connor.


Celui-ci tourna enfin la tête.


Pendant une fraction de seconde, aucun des quatre hommes ne réagit. Leur attention passa de la télécommande au collier de Connor, comme si leur esprit refusait encore d’admettre ce que l’absence de décharge signifiait.


Puis tout s’accéléra.


Le garde le plus proche porta la main à son arme.


Connor pivota aussitôt, captura son poignet avant que le pistolet ne quitte entièrement son holster et força son bras vers l’arrière. L’homme fut entraîné par le mouvement et heurta violemment le chambranle métallique de l’épaule. Connor lui arracha son arme dans le même geste, éjecta le chargeur et envoya les deux pièces glisser sur le béton.


Le deuxième garde avait déjà reculé pour dégainer.


Derrière lui, les deux autres se dispersèrent instinctivement afin de ne pas rester dans le même axe : l’un sortit une matraque électrique tandis que le dernier cherchait à contourner Connor par la droite.


Trois menaces.


Trois trajectoires différentes.


Connor les analysa simultanément.


Le deuxième garde fut le premier à devenir dangereux. Son arme venait de quitter son holster lorsque Connor franchit la distance qui les séparait. Il dévia le poignet armé vers le mur avant que le canon puisse s’aligner sur lui, verrouilla le coude et utilisa le recul de l’homme pour le projeter contre les barreaux.


Le métal vibra sous l’impact.


Connor frappa à la base de sa nuque.


L’homme s’effondra.


La matraque électrique arrivait déjà sur sa gauche.


CONTACT À ÉVITER


Connor se déporta au dernier instant. Les électrodes passèrent à quelques centimètres de son torse, mais le garde poursuivit immédiatement son mouvement et tenta de frapper une seconde fois.


Cette fois, le RK800 ne recula pas.


Il avait enregistré l’amplitude du bras, l’appui dominant et le temps nécessaire pour ramener l’arme en position. Lorsque la matraque revint vers lui, il entra dans la garde de l’homme, bloqua son avant-bras et frappa précisément le nerf radial.


Les doigts du garde s’ouvrirent sous la douleur.


La matraque tomba.


Connor l’éloigna d’un coup de pied.


Un mouvement apparut dans sa vision périphérique.


Le quatrième garde.


Il avait profité de l’affrontement pour se rapprocher sur le côté, son arme presque dégainée.


Connor repoussa brutalement le porteur de la matraque contre le mur et pivota vers la nouvelle menace.


Le quatrième homme s’immobilisa.


Son pistolet n’avait pas encore complètement quitté son holster.


Pendant une seconde, ils restèrent face à face.


Derrière Connor, le troisième homme tenta de se relever.


Le RK800 se retourna, le saisit par l’épaule et l’envoya au sol avant de le neutraliser d’un coup bref à la mâchoire.


Lorsqu’il reporta son attention sur le dernier garde, celui-ci avait reculé de plusieurs pas.


Trois gardes étaient désormais à terre.


Il n’en restait qu’un.


Le silence dans le bloc devint presque total.


« Recule ! »


Connor se tourna complètement vers lui.


La main de l’homme demeurait crispée sur la crosse de son arme, mais il n’avait toujours pas dégainé. L’androïde voyait son hésitation dans la tension de ses doigts, dans l’accélération de sa respiration et dans son regard qui revenait malgré lui vers les trois hommes au sol.


Connor avança.


« Où est l’humain qui m’accompagnait ? »


« J’ai dit recule ! »


Le garde tira finalement son arme de son holster.


Connor franchit la distance avant qu’il puisse la braquer sur lui.


Une main emprisonna son poignet tandis que l’autre le saisissait au col. Il dévia le canon vers le sol, le projeta contre le mur et immobilisa son bras armé contre la paroi.


Le garde grimaça.


« Va te faire foutre. »


Connor arracha l’arme de sa main et la laissa tomber hors de sa portée. Puis il leva le poing et frappa le mur à quelques centimètres de son visage.


L’impact résonna dans tout le couloir.


Le béton se fissura, faisant tomber une fine pluie de poussière sur l’épaule de l’homme.


Derrière les barreaux, plusieurs déviants eurent un mouvement de recul.


« La prochaine frappe atteindra votre crâne. »


Sa voix resta parfaitement calme.


« Où est mon partenaire ? »


Le garde déglutit.


« Bloc C. Niveau inférieur. Cellule C-12. »


« On s’y rend comment ? »


« Escalier de service au bout du couloir. Deux niveaux plus bas, puis à droite après la porte de sécurité. »


« Combien de gardes ? »


« Six... peut-être huit. Ça dépend de la relève. »


« Votre badge. »


Une brève hésitation.


Connor rapprocha légèrement son poing.


« Poche gauche. »


Il récupéra la carte.


Le garde eut pourtant encore assez d’orgueil pour afficher un rictus.


« Ça changera rien. Ton collègue est sûrement déjà mort à l’heure qu’il est. Dans l’état où ils l’ont ramené, je lui donne pas longtemps. Et même si t’arrives jusqu’à lui, vous sortirez jamais d’ici. »


Connor le frappa à la tempe.


L’homme s’effondra au sol.


Sans attendre, le déviant récupéra son arme et fit glisser la télécommande sous les barreaux d’une cellule.


« Elle désactivera vos colliers. »


L’androïde le plus proche regarda le boîtier.


Il ne bougea pas.


Connor vit presque immédiatement l’hésitation se propager parmi les prisonniers. Plusieurs s’étaient rapprochés, attirés malgré eux par cette possibilité, mais aucun ne semblait encore prêt à franchir la distance qui les séparait de la liberté.


La première révolte avait laissé des traces.


Ils avaient déjà cru pouvoir sortir. Ils avaient déjà vu les portes s’ouvrir.


Ils avaient aussi vu ce qui était arrivé à ceux qui avaient essayé.


L’un des deux survivants de l’estrade s’approcha des barreaux.


« On a déjà cru qu’on pouvait partir. »


Connor soutint son regard.


Il n’avait pas besoin de leur expliquer ce qui s’était passé dans l’arène. Ils connaissaient le prix qui venait d’être payé.


Alors il ne leur donna que l’essentiel.


« Elias et Mara croyaient en votre liberté. Ils ont donné leur vie pour elle. »


Les mots firent remonter la douleur sur plusieurs visages.


Connor la ressentit lui aussi.


« Si leur mort devient une raison d’avoir peur, les Black Vultures auront gagné. Faites-en une raison de vous battre. Honorez ce qu’ils voulaient pour vous. »


Il n’ajouta rien.


Aucune promesse de victoire. Aucun calcul destiné à les rassurer.


L’androïde le plus proche contempla encore la télécommande, puis s’avança et la ramassa.


Connor lui indiqua immédiatement la procédure.


« Maintiens-la trois secondes. Ensuite, passe-la aux autres. »


Le déviant obéit.


La diode rouge de son collier clignota, puis s’éteignit.


Ses doigts remontèrent instinctivement vers son cou.


Rien ne se produisit.


Connor passa aussitôt le badge devant le lecteur.


La porte s’ouvrit.


L’androïde resta une seconde sur le seuil avant de le franchir.


« Libère les autres. Désactivez tous les colliers avant de sortir, récupérez les badges et les armes des gardes, restez groupés et évitez les affrontements inutiles. »


Le déviant prit le badge.


Son regard passa brièvement sur les quatre hommes inconscients avant de revenir vers Connor.


Cette fois, il n’y avait plus seulement de l’espoir dans ses yeux.


Il y avait de la confiance.


« Tu pars chercher ton partenaire. »


Ce n’était pas vraiment une question.


Connor acquiesça.


« Son état est critique. »


« On peut venir avec toi. »


« Non. Vous m’aiderez en libérant les autres. »


Sa LED vira au jaune.


Il vérifia le chargeur de l’arme et l’engagea d’un geste. Le claquement métallique résonna entre les cellules.


Puis son attitude changea.


Ses épaules se redressèrent. Son regard parcourut le couloir, s’arrêta sur les accès, les portes de sécurité et l’escalier de service au fond du bloc. La faiblesse qu’il avait simulée quelques minutes auparavant avait entièrement disparu.


Autour de lui, les déviants continuaient de sortir des cellules, mais plusieurs ralentirent en l’observant.


Ils avaient vu revenir Connor couvert de thirium, encore marqué par le combat et les décharges. Ils l’avaient vu vaciller entre les gardes comme s’il tenait à peine debout.


Ce n’était plus ce qu’ils avaient devant eux.


Sa LED oscillait encore par moments entre le jaune et le rouge, mais chacun de ses gestes avait retrouvé une précision froide.


« Récupérez tout ce qui peut servir », ordonna-t-il. « Armes, badges. Ne vous séparez pas. »


Les déviants l’écoutèrent immédiatement.


Connor désigna les quatre gardes inconscients.


« Enfermez-les. Fouillez-les. S’ils ont des radios, coupez-les. »


L’un des androïdes acquiesça et se mit aussitôt au travail.


Connor vérifia son arme une dernière fois.


« Ne cherchez pas l’affrontement. Votre priorité est de libérer les autres prisonniers et de trouver une sortie. »


Il se mit en marche.


Les androïdes s’écartèrent presque instinctivement devant lui.


Ceux qui connaissaient l’histoire du RK800 savaient qu’il avait été conçu pour traquer les déviants. Jusqu’à présent, cela n’avait été pour eux qu’une réputation, quelques récits échangés entre prisonniers.


À présent, ils comprenaient ce que cela signifiait.


Connor avançait déjà comme s’il n’était plus dans une prison, mais au cœur d’une opération dont il venait de prendre le contrôle. Son regard vérifiait chaque intersection avant qu’il ne l’atteigne, son arme demeurait basse mais prête, et aucun mouvement autour de lui ne semblait lui échapper.


Derrière lui, les portes continuaient de s’ouvrir. Des pas se multipliaient dans le couloir tandis que les prisonniers exécutaient ses instructions, récupéraient les badges et les armes, puis se répartissaient entre les cellules encore verrouillées.


Connor ne se retourna pas.


Lorsqu’il atteignit l’escalier de service, il ouvrit la porte et vérifia la volée de marches qui plongeait vers les niveaux inférieurs.


Il leva son arme.


Puis s’engagea.


‐-----


Pendant ce temps, plusieurs rues plus loin, les véhicules du DPD étaient restés dans l’ombre.


Les unités avaient terminé l’approche à pied avant de se répartir autour du centre de tri, utilisant les entrepôts voisins, les carcasses de camions et les rangées de conteneurs comme couvertures.


Hank avançait avec l’unité Alpha le long d’un mur de briques, son arme serrée contre son torse. Le gilet pare-balles pesait sur ses épaules et l’oreillette à son oreille droite laissait passer les communications à voix basse des autres groupes.


« Alpha en position nord-ouest », annonça le chef d’équipe.


La réponse de Fowler arriva presque aussitôt.


« Reçu. Bravo ? »


« Est sécurisé. »


« Charlie ? »


« Sud verrouillé. Deux sorties sous surveillance. »


Hank leva les yeux vers la masse sombre du centre.


Le cercle se refermait.


« Personne ne bouge avant que toutes les issues soient couvertes », reprit Fowler. « On ignore combien ils sont là-dedans et combien d’otages ils ont. Alors pas d’initiative personnelle. »


Hank eut un léger mouvement de tête.


« Tu m’entends, Anderson ? »


Il soupira.


« J’allais justement entrer tout seul par la porte principale. »


Un bref silence passa sur la fréquence.


« Content de voir que deux semaines loin du commissariat n’ont absolument rien arrangé. »


Le coin de la bouche de Hank se releva.


« Ça m’avait manqué aussi, Jeffrey. »


« Reste avec ton unité. »


« Reçu. »


Le chef d’équipe leva soudain le poing.


Tout le monde s’immobilisa.


À une trentaine de mètres, deux hommes surveillaient une entrée de maintenance. L’un fumait près d’une benne, l’autre restait adossé au mur avec une arme longue en bandoulière.


Deux policiers quittèrent silencieusement la formation.


Ils progressèrent de couvert en couvert, profitant d’un angle mort entre les conteneurs. Le premier garde n’eut le temps que de tourner légèrement la tête avant qu’un bras ne verrouille sa gorge et qu’une main ne couvre sa bouche.


Presque au même instant, son collègue fut entraîné contre le mur, son arme immobilisée avant qu’il puisse s’en saisir.


Quelques secondes plus tard, les deux hommes disparaissaient derrière les bennes.


« Deux sentinelles neutralisées », souffla le chef d’équipe.


« Reçu », répondit Fowler. « Vérifiez l’accès. »


Une carte magnétique récupérée sur l’un des gardes suffit à faire passer le lecteur du rouge au vert.


La porte s’entrouvrit.


Couloir vide.


« On a une entrée. »


Quelques secondes passèrent.


Puis la voix de Fowler revint.


« Unités en place. Préparez-vous. »


Hank raffermit sa prise sur son arme.


« Coupure dans trois. »


Le silence devint absolu.


« Deux. »


Les policiers se rapprochèrent de leurs points d’entrée.


« Un. »


Le courant fut coupé.


Les projecteurs extérieurs moururent d’un seul coup. Les quelques fenêtres encore éclairées devinrent noires, suivies presque immédiatement par l’activation d’un éclairage de secours rouge à l’intérieur du complexe.


Fowler ne laissa pas une seconde de plus.


« Toutes les unités. Assaut. »


La porte de maintenance s’ouvrit.


Alpha entra.


Dans l’arène, la coupure de courant transforma l’agitation en panique.


Les écrans géants s’éteignirent. La musique disparut. Les projecteurs moururent les uns après les autres, plongeant les gradins dans l’obscurité avant que des lampes de secours rouges ne prennent le relais.


Un mouvement parcourut aussitôt la foule.


Puis un autre.


En quelques secondes, les spectateurs furent debout.


Les premiers se précipitèrent vers les sorties, bousculant les personnes devant eux, renversant verres et terminaux de paris. Les cris se mêlèrent aux ordres contradictoires de ceux qui tentaient de maintenir un semblant de contrôle.


Une porte s’ouvrit.


Plusieurs personnes s’y engouffrèrent.


« DPD ! À terre ! »


Elles reculèrent presque aussitôt.


Des policiers occupaient déjà le couloir.


Une autre sortie fut tentée.


Même résultat.


L’arène avait cessé d’être un lieu de spectacle.


Elle était devenue une souricière.


--------


Vera Kessler comprit que quelque chose n’allait pas avant même qu’on vienne la prévenir.


La coupure de courant avait été trop nette, trop coordonnée pour être accidentelle. Puis les alarmes s’étaient déclenchées presque aussitôt, suivies d’une cascade de communications brouillées, de secteurs muets et de portes signalées comme ouvertes sans autorisation.


Le centre de tri, qu’elle avait toujours contrôlé jusque dans ses recoins les plus sordides, semblait soudain lui échapper par morceaux.


Un homme déboucha brusquement dans la galerie et courut jusqu’à elle, le souffle court.


« Boss ! Le DPD est entré. Plusieurs unités. Ils ont atteint l’arène. »


Vera pivota sans même s’arrêter, continuant déjà vers le poste de contrôle le plus proche.


« Les sorties ? »


« Deux bloquées. Peut-être trois. »


Un mauvais pressentiment lui traversa l’estomac.


Elle arracha son communicateur à sa ceinture.


« Bloc des cellules, répondez. »


Des parasites.


Elle accéléra encore et poussa la porte du poste de contrôle d’un coup d’épaule.


« Bloc des cellules, rapport immédiat. »


Toujours rien.


Son homme entra derrière elle et referma la porte.


« Kessler, faut qu’on dégage. »


Elle changea de fréquence.


« Poste inférieur deux, répondez. »


Le silence qui suivit fut absolu.


Pas un souffle.


Rien.


Vera abaissa lentement le communicateur, mais tout le reste de son corps était tendu. Sa respiration s’était raccourcie et ses gestes, eux, devenaient de plus en plus rapides.


Elle jeta l’appareil sur la console et se pencha sur les écrans encore maintenus en vie par l’alimentation de secours.


Autour d’elle, les voyants rouges pulsaient à intervalles réguliers, projetant sur son visage une lumière presque sanguine, tandis que les alarmes résonnaient derrière les murs avec une insistance de plus en plus proche.


Ses doigts coururent sur le clavier.


SYSTÈME DE CONTRÔLE DES COLLIERS : INACTIF


Vera ouvrit immédiatement le journal de maintenance.


Les désactivations s’alignaient à l’écran.


Une.


Puis trois.


Puis huit.


Toujours davantage.


Sa main se referma lentement sur le bord métallique de la console.


« Les colliers... »


Son homme revint vers elle.


« Quoi ? »


« Ils sont désactivés. »


Il se pencha à son tour, parcourut les données, puis recula brusquement.


« Le RK800. »


Vera ne répondit pas.


L’homme secoua la tête.


« Alors il a libéré les prisonniers et il s’est tiré. À l’heure qu’il est, il est peut-être déjà dehors. »


« Non. »


Le mot tomba avec une certitude immédiate.


Vera repoussa si brutalement la chaise qu’elle heurta le mur derrière elle.


« Son partenaire. »


L’homme fronça les sourcils.


« Quoi ? »


Elle récupéra son arme sur la console et vérifia son chargeur d’un geste sec.


« Il ne partira pas sans lui. »


La compréhension passa sur le visage de l’homme.


« Il est au bloc C. »


« Alors c’est là qu’il va. »


Vera ouvrit la porte.


Le couloir n’avait plus rien de l’ordre froid qui régnait encore quelques minutes auparavant. Des hommes couraient dans les deux directions, certains criant des instructions dans leurs radios, d’autres transportant des armes ou des sacs abandonnés à la hâte.


Plus loin, une alarme changea soudain de tonalité tandis qu’une série de détonations sourdes se répercutait dans le bâtiment.


Vera attrapa un homme par le bras au passage.


« Toutes les unités disponibles au bloc C. Escaliers, accès principaux, couloirs de maintenance. Vous fermez tout. Je veux le RK800. »


L’homme acquiesça et repartit immédiatement.


Son second, lui, ne bougea pas.


« Kessler... »


Elle se retourna.


« Quoi ? »


Il jeta un regard vers le couloir inférieur.


« Tu l’as vu dans l’arène. Si son collier fonctionne plus, il va pas se laisser reprendre gentiment. »


Quelque chose céda.


Pas sa peur.


Sa colère.


Vera s’avança brutalement vers lui.


« Alors vous faites ce qu’il faut ! »


Sa voix éclata dans le couloir, couvrant presque l’alarme.


Plusieurs hommes se retournèrent.


Elle s’en moquait.


« Vous lui arrachez les jambes s’il le faut, mais vous me le ramenez ! »


Son homme la fixa, surpris par la violence soudaine de sa réaction.


Vera continua, les dents serrées.


« Je veux son processeur intact. Le reste, je m’en fous. Vous avez compris ? »


« Oui. »


« Non. »


Elle le saisit par le devant de sa veste.


« Je veux être sûre que tu as bien compris. Ce foutu androïde vaut plus que tout ce qu’on est en train de perdre ici. Je ne le laisserai pas aux flics ! »


Sa main se resserra encore un instant avant qu’elle ne le relâche.


Le centre de tri s’effondrait autour d’elle.


Encore.


Un autre repaire compromis.


Elle avait déjà connu ce sentiment.


Celui de voir un endroit qu’elle croyait sûr devenir soudain inutilisable, condamné, perdu.


Une radio grésilla soudain.


« Kessler ! On perd le couloir ouest ! Ils progressent vers... »


Des coups de feu engloutirent la fin du message.


Vera arracha presque le communicateur des mains de son second.


« Repliez-vous ! »


Aucune réponse.


Seulement des parasites.


Elle resta immobile une fraction de seconde, le regard fixé sur l’appareil, puis le rendit brutalement à son propriétaire.


Autour d’elle, les lumières rouges continuaient de pulser.


Le centre était perdu.


Kessler n’avait plus aucun intérêt à défendre les lieux. Chaque minute passée à essayer de reprendre un couloir ou de repousser le DPD ne ferait que lui coûter davantage d’hommes.


Elle récupéra son communicateur.


« Toutes les unités, décrochez. Vous abandonnez les positions qui ne sont plus tenables et vous rejoignez les points de sortie encore accessibles. Je ne veux personne qui reste ici pour jouer les héros. »


Son second la regarda.


« On laisse tout ? »


Vera tourna vers lui un regard glacial.


« Ce qu’on peut emporter, on l’emporte. Le reste n’a plus d’importance. »


Une nouvelle détonation retentit, plus proche cette fois, suivie d’un ordre hurlé quelque part dans le couloir.


Vera leva le bras et désigna l’accès menant aux niveaux inférieurs.


« Maintenant, au bloc C. Je veux le RK800. Vous me le ramenez coûte que coûte. »


L’homme acquiesça enfin et partit au pas de course avec plusieurs autres.


Vera le suivit des yeux jusqu’à ce qu’il disparaisse dans l’escalier.


Tout autour d’elle se disloquait.


Elle avait déjà perdu trop de choses.


Lui, elle ne le perdrait pas.


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À suivre




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