JE SUIS VIVANT

Chapitre 54 : Au bout du couloir

Par Joy69

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Au bout du couloir




Dans une autre partie du complexe, Hank et son unité progressaient à travers les couloirs plongés dans la pénombre par la coupure générale.


Les éclairages de secours diffusaient une lueur rougeâtre sur les murs de béton, tandis que les faisceaux des lampes tactiques balayaient les intersections, les portes et les conduites apparentes.


Le DPD contrôlait déjà plusieurs accès ainsi qu’une partie de l’arène, mais les Black Vultures semblaient abandonner certaines zones plutôt que chercher à les défendre, et cette absence de résistance inquiétait Hank davantage qu’un affrontement frontal.


Le chef de l’unité leva brusquement le poing.


Un bruit venait d’une ancienne salle de stockage.


Deux policiers se placèrent de part et d’autre de la porte entrouverte.


« DPD. S’il y a quelqu’un là-dedans, montrez-vous lentement. »


Une silhouette surgit presque aussitôt, un pistolet à la main.


« Arme ! »


Les fusils se levèrent.


« Personne ne tire ! » lança Hank.


Les lampes révélèrent alors une trentaine d’androïdes réfugiés derrière des caisses et du mobilier renversé.


Hank abaissa son fusil.


« Baissez vos armes. »


Après une brève hésitation, ses hommes obéirent.


« Je m’appelle Hank Anderson. Je suis lieutenant au DPD. On n’est pas venus vous remettre dans vos cellules. »


Le déviant qui tenait le pistolet hésita avant de l’abaisser à son tour.


« On pensait que c’était eux. Ils essaient de reprendre les blocs depuis que les colliers ont été désactivés. »


Hank fronça les sourcils.


« Par qui ? »


Un autre androïde s’avança.


« Par le RK800. »


Quelque chose se contracta dans la poitrine de Hank.


Connor était vivant.


« Qu’est-ce qui s’est passé ? »


« Ils l’ont forcé à combattre dans l’arène. Après, il s’est libéré et il a ouvert nos cellules. »


Hank accusa le coup sans poser davantage de questions.


« Où est-il maintenant ? »


« Au bloc C. Il a dit qu’il devait partir chercher son partenaire. »


« Reed ? »


« Je ne connais pas son nom. J’ai juste entendu qu’il était dans un état critique. »


Le peu de soulagement que Hank avait ressenti disparut aussitôt.


« Merde… »


Il se retourna vers son unité.


« Martinez, Collins, vous les conduisez dehors. Les autres, avec moi. »


« Lieutenant, on devrait prévenir le commandement. »


« Je te laisse l’avertir. »


Puis il revint vers l’androïde.


« Le bloc C. Par où ? »


« Au bout de ce couloir, escalier de service. Deux niveaux plus bas, après la porte de sécurité. »


Hank était déjà en mouvement.


Les policiers le suivirent à travers les couloirs, dépassant bientôt une arme abandonnée, puis plusieurs hommes des Black Vultures inconscients.


« Ils sont récents », constata un agent.


Hank accéléra encore.


Connor était passé par là.


Et pas depuis longtemps.


Une détonation étouffée monta alors des niveaux inférieurs, suivie presque aussitôt d’un second coup.


Le regard de Hank accrocha un panneau fixé au mur.


BLOC C


« Bougez ! »


Ils atteignirent l’escalier de service et s’y engagèrent rapidement. Le bruit de leurs pas résonnait sur les marches métalliques lorsque, plus bas, un choc violent retentit, suivi d’un cri et de plusieurs coups de feu.


Hank sentit son cœur accélérer.


Un nouveau coup de feu éclata au-delà de la porte située au bas de l’escalier.


Il accéléra encore, sans savoir que, quelques couloirs plus loin, Gavin Reed écoutait les mêmes détonations en luttant simplement pour rester conscient.


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Il ne savait plus depuis combien de temps il était allongé par terre. Chaque fois qu’il retrouvait suffisamment de lucidité pour comprendre où il se trouvait, la cellule l’attendait avec la même cruauté immobile.


Le froid du béton traversait ses vêtements jusque dans ses muscles, déjà parcourus de tremblements qu’il ne contrôlait plus.


« Calme-toi… »


Sa propre voix lui parut étrangère, lointaine, presque détachée de lui.


Gavin ferma les yeux quelques secondes, puis les rouvrit lorsqu’un vertige violent fit basculer la cellule autour de lui.


Sa vision mettait de plus en plus de temps à retrouver une apparence de stabilité ; les contours de la porte se dédoublaient, se chevauchaient puis se séparaient de nouveau, tandis que ses doigts, posés à plat sur le sol, étaient secoués de tremblements qu’il ne parvenait même plus à dissimuler.


Un bruit lui parvint alors du couloir.


Il releva faiblement la tête et resta immobile, incapable pendant quelques secondes de déterminer s’il l’avait réellement entendu ou si son esprit venait encore de lui jouer un tour.


Un second choc retentit, plus fort.


Puis vinrent des pas précipités et plusieurs voix dont il ne distingua d’abord que la violence.


« Là-bas ! »


Une détonation éclata.


Il sursauta malgré son épuisement.


D’autres sons suivirent presque aussitôt : un coup sourd, un cri, le claquement d’une arme contre une surface métallique, puis une insulte lancée avec une colère qui se transforma brutalement en grognement de douleur.


« Putain, lâche... »


La fin de la phrase fut engloutie par un fracas énorme.


La porte de la cellule vibra dans son encadrement et Gavin se redressa autant que ses forces le lui permettaient, les yeux fixés sur la plaque de métal qui tremblait encore devant lui.


Quelqu’un venait d’être projeté contre.


Il n’eut pas le temps de pousser son raisonnement plus loin. Un autre coup de feu retentit, suivi d’un choc plus mat, de plusieurs pas précipités et d’un cri bref qui s’interrompit aussi brusquement qu’il avait commencé.


Gavin ne bougeait plus.


Il écoutait.


À travers le brouillard qui noyait ses pensées, il finit par comprendre que plusieurs hommes semblaient affronter une seule personne.


Les mouvements se rapprochaient de sa cellule, reculaient, revenaient brusquement, tandis que les ordres et les jurons se superposaient aux impacts.


Il entendit encore un coup, puis le bruit lourd d’un corps tombant sur le sol et enfin le claquement sec d’une arme envoyée glisser loin de son propriétaire.


Après cela, un calme relatif retomba.


Les alarmes continuaient de résonner dans le bâtiment et des détonations plus lointaines ponctuaient toujours le vacarme de l’assaut, mais devant sa cellule, plus rien ne bougeait.


Gavin sentit son cœur accélérer encore, sans parvenir à décider si ce silence était préférable au combat qui venait de le précéder.


Un léger signal électronique retentit alors.


Le verrou.


Il releva péniblement la tête, mais ce simple mouvement suffit à faire tanguer la pièce autour de lui.


Lorsqu’elle coulissa enfin, la lumière rouge du couloir se déversa dans la cellule et l’obligea à plisser les paupières. Une silhouette se tenait dans l’ouverture, découpée à contre-jour, une arme à la main.


Gavin se raidit instinctivement.


Son esprit embrumé chercha à mettre un nom sur ce qu’il voyait, mais les informations lui parvenaient avec un retard frustrant.


Il distingua d’abord une carrure mince, puis des vêtements sombres, un visage dont les traits lui semblaient étrangement familiers sans qu’il parvienne encore à comprendre pourquoi.


« Gavin. »


La voix traversa enfin le brouillard.


Il resta pourtant quelques secondes à le fixer, les sourcils légèrement froncés, comme si son cerveau refusait encore de faire coïncider cette apparition avec l’image qu’il connaissait.


Puis son regard accrocha la petite lumière circulaire jaune sur la tempe droite.


« Connor… ? »


L’androïde abaissa aussitôt son arme et s’approcha, mais Gavin continua de le regarder tandis que les détails se précisaient peu à peu devant ses yeux.


Son polo et son pantalon cargo noirs étaient sales et déchirés par endroits, couverts des traces laissées par les dernières heures. Des éclaboussures sombres maculaient le tissu et sa peau ; du sang humain s’y mêlait au bleu vif du thirium, au point que Gavin aurait été incapable de déterminer ce qui appartenait à Connor et ce qui provenait des hommes qu’il venait d’affronter.


Son visage n’avait pas davantage été épargné. Des marques de coups assombrissaient sa peau synthétique, quelques éraflures révélaient les stigmates de l’arène et le collier des Black Vultures encerclait toujours son cou comme le rappel obscène de ce qu’ils lui avaient fait subir.


Mais ce fut son regard qui retint Gavin.


Cette détermination était toujours là, plus dure peut-être qu’il ne l’avait jamais vue, suffisamment intense pour expliquer à elle seule les bruits de lutte qu’il venait d’entendre derrière cette porte.


Pourtant, autre chose s’y mêlait.


Comme si Connor avait laissé une partie de lui-même quelque part entre l’arène et cette cellule et n’avait pas encore eu le temps de comprendre ce que cette perte venait de lui arracher.


L’androïde s’accroupit devant lui et, de près, il paraissait encore plus mal en point.


« Gavin, regarde-moi. »


Reed eut un faible rictus.


« C’est ce que j’essaye de faire… T’es encore deux par moments… mais au moins maintenant je sais lequel des deux m’emmerde. »


Quelque chose passa furtivement dans l’expression de Connor, trop discret pour devenir véritablement un sourire.


« Ton hypoglycémie s’est nettement aggravée. »


« Ça, même moi j’avais réussi à le comprendre. »


Connor passa aussitôt un bras derrière son dos.


« Est-ce que tu peux tenir debout si je te soutiens ? »


Gavin baissa les yeux vers ses jambes comme s’il n’était plus tout à fait certain qu’elles lui appartenaient.


« Franchement ? J’en sais rien. »


« Alors on va essayer. »


Reed releva les yeux vers lui.


« Et après ? »


« Je te sors d’ici. »


Il n’y avait aucune hésitation dans sa voix.


« Tu sais qu’entre sortir de cette cellule et sortir de ce foutu bâtiment, il y a quand même une sacrée différence ? »


« Je sais. »


Gavin passa péniblement son bras autour de ses épaules et Connor commença à le relever.


Il tenta de prendre appui, mais ses jambes cédèrent presque immédiatement sous son poids. Connor le rattrapa avant qu’il ne puisse retomber et absorba naturellement l’essentiel de sa charge, ajustant sa position jusqu’à ce que Gavin parvienne à retrouver un semblant d’équilibre.


Le changement de hauteur suffit à provoquer un nouveau vertige.


Gavin ferma les yeux.


« J’ai l’air pitoyable accroché à toi... »


« Mais au moins tu peux garder ton équilibre. »


Ils franchirent ensemble le seuil de la cellule. Le simple fait d’en sortir modifia presque immédiatement la respiration de Gavin.


Les pas de l’inspecteur devenaient moins réguliers, ses pieds traînaient davantage sur le sol et sa tête s’inclinait progressivement vers son épaule.


« Gavin, reste avec moi. Essaie de garder les yeux ouverts. »


« ...Si tu crois que c’est facile. »


Il fit malgré tout un effort pour obéir.


Quelques mètres plus loin, sa voix s’éleva de nouveau, beaucoup plus basse.


« Connor… dans l’arène... »


« Ce n’est pas le moment. »


« Je sais, mais j’ai besoin de te le dire quand même. »


L’androïde resserra légèrement sa prise autour de lui.


« Gavin... »


« J’ai vu ce qu’ils t’ont obligé à faire. »


La LED du déviant changea de couleur.


Gavin, malgré sa vision défaillante, le remarqua.


« Ce n’est pas ta faute… »


Connor détourna légèrement le regard vers le couloir.


« Ne parle pas. Garde tes forces. »


Gavin l’ignora.


« ...Je suis peut-être à moitié dans les vapes, mais je sais ce que j’ai vu. T’as fait ça parce que tu pensais que c’était le seul moyen de me garder en vie. »


Le déviant ne répondit pas.


Son bras se resserra simplement autour de lui.


Gavin inspira avec difficulté.


« Alors… merci. »


Le mot sembla lui coûter davantage que tout ce qu’il avait prononcé depuis qu’ils avaient quitté la cellule.


« Nous en reparlerons lorsque tu seras pris en charge. Pour l’instant, je veux que tu gardes ton énergie. »


Ils poursuivirent leur chemin sans parler pendant un moment. Connor surveillait les intersections, les portes et les moindres mouvements susceptibles d’annoncer le retour des Vultures, tandis que Gavin concentrait ce qui lui restait de lucidité sur la mécanique de ses pas.


Ce fut lui qui rompit finalement le silence.


« Tu sais… Julia m’a proposé un rencard. »


Connor tourna légèrement la tête vers lui.


Un sourire fatigué passa sur les lèvres de Gavin.


« Enfin… pour prendre un verre. »


Il s’interrompit, le souffle trop court, et ses pas se désorganisèrent suffisamment pour obliger Connor à resserrer sa prise autour de lui.


« Gavin, garde tes forces. »


« Deux secondes… »


Il ferma brièvement les yeux, puis les rouvrit avec effort.


« J’ai envie d’y aller », reprit-il après quelques pas. « Vraiment. La voir ailleurs qu’au commissariat… juste elle et moi. »


Ses jambes fléchirent brusquement.


Connor absorba presque tout son poids et attendit qu’il retrouve un semblant d’appui avant de repartir.


Gavin resta silencieux quelques secondes, la tête inclinée vers son épaule.


« J’ai passé tellement de temps à faire comme si j’avais besoin de personne… »


Sa voix s’éteignit.


Connor ne répondit pas.


« Que j’ai presque fini par y croire moi-même. »


Il déglutit avec difficulté.


« Et maintenant… maintenant que je suis coincé dans ce trou… »


Il inspira, mais le souffle lui manqua avant la fin.


« Je me rends compte d’un truc assez minable. »


Connor ralentit légèrement, sans cesser de surveiller le couloir.


« Quoi ? »


Gavin fixa vaguement l’espace devant eux.


« J’ai pas envie de mourir seul. »


Cette fois, il ne tenta même pas de sourire.


« J’ai pas envie que la dernière chose que j’aie faite de ma vie… ce soit de repousser tous ceux qui essayaient de s’approcher. »


Il dut s’arrêter de nouveau, le temps de retrouver suffisamment d’air pour continuer.


« Alors si on sort d’ici… »


Ses doigts se resserrèrent faiblement sur l’épaule de Connor.


« Je vais aller à ce foutu rendez-vous. »


Un silence passa.


« Et pour une fois, je vais peut-être essayer de pas tout saboter avant même que ça commence... »


Connor resta silencieux quelques secondes.


« Tu iras. »


Gavin tourna péniblement les yeux vers lui.


« Tu peux pas savoir ça. »


« Non. Mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu aies cette chance. »


Ils atteignirent une intersection et Connor s’immobilisa, attentif aux bruits qui leur parvenaient des autres niveaux. Plusieurs détonations éclatèrent au loin, suivies d’un bruit plus sourd qui fit vibrer les conduites courant au plafond.


« Tu sais ce que c’est ? »


« Depuis que j’ai quitté le bloc des cellules, j’ai entendu plusieurs échanges de tirs, au moins deux explosions contrôlées et la coupure du courant a été trop coordonnée pour venir des Vultures. J’en déduis que le fichier automatique est parvenu à Fowler. Il a dû lancer l’opération. »


Gavin fronça légèrement les sourcils, comme s’il lui fallait quelques secondes pour assembler les informations.


Connor poursuivit :


« Si le DPD a encerclé le bâtiment avant d’entrer, il contrôle peut-être déjà plusieurs sorties. Nous devons les rejoindre avant que ton état ne se dégrade davantage. »


Ils n’avaient parcouru que quelques mètres lorsqu’un petit cylindre noir surgit d’une intersection et roula sur le béton avant de s’immobiliser presque à leurs pieds.


Le RK800 le reconnut immédiatement.


« Gavin, retiens ton souffle ! »


La grenade fumigène se déclencha avant qu’il puisse ajouter quoi que ce soit et une fumée épaisse envahit le corridor en quelques secondes. Gavin se mit à tousser tandis que le déviant resserrait son bras autour de lui et commençait déjà à reculer.


Une rafale frappa le mur à leur droite, arrachant des éclats de béton à quelques centimètres de leurs visages.


L’androïde entraîna son collègue vers le passage adjacent alors qu’une deuxième série de tirs traversait la fumée derrière eux.


Il écouta les tirs, observa les angles successivement condamnés devant eux et comprit ce que leurs poursuivants étaient en train de faire.


« Ils nous rabattent. »


Une silhouette apparut à l’intersection précédente.


Connor leva son arme et tira sans cesser de soutenir Gavin. L’homme disparut derrière le mur tandis qu’une rafale leur répondait presque aussitôt, les obligeant à s’engager dans un autre passage.


Ils parcoururent plusieurs mètres avant qu’une nouvelle série de tirs ne frappe la cloison devant eux et leur interdise cette fois le chemin qu’ils tentaient de rejoindre.


Connor s’arrêta juste assez longtemps pour évaluer les directions encore disponibles.


« Tu sais au moins où on va ? »


« Plus maintenant. »


Malgré son état, Gavin laissa échapper un rire bref.


« Je savais que ça finirait par arriver. »


Ils bifurquèrent de nouveau.


À présent, Connor avançait presque entièrement pour deux. Les jambes de Gavin ne lui apportaient plus qu’un soutien irrégulier et chaque fois qu’elles cédaient, l’androïde devait absorber davantage de son poids sans pour autant ralentir suffisamment pour offrir une cible facile aux hommes qui les poursuivaient.


Les tirs ne cherchaient d’ailleurs plus réellement à les atteindre ; ils frappaient les murs devant eux, fermaient les passages qu’ils tentaient d’emprunter et les forçaient méthodiquement à choisir les seules directions laissées libres.


Lorsque Connor le comprit pleinement, il était déjà trop tard.


Ils franchirent une dernière intersection et il s’immobilisa.


Le couloir se terminait une trentaine de mètres plus loin contre un mur de béton. Aucune porte, aucun escalier, aucune issue de maintenance n’interrompait les parois.


Gavin suivit son regard et comprit à son tour.


Le déviant l’aida à reculer jusqu’au mur et attendit qu’il y trouve un appui suffisamment stable avant de se placer devant lui.


« Reste derrière moi. »


L’inspecteur laissa retomber sa tête contre le béton.


« J’ai pas prévu d’aller courir ailleurs. »


Les pas arrivèrent presque aussitôt.


Ils étaient nombreux.


Les premières silhouettes apparurent à l’autre extrémité du corridor, bientôt rejointes par d’autres jusqu’à ce que plusieurs dizaines de Black Vultures en occupent toute la largeur. Les fusils se levèrent presque simultanément et le bruit des mécanismes que l’on armait se répercuta entre les murs.


Connor braqua son pistolet dans leur direction.


Derrière lui, Gavin luttait encore pour reprendre son souffle.


Les hommes avancèrent de quelques mètres avant de s’écarter afin de laisser passer le second de Vera Kessler. Celui-ci vint se placer devant eux, son regard s’arrêtant d’abord sur Connor avant de glisser vers la silhouette chancelante de Gavin.


« Pose ton arme. »


Connor ne bougea pas.


L’homme considéra le pistolet braqué sur lui sans manifester la moindre inquiétude.


« T’as fait pas mal de dégâts en descendant jusqu’ici, mais tu vois bien que cette fois t’as plus beaucoup d’options. »


« Écartez-vous. »


Un léger sourire étira les lèvres du second.


« Non. Et je pense pas que tu vas tenter quelque chose avec lui derrière toi. »


Son regard désigna Gavin sans qu’il ait besoin de faire le moindre geste.


Connor raffermit sa prise sur son arme.


« Kessler te veut vivant », poursuivit l’homme. « Enfin… suffisamment vivant pour qu’on puisse encore récupérer ce qui l’intéresse. »


Il fit un pas en avant.


Le canon de Connor suivit immédiatement le mouvement et le second s’immobilisa.


« Alors voilà ce qui va se passer. Tu poses ton arme, tu viens avec nous sans résistance et personne n’a besoin de se faire trouer dans ce couloir. »


Derrière lui, plusieurs fusils se relevèrent de quelques centimètres.


Cette fois, le second regarda directement Gavin.


« Parce que toi, tu peux peut-être encaisser quelques balles. Lui, non. »


Il resta devant Gavin, immobile, son corps formant entre lui et les armes braquées dans leur direction le seul rempart dont il disposait encore.


Le second tendit lentement une main.


« Pose ton arme, RK800. Ne nous oblige pas à choisir pour toi. »


Connor ne bougea pas.


Son bras demeurait tendu devant lui, le canon de son pistolet parfaitement aligné sur l’homme qui lui faisait face.


En apparence, rien ne trahissait le changement qui venait de s’opérer en lui ; pourtant, derrière l’immobilité de ses traits, son système évaluait déjà chaque détail du corridor avec une rapidité vertigineuse.


Les Black Vultures occupaient toute la largeur du passage. Plusieurs dizaines d’hommes, disposés sur plusieurs rangs, armes levées, certains légèrement en retrait afin de conserver un angle de tir même si les premiers venaient à tomber.


Connor identifia leurs positions, la distance qui les séparait, l’orientation des canons, la pression déjà exercée sur certaines détentes et les quelques fractions de seconde dont il disposerait avant que le premier tir adverse ne parte.


Une trajectoire se dessina presque immédiatement.


L’homme à gauche du second tomberait le premier. Connor pouvait ensuite pivoter, atteindre les deux tireurs les plus proches, corriger son angle et en neutraliser trois autres avant que les Vultures aient réellement le temps de réagir.


Six hommes.


Au maximum.


Le septième tirerait.


Connor recalcula aussitôt en intégrant une progression vers l’avant, son propre corps utilisé comme écran entre les armes et Gavin. Il pouvait peut-être gagner quelques dixièmes de seconde supplémentaires, attirer les premières rafales sur lui et réduire momentanément l’angle de tir.


Le résultat varia à peine.


Six hommes neutralisés.


Sept dans l’hypothèse la plus favorable.


Ensuite, les tirs convergeraient.


Il pouvait encaisser quelques projectiles sans cesser immédiatement de fonctionner. Il pouvait sacrifier un bras, supporter une perforation thoracique, peut-être même continuer à combattre après une atteinte sérieuse à l’une de ses jambes.


Mais Gavin se trouvait derrière lui.


Adossé au mur.


Incapable de courir.


SURVIE GAVIN REED : 7 %


Le chiffre demeura un instant dans son champ de vision.


Connor l’effaça.


Il n’avait pas besoin de probabilités pour comprendre ce qu’elles signifiaient.


Derrière son dos, il entendait la respiration laborieuse de Reed, trop rapide malgré les efforts que celui-ci faisait pour la contrôler.


« Il ne vous est plus utile. »


Derrière lui, Gavin remua faiblement.


« Connor… »


L’androïde poursuivit comme s’il ne l’avait pas entendu.


« Son hypoglycémie est sévère et son état continue de se dégrader. Il peut perdre connaissance à tout moment. Il a besoin de soins immédiatement. »


Le second jeta un regard vers Gavin, avec l’indifférence de quelqu’un qui examinait un objet dont il ne savait pas encore s’il valait la peine d’être conservé.


« Vous m’avez. »


Connor marqua une courte pause.


« Alors laissez-le partir. »


Cette fois, le sourire du second s’élargit franchement.


Il venait de comprendre.


Pas seulement que le RK800 hésitait à tirer, mais ce qui l’en empêchait.


Le Black Vulture avança d’un pas.


« Peut-être. »


Connor savait que ce mot ne valait rien.


Pourtant, aussi dérisoire soit-elle, cette possibilité demeurait supérieure aux sept pour cent que ses simulations lui avaient accordés quelques secondes auparavant.


« Mais il va falloir que tu sois sage. »


Le regard de l’homme descendit ostensiblement vers le pistolet.


« Tu poses ton arme, tu lèves les mains et tu nous suis sans essayer de nous refaire ton petit numéro d’évasion. Si tu te tiens tranquille, j’étudierai la possibilité de laisser ton copain sortir vivant d’ici. »


Connor abaissa lentement son arme.


Le second suivit le mouvement avec une satisfaction qu’il ne chercha même pas à dissimuler.


« Voilà. On commence à se comprendre. »


Pendant une dernière seconde, le déviant conserva les doigts serrés autour de la poignée.


Puis il ouvrit la main.


Le pistolet heurta le béton dans un claquement métallique qui résonna jusqu’au fond du corridor.


Il l’éloigna d’un mouvement du pied avant de lever les mains au-dessus de sa tête.


« Je me rends. Laissez mon partenaire partir. »


« J’ai dit que j’étudierais la question. »


Le second leva son arme.


Connor suivit immédiatement le mouvement, mais le canon du fusil ne remonta pas vers son thorax et ne pivota pas vers Gavin.


Il descendit.


La détonation éclata.


Le projectile traversa l’articulation du genou droit de Connor.


Sa jambe céda instantanément et il s’effondra sur le béton, incapable de compenser la disparition brutale de son appui. Une douleur fulgurante remonta le long de son membre tandis que du thirium jaillissait de la plaie et qu’une série d’alertes envahissait son champ de vision.


ARTICULATION DROITE ENDOMMAGÉE

MOBILITÉ COMPROMISE


« CONNOR ! »


La voix de Gavin claqua dans le corridor.


Le RK800 posa une main au sol pour tenter de se redresser, mais plusieurs fusils convergèrent immédiatement vers lui.


« Je préfère éviter les mauvaises surprises. »


L’homme désigna sa jambe endommagée du canon de son fusil.


« Maintenant je sais que tu n’iras pas loin. »


Deux Vultures s’approchèrent.


Connor identifia immédiatement la manière dont il pourrait les neutraliser malgré sa blessure. Le premier exposait suffisamment son genou gauche pour être déséquilibré ; le second tenait son arme trop près de son corps.


Trois mouvements suffiraient.


Il n’en fit aucun.


Les fusils derrière eux étaient toujours braqués sur Gavin.


Les hommes l’empoignèrent par les bras et le relevèrent sans le moindre ménagement.


Sa jambe droite refusa de supporter son poids et son pied traîna sur le béton tandis que les deux gardes le maintenaient debout de force.


« Sales fils de putes ! » cracha Gavin.


Sans Connor pour le soutenir, il ne tenait plus debout que grâce au mur contre lequel il était adossé. Le béton froid pressait son dos et son épaule, seul point d’appui entre lui et le sol. Ses jambes tremblaient continuellement, incapables de supporter correctement son poids, et une sueur glacée coulait le long de ses tempes.


Sa vision se troublait par vagues, effaçant les contours des hommes devant lui avant de les lui rendre quelques secondes plus tard.


À quelques mètres de là, Connor était toujours retenu par deux Black Vultures.


Sa jambe droite, perforée au niveau du genou, pendait presque inutilement sous lui ; du thirium s’échappait de l’articulation endommagée et dessinait déjà une traînée bleue sur le béton.


« Emmenez le RK800. »


Les deux hommes resserrèrent aussitôt leur prise sur Connor.


Celui-ci ne fit aucun mouvement.


« Et lui ? »


Le second s’arrêta.


Il jeta un regard vers Gavin, puis haussa légèrement les épaules.


« Le flic ? Il nous sert plus à rien. »


Il y eut une seconde de silence.


Une seule.


Mais elle suffit.


Connor comprit.


Son regard se fixa sur l’arme que tenait le Vulture.


« Vous aviez dit que vous le laisseriez partir. »


« J’ai dit que j’étudierais la question. »


Un sourire sans chaleur passa sur les lèvres de l’homme.


« J’ai étudié. »


Connor arracha presque son bras à la prise du premier garde et pivota brutalement vers Gavin. Son genou endommagé céda aussitôt sous la torsion, mais il refusa de s’arrêter.


« Non ! »


Un troisième homme surgit sur son côté.


Le choc le déséquilibra.


Il s’écrasa sur le ventre.


Ses paumes heurtèrent le béton. Avant qu’il ait pu rouler sur le côté, trois hommes fondirent sur lui. Un genou s’enfonça entre ses omoplates tandis qu’on rabattait brutalement son bras droit dans son dos. Une autre main plaqua son poignet gauche au sol.


Connor força aussitôt contre eux.


Ses épaules se tendirent. Ses doigts glissèrent sur la poussière qui recouvrait le béton. Les trois hommes durent engager tout leur poids pour empêcher l’androïde de se redresser.


« Lâchez-moi ! »


Le cri rebondit contre les murs.


Le second n’y prêta presque aucune attention.


Il avançait déjà vers Gavin.


Connor releva la tête autant que la pression exercée sur son dos le lui permettait.


« Vous m’avez ! »


Le Vulture continua.


« Il ne représente aucune menace. Laissez-le partir ! »


Derrière l’immobilité forcée de son corps, des dizaines de calculs se succédèrent en une fraction de seconde.


Il chercha une issue.


Il n’en trouva aucune.


Et cette absence de solution produisit en lui quelque chose qu’aucune donnée ne pouvait réduire à une simple alerte système.


Gavin releva péniblement les yeux.


L’homme avançait vers lui avec l’intention tranquille de l’abattre.


Il n’avait plus l’énergie pour un grand discours. Plus la force de jouer au type invulnérable. Mais il lui restait encore assez de lui-même pour refuser de leur offrir ce qu’ils attendaient.


Il cracha à ses pieds.


En réponse, le poing du second le heurta en plein visage et projeta sa tête contre le mur.


Le choc produisit un bruit sourd.


Ses jambes cédèrent sans la moindre tentative pour retrouver un appui et il glissa le long du béton avant de s’effondrer sur le côté.


« GAVIN ! »


Connor se souleva avec une violence telle que l’un des hommes qui le maintenaient faillit basculer. Les deux autres renforcèrent immédiatement leur prise. Le genou qui pesait entre ses omoplates s’enfonça davantage.


Toute la puissance de son système, toutes ses capacités d’analyse et toutes les simulations qu’il pouvait produire lui semblèrent soudain absolument inutiles.


Il savait exactement ce qui allait arriver et il ne pouvait rien faire pour l’empêcher.


Le canon s’aligna sur la poitrine de Gavin.


Connor cessa presque de lutter.


Pas parce qu’il abandonnait.


Parce qu’il n’y avait soudain plus rien à combattre.


Le doigt du second se posa sur la détente.


« ...Faites pas ça. »


De l’autre côté de l’intersection, Hank atteignit enfin l’angle du corridor avec les premiers hommes de l’unité.


Le chef du groupe leva aussitôt le poing et tous s’immobilisèrent.


Au-delà du mur, plusieurs voix se superposaient. Hank risqua un regard rapide dans le passage et son regard accrocha d’abord une masse d’hommes armés, puis une silhouette plaquée au sol.


Connor.


Quelques mètres plus loin, Reed gisait contre le béton tandis qu’un homme levait son arme vers lui.


Hank n’eut besoin que d’une seconde pour comprendre la scène. Il épaula son arme, acquit sa cible et aligna le canon sur l’homme qui tenait Reed en joue.


La détonation déchira le corridor.


Le son traversa Connor avant même que son système ne puisse identifier la trajectoire.


Son regard chercha instinctivement l’impact.


Thorax.


Épaule.


Abdomen.


Aucune blessure nouvelle.


Aucun changement brutal dans sa respiration.


Aucune projection de sang.


La balle de Hank frappa le second à l’épaule au moment précis où celui-ci pressait la détente. Son bras fut violemment rejeté sur le côté et son propre coup partit dans le même mouvement, arrachant un éclat de béton plusieurs mètres à droite de Gavin.


Connor comprit une fraction de seconde plus tard.


Un deuxième claquement retentit presque aussitôt.


Le Black Vulture fut projeté sur le côté.


Et, à l’autre extrémité du corridor, une voix rugit à travers la fumée.


« DPD ! LÂCHEZ VOS ARMES ! »


Connor reconnut cette voix.


Mais il n’eut pas le temps d’en faire davantage.


Le couloir explosa.


Les Black Vultures pivotèrent presque d’un même mouvement vers l’intersection et les premiers tirs partirent immédiatement.


Les policiers de tête se replièrent derrière l’angle tandis que ceux placés en couverture engageaient uniquement les hommes qui continuaient à tirer. À chaque interruption des tirs adverses, deux agents gagnaient quelques mètres avant de se fixer derrière une porte, un renfoncement ou un pilier, permettant au groupe suivant d’avancer à son tour.


« À gauche, couvert ! »


« J’avance ! »


« Deux armés au fond ! »


« DPD ! JETEZ VOS ARMES ! »


Les ordres se croisaient sans devenir confus. Là où les Vultures tiraient pour empêcher la progression, les policiers avançaient par étapes, se couvrant mutuellement et réduisant progressivement l’espace dont leurs adversaires disposaient.


Dans l’espace étroit, chaque détonation se répercuta avec une violence assourdissante, arrachant des éclats de béton aux murs et faisant jaillir des étincelles d’une conduite métallique touchée par un projectile.


La résistance, pourtant, ne dura pas.


La chute du second désorganisa immédiatement les hommes qui l’accompagnaient. Repoussés par la progression du DPD vers un corridor qui ne leur offrait aucune véritable issue, ils perdirent peu à peu l’avantage du nombre.


Quelques Vultures ripostèrent encore, d’autres reculèrent en cherchant une issue qui n’existait plus, tandis que plusieurs finirent par abandonner leurs armes sous les ordres hurlés des policiers.


Connor n’en perçut que des fragments.

Les trois gardes qui le maintenaient avaient tourné la tête vers l’assaut.


Leur prise s’était relâchée.


Il n’avait besoin que de cela.


Il arracha son bras gauche, pivota sur lui-même et frappa le premier homme au visage. Le deuxième tenta de rabattre son épaule au sol ; Connor saisit son poignet et l’entraîna contre son compagnon.


Le troisième leva son arme, mais l’androïde le déséquilibra d’un mouvement sec avant qu’il puisse tirer.


Connor posa ses paumes sur le béton et se traîna vers Gavin. Sa jambe droite ne répondait plus et chaque mouvement tirait sur l’articulation éventrée, laissant derrière lui une traînée de thirium qui s’élargissait à mesure qu’il avançait.


Il aurait pu chercher un fusil, profiter de la confusion pour neutraliser les hommes encore debout ou tenter de rejoindre le DPD. Aucune de ces possibilités ne retint son attention plus d’une fraction de seconde.


Gavin était à quelques mètres.


C’était tout ce qui comptait.


« Couverture sur eux ! » ordonna une voix familière.


Deux policiers déplacèrent aussitôt leur angle de tir tandis que les hommes placés en tête accentuaient leur pression sur les Vultures encore armés.


Lorsque Connor atteignit son collègue, une nouvelle rafale frappa le mur derrière eux.


Il réagit immédiatement.


Son corps se rabattit sur le sien et son bras passa autour de sa tête et de ses épaules afin de protéger autant que possible son torse et son crâne.


Il resta ainsi, replié sur lui, tandis que l’affrontement se poursuivait dans le corridor.


Les secondes semblèrent s’étirer jusqu’à perdre toute mesure.


Chaque impact proche déclenchait une nouvelle évaluation de trajectoire.


Mais il ne bougea pas.


Peu à peu, les tirs devinrent moins nombreux.


Une rafale isolée.


Quelques coups espacés.


Puis les ordres du DPD prirent progressivement le dessus sur le reste.


« Arme au sol ! »


« À genoux ! »


« Les mains en évidence ! »


Un dernier coup de feu claqua quelque part dans la fumée.


Puis plus rien.


Connor ne se redressa pas immédiatement.


Son corps demeurait replié sur celui de Gavin, comme si la menace pouvait surgir de nouveau à l’instant même où il accepterait de relâcher sa protection.


Autour d’eux, des voix criaient des ordres.


Mais les armes s’étaient tues.


Peu à peu, la fumée commença à se dissiper.


Puis les uniformes apparurent.


Des policiers progressaient entre les corps et les armes abandonnées. Certains maîtrisaient les derniers Vultures encore conscients, d’autres sécurisaient les intersections tandis qu’une voix réclamait déjà l’intervention des secours.


Il les regarda sans réellement les voir.


Une silhouette plus massive se détacha peu à peu de la fumée.


Connor la reconnut avant même d’en distinguer entièrement les traits.


Hank.


Le lieutenant s’arrêta à quelques mètres.


Son regard descendit vers la jambe mutilée de Connor, suivit la traînée de thirium qui maculait le béton, puis s’arrêta sur Gavin inconscient, toujours protégé par le corps de l’androïde.


Lorsqu’il releva enfin les yeux, Connor le regardait.


Aucun des deux ne prononça un mot.


Deux semaines de silence se tenaient encore entre eux, beaucoup trop lourdes pour disparaître simplement parce qu’ils venaient enfin de se retrouver.


Autour d’eux, les policiers continuaient de sécuriser le corridor et quelqu’un appelait déjà les secours, mais ni l’un ni l’autre ne semblait réellement entendre le vacarme.


Hank porta une main à son oreillette. Sa voix était plus rauque qu’il ne l’aurait voulu.


« Anderson à commandement. Les cibles sont sécurisées. »



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À suivre







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