Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 5 : Chapitre 5

Par Naraauteur21

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Depuis deux jours, Christina contacte chaque jour Tobias pour l’inciter à rendre visite à Tris. Et aussi pour savoir comment il se porte, elle se rend bien compte du bouleversement de son ami.

Johanna précipite la réflexion du jeune homme, en lui demandant de venir préparer avec elle la prochaine réunion du conseil.

Dévoué, son jeune collaborateur lui fait part des premiers résultats de ses contacts pris notamment avec la cité de Milwaukee, pour établir un réseau de communication plus performant, et permettre des échanges.

L’assistant patiente, attendant de connaître les autres sujets que Johanna souhaite aborder avec les autres conseillers. Elle inspire et l’informe :

Crispé, Tobias ferme les yeux dans un geste impatient de la tête. Pourquoi n’est-il pas plus surpris que ça ?

Le jeune homme se lève nerveusement de sa chaise, le bureau de Johanna n’est pas immense, mais assez pour qu’il marche avec exaspération d’un mur à l’autre.

Tobias se fige. La viande aussi, évidement. Les serres qu’ils avaient vues en fuyant Chicago pour passer le mur, et les « petits secrets des Fraternels » auxquels Johanna avait fait allusion. Tout ça n’était que détail à ce moment-là. Mais maintenant…

Tobias s’effondre plus qu’il ne s’assoit sur la chaise noire. Par la grande baie vitrée, les nuages qui passent rapidement devant le soleil, poussés par le vent, dessinent sur son corps des ombres caressantes.

Les bras croisés dans son habituelle attitude de repli, Tobias fixe Johanna des yeux.

Johanna sourit avec la bonté d’une mère attendrie.

 

***

 

Deux semaines plus tard, le conseil est réuni au siège de la gouvernance de Chicago, au marché des médisants. Le bâtiment des Sincères a été réinvesti pour le travail des conseillers, les finances de la ville et la Justice, c’est celui qui s’y prêtait le mieux après la fin de la guerre civile.

La dirigeante marque une pause après ce remerciement à son ami et collègue, et lui jette un coup d’œil. S’il veut partir, c’est maintenant. Il ne bouge pas. Johanna voit son front luire, il ne fait pourtant pas si chaud dans la salle de réunion. Il est manifestement très tendu. Leurs regards se croisent, Johanna lui adresse un sourire de reconnaissance et d’encouragement.

Tout en parlant, la femme à la peau noire se dirige vers l’une des portes de la grande salle. Les membres du conseil la suivent des yeux, intrigués. Tobias, lui, sent sa jugulaire cogner dans son cou. Il presse convulsivement ses doigts croisés et moites les uns contre les autres.

Alors que Johanna actionne la porte coulissante qui sépare la salle du conseil du bureau contigu, des murmures se répandent autour de la table. Certains membres dévisagent Tobias, connaissant le lien qui l’unissait à la jeune Divergente disparue. Johanna s’adresse aux visiteurs, dans le bureau :

Se retournant pour s’adresser à nouveau à ses collègues, elle passe son bras autour de la jeune invitée et annonce sur un ton presque maternel :

Sous les yeux incrédules de ceux des membres qui connaissaient Beatrice et son groupe d’amis, Tris apparaît sur le pas de la porte, avec un franc sourire aux lèvres. Son frère Caleb la suit de près.

Incapable de réagir ou d’articuler une syllabe, Tobias est tétanisé. Son voisin le regarde avec inquiétude, balayant son regard de la jeune fille à l’assistant de Johanna.

Caleb jette un coup d’œil à Tobias, mais celui-ci maintient ses yeux baissés et fixe obstinément un point imaginaire au centre de la table. Le frère de Tris poursuit alors en regardant tour à tour les membres du conseil  autour de la table :

Concentrée, elle réfléchit un instant pour trouver ses mots, dans le silence religieux qui s’est installé au cœur de la salle de réunion.

Puis Tris regarde Tobias, qui s’obstine toujours à éviter son regard.

Plusieurs paires d’yeux convergent vers l’assistant de Johanna, statufié, qui n’a pas bougé un cil depuis l’entrée de Tris et Caleb dans la pièce.

L’ancien petit ami de Beatrice lève enfin les yeux, il fait manifestement des efforts pour contenir son émotion. Tris est un peu plus grande que Beatrice, ses cheveux sont très longs, du même blond, à peine plus nuancé de mèches plus claires. Ils paraissaient plus foncés dans son berceau aquatique. Ses yeux sont grands et bordés de cils sombres, de sourcils bien dessinés, à peine plus fournis que dans son souvenir. Son regard, franc et si pur, comme celui de Beatrice descendant du filet d’entrée chez les Audacieux, essaie de le convaincre de sa petitesse, alors qu’elle est déjà géante.

Gérer ce que l’on a devant soi… Tris est maintenant sa cinquième peur, il en est certain. Il veut lutter, comme sa Tris l’a aidé à le faire contre la terreur inspirée par son père, dans son paysage de peurs. Il ne peut que soutenir le regard droit de Tris,  esquisser un demi-sourire pour tenter de faire bonne figure et ne pas culpabiliser cette femme qui n’a pas demandé à être là, ni cherché à le faire souffrir délibérément. La sœur clonée de Beatrice lui rend son sourire avec reconnaissance, puis elle s’adresse à son frère :

En tournant les talons, Tris adresse un petit geste de la main à l’assistance, remercié par des salutations semble-t-il globalement amicales et sincères. Seule, une conseillère guindée regarde la jeune fille avec défiance. Puis Caleb l’entraîne par les épaules vers la sortie. Dès qu’ils ont quitté sa vue, Tobias soupire, il a l’impression d’avoir été en apnée depuis son entrée dans la salle du conseil. Il est certain que Tris a écourté sa visite pour l’épargner, lui, et non par fatigue, il le sent intimement. Malgré son hostilité et toutes ses réticences, il lui en est intérieurement reconnaissant. Elle est partie, mais elle occupe encore tout l’espace de la pièce, tout son souffle, toute sa tête.

La porte n’est pas fermée depuis trois secondes que les questions fusent et se bousculent autour de la grande table rectangulaire : « Comment est-ce possible ? » « C’est quoi cette expérience ? » « Depuis quand est-elle là ? »… Le brouhaha est général. Johanna lève les mains en signe d’apaisement et promet de répondre à toutes les questions.

La réunion se poursuit dans l’agitation provoquée par l’arrivée de Tris. Johanna répond aux questions pressantes de ses collègues. Son assistant articule une réponse ou deux, du bout des lèvres, laissant plutôt Johanna satisfaire la curiosité des membres du conseil. Il accueille la fin de la réunion avec un profond soupir de soulagement. En sortant du bâtiment, il décide d’aller se changer les idées auprès des enfants dans la salle de sport de l’orphelinat. Taper dans un sac de frappe l’aidera à décharger l’énergie négative qu’il a accumulée.

Pendant une heure, avec quelques jeunes garçons en mal d’exercice, il martyrise le gros sac comme si la réussite de son initiation d’Audacieux en dépendait, et en rentrant dans son appartement, il savoure une longue douche qui lui semble laver l’angoisse de la journée complète. Puis il entre dans sa chambre, s’effondre sur son lit, et, pour la première fois depuis trois mois, s’endort sur le champ pour une nuit complète.

 

***

 

L’apparition de Tris s’est répandue comme une traînée de poudre parmi les proches de Johanna et les anciens Audacieux. La jeune fille a demandé à aller au lycée, y prendre des cours. Pour faire taire les rumeurs et satisfaire la curiosité des citadins, elle se prête avec bonne volonté, accompagnée et entourée des enseignants, à des séances de questions-réponses. Caleb et Johanna ont estimé que c’était la meilleure façon de l’insérer dans la cité et de ne pas laisser se propager de folles suppositions à son sujet. Elle a même dû montrer ses épaules pour prouver qu’elle n’était pas Beatrice : l’absence de tatouages –  Beatrice portait les symboles de deux factions sur l’arrière de chacune de ses épaules – a suffi à convaincre les plus sceptiques.

En quelques jours, les discussions autour de sa personne se tarissent et Tris peut enfin suivre les enseignements qui l’intéressent sans être trop stigmatisée. Elle passe son temps au lycée, à la médiathèque et chez Caleb, qui l’héberge.

 

Sur la rive droite, il n’a pas fallu longtemps pour que l’existence de Tris arrive aux oreilles d’Evelyn. Les journaux en ont fait leurs gros titres. Elle a bien deviné que si son fils a voulu reprendre son indépendance, c’est qu’il avait une raison, une nouvelle raison, un déclencheur. Il lui a bien donné sa nouvelle adresse, mais ne cherche pas vraiment à entretenir une relation très serrée avec elle. Au début, elle n’a pas trouvé la vraie raison.

En apprenant l’existence de la sœur de Beatrice, elle a réalisé qu’une nouvelle rivale vient de se mettre en travers de sa relation avec Tobias, et de ses projets. Et quelle rivale ! Beatrice a été un frein à ses desseins, pendant la guerre civile, bien plus qu’elle ne l’avait pensé au début. Evelyn a sous-estimé la puissance de la relation qui les a unis, elle et son fils. Elle n’a pas été particulièrement affectée par sa mort, et c’est un euphémisme. La disparition de Beatrice a permis à Evelyn, paradoxalement, de se rapprocher de son fils, bien qu’il lui ait demandé de quitter la ville. Cela valait mieux que l’indifférence.

Tris n’est pas Beatrice, mais… Tobias, lui, est toujours lui-même. Et son comportement perturbé, son déménagement, sont une preuve qu’il n’est pas totalement extérieur, ni indifférent, à la vie de la nouvelle arrivante.




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