Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 8 : Chapitre 8

Par Naraauteur21

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Le scientifique attend que son visiteur formule sa question, pour connaître l’état d’esprit de son ami. Tobias le fixe intensément.

Son regard est direct et accusateur. Comme à chaque fois qu’il contient sa colère ou sa nervosité, ses zygomatiques se contractent.

Matthew laisse quelques secondes à Tobias pour se calmer, puis continue.

Tobias reste muet. Il revoit Tris mimer l’aura de sa sœur, dans ses souvenirs, la lumière qui émanait de leur étreinte. Ces gestes corroborent les allégations de Matthew, mais il n’intervient pas et le laisse continuer son exposé.

Le visiteur de Matthew soupire en appuyant son front sur ses bras. Assurément, il a toujours été totalement admiratif de Beatrice, de sa capacité à décider, en un éclair, même de façon déraisonnable, de son attitude. Stratège, parfois arbitraire, mais visionnaire. Visionnaire…

Le soleil filtre à travers les persiennes du laboratoire, se projetant sur les traits tirés de l’ex-Audacieux. Une vague odeur de désinfectant flotte dans la pièce, comme si on voulait laver les consciences et les esprits des gens qui la respirent.

L’instructeur a un sursaut s’apparentant à un rire sarcastique.

Le silence s’installe. L’ancien Altruiste, devenu Audacieux par obligation, l’a toujours préféré aux discours, mais il lui semble qu’on le pousse beaucoup à parler, depuis quelques temps. Il tambourine nerveusement les doigts sur la table. Matthew se lève et, dans une petite pièce attenante fermée que Tobias n’avait pas remarquée, va chercher du café. L’odeur couvre celle du désinfectant, dès que l’ouverture de la porte supprime la distance entre la boisson et lui. En silence, Matthew sert deux tasses. Tobias se remémore la conversation avec Donna, pour essayer de profiter du parfum apaisant. Le jeune homme fixe son attention sur la fumée blanche qui s’élève des tasses. Mais même cette fumée lui rappelle les mouvements gracieux que Tris mimait pour évoquer l’énergie, dans sa vision. Ou peut-être un simple courant d’air dans ses longs cheveux. Tobias saisit la tasse et boit une gorgée pour chasser l’image qui l’obsède.

Le jeune homme vient de comprendre l’allusion du généticien. Beaucoup d’Altruistes ont demandé, et se sont soumis au sérum d’oubli, pour ne plus souffrir de l’absence de leurs proches, décimés par l’armée de marionnettes audacieuses de Jeanine, après la guerre civile. Plus de mémoire. Sauf, peut-être… le leader des Altruistes, dont Andrew était le bras droit, l’ami de longue date, Marcus, le père de son visiteur.

L’idée lui déplaît, comme si Matthew avait recréé pour lui tout seul la femme idéale, une superwoman sauveuse de l’humanité, dont il pourrait s’attribuer le mérite, et… la compagnie. Ou comme si… l’idée lui déplaisait sans raison, comme ça, c’est tout.

Le généticien ne répond pas tout de suite, et soutient le regard de son ami. Tobias a raison. Mais il s’est fait une raison, Tris n’est pas pour lui. Et ne le sera jamais, comme Beatrice.

Tobias met quelques secondes avant de réaliser ce que lui dit Matthew.

Remué au tréfonds de toutes ses cellules, le jeune homme ne peut qu’approuver silencieusement l’évidence que Matthew vient d’exprimer. Il n’a pas pu lutter non plus. En quelques jours, ses velléités d’évasion des Audacieux n’avaient plus de sens sans elle, il s’en souvient comme d’une marque au fer rouge dans sa mémoire. Beatrice, sa Tris, avait happé sa vie, sa volonté, cette âme dont il ne savait même pas l’existence avant. Mais, jamais il ne lui était venu à l’idée que quelqu’un d’autre pouvait être amoureux de Beatrice. Elle, avait été jalouse, mais lui, non, jamais. L’absolutisme de ses sentiments l’avait totalement aveuglé, les autres n’existaient plus autour de sa Tris. Il ne lui avait jamais effleuré l’esprit que quelque chose d’autre que la mort pouvait lui prendre son amour.

Le généticien sourit tristement à son ami.

Comment Matthew peut-il savoir ce qui s’est passé lors de ce combat ? Tobias sent une colère sourde, profonde, remonter en lui. Comment ont-ils osé les espionner, violer ainsi leur vie privée, surveiller le moindre de leurs gestes, comme s’ils étaient des rats dans une cage ? Il se souvient avoir, comme un robot, après la mort de Beatrice et la « réinitialisation » de tout le Bureau, supprimé les programmes de surveillance, et plus tard, redirigé les caméras implantées un peu partout dans la ville, placées sur la voie publique vers les écrans des services de police de Chicago. Traquer les caméras indiscrètes pour les retirer avait pris des mois, et il n’est pas sûr qu’elles soient toutes trouvées à ce jour.

Tobias fixe Matthew sans expression, cherchant à dénouer le faux du vrai. La gorge nouée, il se sent revivre l’abandon, le vide qu’il a subi depuis la prétendue mort de sa mère. Il a l’impression de se vider de son sang, et de tomber dans un gouffre à l’intérieur de lui-même. Jamais, elle ne lui a dit la vérité, à aucun moment ? Mais est-ce la vérité ? Pourtant, tout se tient, et quelles motivations aurait Matthew pour lui mentir ?

La tête dans les mains, abasourdi, Tobias réfléchit jusqu’à en avoir le vertige. Sa mère n’avait jamais été qu’une machine de guerre, sans sentiment ni humanité, telle qu’il l’avait finalement toujours imaginée. D’ailleurs, ça lui revenait maintenant, même s’il n’avait pas relevé quand elle était revenue à Chicago, c’est vrai, elle avait dénigré le vœu de Tobias de renoncer aux armes et de s’associer en politique à Johanna. Elle aurait préféré qu’il forme les jeunes au combat avec George Wu. Le jeune homme avait un si profond désir d’être aimé, d’avoir une famille, un tout petit bout de famille, que cela l’avait aveuglé suffisamment pour qu’il lui pardonne son abandon. Quel idiot ! Sa petite amie avait eu raison, de bout en bout à son sujet, depuis le début ! Une fois de plus, il n’avait pas voulu la croire, il voulait pouvoir pardonner. Et Beatrice l’avait laissé faire, par amour. Mais alors, Tris…

Tobias s’est levé, et comme toujours quand il est nerveux, il fait les cent pas dans la pièce, faisant crisser ses baskets sur le carrelage blanc, et passant nerveusement ses mains dans ses cheveux, bruns et courts, les sourcils froncés. Il comprend, maintenant, pourquoi sa mère a voulu retrouver son indépendance ! Pourquoi elle voulait déménager ! Elle avait besoin de liberté pour recommencer ses manigances ! Matthew le regarde tristement quelques instants essayer de se vider de son énergie négative.

Le jeune homme suit son ami scientifique et dans le laboratoire voisin, s’installe dans un fauteuil dont l’assise est lumineuse et bleue. Des écrans sur la paillasse sont reliés à un boîtier parcouru de leds dans lequel sont placés de petites demi-sphères métalliques. Matthew invite Tobias à s’asseoir, prend les deux boutons, et tend au jeune homme une tablette. Le jeune psychiatre positionne les patchs sur les tempes de Tobias, et les relie à son écran et son ordinateur.

Assis sur le siège du laboratoire, Tobias se concentre, réfléchit quelques secondes puis entre les données. Matthew lui donne quelques conseils pratiques.

Tobias s’exécute et entre, avec la rapidité de l’habitude, les informations demandées. Il programme une douzaine de périodes, de son enfance jusqu’à la sortie dans la Marge, pendant qu’ils étaient au Bureau, puis rend la tablette à Matthew.

Il s’appuie sur le dossier en inspirant profondément. Il choisit une période, et garde au bout du doigt la zone du boîtier de contrôle qui lui permet d’interrompre l’enregistrement. Matthew lui jette un coup d’œil peiné puis lance le programme. Tobias ferme les yeux et se laisse porter par son premier souvenir.




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