Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 10 : Chapitre 10

Par Naraauteur21

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Alors qu’il travaille sur ses écrans à peaufiner le logiciel pour réserver des créneaux dans la salle de sport de l’orphelinat, Tobias reçoit un message.

Matthew l’informe que Tris passera, en fin d’après-midi pour prendre connaissance du contenu des patchs qu’il a enregistrés. Le jeune homme ne sait pas trop s’il est content ou pas d’avoir été informé. Ressasser toutes ces images rouvre les plaies à chaque fois. Il se demande quand, et si, un jour, il sera libéré de toute cette douleur. Et puis elle en passe, du temps, Tris, dans ce labo, c’est son deuxième domicile ! Tobias a l’impression que sa nouvelle amie est instrumentalisée pour des recherches, comme Beatrice avant elle, et pour quoi en fait ?

Pourtant, il ne peut s’empêcher de se demander comment Tris va réagir et ce qu’elle va penser de ces bribes de passé. Du sien.

Du leur.

Il ne doute pas que Matthew aimerait sa présence, mais il voudrait juste ne plus penser à tout ça, rembobiner le film de sa vie. Comme si c’était possible.

Il lui arrive encore de regretter de ne pas avoir pris le sérum d’oubli. Les événements récents le font encore basculer dans les conflits, la souffrance, comme un chemin de croix inéluctable. Les hommes n’arrivent décidément pas à vivre en paix ? Les meilleurs se sacrifient-ils toujours pour rien ?

Un problème après l’autre… Gérer ce que l’on a devant soi. Les conseils que lui-même donnait à ses novices résonnent dans sa tête comme un leitmotiv salvateur. Il s’y accroche pour ne pas fléchir. Comme disait Caleb, le système des factions était loin d’être parfait. Mais il avait au moins le mérite de donner des repères à des personnes qui n’en auraient jamais eu sans cela, et de porter haut l’esprit de cohésion. S’il n’avait pas été perverti par l’excès de pouvoir et les abus en tous genres de personnalités avides et orgueilleuses, il aurait pu représenter une solution d’avenir pour une humanité déchirée. C’était le but à l’origine. Mais c’est bien connu, l’Homme n’aime pas être en cage, et n’a jamais assez de liberté. En réalité, les habitants de Chicago sont-ils plus heureux aujourd’hui ? Tobias l’a constaté, les gens sont plus isolés, plus solitaires. L’insécurité, avant la guerre civile, provenait des détracteurs, pas réellement des factions. Mais l’exclusion des personnes qui ne pouvaient se retrouver dans aucune des cinq factions a mené le système à sa perte, entre autres.

En revenant à la réalité, Tobias décide de se changer les idées, et d’aller installer le logiciel d’inscription pour la salle de sport, puis d’en profiter immédiatement. Il se change puis retrouve Donna à son bureau, tout en ayant pris soin, avant de descendre, de changer le code à l’entrée de son appartement. Par précaution.

Un pupitre est installé dans le bureau de la directrice, une tablette fixée dessus. Le logiciel est simple, Tobias l’explique à la vieille dame et s’inscrit lui-même pour l’heure suivante. Il programme un cours collectif pour les enfants le soir même. Aussitôt, l’information s’affiche sur un mur blanc de la grande salle commune, transmise par une caméra reliée.

Tobias ferme la porte du bureau pour parler discrètement à Donna :

En silence, Donna sourit et attend la suite.

Tobias se lève pour poser un baiser sur la joue de la vieille dame et jette un coup d’œil au tableau représentant Beatrice. Elle semble lui sourire, comme il aimait tant qu’elle le fasse, avec le charme, la bonté, la tendresse qui étaient les siens, et qui lui faisait immédiatement battre le sang dans les veines. Il quitte la pièce. Le front soucieux, Donna le regarde s’éloigner et refermer la porte de son bureau en faisant crisser ses baskets.

Le jeune homme sort du bâtiment et part en petites foulées pour s’échauffer. Vider sa tête et sécréter un peu d’endorphine en poussant son corps lui feront du bien. En revenant, trois gamins attendent dans la salle de sport, sous la surveillance de Donna, que Tobias commence le cours promis. Ils crient joyeusement à son entrée dans la salle, parlant tous en même temps pour demander le programme. L’instructeur rétablit le calme et leur montre quelques mouvements d’échauffement. En les plaçant sur les différents agrès de la salle et dispensant ses premiers conseils, Tobias retrouve un peu de sérénité, pour la première fois depuis des mois. La compagnie de ces remuants garçons lui remonte le moral. Leurs rires, leur énergie rallume en lui une lueur d’espoir en l’humanité, qu’il pensait éteinte.

Le combattant se retourne sur la nouvelle venue, sans un doute sur son identité : il reconnaîtrait sa voix entre mille.

Tobias regarde avec un petit sourire les enfants qui s’acharnent sur leurs agrès, puis retient son amie avant qu’elle ne quitte la salle :

Comme s’il était totalement indifférent, Tobias coupe court à la conversation et reprend l’activité avec les enfants. Un peu vexée, Tris s’éloigne en se disant que le petit ami de sa sœur a un caractère bien trempé. Qu’à cela ne tienne, elle aussi.

 

Quand Tobias apparaît à l’entrée du petit réfectoire, le dîner est presque fini. Quelques enfants empilent les assiettes des plus âgés. Dos à la porte, Donna ramasse les fruits restant sur les tables. D’un regard circulaire, il constate que Tris n’est pas là, et ça l’agace. Il croise les bras, il a la bizarre impression que la jeune fille l’a fait exprès. Soudain, il est bousculé par l’arrière et une ombre se faufile à côté de lui pour entrer dans la pièce. Le jeune homme hausse les sourcils en constatant que son amie se dirige sans un mot vers une vieille dame en fauteuil. Tris sourit à la dame, et pousse son siège roulant vers la porte en lui faisant la conversation. Impassible en arrivant vers Tobias, elle attend qu’il s’écarte et passe sans lui jeter un regard. C’est après avoir dépassé son ami qu’elle sourit malicieusement et lui lance sur un ton neutre, sans même le regarder :

Stupéfait, Tobias sent la colère lui brûler la gorge. Il retient une remarque cinglante, eu égard à la personne âgée que Tris accompagne. Quel culot ! Bouillant intérieurement, il patiente en sentant ses zygomatiques se contracter à chaque fois qu’il se repasse la petite phrase sournoisement assassine. Quelques minutes plus tard, Tris réapparaît d’un pas nonchalant.

Interdit, Tobias réalise que Tris a simplement reproduit son propre comportement envers Beatrice, le jour où il a dû punir sa désobéissance lors de son initiation, en lançant ses poignards autour d’elle. Finalement, l’étonnement l’emporte sur la colère, et il esquisse une mimique un peu coupable.

Pantois, Tobias marque un temps d’arrêt. La jeune femme a manifestement beaucoup évolué, sa timidité semble n’être plus qu’un souvenir.

Tobias ne peut s’empêcher de se dérider, il vient de prendre une leçon... Pour détourner sa crispation, il entraîne Tris d’un geste de la tête.

Impressionné plus qu’il ne l’avoue, Tobias tourne à demi la tête vers la jeune fille qui l’accompagne :

Lentement, Tris pénètre dans l’appartement dont son ami a ouvert la porte, en regardant autour d’elle. L’entrée donne directement sur un grand salon. Le mobilier est spartiate, de style industriel, à part le long bureau gris, moderne et étroit sur lequel trône, sous les fenêtres, l’équipement informatique. Une table grise nue est entourée de quelques chaises, par-dessus laquelle on aperçoit, au fond de la pièce, un coin cuisine bien rangé. Sur la gauche, trois portes coulissantes fermées. Tris sourit en parcourant la grande pièce des yeux, et en fait le tour, en laissant glisser derrière elle ses doigts sur le bois, le métal, les peintures. Au centre de la table, la statue bleue du jeune homme se détache sur la monochromie ambiante, Tris la détaille quelques instants. Tobias se sent obligé de se justifier.

Perplexe, Tobias observe son étrange manège. Les cheveux blonds de son invitée lui arrivent presque à la taille, ils ondulent à chacun de ses pas et les néons de la pièce font briller le dessus de sa tête. Un léger sourire flotte encore sur sa bouche quand elle revient près de lui. Celui-ci l’invite à profiter du fauteuil et lui s’adosse à sa place favorite, mi-assis sur son bureau, les jambes croisées. Tris s’installe et attend que le jeune homme en face d’elle entame la conversation sans détour.

Tobias se redresse et s’éloigne pour préparer de la chicorée et dissimuler le déchirement que provoque en lui la nouvelle possible trahison de sa mère. Tris se laisse distraire de ses préoccupations et le suit des yeux, détaillant chaque mouvement, chaque ondulation des muscles de ses bras nus. En fermant les yeux, elle visualise le regard de Beatrice sur cet homme, son admiration sans bornes, ses coups d’œil fréquents aux lignes noires qui dépassent de ses vêtements, sur le cou et la nuque, son désir aussi. La jeune femme pense comprendre ces sentiments. Elle a pu en avoir un aperçu, grâce à Christina. Dans ses transferts, Tris a découvert le rapprochement qui s’était opéré entre la jolie brune Audacieuse et Will. Mais pas comme ça, pas comme Beatrice et Tobias.

Elle ne l’a pas quitté des yeux quand il revient lui tendre un gobelet en métal tiédi par la boisson. Son hôte ne cherche pas à soutenir son regard et reprend sa place favorite. Son ombre interrompt le quadrillage de lumière sur le sol. Elle dessine un double fantomatique de lui qui se projette comme une couverture sur Tris assise dans le fauteuil, les jambes croisées.

La jeune fille en fait autant, crispée, elle se lève d’un bond et se campe devant lui. Le malaise réciproque que leur attirance mutuelle occasionne a fini par s’exprimer dans cet éclat.

Etranglée d’émotion, et les larmes aux yeux, Tris fait face avec force à la rage douloureuse du petit ami de sa défunte sœur, le défiant du regard.

Tris ferme les yeux pour radoucir sa voix. Elle ne veut pas se disputer avec le jeune homme, et se rassoit pour interrompre le furieux face à face.

Elle marque une pause en regardant le jeune homme figé dans un mutisme obstiné, puis reprend en baissant la voix :

Tobias retrouve sa position en appui sur son bureau. Il reprend sa tasse tiède dans les mains, sent que sa colère est tombée et s’étonne de la sagesse et de la réflexion de la jeune fille. Sa façon de penser colle avec l’évaluation que Matthew lui a confiée de son potentiel cérébral. Avec une sorte de pincement au cœur, il lui révèle :

A sa grande surprise, Tris éclate de rire.

Tobias finit par sourire, et se sent étrangement mieux. Il veut chasser ce bien-être relatif de son corps : il n’a pas le droit.

Vaguement embarrassé, Tobias sourit malgré tout.

Tobias lui sourit. La timide jeune fille qui s’est présentée au conseil de la gouvernance a muté en une jeune femme bien plus sûre d’elle et ouverte aux autres. Il se lève et va sans un mot dans sa chambre, puis en revient quelques secondes plus tard, les bras chargés de plusieurs livres. Il s’arrête près de Tris, figée en direction de la pièce, dont elle entrevoit le lit, et une partie de chaise.

La jeune femme cligne des yeux et sourit.

Le regard de Tris glisse ensuite sur la porte voisine, fermée. Tobias suit la direction de ses yeux, et tourne la tête immédiatement. Mais il se sent obligé d’expliquer son contenu à la jeune fille.

Après une pause, il ajoute :

Tris baisse la tête, ennuyée par cette demande. Mais Tobias poursuit :

Un peu agacé, Tobias ferme les yeux un instant en secouant légèrement la tête.

Tris joint les mains et le prie :

Le bel homme brun devant elle ne s’attendait pas à cette réponse, elle s’en rend compte.

Tris a le chic pour retourner les situations, son intelligence est étonnante. Erudite, Altruiste… Il lui reste à devenir Audacieuse, et le chemin ne lui semble pas si long, avant qu’elle n’y arrive. Le jeune homme abandonne la lutte.

Un brusque silence tombe entre les deux jeunes gens, chacun perdu dans les pensées que lui renvoie l’autre. Tobias s’écarte pour allumer ses écrans. Il donne à Tris le mot de passe et lui montre la façon d’accéder aux ressources documentaires de la médiathèque.

Tris ferme les yeux et semble ne plus écouter Tobias. Au bout de quelques secondes de réflexion, elle rouvre des yeux embués de larmes.

Tris bat des paupières pour dissiper le voile de ses yeux et essaie d’offrir un sourire. L’instructeur tente de le lui rendre en soulevant légèrement ses commissures d’un air triste. Il se détourne pour plonger dans un tiroir et en sort une montre, qu’il donne à sa nouvelle recrue.

Tris acquiesce en silence, elle ne peut pas croire que la haine aveugle d’une femme qu’elle ne connaît même pas puisse la pousser à de telles mesures de précaution.

Le trajet se passe en silence, Tris jette un coup d’œil de temps en temps à Tobias qui garde obstinément les yeux sur la route, les sourcils froncés. Son profil anguleux, ses lèvres fines mais pleines, dénotent une détermination élimée par les épreuves et le chagrin.

Au pied de l’immeuble, il immobilise le véhicule silencieux.

Surpris par la question, Tobias sourit faiblement.

Tris sourit, quitte la voiture et rentre dans le bâtiment sans se retourner.




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