Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 13 : Chapitre 13

Par Naraauteur21

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Christina lève vivement la tête, qu’elle avait posée sur ses bras, au bord du lit de la malade. Elle avait fini par s’endormir. Mais la voix de son amie la ramène immédiatement à la réalité, et elle lève des yeux ensommeillés.

Quelques minutes plus tard, le médecin entre avec Christina et examine minutieusement Tris.

Tout le monde se retourne sur Tobias qui vient d’entrer.

Tris soutient le regard du jeune homme, en se demandant bien les raisons de son soudain revirement. Elle ne veut pas de sa culpabilité, c’est trop facile. Mais la meilleure façon de le savoir, est d’avoir des occasions de le lui demander.

Une fois le médecin sorti, Tobias interroge la patiente allongée qui ne l’a pas quitté de son regard interrogateur.

Tris sourit et tente de retenir un rire, en grimaçant de douleur. Le médecin ouvre la porte, suivi par l’infirmière. Tobias et Christina se dirigent vers la porte pour laisser les soignants faire leur travail.

Ecœurée rien qu’en sentant l’odeur du désinfectant, Christina s’éclipse dans le couloir. Tobias approche du lit et se positionne derrière l’infirmière pour suivre les gestes. Tris redoute ces soins, la douleur est fulgurante dès qu’on lui touche la joue. L’infirmière ajuste le débit de la perfusion depuis sa tablette puis retire doucement le pansement ; il est taché de sang. La jeune femme se contracte et retient un cri de douleur. Elle sent les larmes lui monter aux yeux, elle préfère les clore pour cacher sa lâcheté. Elle s’en maudit, ce n’est pas digne d’une Audacieuse ! Mais les paupières ne les retiennent pas et Tobias les voit rouler sur ses joues. Les sourcils froncés, il se jure de faire payer chacune de ses larmes aux coupables.

Tris serre les dents pour ne pas repousser l’infirmière qui transforme sa joue en lit de braises brûlantes.

Le jeune homme regarde la plaie. Toute la joue de son amie est écarlate, la plaie fait au moins dix centimètres de long, elle est boursouflée. Les points de suture noirs dépassent à intervalles réguliers. Il veut distraire la jeune fille des soins qui lui sont prodigués en lui parlant.

La jeune fille rouvre les paupières, crispée. Les yeux bleu sombre la fixent fermement.

Elle cligne des yeux pour acquiescer sans bouger, pendant que l’infirmière fait couler le désinfectant sur la plaie. Tobias n’a pas voulu affirmer devant les soignants que lui, ne laisserait pas s’en sortir ses assaillants, mais il n’en pense pas moins.

Tris essaie de sourire, en se crispant toutefois, voyant l’air méfiant de l’homme en blouse blanche penché sur elle. L’infirmière pose une nouvelle compresse, applique le sparadrap puis sort de la chambre en emportant les déchets du précédent pansement. Christina rentre dans la chambre, accompagnée de Caleb.

Le petit groupe discute encore un peu autour du cas de Tris. Puis Caleb se lève de la chaise pour retourner à ses activités, suivi de près par les deux amis de sa sœur.

Tris lève les yeux au ciel, contrariée. Christina va l’embrasser sur sa joue valide, pendant que Caleb lui fait signe. Tobias se contente d’un regard brûlant, sans un mot, et tout le monde sort.

Quand Caleb va la rechercher le soir, Tris est déjà debout, et prête à partir. L’infirmière se plaint d’avoir eu une malade impatiente et qui la harcelait pour enlever sa perfusion.

L’infirmière donne à Tris le nécessaire pour changer les pansements pendant une semaine, puis les frère et sœur sortent. A l’extérieur, la jeune femme prend une grande inspiration, heureuse d’être sortie de l’espace confiné de sa chambre d’hôpital. Elle jette un regard circulaire, espérant presque apercevoir son amie Christina.

Ou Tobias.

Mais aucun des deux n’est présent et Tris ne peut se cacher à elle-même une pointe de déception. Tobias a offert ses services pour la soigner, c’est déjà surprenant !

La journée suivante est pénible. Tris a mal à la joue, à la tête, et s’ennuie ferme chez son frère, enfermée comme il le lui a recommandé, par sécurité. Cela joue sur son humeur et elle reste contrariée jusqu’au soir. Elle vient de passer deux mois à s’entraîner, travailler à sa documentation historique sur Chicago, l’inaction lui pèse.

Quand enfin Caleb rentre, il est suivi par Tobias, qui l’attendait au pied du bâtiment. Tris et lui s’échangent un « salut » un peu rigide.

Tris jette un regard à son mentor. Encore une reculade ? Voilà qui lui prouve qu’il n’a pas réellement opéré de revirement. Elle ne sait pas si cela lui plaît, parce qu’il ne se sent pas coupable, ou si elle en souffre, car il ne va finalement pas se rapprocher d’elle. Elle fronce les sourcils :

Tris suit Caleb qui s’installe dans le canapé bleu, vestige de son appartenance aux Erudits.

Le jeune homme regrette que rien dans ce récit n’accuse sa mère, mais il cherchera des preuves. Son regard est sombre et une ride barre son front. Caleb dispose les ustensiles et les boîtes sur la table pour les soins. Il jette un œil à sa sœur et à Tobias. Leur relation n’a pas évolué comme il l’espérait. Il ne pensait pas que ce serait si difficile pour Tobias d’accueillir Tris, de se rapprocher d’elle. Sa ressemblance avec Beatrice semble avoir été un frein plus qu’un atout. Tobias est bien plus atteint qu’il ne l’avait pensé au départ par la mort de sa petite amie. Il décide d’aller prendre une douche et de les laisser. Et puis il n’a pas le cœur très bien accroché.

Elle sourit à l’air dégoûté de son frère. Il s’éclipse à la salle de bain avant que Tobias ne réplique. Le jeune Audacieux s’approche de la table où sont disposés les compresses et le désinfectant.

Elle s’assied au bord du canapé pour faciliter la tâche à Tobias. Le jeune homme regrette presque d’avoir proposé ces soins. Cette promiscuité lui vrille l’estomac… Il va se laver les mains et s’installe près d’elle. Il prépare le désinfectant, les compresses, le sparadrap, en silence.

A ces mots, le jeune homme lui jette un œil étonné. Elle plaisante ? Elle n’a pas l’air. Sa main sur son bras l’empêche de réfléchir.

Tris ne bouge pas pendant que Tobias, retenant la peau d’un doigt, tire lentement sur l’adhésif à l’aide de deux autres. La joue de la jeune femme est en feu. Elle n’a pas retiré sa main de son bras, et tente d’ignorer la douleur. Elle presse ses doigts pour lui signaler qu’elle n’accepte pas sa réponse. Tobias laisse tomber ses mains sur ses genoux, pour regarder Tris. Le bout de sparadrap pend lamentablement le long de sa joue, attendant la suite de son retrait.

Buté, Tobias ne répond pas, et Tris prend son silence pour un « oui ».

Le jeune homme la regarde en papillonnant ses yeux sur les siens. Elle a… un peu vieilli, depuis qu’il l’a vue la première fois. Son visage, ses expressions, sont moins enfantines, plus proches de celles de Beatrice les derniers temps. Beatrice avait les traits tirés par la fatigue, le deuil, l’angoisse, la peur, la guerre, les conflits, et l’incertitude. Tobias retrouve un peu ces traits sur ceux de Tris, différents de ceux que la novice avait quand il l’a aidée à descendre du filet, Tris l’a « rattrapée » en quelque sorte.

Sans qu’il s’y attende, Tris porte ses paumes sur les joues de Tobias, elle lui sourit doucement et la chaleur de ses mains le brûle à l’intérieur, il cligne un instant des yeux pour contenir son rythme cardiaque qui s’emballe. Les mains de la jeune fille sont douces, légères, il n’a plus senti ça depuis une éternité lui semble-t-il. Il prend délicatement les poignets dans ses mains pour abaisser les paumes de Tris de son visage. Il reste ainsi quelques secondes, en la regardant, puis reporte son attention, et ses mains, sur le pansement.

Tobias ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire.

Tris sourit et le laisse terminer le retrait du pansement en grimaçant. L’instructeur, concentré, badigeonne une compresse de désinfectant, commence par le pourtour de la plaie puis en laisse couler directement sur la cicatrice. Il observe la coupure.

Tobias jette un œil au regard de Tris, en penchant un peu la tête, comme on jugerait une œuvre.

Et ça marche. Tobias la regarde plus directement cette fois.

Saisissant l’occasion qu’il lui offre de revenir sur le sujet, elle répond du tac au tac.

Tobias soupire, il ne peut pas nier ce que la jeune fille vient de dire.

Elle l’observe quelques secondes en réfléchissant.

Le bel Audacieux reste immobile. Ce discours ressemble à celui qu’il a tenu un jour à Beatrice, et Tris ne le sait pas.

Tobias interrompt ses gestes de soins.

Dans le couloir, Caleb fait du bruit, volontairement. Il ne tient pas à arriver à un mauvais moment. Il reparaît dans la pièce, interrompant la conversation. L’infirmier de circonstance en profite pour se lever, avec une sorte de soulagement douloureux.

Caleb rejoint l’ami de sa sœur près de la porte et le retient par le bras. Le jeune homme se retourne à demi.

Tobias se contente d’un signe de tête, jette un œil par-dessus l’épaule de Caleb pour apercevoir Tris, qui ne l’a pas quitté des yeux, et sort.

 

***

 

Le lendemain soir, Tobias est accueilli chez lui par l’odeur de la chicorée et les bavardages de Christina. Tris jongle habilement entre les pages holographiques des documents ouverts, et note sur un autre support les détails intéressants. En chœur, elles sourient à leur instructeur. Ce sourire même coupé en deux par le bandage, il en a rêvé, pendant des mois, ça le hantait depuis la mort de Beatrice, et il est là, juste devant lui. La fascination lui gonfle la poitrine comme une piqûre d’adrénaline.

Tobias acquiesce. Sa jeune hôte se lève pour servir la boisson brûlante dans les tasses qu’elle a préparées.

Tobias se mord la lèvre. Il n’avait rien remarqué, en rentrant suffisamment tard pour qu’elle soit déjà partie, tout était rangé et rien ne pouvait le faire culpabiliser.

La jeune étudiante fait pivoter les images en trois dimensions, les tunnels apparaissent, sillonnant le sous-sol de la ville. Certains longent la rivière, et d’autres passent en dessous. Le principal sort de la ville, au sud-ouest.

Tobias regarde les yeux brillants de son amie. Il n’arrive pas à chasser de ses joues le souvenir du contact de ses paumes tièdes, la veille, chez Caleb.

Déconcentrée de son exposé, Tris se retourne.

Christina rit et Tris sourit, oui, Tobias a un sacré caractère. Elle l’avait déjà constaté dans certains des patchs combien les affrontements verbaux, et parfois même silencieux, entre sa sœur et son petit ami pouvaient être forts. Et elle avait déjà pu se trouver, elle aussi, en pareille situation.

Christina ramasse son blouson, salue ses amis et quitte l’appartement. Tris se lève pour rapporter les tasses dans l’évier, les rincer. Tobias l’observe quelques secondes.

Le jeune homme se sent un peu vexé qu’elle soit si pressée de rentrer chez Caleb, c’est-à-dire, de ne plus être avec lui. Mais il ne peut que reconnaître que c’est l’objectif qu’il s’est fixé : mettre de la distance avec elle. Il ne pensait pas que ce serait si… frustrant.

A l’extérieur, Tobias guide Tris vers la voiture laissée à disposition par Johanna, à quelques dizaines de mètres. Ils longent sur le trottoir les murs gris des bâtiments anciens, qui auraient bien besoin de rénovation. D’anciennes ouvertures sont bouchées par des murs en parpaings ou des plaques de bois. En chemin, il se rapproche de Tris qui marche près de lui. En forçant un sourire, il lui glisse :

Tendue, Tris obtempère, prend son instructeur par le bras et lui adresse un large sourire. Tobias balaie son champ de vision en permanence, sans tourner la tête, tous ses sens en alerte. Il est soulagé d’atteindre la voiture et d’y installer Tris. Inquiet, il la regarde une seconde, pensif. Ce rôle de protecteur, qu’il vient d’endosser, lui rappelle celui qu’il n’a pas su tenir jusqu’au bout, envers une jeune femme étonnamment identique. Mais cette fois, l’histoire ne se répètera pas. Pas question. Il démarre et s’éloigne aussi vite que possible.

 

***

 

Irrité, Tobias vient de tirer brusquement sur le sparadrap.

L’instructeur tape subitement sur la table.

La jeune femme se lève d’un bond devant lui. La colère fait flamboyer ses iris, dont Tobias ne peut plus dévier le regard. Il est fasciné, comme autrefois, quand Beatrice s’enflammait pour défendre ses valeurs, s’indigner contre la violence, la folie, la mort qui les cernait. Tris crie :

Caleb assiste sidéré au bras de fer entre sa sœur, tendue et les poings serrés, et Tobias, les yeux froncés et le regard figé au fond de celui de Tris, sans arriver à les départager. Comme toujours, il recule, et laisse le courage à d’autres.

Le jeune homme fait une pause, puis reprend en contenant sa colère, alors que Tris s’est rassise :

Tris se tourne vers son frère, sidérée.

Tobias tourne la tête vers Tris, tente de se maîtriser et de retrouver un semblant de calme.

Frère et sœur se défient du regard. Tobias admet en son for intérieur qu’elle a été loyale avec lui sur ce plan, elle n’a rien dit à son frère conformément à son conseil.




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés