Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 17 : Chapitre 17

Par Naraauteur21

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Le lendemain, Tobias ne voit pas Tris de la journée, elle reparaît en soirée et explique avoir fait des tests au centre d’étude de la Divergence. Ses gènes sont passés à la loupe. Tobias sent son cœur se serrer : la sœur de Beatrice passe beaucoup de temps avec Matthew en ce moment. Il sait l’attirance du généticien pour la jeune fille, et il ne peut pas nier que ça le contrarie… au mieux. C’est du bout des lèvres qu’il apprend à sa colocataire que les équipes de voirie ont trouvé deux autres entrées de souterrains. La jeune fille exulte, sans s’apercevoir de l’air renfrogné de Tobias.

Les deux amis peuvent être satisfaits : les travaux avancent vite. Des drones sont envoyés dans les souterrains pour les cartographier, repérer les embranchements, les obstructions et le trajet de l’eau. Toutes les images sont envoyées en temps réel aux ingénieurs qui étudient la faisabilité du projet de Tris. La déviation des cours d’eau mineurs alimentant l’ancienne rivière Chicago est identifiée. Des puits artificiels avaient été creusés pour que l’eau s’enfonce dans le sol et rejoignent les tunnels de la ville. Ils avaient ensuite été recouverts par des sols végétaux colonisés par les plantes. Une fois le puits bouché, l’eau commence à s’écouler dans le lit de l’ancienne rivière.

La rénovation de deux nouveaux ponts levants est entreprise pour ajouter, aux deux voies déjà existantes, deux passages pour permettre aux rares voitures, aux bus et aux piétons de passer d’une rive à l’autre à pieds secs plus rapidement, avec moins de détours. D’immenses poutrelles métalliques provenant de buildings en déconstruction, ou d’anciens ponts, sont acheminées près de la rivière et utilisés pour former des ponts de fortune et des passerelles supplémentaires. Toute la ville fourmille d’activité, mue par les promesses du retour de l’eau. Les habitants scrutent avec curiosité les ballets de camions transportant matériaux et main d’œuvre. Des émissaires sont envoyés dans la Marge chercher de la main d’œuvre : le retour de l’eau, d’accès plus facile, convainc quelques familles de participer aux travaux.

En une semaine, la rivière est métamorphosée. Un ruisseau continu y circule. Le deuxième affluent, le plus important, n’est pas encore dégagé, mais déjà, le paysage de Chicago change et les curieux mesurent chaque jour le retour de l’eau dans le lit historique de leur rivière. Aucun n’a jamais vu que des flaques ou des filets d’eau dans le berceau aquatique de leur ville. Les charges explosives ont été placées par des plongeurs dans les souterrains, ainsi que des rubans d’éclairage pour faciliter les travaux et la progression des artificiers.

Les explosions, destinées à dévier l’eau des tunnels définitivement vers le lit de la rivière, maîtrisées pour ne pas fragiliser les structures et les voûtes, sont programmées pour le lendemain. Des équipes doivent se répartir aux différents accès découverts, pour surveiller le trajet de l’eau et rendre compte des éventuels problèmes. Des équipes de secours sont mobilisées en plusieurs points de la ville, par aéroglisseur.

Ces véhicules fonctionnant sur coussin d’air, remisés au Bureau du Bien-Etre génétique, ont été réutilisés, depuis quelques mois et aménagés pour fonctionner à l’énergie solaire. Rapides, ils passent sur les terrains marécageux situés entre Chicago et le Bureau ou certains villages de la Marge, sans s’embourber, et ont permis de mieux approvisionner les sites, et favoriser les échanges. Leur vitesse a convaincu également les services d’urgence de s’en équiper.

Tris, Tobias et Christina sont chargés de surveiller le flux à l’intersection de North et Fairfield, là où Tris a découvert la première bouche. Cet accès, inachevé, était sans doute destiné à permettre l’accès à des piétons, un escalier de béton brisé sur toute la partie basse ayant été mis à jour. Et en dessous, le vide, sur trois mètres de hauteur. Le tunnel, quelques mètres plus loin, rejoint un réseau plus vaste de tunnels et galeries.

Tris est un peu en avance sur l’horaire prévu.

Elle approche de la rue d’où sera surveillé le débit de l’eau, après le déclenchement de la seconde explosion. La première vient de retentir et le premier torrent va passer juste sous la bouche à quelques mètres devant elle. Ce tunnel-là était au sec, inutilisé pour la déviation de l’eau des affluents, mais la cartographie du réseau souterrain a permis de le situer comme très bien placé pour l’opération Résurgence. Au loin, elle entend un cri strident et de l’agitation. Autour de la bouche, deux personnes accompagnées d’un enfant, appellent au secours. Tris en découvre la raison : une grille de bois a été négligemment posée sur l’ouverture vers le souterrain, et une petite fille est assise en plein milieu. Tris, glacée d’effroi, laisse choir au sol la tablette qu’elle tient dans les mains et s’élance furieusement vers la bouche.

La petite fille pleure, assise sur la grille en bois. Son pied est coincé dans une case et elle n’arrive pas à se libérer. Paniqués, les parents sur le bord appellent au secours et essaient d’inciter leur fille à décoincer son pied, en vain. Le bois est fin, aucun des deux parents ne peut marcher dessus sans entraîner immédiatement la rupture des croisillons, et la chute dans le torrent furieux qui passe maintenant en dessous. Mais Tris est fine et plus petite, elle seule a une chance de la sauver.

Ce n’est vraiment pas le moment. L’opération Résurgence est lancée. L’eau coule rageusement sous la grille de bois, et le détournement suivant va multiplier par deux la force du courant. Christina et Tobias vont la rejoindre d’une minute à l’autre pour passer à l’étape suivante. Si la fillette tombe dans l’eau, elle n’aura aucune chance. Tris s’accroupit sur le bord du cadre de bois.

La mère accroupie pleure en essayant de rassurer la petite à distance. Elle tient par la main un petit garçon qui pleurniche.

Les parents crispés d’angoisse se regardent et hochent la tête en regardant avec terreur leur petite fille coincée au milieu du croisillon de bois. Si la fillette tombe dans l’eau, elle mourra noyée. Tris essaie de la calmer :

La petite hoche la tête en hoquetant, et en serrant sa poupée contre son cœur. Tris teste les croisillons sur le bord, ils plient à peine, mais plus elle teste le centre, plus ils ploient.

Le père acquiesce et se prépare, sur le bord, genoux pliés, tout le corps tendu vers sa petite fille.

A quelques dizaines de mètres de là, Christina et Tobias approchent de la bouche béante, vers laquelle ils doivent rejoindre Tris pour suivre le déclenchement de l’opération. Soudain, le jeune homme voit au sol la tablette que Tris a laissé tomber en courant. Il la ramasse, les sourcils froncés. Il voit le coin cassé et, au dos, le décor collé par la jeune fille pour la reconnaître au lycée, à la bibliothèque ou dans ses déplacements.

Il comprend instantanément que seul un événement grave l’aurait poussée à laisser tomber son appareil. Christina lui jette un œil inquiet. Il regarde l’attroupement au loin, et Christina l’entend murmurer « Tris… ». Tobias se met à courir à toutes jambes vers la bouche, Christina se lance à sa poursuite sans un mot. Ils arrivent alors que Tris, à quatre pattes au milieu du grillage de bois, vient de libérer le pied de la petite fille. Mais ce faisant, un des fins tasseaux s’est fendu. Tris pousse la petite vers le bord.

Le père se tend avec l’énergie du désespoir, et récupère la petite fille par le bras en tendant la main et la tire puissamment vers le bord pour la mettre hors de danger. Tris respire de soulagement. Christina et Tobias arrivent comme des ouragans et ne peuvent que constater le danger dans lequel se trouve leur amie.

Mais le père a appuyé fortement sur le bord du grillage pour prendre appui, Les yeux de Tobias sont figés sur sa jeune amie, à qui il tend la main depuis le bord. Il est trop lourd, il ne peut pas avancer pour aller la chercher. Les tasseaux grincent dangereusement. Tris essaie d’avancer sur les croisillons, plus résistants, pour rejoindre le bord de la bouche et saisir la main de Tobias, au dessus du vide laissé par l’escalier incomplet de la bouche du souterrain inachevé. Mais, soudain, le bois cède, le grillage éclate de toutes parts, se démembre dans un craquement sinistre et glisse dans la fosse. La jeune Audacieuse passe à travers en une seconde.

Christina et Tobias voient avec horreur Tris disparaître dans la bouche béante avec les bouts de bois brisés, comme si la terre l’aspirait dans une paille géante. Elle n’a même pas crié. Les parents serrent contre eux leurs deux enfants, horrifiés par la chute de la sauveuse de leur petite fille.

Le hurlement de Tobias était si puissant qu’il a couvert celui de Christina, et même le fracas du torrent à deux mètres en-dessous.

« Pas cette fois, non, pas une deuxième fois », le jeune homme ne peut pas s’y résoudre.

Epouvantée, Christina hurle à nouveau quand il saute à son tour dans le trou béant, sous les yeux effarés des spectateurs.

Au début, Tobias est secoué dans tous les sens, comme s’il était pris dans le rouleau d’une vague déferlante. A chaque trou d’air qu’il sent sur son visage, il vide ses poumons, inspire et hurle pour appeler Tris en essayant de couvrir le fracas de l’eau. Puis il respire à nouveau autant qu’il peut l’air qui s’offre à lui l’espace de quelques secondes avant que l’eau ne le recouvre dans un nouveau tourbillon. Son corps est propulsé en tous sens, il heurte les parois, puis est renvoyé comme un élastique surtendu. Grâce aux éclairages bleutés installés par les plongeurs avant l’opération, il essaie de garder la notion du haut et du bas, et regarde désespérément partout pour tenter d’apercevoir Tris. Un bras devant sa tête pour se protéger, et l’autre tâtant l’eau autour de lui. Ses pieds touchent rarement le fond. Mais il ne la voit pas, l’eau l’emporte, et il est terrorisé à l’idée de l’avoir déjà dépassée sans l’avoir vue. L’immense couloir fait un coude dont il prend l’angle de plein fouet sur l’épaule, puis quelques mètres plus loin, un autre. Tobias tourne sur lui-même sans pouvoir résister au courant, pour tenter de repérer son amie. A chaque fois qu’il peut, il crie pour l’appeler. Mais sa voix est couverte par le fracas assourdissant du torrent qui se déverse dans la gueule du tunnel.

Après le deuxième coude, c’est l’ancienne intersection, peut-être un répit dans la force du courant, mais avec son lot de mobilier et d’épaves en tout genre. Autant de points possibles pour s’accrocher. Mais aussi d’armes mortelles pour assommer n’importe qui s’y heurterait. Il sait qu’il n’aura que quelques secondes dans le grand espace de la salle d’aiguillage, pour tenter de la repérer, si elle y est déjà. L’eau est froide, elle engourdira vite les extrémités. La salle... Il attrape le premier objet qui passe à sa portée mais il n’est pas fixé, et sa course n’est pas interrompue. Puis, un long tube fin apparaît près de lui, il le saisit, et son bras se tend, le câble est fixé au plafond, c’est une petite gaine de caoutchouc assez souple, et résistante, sans doute pour le gaz. Affolé, il regarde autour de lui dès que l’eau lui en laisse le temps et il appelle, encore. Soudain, il ressent un violent choc dans le dos. Quelque chose l’a heurté. Quelque chose de mou et chaud.

La jeune fille vient de le percuter, inconsciente, il la rattrape avant qu’elle ne glisse loin de lui et la serre contre son torse en essayant de garder sa tête hors de l’eau.

Hissant son propre corps et celui de son amie le long du câble, il arrive à se plaquer contre la paroi de la salle, en appui contre un conduit en relief, où le courant est moins fort. Il libère sa deuxième main et la place sur la jugulaire en l’appelant, sans cesse.

Son pouls est faible, mais il le sent. Elle doit absolument se réveiller pour lutter contre l’eau, sinon elle se noiera, et lui avec. Pressant le corps de sa petite amie contre la paroi, en le protégeant du sien, il trouve un appui sur un objet avec ses pieds. Peut-être les objets fixés sur un quai, cela lui permet de souffler et de se concentrer sur la jeune fille. Impossible de savoir si elle respire, le courant est trop fort pour permettre de sentir son souffle. Tobias décide de lui faire le bouche-à-bouche, pince son nez et souffle dans sa bouche. Elle a sûrement avalé beaucoup d’eau. Plusieurs fois, en vérifiant son pouls d’une main sur la jugulaire, il souffle dans sa bouche, partage son air et l’appelle sans relâche, l’eau lui glace le dos, les jambes, lui endolorit ses épaules, mais il ne sent pas le froid. Enfin, la jugulaire se gonfle un peu plus, Tris tousse en crachant de l’eau et inspire un grand coup. Tobias respire, il a réussi ! Plaqué de toutes ses forces contre son amie, il ferme les yeux, et appuie son front sur la joue abîmée de Tris qui reprend conscience en toussant.

La naufragée se cramponne aux épaules de Tobias, transie. Une idée, vite ! La seconde vague sera bientôt là, il le sait, et elle engloutira tout le tunnel.

Le câble qu’il tenait se balance dans son dos, à quelques centimètres, en éraflant sa nuque à chaque balancement.

Alors qu’ils sont toujours tous deux ballotés par le courant, la jeune fille parvient à ouvrir sa poche et à en tirer son couteau, elle passe ses bras autour du cou du jeune Audacieux et attrape le câble en tendant un bras. Elle glisse le câble entre ses dents. Ses doigts transis peinent à déplier la lame, elle tremble de froid.

Le courant dévie les mouvements, le caoutchouc mouillé résiste, Tris met toute son énergie à trancher le tube. Enfin, il cède.

Elle parvient avec difficulté à ranger son canif, et serre Tobias de toutes ses forces, tenant le précieux tube dans sa main.

Il reprend son souffle et continue d’exposer son idée à Tris, terrorisée qui le regarde en papillonnant d’un œil à l’autre.

Tris gémit à cette idée.

Tremblante et transie de froid, Tris continue de cramponner Tobias et hoche la tête. Puis, elle cherche, tout ce qui passe à leur portée, elle essaie de le saisir, au cas où ça flotte. Des tubes, des débris passent près d’eux, des morceaux de bois, trop petits ou pointus pour être utilisables. Elle parvient à saisir à tâtons un bidon vide en plastique.

Frigorifiée, elle se baisse en retenant sa respiration, pour glisser le bidon sous le pull de Tobias puis refait surface. L’eau balaye le dos de Tobias puissamment et tous ses muscles sont bandés pour lui résister.

La jeune fille acquiesce, ferme les yeux en tremblant et respire à fond, doucement, plusieurs fois. Elle les rouvre et croise ceux de Tobias, il la regarde franchement, calmement, son regard est rassurant, confiant. L’eau dégouline le long de ses arcades sourcilières et perle sur ses cils, le froid l’engourdit petit à petit et fait trembler ses muscles sur tout le corps. Evidemment, il a aussi froid, aussi peur qu’elle, mais il est là, il la soutient et il ne flanche pas. Tris approche le tube et ensemble, ils essaient de le placer, bouche contre bouche, de telle sorte qu’ils respirent par lui, sans que l’eau ne rentre. Le tube n’est pas trop épais, leurs bouches s’emboîtent parfaitement, ça marche, apparemment. L’apport d’air est faible, mais c’est toujours ça.

Tobias se contracte à ces mots, mais ce n’est pas le moment des explications. Tris place le tube comme ils viennent de le tester. Il lâche une main pour enserrer le buste de la jeune fille, puis ses jambes emprisonnent les siennes en s’enroulant autour. Et alors qu’il place sa deuxième main sur la nuque de la jeune fille pour la protéger, le courant les emporte dans un tumulte glacé, serrés l’un contre l’autre et bouche à bouche.

A l’entrée du tunnel suivant, le courant, concentré dans un conduit plus étroit, accélère brutalement, et les emporte en les remuant comme des débris. Dès que leur tête dépasse de l’eau, ils inspirent du coin des lèvres, tout en serrant le tube. Au loin, la détonation a fait trembler la voûte, plus que quelques secondes avant que l’onde de choc ne propulse d’énormes volumes d’eau supplémentaires. L’énorme bouillonnement glacé arrive dans un bruit de tonnerre et la vague infernale les engloutit à nouveau. Tobias serre Tris de toutes ses forces. Les débris les griffent et les écorchent à chaque mètre.

Puis, le grondement assourdissant de la seconde vague se fait entendre du fond du tunnel. Tobias resserre encore son étreinte. Elle les rattrape en quelques secondes, alors que loin, tout au bout, Tris a cru apercevoir la lumière du jour. Trop loin. Tris prend une grande inspiration à pleins poumons, du coin de la bouche, quand leur tête sort une dernière fois de l’eau et puis, plus rien.

Tobias sent le corps de Tris se détendre complètement, elle a perdu connaissance. Il garde sa bouche désespérément serrée contre la sienne, aspirant l’air du tube dès qu’il sort de l’eau au-dessus de leurs têtes, puis il souffle le plus calmement possible dans les poumons de Tris pour continuer de l’oxygéner. La lumière augmente d’intensité, plus que quelques dizaines de mètres… Tenir…

Un tourbillon plus violent que les autres les balaie de gauche à droite, Tobias perd la notion d’espace, il se sent frappé de toutes parts par les déchets dragués par le courant. Puis, le choc, et une violente douleur lui transperce le crâne, c’est le noir total.

 

***

 

Les sauveteurs s’affairent fébrilement pour le réanimer, accompagnant Christina. Enfin, l’eau coule de sa bouche, dégouline sur ses joues et purge ses poumons. Tobias, crache tousse à grandes poussées et inspire une grande goulée d’air, tordu de douleur. Christina, hors d’haleine, se jette à son cou.

A quelques mètres, sur l’aéroglisseur, un autre attroupement s’affaire autour de Tris. Tobias, frigorifié, tremble de tous ses muscles. Ses lèvres bleutées sont crispées et frémissantes de froid. Deux hommes au-dessus de son buste lui prodiguent les premiers soins et le couvrent pour le réchauffer. Le jeune homme est couvert de plaies et de coupures et sa tête n’est qu’une boule de douleur. Il grimace.

Tobias soupire, ils sont en vie, Tris est en vie, il lui semble être en miettes, mais il s’en moque, ils ont réussi.

Christina rejoint Tris, comateuse et gémissante, sur le brancard.

Christina essuie les larmes qui coulent des yeux de Tris sur ses cheveux mouillés et retourne vers Tobias.

Tobias esquisse un sourire douloureux et faible, les yeux à moitié fermés, pendant que les infirmiers le mettent sous perfusion :

Malgré les protestations de Christina, Tobias essaie de tourner la tête vers l’autre brancard où gît Tris. Mais même cet effort lui donne le vertige et déchire ses muscles de décharges telles des pointes acérées. Des points noirs balaient ses yeux de l’intérieur, tout son corps n’est que douleur, plus qu’il ne peut supporter. Il sombre.

 Après avoir sécurisé les deux accidentés, l’Hovercraft se remet en marche dans un grand souffle étouffé, en direction du centre hospitalier. En chemin, Christina pense que Tris ne l’avait jamais appelée « Chris » auparavant, elle s’était toujours demandé pourquoi. Beatrice l’avait fait très rapidement. « Tris a perdu connaissance juste après, elle n’a sans doute même pas pu finir de prononcer mon prénom. » pense-t-elle. Sans doute.

 

***

 

Tobias ouvre les yeux, il voit trouble et, dans une sorte de brouillard, il perçoit la lumière du jour, sur le côté de sa chambre d’hôpital. Sa tête lui fait horriblement mal et ses membres lui semblent être en plomb. Il peut à peine bouger un doigt. Comme il tourne lentement la tête, le mouvement attire l’attention de Christina qui bondit du fauteuil pour s’approcher du lit de son ami :

Brumeux, Tobias esquisse un sourire fatigué.

Tobias fait mine de se redresser. La douleur à la tête l’envahit et lui crispe le visage.

Tobias soupire. Il se sent impuissant. Il veut voir Tris, s’assurer de ses yeux qu’elle va bien. L’immobilité le rend fou. Le médecin entre, l’examine et prend sa tension.

Christina donne à Tobias ses vêtements et sort pendant qu’il s’habille. Il enfile péniblement un tee-shirt et un pantalon, en grimaçant à chaque geste. Il apparaît à la porte luisant de transpiration, appuyé sur le chambranle, marchant à pas lents. Ensemble ils se dirigent vers la chambre de Tris, en longeant le mur. Devant la porte, Christina lui fait signe qu’elle attendra dehors. Tobias frappe et entre. Il voit Tris, pâle et fatiguée, les yeux clos, sur le lit. Le bruit de la porte qui se ferme la réveille, et elle lui adresse un sourire en tendant sa main vers lui.

Il s’assoit sur le bord du lit en prenant dans la sienne, la main qu’elle lui tend.

Tris a un pansement sur le front et la tempe, sa main gauche est enveloppée d’un léger bandage. Tobias repousse une petite mèche de cheveux près de ses yeux en effleurant sa peau et laisse glisser son doigt le long de la cicatrice qui lui barre la joue. Tris sent un frisson la parcourir toute entière. Le jeune homme, le regard sombre, secouant doucement la tête, lui fait le reproche qui lui brûle les lèvres :

Tobias dévisage Tris, sans lâcher sa main. Il voudrait qu’elle comprenne son silence. Ses yeux papillonnent sur les siens. Tris retient son souffle, hypnotisée, et tente de maîtriser son trouble. Le lit d’hôpital, la chambre blanche, même la lumière par la fenêtre, tout disparaît, Tris se sent flotter, attirée en apesanteur par le magnétisme de son ami. Elle n’ose pas bouger sa main, de peur que Tobias ne la lâche.

Tris acquiesce, oh oui, elle se souvient très bien. Son cœur se gonfle et elle s’attend à ce qu’il explose d’une seconde à l’autre. Elle rosit à l’idée que Tobias puisse voir sa jugulaire battre furieusement dans son cou. Sur le coup, en entendant ses mots, dans le tunnel, elle lui a répondu ce dont elle se souvenait.

Tris ne lâche pas des yeux Tobias, elle entrouvre les lèvres mais aucun son ne sort de sa bouche. Elle ne saurait pas lui expliquer, elle n’y arrivera pas, il ne la croira pas.

Tris hoche la tête. Elle le sait.

La blessée baisse les yeux et ne répond pas.

Tobias sourit tendrement, il entend dans la bouche de Tris les mêmes expressions qu’il a entendues autrefois dans celle de sa sœur. Pas un mensonge, non, mais pas la vérité non plus, il en est certain.

La porte s’ouvre et une infirmière entre.

Le jeune homme sourit, mais en fait, la main de Tris dans la sienne est effectivement froide. Trop froide. Absorbé par le visage de son amie, il ne s’en était pas rendu compte. Tris frissonne et il fronce les sourcils.

Tobias se penche et pose un baiser sur son front frais. Tris savoure sa bouche chaude en fermant les yeux et en serrant sa main que le jeune homme n’a pas lâchée. Elle voudrait qu’il ne bouge plus jamais.

Il lui jette un long regard pendant que l’infirmière teste sa température et quitte la chambre. Il retrouve Christina qui attendait dans le couloir.

Le blessé retrouve avec un certain soulagement son lit, il a mal partout et sa tête cogne, sans qu’il sache vraiment si l’inquiétude en est la raison, ou le coup qu’il a reçu. Un peu plus tard Christina lui apprend que Tris a un bon coup de froid, sa température n’est pas tout-à-fait remontée à la normale, mais le médecin n’est pas inquiet. Tris a été conduite sous une douche chaude pendant un bon moment, et gavée de boisson chaude. Dans la soirée, il retourne dans la chambre de Tris, mais elle dort, alors, à regret, il fait demi-tour.

Le lendemain matin, les nouvelles sont meilleures, la température de Tris est remontée, et il s’apprête à aller lui rendre visite. Il croise Johanna qui sort de sa chambre. Avec un sourire, elle lui dit :

Comme Tobias s’apprête à entrer dans la chambre de son amie, Matthew arrive. Cela contrarie le jeune homme, il aurait voulu être seul avec elle. Le généticien le salue, s’enquiert de son état de santé et annonce aller rendre visite à Tris. Johanna perçoit la contrariété de son assistant.

Le jeune Audacieux fait demi-tour, agacé, et réintègre sa chambre, suivi de la dirigeante.

Tobias la laisse parler, mais son attention n’est pas entièrement dans la pièce…

Tobias esquisse un sourire, ce n’est pas lui qui les blâmerait, il a dû se donner du courage avec un petit verre un grand nombre de fois pour s’habituer à se tenir au bord de ce gouffre sans ciller. Combien de fois a-t-il eu peur de mourir en tombant dans ce gouffre ? Il ne les compte plus. Par contre, il n’a pas hésité une seconde à sauter à la poursuite de Tris dans le tunnel…

Tobias se renferme un peu. Il n’avait pas aimé ce qu’il avait appris quand il s’était renseigné pour communiquer avec Milwaukee. Johanna observe son assistant et se demande ce qui le préoccupe.

Interdite, Johanna comprend pourquoi Tobias est réticent. Peter avait changé de camp plusieurs fois pendant la guerre civile, en fonction de son seul intérêt. Tobias le considère comme peu fiable, même s’il a sauvé la vie de Beatrice chez les Erudits pour payer sa dette envers elle. C’est un opportuniste, et bien que Cara, la sœur de Will, dise qu’il a changé, Tobias s’en méfie.

Johanna sourit.

Johanna adresse un visage plein de confiance à Tobias et quitte l’hôpital. Le médecin entre, ausculte Tobias. Comme celui-ci insiste, il l’autorise à rentrer chez lui, en recommandant repos et surveillance médicale.

Il n’a pas réfléchi à sa réponse, mais il l’a prononcée comme il l’a pensée, dans sa tête, dans son cœur, il n’héberge plus Tris, elle vit avec lui. Du moins il l’espère. Dès que le médecin est parti, il prépare ses affaires et se rend dans la chambre de Tris. Matthew est toujours là, la jeune femme convalescente rit et semble très détendue en sa compagnie. Le cœur de Tobias se serre. Voilà pourquoi il était réticent à l’arrivée de Tris, pour cette souffrance-là. Celle de voir peut-être son amie, sa chère amie, s’attacher à quelqu’un d’autre. Mais il n’y peut plus rien.

Celui-ci laisse son ami sortir, puis lance en souriant à sa patiente, perplexe devant l’animosité de Tobias envers le généticien :

Tris s’empourpre, mais ne répond pas. Au fond d’elle-même, sans trop oser y croire, elle l’espère bien.




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