Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 20 : Chapitre 20

Par Naraauteur21

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Une fois sortis du Marché des Médisants, Tobias et Tris marchent un peu. Parcourir quelques avenues, enfin sans avoir à surveiller chaque coin de rue, leur apporte un immense soulagement, après la tension des derniers événements.

Tobias s’arrête souvent et enlace, embrasse longuement Tris comme pour rattraper un temps infiniment perdu. Dans la tête du jeune homme, les souvenirs de Beatrice, ceux des événements depuis l’arrivée de Tris, se mélangent, il a besoin de réponses. Mais là, pour l’instant, il ne veut que la serrer, la respirer, s’assurer qu’elle était bien réelle, qu’elle est près de lui, et non pas près de Matthew comme il l’a tant redouté.

Il passe sa main sur sa joue zébrée de rouge et caresse sa nuque. Tris baisse les yeux un instant en rosissant.

Tobias s’écarte en souriant.

Malgré une certaine contrariété –Tobias ne porte toujours pas particulièrement Caleb dans son cœur – il comprend le désir naturel de Tris de partager les événements récents avec son frère. Caleb a appris les circonstances de la mort d’Evelyn le soir même, mais ils n’ont pas pu se rencontrer depuis.

Caleb les accueille avec plaisir, même s’il ne peut s’empêcher, comme toujours, de jeter un regard inquiet à Tobias, le soupçonnant d’être capable de lui sauter à la gorge à tout moment. Ce en quoi il n’a pas tout-à-fait tort.

Derrière Caleb, se tient Susan, rougissante, comme dans une majorité de situations, même ordinaires. Tris la reconnaît vaguement pour l’avoir vue dans un transfert mémoriel de Caleb. Son visage est anguleux, mais aimable, et ses cheveux sont longs et blonds. Ses yeux clairs semblent toujours demander pardon de voir. Ancienne Altruiste, toujours imprégnée de leurs principes et nostalgique de l’ordre tranquille qui y régnait, elle est souvent, comme ce soir, coiffée d’un petit chignon. Susan sort pourtant de sa réserve habituelle et s’extasie :

Tris sourit à la jeune femme.

Tris ne répond pas tout de suite et fait naviguer son regard des yeux de son frère à ceux de Susan. Caleb fronce les sourcils en regardant alternativement sa sœur et Tobias, qui s’est tourné vers sa petite amie. Susan, avec sa sensibilité plus fine, intervient immédiatement pour briser la gêne qui s’est installée :

Caleb lui jette un regard surpris puis semble soudainement comprendre, il ouvre la bouche, interdit. Tobias passe sa main autour de la taille de Tris.

Caleb lève les sourcils, bouche bée, en apercevant la main de Tobias sur la taille de sa sœur toujours muette.

Susan prend Tris par le bras et la guide vers la cuisine pendant que les hommes s’installent dans le canapé. La petite amie de Caleb lui demande à voix basse :

Tris rit.

Les deux jeunes femmes rient joyeusement à l’évocation de souvenirs d’enfance chez les Altruistes.

Tobias a un petit sourire en coin.

Les filles arrivent avec les verres et la bouteille. Tobias regarde Tris approcher, ses cheveux recouvrent ses épaules et ondulent à chaque pas. Susan et elle ne pourraient pas être plus différentes. Tris est charismatique autant que Susan est effacée. Une bouffée de joie lui remonte jusqu’à la gorge et le serre. Il prend Tris contre lui quand elle s’assied et la regarde avec un sourire doux pendant que Susan sert le cidre en faisant cliqueter les verres.

Pendant que les quatre jeunes gens discutent, Susan brosse et coiffe les cheveux de Tris jusqu’à ce que la lumière s’y reflète, égalise les pointes pour les aligner parfaitement. Sa frange a tant poussé qu’elle s’est partagée de chaque côté de son visage. Susan replace toute la masse sur le côté de sa joue abîmée, formant une grande mèche dorée qui dissimule sa cicatrice derrière un rideau de filaments brillants dont elle allège l’épaisseur. Sur le côté opposé, elle conserve une fine mèche isolée qui coule du sommet de sa tête le long de sa tempe jusqu’au menton, et tresse tout le reste de sa chevelure en une longue torsade en forme d’épi de blé géant.

Tobias se penche près de l’oreille de sa petite amie.

Tris sent immédiatement battre le sang dans son cou et le feu jaillir sur ses joues. Elle s’en fustige mais le grand jeune homme brun l’attire comme un aimant dès qu’il s’approche d’elle. Caleb réprime un bâillement de circonstance, qui donne le signal du départ à Tobias.

 

***

 

De retour à l’appartement, Tobias s’installe dans le canapé, et invite Tris à le rejoindre.

Tris acquiesce docilement et s’assied contre lui.

Tris hésite. Elle aime Beatrice à travers Caleb, à travers Tobias ou Christina et même Susan, qui ont parlé d’elle avec feu, avec passion ou reconnaissance, avec colère parfois. Mais elle a besoin de s’individualiser de sa sœur, d’exister à part entière, et cette fusion, qu’elle sent de plus en plus s’opérer dans sa tête, lui fait craindre d’être confondue à elle. Pourtant, elle est certaine d’avoir désespérément besoin de ces bribes de mémoire extérieure, qui comblent à chaque fois une partie de ses lacunes psychiques.

Pour favoriser sa concentration, Tris s’assoit face à lui et prend sa main dans les siennes. Elle ferme les yeux quelques secondes.

En dévisageant sa petite amie, Tobias est tendu, ce passage figure parmi les plus difficiles de sa vie. La gorge serrée, il essaie de ne faire qu’écouter Tris, sans revivre la douleur ressentie à ce moment-là. Comme les peurs des Audacieux, ne pas en tenir compte. La jeune fille inspire et essaie de détailler son ressenti :

Tobias scrute Tris intensément en écoutant son explication insensée. Il a beau réfléchir, il ne voit pas comment elle aurait pu savoir tout ça sans le voir comme elle le dit.

La jeune femme le regarde fixement, les yeux inquiets.

Tobias soupire, il cerne mieux l’inquiétude de sa compagne.

Tris sent sa gorge se serrer de plus en plus, c’est exactement ça, les mots qu’elle cherchait. Tobias caresse de la main sa joue martyrisée.

Son compagnon marque une pause pour juger de l’effet de son explication. Tris le regarde attentivement, cherchant dans chaque mot, chaque intonation, la solution à ses angoisses nocturnes. Le jeune homme voudrait trouver et poser un mot à la pince à épiler sur chacune de ses questions, effacer les points d’interrogation dans son regard. Tobias soupire et reprend :

Tris sourit à travers un voile de larmes. Tobias l’embrasse doucement sur la joue et glisse sa bouche sur la sienne. Il prend son visage dans ses mains, la jeune femme frissonne, elle adore ce contact chaud et puissant. Elle caresse les fines pointes de son tatouage, dépassant de son vêtement, elle sent la respiration de Tobias s’accélérer contre sa bouche. Dès qu’elle effleure sa peau, elle sent la force de son petit ami qui électrise son corps. Le jeune homme abandonne la bouche de Tris pour contrôler son émotion, son front contre le sien, caressant son cou et ses épaules. Il s’écarte et tout en détaillant chaque centimètre du visage de Tris, savoure sa caresse sur son cou. Il se penche pour l’embrasser à nouveau, comme s’il manquait soudain d’air. Mais Tris évite sa bouche en souriant, pour caresser sa joue dont la barbe naissante râpe à peine ses lèvres, elle adore ce contact cuisant.

Un peu frustré, Tobias pose ses mains sur ses hanches, fines et peu marquées, au moins comme ça, il sait ce qu’elles font, où elles sont. Il n’est pas sûr de garder longtemps cette sagesse. Mais il sait que le temps, c’est important pour sa compagne, chaque seconde est une perle de conscience pour elle, qu’elle a besoin de vivre pleinement.

Tris suit le dessin de son tatouage depuis la nuque jusqu’à la pointe et laisse descendre son doigt sur son torse. Les yeux fermés, elle articule, le souffle accéléré par l’envie de la bouche de Tobias :

Et elle joint ses mots au déplacement de ses mains sur les côtes de Tobias, doucement, par-dessus le tee-shirt, en les remontant le long du torse, effleurant les épaules et les rejoignant derrière sa tête.

Tobias se fige. Comment peut-elle savoir ça aussi ? Seule Tori, qui les lui a faits, et Beatrice, le savaient, personne d’autre. Et elles sont mortes toutes les deux.

Tobias, interdit, ne sait pas s’il peut croire ce que lui dit Tris. Mais quelle autre solution existe ? Jamais il n’avait pris une douche avec un autre Audacieux, il veillait toujours à être seul, et il n’y avait pas de caméra là où Tori l’avait tatoué, par précaution. Jamais il ne se mettait torse nu où que ce soit, même la nuit.

La jeune fille baisse les yeux, elle a la terrible impression que sa bizarrerie va surpasser tous les autres sentiments qu’elle peut lui inspirer, et qu’il va la fuir. Les yeux de Tobias papillonnent sur les siens, cherchant une vérité indicible.

Tobias soupire en souriant.

Tobias cherche ses mots quelques instants.

Avec toute sa franchise habituelle Tris acquiesce. Tobias pense qu’en cette circonstance, Beatrice lui aurait sûrement menti, pour le rassurer, ne pas le blesser. Comme l’avait dit Will à Christina le jour de leur arrivée chez les Audacieux, ce n’est pas toujours facile d’être copain avec un Sincère !

Tris rosit, mais soutient son regard. C’est vital pour elle de savoir. Les cauchemars et les angoisses la hantent. Tobias voit-il Beatrice en quelque sorte ressuscitée en elle ? Ou a-t-il embrassé Tris, une autre femme ? Devant l’air sérieux et tendu de sa petite amie, Tobias interrompt ses réflexions.

Tobias tressaille. Le suicide n’est pas permis chez les Altruistes. Certes sa petite amie était devenue Audacieuse, mais elle était profondément marquée par son éducation. Ses réflexes altruistes pouvaient se révéler autant une force qu’une faiblesse. Beatrice ne lui a jamais dit qu’elle en était arrivée là. Tris a dû voir cela dans un transfert mémoriel avec Caleb, car Christina elle, lui en aurait parlé, elle ne devait pas être présente.

Malgré la tension qu’elle ressent, Tris pouffe. Elle se mord la lèvre, gênée.

Tous deux s’installent confortablement allongés sur le canapé, échangeant caresses et baisers, savourant enfin un moment de paix partagée. Bien des questions restent en suspend dans chacun de leurs esprits, elles seront pour plus tard. Aujourd’hui, la providence leur a donné une deuxième chance, de celles qui doivent se saisir à bras le corps. Entre tendresse et détente, Tris pose sa tête sur la poitrine de Tobias. En fermant les yeux, elle entend la respiration de Tobias ralentir et se régulariser. Elle se laisse elle aussi emporter par la fatigue, bercée par le bruit rassurant de son cœur contre son oreille, alors que les bras de Tobias la réchauffent et l’entourent comme un bouclier. Elle les retrouve, serrés autour d’elle, dans la nuit, quand elle se réveille en sursaut, effrayée par son cauchemar récurrent.




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