Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 29 : Chapitre 29

Par Naraauteur21

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Le trajet dure une heure, dans un silence apaisant pour tous après la tension du pèlerinage au Bureau. Mark a indiqué que la destination se trouvait environ à mi-chemin entre le Bureau et le lac, vers l’Est. Tris s’est endormie, la tête sur les genoux de Tobias, épuisée par les émotions qui l’ont traversée dans le labo d’armement. Au moins, Christina ne voit aucune crispation sur son visage.

Parfois, par sécurité, Mark stoppe le camion, va vérifier l’intégrité de la piste qu’il suit, puis repart. Le paysage est sec, les bosquets sont petits, l’herbe rase sauf à certains endroits où, sans doute, une nappe d’eau affleurant le sol a permis à la végétation de renaître, et autorisé de hautes graminées ondulantes à prospérer. Plus ils s’éloignent du Bureau, plus les bois et les plantes sont nombreux, et variés. Le complexe doit absorber une grosse partie des ressources naturelles pour son développement.

Au bout d’une demi-heure de route, Mark reconnaît déjà les paysages qui caractérisent sa région natale. Des petits cours d’eau torturés, tordus comme des veines sur une peau ridée, des arbustes plus nombreux, des chemins balisés, un village au loin, dont il connaît plusieurs habitants. L’homme de la Marge a averti ses équipiers de la possible hostilité de certains habitants, qui ne peuvent pas encore oublier les souffrances, l’isolement, l’exploitation dont ils ont été victime du temps de David. La vigilance sera indispensable en permanence, même si la présence de Mark sera évidemment de nature à calmer certains agressifs.

Quand le chauffeur prévient qu’il ne reste plus que quelques kilomètres, Tobias réveille Tris, les affaires sont rassemblées, l’armement vérifié et fixé aux tenues. Il ne s’agit pas de préparer une offensive, mais d’être prêt en cas d’attaque. D’ailleurs, Tobias le répète : aucune agression ne doit provenir d’eux.

La jeune fille tresse ses longues mèches blondes pour empêcher le vent taquin, en les faisant voltiger, de lui boucher sa vue. Elle ouvre la porte latérale du camion et s’assoit au bord.

Derrière elle, Tobias sourit, du Tris tout craché. Une Audacieuse qui utilise son côté Erudit pour ne pas avoir recours à la force. Et c’est en ça qu’elle est différente de Beatrice, qui elle, était sur le pied de guerre tout le temps. La bienveillance domine Tris, là où la colère noyait Beatrice le plus souvent dans des réactions épidermiques qui faisaient douter de leur légitimité. Il reste à savoir si Tris frise ou non la naïveté dangereuse… Tobias se place debout près d’elle, appuyé le plus naturellement possible contre la paroi coulissante ouverte du camion, cramponné pour absorber les nombreuses inégalités de la piste.

Le village est en vue. Autour, des parcelles cultivées et des bosquets délimités tranchent avec le paysage sauvage qu’ils ont traversé pour y parvenir. Dans un enclos, cohabitent des chevaux, des chèvres et des volailles. A l’approche de l’enclos, Tris saute du camion en roulé boulé.

Immédiatement, Mark stoppe le camion en entendant le cri de Tobias.

Résigné, le leader fait signe à Mark de continuer et lui demande de revenir avec le chef du village ou les membres de sa famille. Puis il rejoint Tris qui lui tend la main. Il la saisit en levant les yeux au ciel et ils couvrent les quelques mètres qui les séparent de la clôture. Elle n’en fait qu’à sa tête ! Tris va s’accouder sur la barrière en bois, et Tobias l’imite en prenant une attitude désinvolte. Deux petits garçons d’une huitaine d’années brossent ensemble un cheval, et observent le camion s’éloigner avec méfiance et curiosité.

Les gamins se retournent pour voir la nouvelle arrivante. Hésitants, ils se demandent qui sont ces étrangers qu’ils n’ont jamais vus.

Les gamins approchent prudemment de la barrière, l’un des deux en boitillant.

Tom est manifestement tenté. Un cheval de trait de cinq cents kilos sur le pied, quand on a les baskets élimées, ça n’est pas une partie de plaisir.

Tris, elle, tend la main au deuxième gamin avec un sourire bienveillant et amical. Et puis, ils sont réellement mignons ces petits, pense-t-elle. Comment peut-on juste un instant imaginer que ce petit garçon soit de quelque manière que ce soit déficient ? Il est parfait, comme Tobias.

L’instructeur se met dos à la barrière, accroupi, et il attend que Tom monte sur la clôture, l’enjambe, pour se retrouver au dessus de ses épaules. Le plus jeune, Sean, moins méfiant, s’avance vers Tris, se faufile entre deux planches de la barrière et prend doucement la main que Tris lui tend toujours.

Tom finit par se laisser séduire par l’idée de ne pas rentrer à pied en claudiquant, ce qui serait assurément humiliant devant les autres membres du village. Alors que dompter cette montagne de muscles pourrait lui donner un nouveau statut. En deux enjambées, il a pris place sur les épaules de Tobias et se retrouve à guetter les environs à plus de deux mètres du sol.

Tobias sourit, il agrippe avec ses bras les pieds du gamin pour le sécuriser et se met en marche aux côtés de Tris en direction des premières maisons, à quelques dizaines de mètres de là.

Ils n’ont fait que quelques mètres quand surgit d’un buisson un jeune homme à la peau noire qui les met en joue avec un fusil.

Simultanément, Tris et Tobias s’immobilisent, tendus.

De surprise, le dénommé Jeff a baissé son arme et les enfants se sont un peu détendus. Plusieurs personnes arrivent en courant derrière Mark, deux femmes en tête, qui appellent les enfants par leur nom.

Tobias s’accroupit et soulève le garçon sous les bras pour le poser délicatement au sol. Sean lâche la main de Tris et tous deux se précipitent vers leur mère respective. L’arrivée tonitruante de Jeff les a apeurés.

La mère enveloppe le petit garçon de ses bras d’un air méfiant, et l’entraîne vers les maisons en jetant un regard apeuré vers Tris et Tobias. Mark garde son attitude décontractée pour présenter ses amis aux quelques habitants de son village qui le rejoignent.

Le dénommé Jeff jette un coup d’œil méfiant à l’équipement et à l’armement des étranges visiteurs plantés devant lui.

Christina et Peter, derrière lui, relâchent un peu la tension et retirent leurs mains du fourreau de leur arme. Mark joue son rôle de tampon, de négociateur, il faut l’aider. Christina et Peter s’approchent pour se poster près de Tris et Tobias. Soudain, la jolie métisse dit au jeune homme noir :

Tris se concentre sur ses souvenirs, peut-être peut-elle aider Christina, dont elle a partagé la mémoire, pour mettre au clair son sentiment de déjà-vu. Mais c’est dans la mémoire de Caleb qu’elle trouve la réponse :

Tous les regards se tournent vers elle. Mark essaie de dissiper la suspicion qu’arbore Jeff, complètement perdu.

Tout le groupe se met en mouvement. Le petit Sean, conquis par Tris et rongé de curiosité, a faussé compagnie à sa mère pour revenir voir les étrangers, amis de Mark. La jeune fille l’accueille avec joie et le prend à nouveau par la main. Sean semble très fier d’être le premier à avoir guidé ces impressionnants étrangers, vêtus de noir, armés et qui viennent de la ville.

Le village leur réserve un accueil mitigé. Certains visages sont fermés, voire hostiles. Peu se montrent accueillants, même si tous saluent Mark d’un signe de main amical. Mais sans aucun doute, le petit Sean limite les réactions négatives. Il arbore un large sourire, fier comme un coq de guider les visiteurs dans son village.

Autour d’eux, la plupart des maisons sont en bois, de simples chalets. Mais Tris se souvient avoir vu des tentes, des toiles et pas de maisons en dur, dans les patchs mémoriels. La précarité des habitants diminue, même si le niveau de confort est encore bien trop sommaire par rapport à la ville. Walter O’Neil a raison, il reste du travail.

Les maisons sont peu espacées, et les rangées de chalets séparées d’un large chemin de graviers et de terre tassée. Partout, des bacs en bois ou en pierre avec des plantes, des arbustes. Derrière chaque maison, des jardinets individuels. Les gens de la Marge se sont organisés et leur vie ressemble à celle des Fraternels, la technologie en moins.

Les visiteurs remarquent, sur les habitants postés avec curiosité sur le pas de leur porte, des vêtements d’Altruistes et de Fraternels. Les enfants, eux, portent des habits bien plus variés, parmi lesquels toutes les anciennes factions sont représentées, et mêmes mélangées sur un même enfant.

Mark entraîne ses amis entre deux chalets pour atteindre le jardin de sa maison, où une dame d’âge moyen s’affaire sur son potager.

La femme se redresse et arbore un large sourire en reconnaissant son fils. Avec une exclamation de plaisir, elle lâche son outil pour venir serrer Mark dans ses bras. Trapue, la peau bronzée et fripée par la vie au grand air, elle est le portrait de son rejeton.

La femme retourne dans sa maison, suivie de Jeff, en jetant un regard curieux à ses « invités ». Peter et Tobias suivent Mark pour ramener du fond du jardin des souches d’arbres qui servent de siège.

Durant une heure, le groupe découvre la femme rude qui a élevé Mark, dans un environnement sans aucune facilité. Celui-ci explique à sa mère et ses voisins présents l’objet de leur visite puis l’attention se concentre sur Jeff. Il devient vite clair que Jeffrey Yates a disparu entre la Cérémonie du Choix et le saut sur le filet marquant l’entrée chez les Audacieux. De toute évidence, il a été exfiltré, sans aucun doute en raison d’une plus que probable Divergence.

Tobias s’efforce d’expliquer les grandes lignes du système des factions, et ses failles, qui ont mené à la guerre civile, trois ans auparavant. Quand il devient difficile pour lui de parler, de Beatrice, de ses parents, du mur, du Bureau, c’est étonnamment Peter qui poursuit le récit. Jeff, les yeux ronds, découvre son passé enfoui dans un recoin inaccessible de son cerveau.

Gravement, Tobias acquiesce.

Perplexe, le jeune homme se tourne vers sa petite amie, étrangement silencieuse depuis la discussion avec Jeff.

La jeune fille pose sa main sur le bras de Tobias, avec l’expression d’un chercheur d’or devant un filon.

L’attention générale se porte sur elle : jamais, elle n’a cette expression-là pour rien. A chaque fois, elle sort de son chapeau une évidence qui avait échappé à tout le monde… sauf à elle.

Sidéré, Tobias dévisage Tris comme s’il venait de voir un fantôme. Son père, qui l’a battu, séquestré, humilié, isolé, aurait sauvé la vie d’autres Divergents, ça le dépasse… La jeune femme poursuit son idée, alternant des regards vers Tobias, Jeff, et les moments de réflexion les yeux clos, comme à son habitude. Le silence s’est installé dans le groupe, le charisme de Tris a éteint les voix. Même la mère de Mark regarde avec étonnement la jeune fille réfléchir.

Tobias lève les yeux au ciel. Décidément, l’ancien novice de la promo de Beatrice est toujours aussi odieux quand il s’y met.

Tobias acquiesce, il se souvient parfaitement de leur période de retraite chez les Fraternels.

Les yeux se tournent un instant vers Peter.

Tris hoche la tête en signe d’assentiment. Tobias, sans expression, regarde sa petite amie lui démontrer que son père est un homme bon, qu’il a risqué sa vie pour sauver celles de Divergents, alors qu’il a usé d’une bien autre méthode avec lui. Jeff, les yeux aussi grands ouverts que sa bouche, écoute une parfaite inconnue reconstituer le puzzle de sa vie effacée.

La tablette provoque un véritable attroupement, quelques voisins attirés par la curiosité se sont regroupés autour de l’écran. Christina et Peter font défiler les images, expliquent, détaillent, répondent aux questions qui fusent de tous les côtés. Il semble évident que Johanna a des traits communs avec Jeff, confortant chacun dans la probabilité très forte qu’elle soit sa mère ou en tout cas, une personne de sa famille. Jeff veut tout savoir, tout regarder. Il comprend mieux d’où lui venait sa dextérité pour les armes, son éducation chez les Audacieux lui a permis d’accéder aux entraînements précoces des adolescents.

Le leader de l’équipe est resté en peu en retrait et a tendu la main à Tris pour l’attirer à lui. Il a l’impression de ne pas avoir pu l’embrasser depuis bien trop longtemps, mais ce n’est pas le lieu. Il se contente de la tenir par la taille et d’apprécier sur ses épaules le poids des bras de Tris noués derrière sa nuque.

A côté du groupe agglutiné autour de Peter et de Christina amusés, qui montrent des images de la ville, la mère de Mark jette un œil à son fils. Il dévisage la jeune fille à la peau mate avec une admiration et une gourmandise qu’il ne cherche même pas à dissimuler, il a l’air heureux. De l’autre côté, elle voit un grand jeune homme brun, taillé comme un roc, mais qui sourit tendrement à une jeune fille aux longs cheveux d’or, qu’il enlace et dévore des yeux. Elle voit aussi le petit Tom les rejoindre en courant, en boitant pour soulager ses orteils maltraités par le sabot de son cheval. Il dérange l’aparté intime du couple, mais Tris caresse ses cheveux en souriant, et Tobias le soulève pour le mettre sur ses épaules : il veut voir les images lui aussi, et de cette hauteur, il sera le roi du monde. Le chef évident du petit groupe se rapproche de l’attroupement et la mère de Mark voit les yeux du petit briller d’excitation et de curiosité, en découvrant les images.

Le temps des descentes de milices du Bureau vivant armes au poing, cruels, sanguinaires, obnubilés par la génétique et la pureté, séparant les familles, rejetant les vieillards, lui semble enfin faire partie du passé. Ces étrangers semblent « normaux », sans animosité envers eux. L’espoir revient dans les coins les plus reculés des terres.




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