Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 38 : Chapitre 38

Par Naraauteur21

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Il glisse sa main discrètement dans le dos de la jeune femme assise à côté de lui. Mais le geste n’échappe pas au limier en face de lui : Tobias esquisse un imperceptible sourire à l’attention de Christina, et pose sa main sur le haut de la cuisse de Tris, sous la table, pour attirer son attention sur la direction de son regard. Dès que Tris comprend ce que Tobias lui montre, elle sourit avec une émotion sourde et profonde, qui remonte à sa conscience les restes de culpabilité, les miettes de regrets, que Beatrice lui a légués. Christina s’en aperçoit.

Tris se demande comment lui, il peut ressentir ça, la renaissance émotionnelle de celle dont Beatrice a dû tuer le petit ami pour survivre. Le jeune homme lui-même a subi la culpabilité de Beatrice, rongée jusqu’à en avoir envie de mourir.

Tris acquiesce. Plus personne ne s’étonne maintenant qu’elle sache des détails issus de la vie de Beatrice, que personne n’a pu lui raconter. Les liens qu’elle tisse entre les souvenirs qui lui ont été transférés, ses recherches et une mystérieuse hérédité mémorielle, lui construisent de plus en plus de ponts entre les récits entendus et la réalité.

Le ton de Tobias est presque sec, quand il dit ça. Tris ferme les yeux pour rassembler les images qu’elle a effleurées de ces événements.

Le regard posé sur celui de sa compagne, les coudes sur la table, Tobias écoute. Il n’a plus ce poids immense qui lui enserre la poitrine, qu’il ressentait à chaque fois que quelqu’un parlait de Beatrice, ou que lui-même y pensait, ou y pense encore. Il écoute. Comme on écouterait le récit d’une guerre, gravement, mais avec un recul raisonnable. Tris a guéri ses blessures les plus profondes, il a juste besoin de connaître les plaies qui torturaient Beatrice. Il croit maintenant dans ce lien invisible et vivant qui relie encore Beatrice et sa sœur jumelle. Il y croit : tout ce qu’il comprendra, maintenant, Beatrice le saura, là où elle est. Il acquiesce avec un petit sourire triste pour signifier à sa petite amie qu’il comprend.

A nouveau, Tobias hoche la tête, c’est grâce à ce geste que Peter s’est aperçu de la duplicité de Jeanine et de la grandeur d’âme de Beatrice. Il a alors décidé de lui sauver la vie, en se retournant contre Jeanine.

Mark resserre son bras autour de Christina et pose un baiser sur ses cheveux. La jeune fille brune est secouée, elle n’avait jamais envisagé qu’une autre interprétation de la mort de Will pouvait exister.

Tris rouvre les yeux et acquiesce. Elle regarde intensément son petit ami. Il va comprendre, elle sait qu’il va comprendre. Que tout va s’éclairer.

La gorge nouée, Tris acquiesce mais arbore un petit sourire de soulagement et écrase les doigts de Tobias entre les siens. Le jeune homme n’a pas quitté ses yeux en parlant, comme si Beatrice lui dictait ses paroles. Mark est grave et essuie du pouce une larme qui, en roulant, trace un sillon brillant sur la joue dorée de sa compagne. Tobias a compris. Beatrice a vécu comme elle le devait et est morte pour ce qu’elle était. Rien, personne, n’aurait pu changer ça.

Malgré la solennité de la discussion, Tobias constate que l’atmosphère n’est pas lourde, la conversation devait avoir lieu, sereinement, et c’est fait. Il se demande dans quelle mesure les destins aussi puissants que ceux de Beatrice pouvaient continuer à guider les actions de leurs légataires, même après leur disparition. Pourtant plutôt cartésien, le jeune Audacieux se prend à le penser. Tris inspire une voie comme celle-là. Et même s’il craint l’avenir que lui réserve le poids de son hérédité familiale, Tobias ne voudrait pas être ailleurs, ni avec quelqu’un d’autre. Il prend sa part dans ce destin et ne veut être que le compagnon, le protecteur de la personne hors normes qu’est sa petite amie.

Il offre sa main à sa copine pour l’inciter galamment à se suivre. Christina, encore un peu vaseuse suite à la discussion qu’ils viennent d’avoir, lève la tête comme une automate vers Mark en acquiesçant. Elle se lève de sa chaise pour le suivre. Mais Mark est resté sage trop longtemps, par respect pour les souvenirs qu’avaient à évoquer ses amis. De sa main qui emprisonne celle de Christina, il l’attire contre lui et l’enlace. Il attend juste une seconde avec un sourire complice pour savoir s’il va se prendre un coup de poing dans le foie, ou un coup de coude dans les côtes, mais Christina est étonnamment calme. Il ne lui laisse pas le temps de réfléchir plus, prend ses joues dans ses mains chaudes et un peu rugueuses de travailleur manuel, et il l’embrasse avec tendresse, les yeux clos.

Tris et Tobias ne savent pas s’ils sont plus surpris de la passivité de Christina ou de l’audace de Mark. Les bras ballants pendant quelques secondes, Christina finit par envelopper le cou de Mark de ses bras courts mais puissants, et se lover contre lui, sa bouche répondant à son baiser. Avec un soupir de victoire, Mark pose ses mains sur sa taille pour l’attirer plus près.

Tobias, le bras sur le dossier de la chaise de Tris, la serre contre lui et tourne son visage vers le sien. Sur les lèvres de Tris, alors qu’elle a les yeux dans le vague, différent du sien qui est légèrement altéré par sa cicatrice, flotte le sourire inimitable de Beatrice.

 

***

 

Pendant que les femmes sont à la cuisine en train de préparer la chicorée, papotant à voix basse, Mark et Tobias discutent dans le canapé de l’emploi du temps du lendemain. Ils ont troqué la vaisselle contre la chicorée. Tris et Christina arrivent chacune avec deux tasses, en en tendant une à l’élu de leur cœur. Christina s’assoit sur le touret reconverti en table basse, Tris prend place par terre, aux pieds de Tobias, une place qu’elle affectionne. Mark dévore Christina des yeux, alors qu’elle le nargue avec malice.

La jeune fille inspire, l’explication risque de ne pas lui plaire beaucoup. Mais pas question pour elle de se défiler de la question, elle a juré.

La jeune fille se lève de son assise au sol, pour s’asseoir près du jeune homme dans le canapé. Christina et Mark, étonnés, attendent la suite. Tobias la dévisage. Voir devant lui cette femme incroyable lui donne une furieuse envie de vivre, elle est la vie, qu’elle sème partout où elle passe, par poignées du contenu de son cœur. Il se demande, à chaque fois qu’il essaie de sonder son regard, où elle puise tant de force, dans un corps si fin. Et dire qu’elle a pensé le perdre en lui cachant une information qui aurait pu le rebuter… Comme s’il avait le choix de rester ou de partir. De respirer ou pas.

Le jeune homme ne s’appesantit pas sur l’aspect financier du test génétique, ce n’est pas si grave, et Tris ne semble pas contrariée par sa découverte du travail agricole. Il est plus circonspect quant aux conversations que son père pourrait avoir avec la jeune fille, mais il doit lui faire confiance. Il se décide à répondre à Christina, qui attend le récit croustillant des dernières frasques de Tris.

Il sourit à Tris et pose un baiser sur ses cheveux.

Tris et Tobias se regardent en silence. Non, aucun n’a envisagé de questionner le vieux monsieur pour profiter de ses connaissances.

 

***

 

Tris regarde attentivement tout ce que montre le pilote. Tobias sait que si elle regarde une fois, ce sera définitivement enregistré dans sa mémoire absolue, elle pourra rappeler la procédure à quiconque l’aura oubliée.

La console de commande est très simple, et étanche, placée à l’arrière, au centre du boudin, sur un pupitre oblique derrière lequel se trouve un petit banc. Quelques boutons tactiles pour contrôler le démarrage du moteur des deux grosses hélices blanches orientables, et séparément, de la soufflerie sous la jupe. Un joystick permet de faire pivoter les hélices et diriger le large véhicule. Repliée sur le bord arrière du boudin entourant l’espace de vie, l’immense capote de protection, fine et solide, se détend rapidement sur des arceaux fins et solides supportant l’ensemble de la structure. Une fois refermée sur le centre de l’Hovercraft, la capote rectangulaire recouvre les boudins et n’offre qu’un espace d’une hauteur réduite à un mètre en dessous. Les bords verticaux de la capote, tout autour, sont faits d’un plastique fin, très transparent, permettant le continuer à avancer en ayant une vue à presque trois cent soixante degrés tout autour.

Tobias redoute cet espace large, mais bas et ramassé, qui lui rappelle l’exigüité du placard où son père l’enfermait dans son enfance. Il n’a jamais pu se débarrasser de sa claustrophobie et espère que la pluie les laissera en paix.

Stationné sur l’embouchure de la rivière, proche de l’endroit où Tobias et Tris sont ressortis de la bouche souterraine après y avoir été entraînés par le courant furieux, le véhicule attire les gamins curieux des environs. Mais l’allure sérieuse et intimidante des co-équipiers vêtus en Audacieux les dissuade de seulement demander à y grimper. En guise de père Fouettard, c’est en menaçant leurs enfants de faire venir un Audacieux pour les réprimander que les parents obtiennent un peu d’obéissance. Les légendes d’actes tant héroïques que violents de la part d’Audacieux presque surhumains, enflaient proportionnellement à la diminution de la criminalité dans les quartiers pacifiés depuis la fin de la guerre civile.

En arrivant, chaque membre de l’expédition est chargé d’un important matériel. Ils se répartissent les casiers, sous leurs pieds dans l’espace de vie, et y mettent sous clé duvets, affaires de rechange et de toilette, mais aussi trousse de secours, armes, informatique et les fameuses plantes en tous genres de Mark. L’eau, la nourriture, seront embarqués au dernier moment.

Il est prévu que l’Hovercraft, garé dans son entrepôt habituel, soit gardé jusqu’au départ de l’expédition, par de jeunes recrues aux dents longues de George Wu. Ils se sont portés volontaires, excités par l’idée fantasmagorique qu’ils se font des sauveurs de l’humanité qu’ils veulent devenir, à l’instar de Beatrice, sa sœur Tris Prior et du viril Tobias Eaton. Peter, lui, chargera son matériel la veille du départ. Il doit revenir de Milwaukee dans la soirée, et faire part des messages de ses collègues de la gouvernance lors du conseil de Chicago le lendemain.

 

***

 

Le conseil est réuni au grand complet pour le bilan de l’exploration du mur. Grâce aux données géolocalisées transmises par Tobias, les ingénieurs ont pu se rendre sur place et étudier les fissures, les abris dissimulés et surtout, les énormes accumulateurs. Des équipes composées pour moitié d’anciens Erudits et de scientifiques du Bureau du Bien-Etre Génétique s’y sont retrouvés pour mettre en commun leurs connaissances. Ces accumulateurs représentent un formidable espoir énergétique pour l’avenir, la technologie de stockage de l’électricité issue des éclairs n’ayant jamais été étudiée auparavant par les Erudits. Les scientifiques du Bureau, eux, ont eu connaissance de leur existence, mais avant d’être soumis au sérum d’oubli. Il leur a fallu se remettre en mémoire le projet et son usage. Mais les perspectives sont d’une importance et d’une utilité colossales pour la ville, les lieux habités alentours et même au-delà.

Les regards convergent vers la jeune fille.

Comme à chaque fois que cette femme ouvre la bouche, Tris sent la colère lui vriller l’estomac. Pour canaliser son énergie, elle serre dans ses mains le gobelet d’infusion que Johanna a fait servir. A côté d’elle, Tobias pose sa main sur sa cuisse pour l’inciter à la modération.

Sous l’accusation, Tris rougit. C’est vrai, elle n’a aucun diplôme. Juste, dans sa tête, le vécu de deux cents ans d’une lignée de serviteurs de la paix, chose que ne peut imaginer cette femme à l’esprit étriqué.

Toutes les têtes se tournent vers un conseiller discret, que Tris n’a jamais entendu s’exprimer autour de cette table en sa présence. Il est très grand, mince, les cheveux courts châtains et il porte une paire de lunettes rondes. A la quarantaine, il a un charme discret et parle d’une voix apaisante.

Stupéfaite, Johanna acquiesce.

L’enseignant s’adresse maintenant spécifiquement à Mark, silencieux depuis le début de la réunion. En voyant que tous les yeux se tournent vers lui, il ouvre des yeux ronds.

Personne n’avait encore jamais fait appel à ce point du règlement. L’éclat insidieux et argumenté de l’enseignant claque bien plus fort dans les esprits que l’intervention rageuse de Christina.

Il ne peut pas finir sa phrase, le coup de coude de Christina dans ses côtes lui coupe la respiration, sous l’œil amusé de Tris et Tobias. Le reste de l’assistance est trop surpris pour s’exprimer.

Tris se tend. Quoiqu’elle pense de son attitude, la remarque de la conseillère n’est pas dénuée de fondement.

Tris n’en croit pas ses oreilles. Malgré les sommes énormes de connaissances qu’elle a acquises durant sa courte vie, elle a pourtant toujours regretté de ne pas avoir pu rester au lycée et y valider un diplôme. C’est inespéré. Mais…

Tris hoche la tête, sans trouver d’autre argument à opposer. Si ça peut clouer le bec à l’Erudite grincheuse, après tout…

Le remplacement du conseiller enseignant par Mark est approuvé par le conseil, moins une voix…

Tobias présente rapidement les derniers détails de leur expédition sur le lac, le budget a été tenu. Peter répercute que le conseil de Milwaukee est favorable au projet également et accueillera et ravitaillera l’équipe à son arrivée, à l’aller comme au retour. L’Hovercraft bénéficiera également d’une surveillance policière. Le départ est donc entériné pour le surlendemain, à huit heures.

Les sujets suivants, inscrits à l’ordre du jour du conseil, ne concernant pas l’équipe, tous se lèvent et saluent l’assistance avant de quitter la pièce. En direction de la sortie, Tobias prend Tris par les épaules et lui glisse à l’oreille :

Une fois dehors, Mark, très heureux, soulève Christina pour la faire virevolter autour de lui avant d’écraser sa bouche de la sienne.




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