Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 46 : Chapitre 46

Par Naraauteur21

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L’enthousiasme est évident sur le quai de l’ancien parc d’attraction de Chicago, à quelques pas de la grande roue rouillée sur laquelle Tobias se souvient avec émotion avoir grimpé à la suite de Beatrice. Une épreuve pour lui, à l’époque, mais un merveilleux sentiment de triomphe sur sa peur du vide et l’extraordinaire sensation d’un courant de feu qui passait alors entre elle et lui.

Aujourd’hui, c’est au pied de cette grande roue qu’il se trouve, accompagné de Tris, la sœur jumelle de Beatrice, sur ce véhicule qu’elle a contribué à mobiliser, pour le plus incroyable projet de renaissance économique et écologique depuis la Grande Paix. Et elle a réussi son pari. Ils ont réussi à atteindre le détroit de Mackinac, à maîtriser le barrage monté par les fondateurs pour assoiffer les terres autour de deux de leurs cinq cités expérimentales, et à réenclencher le retour normal de l’eau dans le lac Michigan.

Une partie des conseillers de la gouvernance se sont déplacés, et même la conseillère Erudite sceptique. Jeff est là, accompagnant sa mère qu’il tient affectueusement par les épaules. Johanna ouvre ses bras avec chaleur à Tobias, le premier à sauter sur le quai. Puis c’est Tris qu’elle étreint avec force, pendant que Tobias échange une poignée de main virile avec Jeff.

Les co-équipiers, après avoir salué les conseillers présents, dont le professeur de sociologie, qui a accueilli Tris avec un large sourire, peuvent aller saluer leurs proches. La famille de Christina a fait le déplacement. Caleb et Susan serrent affectueusement Tris dans leurs bras. Les rancœurs semblent oubliées. En retrait du groupe, Marcus adresse un geste de bienvenue et un sourire à son fils et à Tris quand ils l’aperçoivent. Même Jonah s’est déplacé pour accueillir son petit-fils avec fierté :

Tobias et Tris saluent fraternellement Mark et Christina, invités chez les parents de la jeune fille pour le dîner. Leur expédition se termine là, mais l’aventure, elle, n’est pas finie. Le retour du lac sera la prochaine étape.

Pour l’heure, Tobias n’a qu’une envie : dîner et se retrouver avec Tris dans l’intimité de leur appartement pour une bonne nuit de sommeil, sans pression, sans enjeu, sans danger, sans inconnu à redouter et sans fauve tapi dans l’ombre.

 

***

 

La gouvernance est réunie au complet pour le premier compte-rendu de Tobias et de son équipe.

Tobias utilise la console incluse dans l’épaisseur de la table, devant lui, pour projeter sur l’écran les images évoquées. Malgré la mauvaise qualité des photos, Tobias espère marquer les esprits et, avant de passer aux bonnes nouvelles, détaille les dangers nouveaux auxquels les populations seront exposées quand Chicago sera redevenu un port.

Tobias passe la parole à son ami qui, lors de ses plongées, a des détails à ajouter.

Tobias affiche tour à tour les photos prises des deux édifices sentinelles, puis de la carcasse rouillée croisée au large de l’île.

Tobias marque une pause pour ménager son effet et sa crédibilité.

L’existence d’une population organisée, si loin de Chicago, soulève des murmures d’étonnement.

Pendant qu’elle détaille l’accueil reçu à Saint-Ignace, Tobias fait défiler quelques photos du barrage, du pont, arrachant des commentaires stupéfaits. Même si personne ne s’est trouvé sur l’aéroglisseur, au pied de l’immense barrage magnétique s’élevant à plusieurs dizaines de mètres au-dessus des têtes et retenant les milliers de tonnes d’eau, chacun peut imaginer le gigantisme de l’ouvrage. Le leader du groupe reprend la parole.

Tobias acquiesce.

 

***

 

Tobias décide d’aller voir Matthew. Son ancien rival reste un généticien de renom et il a besoin de lui parler. Il espère que le scientifique s’est suffisamment rapproché de Lily pour ne plus avoir de vues sur Tris, transfuge de Beatrice, dont il était secrètement amoureux. Plutôt bel homme, brillant, gentil, Tobias a redouté longtemps d’être en concurrence avec lui pour la conquête de la jolie jeune fille.

C’est au centre d’études de la Divergence Beatrice Prior qu’il le rejoint dans son laboratoire, après lui avoir envoyé un message pour s’assurer de sa disponibilité. Les couloirs blancs et propres, éclairés de lumières indirectes blanches et bleues, irriguent de nombreuses pièces, laboratoires et portes sécurisées et privées. Un patio intérieur égaie l’austérité des lieux de plantes vertes et fleuries, ornées pour certaines de gigantesques feuilles striées et brillantes.

Tobias frappe et pousse la porte en verre dépoli du bureau de Matthew. Le généticien lève les yeux de son ordinateur, un écran intégré au plateau de son bureau, dont les formules luminescentes bleues s’élèvent dans l’espace d’un geste des doigts.

Mais au lieu de s’asseoir, le jeune Audacieux parcourt des yeux le large bureau, blanc lui aussi, mais dont deux pans de murs sont occupés par de vastes tableaux lumineux sur lesquels figurent des suites interminables de formules. La baie vitrée est occultée par un film opalescent magnétique qui diffuse une douce lumière dans la pièce.

Matthew éteint son écran et les chiffres bleus redescendent dans le plateau du bureau comme s’ils étaient aspirés par un siphon. Le scientifique lève les yeux vers son ami en souriant.

Matthew acquiesce, se lève, et ouvre une porte communicante juste derrière lui, en laissant le passage à Tobias. Dans la petite pièce aveugle trône un fauteuil luminescent bleuâtre avec de longs accoudoirs creux et un repose-pied relevé. Une console métallique, à côté du siège, supporte une tablette, des électrodes, et un coffret contenant sans doute le sérum de simulation. La lumière se diffuse à travers un faux plafond uniformément blanc. Sans un mot, Tobias s’installe dans le fauteuil. Matthew ouvre le coffret et du flacon qu’il en extrait, verse dans un verre un liquide blanchâtre presque opaque. Après avoir posé sur les tempes du jeune homme les électrodes et connecté la tablette, il lui tend le verre.

Sans hésiter, Tobias avale d’un trait le liquide épais et un peu écœurant, au léger goût d’amande. Devant ses yeux, Matthew disparaît dans une ondulation de l’air, comme celle qu’on pourrait voir au-dessus d’un feu dans un air frais. La pièce s’efface dans un nuage de vapeur qui se dissipe.

Harnaché en position assise, Tobias se retrouve suspendu au dessus du vide. Un mousqueton est accroché à la poulie posée sur le câble de la tyrolienne qui rejoint la tour Hancock au siège des Audacieux. Immobile à un mètre de la rambarde de la tour, il sait qu’il ne sert à rien de tendre le bras, il ne pourra pas l’atteindre et se hisser en sécurité. Il ferme les yeux un instant en essayant d’oublier les trois cents mètres de rien qui se trouvent sous ses pieds. Quand il les rouvre, toujours suspendu au-dessus du vide, il tient dans ses mains le plateau d’une table ronde en verre fumé. Autour de la table sont assis, sur des chaises à haut dossier, flottant doucement en apesanteur, Beatrice, Tris, Marcus, Evelyn, Uriah et Natalie Prior. Tous arborent un doux sourire et ne prononcent pas un mot, dévisageant Tobias patiemment.

Le frein de la poulie se desserre insensiblement, sans que Tobias ne puisse rien y faire. Il réalise que s’il lâche la table pour freiner, tout le monde tombera. Et tout en bas, au bout de la tyrolienne, contre la croix énorme sur le mur, se trouve la fin du voyage. S’il ne freine pas, il va s’écraser sur le terminus. Il a la durée de la descente pour réussir son test.

Alors que ses « invités » flottent en silence autour de la table, Tobias prend de la vitesse, en même temps que son rythme cardiaque. Une voix semblant venir de nulle part, et en tout cas d’aucune des personnes rassemblées autour de la table, souffle d’un ton feutré :

Le jeune homme se sent hors du temps, en suspend dans l’espace et il détaille les personnes attablées autour de la table ronde. Evelyn semble délivrée de ses démons, son léger sourire adresse à son fils une lumière qu’elle n’a jamais eue de son vivant. Pour la première fois, Tobias voit autour de ces gens qu’il a tous au moins un jour plus ou moins aimés ou respectés, l’énergie, l’aura que Tris visualisait souvent juste en fermant les yeux. Il prend conscience qu’il est dans une simulation et que lui aussi, sur son fauteuil, dans le laboratoire de Matthew, ferme les yeux et se retrouve en introspection. Il a toujours pu manipuler les simulations, pu en sortir, ou su ce qu’il avait à y faire pour en triompher. Jusqu’à ce jour. Il ne sait pas ce qu’il doit faire.

La tyrolienne le tire vers le bas, à une vitesse folle, mais le temps est arrêté, le câble semble avoir une longueur infinie, comme si on lui laissait une chance de changer les choses, de corriger une faute, juste une. Il ne voit pas défiler Chicago, ses lumières, ses buildings, sa clôture, tout est effacé, il sent juste le vent fouetter son visage, alors qu’il épargne ses invités. Tout juste quelques mèches volètent-elles autour du visage zébré de Tris, juste à côté de celui, presque poupon de sa sœur. Beatrice a beau être l’aînée, elle est pourtant partie plus jeune que Tris n’est aujourd’hui. Tous les visages sont impassibles, pas de supplication, aucun ne l’influence. Tobias ne perçoit que les formes floues, diffuses, mouvantes et colorées, qui les entourent comme des flammes fraîches.

Evelyn ? S’il la sauve, son père ne sera pas condamné. La vérité n’éclatera pas sur lui, son enfance, la déficience complète de ses parents. Il sera épargné de cette honte, du fardeau familial devenu sien. Mais Tris sera en danger permanent, la folie d’Evelyn n’aura pas de fin, que la sienne. Il doit sacrifier sa mère. Dès que sa décision est prise, Evelyn s’efface dans une volute de fumée blanche, laissant un vide autour de la table flottante.

Les muscles des bras lui font mal, Tobias ne sait pas combien de temps il pourra ainsi supporter le poids du plateau de verre rond. Il doit tenir, pour ne pas être déficient total, c’est sa volonté, il peut lutter.

Natalie ? C’était la Gardienne. Le petit chignon juché sur sa nuque et son habit d’Altruiste taché du sang de sa blessure au flanc font comprendre à Tobias l’importance de sa lésion mortelle. Elle a été tuée par un Audacieux, l’un des co-factionnaires de Tobias, aveuglé par le sérum de simulation. Si elle vit, la malédiction des Prior cessera, plus de morts prématurées, plus de sacrifices pour l’hypothétique sauvegarde d’une humanité qui ne veut, ne peut peut-être plus être sauvée. Beatrice pourrait être sauvée… Ou peut-être pas. Elle était sacrificielle, Natalie n’avait comme mission que la sauvegarde, la transmission et l’ouverture de la boîte. Beatrice aussi, mais plus encore.

Uriah ? Comment pouvait-il savoir quel serait le destin d’Uriah, s’il avait vécu ? C’était un Audacieux, puissant, humain et déterminé. Un Divergent, lui aussi. Avait-il un rôle dans ce grand projet de rédemption biologique auquel le peuple de Chicago avait été contraint ? Comment le savoir ? Non, choisir Uriah serait égoïste, il ne s’agirait que de soulager sa conscience, torturée par la culpabilité d’avoir provoqué involontairement sa mort.

Marcus ? En quoi Marcus avait-il besoin d’être sauvé ? De sa culpabilité sans doute. Lui pardonner serait-il suffisant ? Doit-il sauver son père du poids de ses erreurs et de son crime conjugal et paternel ? Laver sa conscience de ses coups à sa femme et son fils ? Et surtout, mérite-t-il, plus que tous les autres d’être sauvé ?

La tyrolienne frôle un bâtiment de béton et de verre, partiellement détruit, hérissé de poutres métalliques et de gravats qui effleurent les étranges convives. Sur la surface en miroir du building, il voit l’image de Beatrice, planant les bras écartés, ivre de liberté. Comme elle était courageuse !

Pour l’avoir descendue déjà une fois, Tobias sait que la fin de la ligne s’approche. 

Tris ? De quoi a-t-elle besoin d’être sauvée à présent qu’Evelyn est morte ? De la malédiction des Prior, évidemment ! Tobias est terrorisé à l’idée de la perdre, elle aussi, prématurément. Il a là le pouvoir de briser l’anathème. Mais quelles conséquences pour l’avenir de la ville, et du reste du pays ? Et la conjuration ira-t-elle au-delà de la simulation ?

Beatrice, sa Tris, la toute première, bien sûr, c’est évident. Mais avec quelles conséquences ? Plus que toute mission, elle considérait toute vie au-dessus de la sienne, plus utile, importante que la sienne. Seule cette sensation d’infériorité dominait sa vie, plus encore que son amour pour lui. Combien de vies en danger aurait-elle croisé au cours de son existence ? Combien de fois lui, Tobias, aurait-il pu lui sauver la vie, retenir sa petite amie qui lui filait dans les doigts pour n’en faire qu’à sa tête, quels que soient les dangers ?

Tobias se concentre, il est dans une simulation, un test. Mais il ne doit pas essayer de le manipuler, il veut savoir, vraiment. La voix monte à nouveau du néant, résonnant dans sa tête :

Tobias hésite, réfléchit en apercevant, au loin, la gigantesque croix qui annonce l’urgence de freiner. La voix insiste d’un ton neutre et traînant :

Aussitôt, la descente folle s’interrompt en douceur, l’étrange groupe reste suspendu dans le vide. Tobias sent ses muscles des bras se figer dans d’insupportables crampes.

Le souffle court, et le rythme cardiaque anarchique, le jeune homme, luisant de sueur, rassemble ses idées pour mettre des mots sur son ressenti. Il ne quitte pas du regard Beatrice, qui lui a tant manqué, pour imprimer dans sa mémoire le visage tant aimé. Par moment, elle et Tris se regardent affectueusement.

Essoufflé, Tobias tente de contrôler sa respiration.

Quand Tobias ouvre les yeux, se sont ceux de Matthew qu’il voit, et une expression inquiète sur le visage.

Tobias, étourdi, se redresse en passant ses mains dans ses cheveux courts et légèrement bouclés. Puis il adresse un regard droit au psychiatre.

Matthew secoue la tête.

Assis au bord du fauteuil de test, la tête et les épaules basses, Tobias semble se renfermer sur ces révélations. Après quelques instants de silence, Matthew s’inquiète sur l’impact de cette nouvelle sur son ami. Son instinct de psychiatre remonte à la surface.

 

***

 

L’annonce de Tris fait l’effet d’une bombe. Certains conseillers, bouche bée, ne pensent même pas à commenter. D’autres s’enflamment, pour ou contre, dans un brouhaha désordonné.

La proposition du professeur, mentor de Tris, attire tous les yeux sur lui.

Les commentaires, positifs ou négatifs, se bousculent autour de la table de réunion. Johanna peine à ramener le calme parmi ses partenaires de travail.

Tris ouvre des yeux ronds.

Tris ne se sent pas l’âme d’une dirigeante. Sa sœur Beatrice avait elle aussi refusé d’être leader du groupe des Rebelles, lors de la guerre civile, laissant Tobias, Tori et Harrisson se partager cette responsabilité. Elle avait pourtant guidé par son simple charisme, son tempérament volontaire, les décisions les plus importantes prises pour sauver la ville.

La jeune fille se sent un peu prise au piège de sa propre fougue. Mais en son for intérieur, elle reconnaît que son professeur n’a pas tort. Elle ne doit pas se défiler, si elle veut être crédible, et montrer au moins un comportement à l’image du discours qu’elle prône.




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