Divergente 4 - Résurgence

Chapitre 47 : Chapitre 47

Par Naraauteur21

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SIX SEMAINES PLUS TARD

 

Tris, le trac au ventre, entre dans le grand amphithéâtre. Il est étrangement bien rempli. Un brouhaha accompagne son arrivée. Quelle idée elle a eu d’accepter cette farce !

La conférencière du jour installe ses papiers sur le bureau : elle a préparé son plan et les grandes lignes de son exposé. Elle a convenu avec son professeur d’une durée écourtée de présentation, lui seul étant destinataire de l’intégralité de son mémoire. A sa grande surprise, Tobias entre par l’entrée basse, tenant par le bras Jonah. Elle ne pensait pas que le grand-père de son compagnon aurait le courage de sortir de l’orphelinat pour venir. Tris va à sa rencontre avec un sourire, et l’accompagne jusqu’au premier rang. Quelques étudiants habillés en tenue Altruiste, ivoire et grise se poussent pour lui laisser la place la plus confortable, ce qui fait sourire la jeune fille. Leur présence au premier rang n’est pas conforme à l’esprit de la faction dissoute, dont les gens cherchent à s’affranchir des principes les plus rigides ou inexplicables. Mais leur abnégation revient au galop dès que le besoin s’en fait sentir, on n’abandonne pas des années d’éducation en claquant des doigts.

Tout en haut et au fond, Johanna fait son apparition avec deux hommes. Tous trois s’installent à l’écart, tout en haut de l’amphithéâtre au dernier rang, en attendant le début du cours. Tris sourit avec un brin de crispation, Johanna a fait de la publicité pour son « cours » et tente de compléter l’amphithéâtre avec ses amis… Mais en fait, la salle est déjà quasiment pleine : son professeur de sociologie a battu aussi le rappel parmi ses étudiants.

Quand l’heure prévue pour le début de son exposé s’affiche sur l’écran rectangulaire mural au-dessus du tableau numérique, la jeune fille fait retentir la sonnerie indiquant aux étudiants que le cours va commencer, la dernière fois qu’elle a entendu cette sonnerie, c’est elle qui était assise parmi les étudiants, il n’y a pas si longtemps. Le silence s’installe dans la grande salle.

Quelques rires fusent dans les rangs, mais personne ne se lève pour quitter l’amphithéâtre.

La salle se secoue à nouveau de rires, mais personne n’envisage une seconde de remettre en cause la légitimité de la position de Tris, derrière le bureau, à sa place ce jour-là : tout le monde lit les journaux et les aventures du groupe entourant la célèbre Tris Prior ont fait le tour de la ville. Le professeur d’histoire des factions, un ancien Erudit qui a évolué avec cette société qu’il étudie sous tous ses angles, sourit à l’aveu de Tris.

Tris s’interrompt pour regarder son auditoire. Le pan vitré de l’amphithéâtre projette une lumière grisâtre sur le public, la pluie n’a cessé que depuis la veille, après une semaine ininterrompue. Le ciel encore encombré des résidus de sa colère obscurcit un peu l’immense pièce.

Jusque-là, elle s’est assise derrière le grand bureau, pensant simplement à voix haute, les yeux dans le vague, comme si elle avait été seule devant un écran. Les joues dans les mains et les coudes appuyés sur le bois laqué du bureau, le micro fixe du système audio devant sa bouche porte sa voix jusqu’au fond de la pièce. Ses yeux reprennent soudain conscience de tous ceux de l’assistance braqués sur elle.

Quelques étudiants sourient, d’autres lèvent le nez de leur tablette, attendant la reprise du cours pour jouer à nouveau de leur stylet. Tris se lève, et entreprend de faire les cent pas devant le bureau pour canaliser sa tension et favoriser sa concentration. Le petit micro portatif fixé à sa veste d’Audacieuse renvoie sa voix dans la pièce par des haut-parleurs dissimulés.

Devant elle, Tobias se dit pour la millième fois qu’elle ressemble de plus en plus à Beatrice, surtout depuis que ses cheveux sont plus courts. Ressemblante, mais en plus… posée, plus mûre, moins écorchée peut-être, quoique ce soit parfois discutable. Dès qu’elle était anxieuse, Beatrice faisait les cent pas, ça avait le don d’énerver le jeune homme. Beatrice, elle, ça la calmait. Enfin, si on pouvait considérer que se griffer nerveusement la peau des bras, se mordre les lèvres ou les joues, ou se ronger les ongles étaient des signes de calme… Deux aimants qui se repoussent, mais ne peuvent se passer du magnétisme de l’autre.

Tris fait quelques pas dans un sens, puis dans l’autre. Tobias baisse les yeux pour ne pas avoir à subir le début d’hypnose qu’impliquent ces mouvements répétitifs. Quelle drôle d’idée de gigoter tout le temps comme ça !

Elle adresse un sourire plein de charme à Tobias.

Quelqu’un tousse dans la salle. Tris avance d’un pas lent, de long en large, en croisant ses doigts entre eux, et en les tordant dans tous les sens pour favoriser sa concentration. Tout en marchant, elle passe d’un rai de lumière pâle à l’ombre du mur. Au passage, elle jette un œil sur son plan, posé sur le bureau.

Tris s’aperçoit que, dans les gradins, les étudiants la suivent des yeux, passant d’un côté à l’autre de la salle. Absorbée dans son récit, elle reprend conscience qu’à ce moment précis des dizaines de paires d’yeux qui la scrutent et l’écoutent. Elle n’aurait jamais cru ça possible, quand Johanna lui a demandé de rendre public son compte-rendu. Elle s’était même demandé si elle ne voulait pas la tester. Cela fait plusieurs secondes qu’elle n’a pas parlé, dans un silence religieux, et elle s’assoit sur le bureau pour continuer.

La jeune fille essaie de rassembler ses idées, et d’oublier le monde qui la fixe. Elle tente de considérer cet exposé comme une réflexion, qu’elle se ferait à elle-même, toute seule. Contrôler son rythme cardiaque, et gérer ce que l’on a devant soi, comme une vraie Audacieuse…

Une main se lève. Tris désigne l’étudiant et attend la question :

Tris jette un œil vers l’endroit d’où est venu la voix, mais ne parvient pas à identifier son auteur.

Quelques rires fusent.

Un murmure étonné parcourt à nouveau l’assistance.

Un autre étudiant demande la parole :

Tris réfléchit un instant. Elle s’approche de son petit ami en souriant et se plante devant lui en plongeant ses yeux dans les siens.

L’amphithéâtre résonne de rires et de commentaires à voix basse. Un sifflet fuse, sans doute un étudiant ou un spectateur qui, plus que les autres, connaît Tobias ou Tris. Au premier rang, le jeune homme secoue la tête et sourit à sa belle amie qui ne l’a pas quitté des yeux en prononçant cette réponse.

Même les plus farouches opposants aux factions parmi les étudiants n’émettent pas une objection à cette proposition. Comme si la société venait de trouver sa science exacte. Le silence enfle pour occuper tout l’espace. Une question qui déchire ce mutisme fait sursauter quelques penseurs absorbés.

Les yeux au sol, Tris réfléchit un instant puis elle mime avec ses deux mains la forme pointue d’une montagne. Elle hésite à oser ce à quoi elle vient de penser. Ça ne fait pas partie de son travail de recherche, mais ça vient de lui traverser l’esprit, elle jette un œil à son professeur installé au premier rang, tout à droite de l’amphi. Décontracté sur son siège, il suit des yeux l’évolution de Tris, griffonnant par moment quelques mots sur son carnet. Il ne trouvera pas cette affirmation dans son rapport, mais Tris se lance tout de même.

Des murmures tantôt désapprobateurs tantôt étonnés parcourent la salle. Tout en promenant ses mains placées en éminence pointue devant les gradins, elle explique :

Tris resserre un peu ses mains pour former un pic plus pointu, plus aigu au sommet.

Tris écarte à nouveau ses mains en gardant le bout de ses doigts joint, et en formant cette fois une montagne à base évasée, de toute la longueur de ses avant-bras.

Cette théorie soulève une onde de murmures dans tout l’amphithéâtre. Au premier rang, Tobias, qui n’avait jamais entendu l’opinion de Tris à ce sujet, ouvre la bouche de stupéfaction. En deux phrases, la jeune fille propose la paix entre les gens, une théorie qui panse les plaies de ceux qui se sont terrés pendant des décennies en se croyant anormaux.

Une autre question fuse au milieu de la grande salle :

Tris arrête son regard sur Tobias, tous deux savent qu’ils ont eu un jour cette conversation. Le feu lui monte aux joues, à la gorge, à la tête. Elle s’émerveille encore une fois de l’inépuisable réservoir d’amour et d’émotion que constitue sa relation avec le jeune homme. Elle doit détourner ses yeux pour revenir à son discours.

La conférencière peut comprendre l’amertume de certains citoyens martyrisés pour leur déficience ou leur Divergence. Sa connaissance des thèmes de recherche des scientifiques qu’elle a côtoyés pendant des mois la rend consciente des colères et incompréhensions résiduelles qui demeurent encore ancrées au cœur des gens. Elle tente d’expliquer :

Le brouhaha se réveille à nouveau parmi l’auditoire, auquel la jeune fille donne une onde d’amplification en demandant :

Tris s’interrompt pour se demander si elle doit parler de ce qu’elle a mentionné, juste après, dans son rapport. Mais c’est écrit, c’est qu’elle le pense, et elle se lance.

L’amphithéâtre enfle cette fois d’un murmure sourd de réprobation.

Tris laisse l’assistance réaliser où elle voulait en venir en discourant sur la Préhistoire.

Nombreux sont les auditeurs, dans l’assistance, qui ricanent à la comparaison entre Jeanine Matthews et le peuple disparu des Neandertal. Mais aucun ne parvient à trouver de faille dans cette analogie stupéfiante.

Tris reprend son souffle un instant. Habitée par son discours, elle s’est laissé entraîner dans son propre exposé.

Tris descend de son perchoir, elle éteint le micro, signifiant la fin de son exposé. Elle respire un grand coup.

C’est terminé.

Tout au fond de l’amphithéâtre, l’un des deux hommes qui accompagnent Johanna se lève et se met, seul, à applaudir, bruyamment, régulièrement, énergiquement, sans faiblir. Johanna et le second homme l’imitent, puis Tobias, debout au premier rang, et Jonah, et tout l’amphithéâtre se met à enfler du vrombissement puissant des mains qui se frappent l’une contre l’autre. Son professeur de sociologie, levé, s’est joint à l’assistance. Quelques sifflets longs et chantants fusent pour accompagner les vibrations de l’air de la pièce qui parviennent  par vagues à Tris. Les tressaillements lui semblent se répercuter dans tout son corps, remontent le long de son buste et serrent soudain sa gorge d’émotion. Au fond de l’amphithéâtre, l’homme qui avait lancé le mouvement est le dernier à éteindre ses applaudissements. Pendant plusieurs minutes, les étudiants rangent leurs affaires et coulissent le long des bancs, se répartissent dans les allées et les escaliers pour rejoindre la sortie, dans un brouhaha persistant. Le professeur, presque ex-membre du gouvernement de Chicago puisque Mark doit le remplacer, félicite la jeune fille avant de quitter l’amphithéâtre et Tris rejoint Tobias et Jonah au premier rang.

Tous les regards se tournent vers l’homme qui les rejoint. Il s’agit de l’un des deux accompagnateurs de Johanna, qui s’était installé tout en haut de la salle de cours. Il est grand, souriant, les cheveux châtains grisonnants sur les tempes, et de séduisantes rides en patte d’oie au coin de ses yeux rieurs. Son teint plutôt pâle révèle un emploi plutôt institutionnel qu’au grand air. Il porte des chaussures noires brillantes et un pantalon noir d’une facture rare à Chicago. Sa chemise, dont la couleur bleu clair rappelle celle de ses yeux, est modestement ouverte au col. Négligemment, il se sert de son index comme d’un porte-manteau pour retenir sa veste posée sur son épaule et pendant dans son dos. L’homme, l’air très sûr de lui, offre sa main droite à serrer à Tris. Elle la saisit avec un certain étonnement et se laisse presque secouer par la poigne du nouvel arrivant. Johanna, près de lui, fait les présentations :

L’homme serre toutes les mains qui se tendent vers lui.

Tobias acquiesce en signe de compréhension. Tris, le regard bas, semble dans ses pensées, le nom de l’homme lui paraît presque familier, mais comment cela se pourrait-il ? Elle n’a jamais quitté Chicago pour une autre grande ville, mis à part Milwaukee !

Le petit fils de Jonah lui jette un œil et se demande ce qui préoccupe soudain sa petite amie. Tout-à-coup, elle relève la tête, les yeux ronds de stupéfaction. Elle vient de réaliser où elle avait déjà vu le nom de cet homme : dans le dossier de Johanna, destiné à demander une aide pour le projet Résurgence et l’expédition. Ce nom…

Le Président a touché précisément la corde sensible de Tris, apprendre, continuer à apprendre, elle ne veut que ça... Ou plutôt, presque que ça… Tobias s’est figé, en retrait de Tris, il a l’impression de tomber dans un gouffre, de s’enfoncer dans une faille béante sous ses pieds, de regarder disparaître sa bien-aimée au loin sans rien pouvoir faire pour la retenir. Son cœur se soulève en une nausée qui envahit sa bouche et lui donne le vertige. Comment Tris pourrait-elle refuser une telle offre ? Il se sent soudain maudit par la vie. Après la guerre, la culpabilité, c’est la Présidence des Etats-Unis d’Amérique qui est en train de lui voler l’amour de sa vie…

En aucun cas, il ne veut être un frein à la vie inespérée que le Président offre à sa petite amie. La jeune fille lui jette un regard déterminé et inflexible.

En arrière, Tris tend sa main vers Tobias pour qu’il y glisse la sienne. Au grand soulagement de la jeune fille, il noue ses doigts aux siens fortement, et s’approche de son épaule.

Johanna acquiesce de la tête en souriant avec gratitude.

Le Président serre à nouveau les mains de ses interlocuteurs puis s’éloigne aux côtés de Johanna, suivi de près par son garde du corps.

Le Président n’a pas encore quitté l’amphithéâtre que Tobias empoigne Tris en l’entourant de ses bras, et la soulève pour l’embrasser furieusement.

Tranquillement, la nouvelle diplômée entoure le cou de son petit ami et lui pose un baiser sur la bouche.




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