New Birth

Chapitre 4 : Lendemain difficile

1117 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 10/11/2016 01:28

Une douleur lancinante me traverse le crâne au moment où j'ouvre les yeux. La lueur vive du soleil matinal me fait constater que je n'ai pas fermé les volets hier soir. Il me faut quelques secondes pour en chercher la raison. Ah oui, c'est vrai, Suzan est venue me chercher pour sortir. Je me relève un peu pour saisir le mécanisme des volets roulants à l'ancienne, histoire d'atténuer un peu la luminosité trop brutale. Mal réveillée, je m'assieds lentement dans mon lit et finis par rouvrir les yeux. Je suis dans ma chambre, pas de doute là-dessus. Les murs rose poudré et les meubles blancs d'un autre âge en font définitivement une chambre de fille. Mon réveil numérique, posé sur une petite chaise paillée placée à la droite de mon lit, m'annonce 11h29. Le temps de me souvenir que nous sommes samedi, et le coup de stress d'être en retard au travail retombe d'un coup.



Je me lève lentement et je me rends compte que je suis vêtue du t-shirt enfilé à la va-vite la veille au soir. Le parquet en bois blond est chaud sous mes pieds. Je m'enveloppe de ma robe de chambre moelleuse, dont je prends soin de fermer le nœud à la taille. Je m'assieds sur le tabouret de la cuisine, et j'y reste un bon bout de temps, les pieds dans le vide, sans bouger. Comme j'ai vraiment trop mal à la tête, j'entreprends d'avaler le comprimé d'aspirine que je viens de dénicher dans l'armoire à pharmacie. Le verre d'eau froide que j'ingurgite en même temps me permet d'émerger un peu. Visiblement, j'ai dû boire hier pour être aussi mal ce matin.

J'essaie de rassembler quelques brides de ma mémoire, mais j'ai bien du mal à reconstituer le fil de la soirée. Petit à petit, les idées me reviennent : l'émission de télé, le coup de fil de Suzan, le bar. Je commence à paniquer quand la suite me revient : Tobias, le verre, la rue, l'appartement. Je manque faire tomber mon verre quand le baiser me revient en pleine face. Merde !!! Et après ?



Après je ne sais pas. Je me lève nerveusement, complètement réveillée à présent. Je regarde la pièce devant moi. Rien ne semble avoir bougé, nulle trace quelconque du passage de Tobias dans cet appartement. Je me précipite dans la salle de bain. Elle est vide. Il n'est donc pas là. Je souffle de soulagement, c'est donc qu'il est rentré hier soir. J'ai dû me coucher juste après, et dormir comme une masse . Je m'assieds sur l'accoudoir du canapé gris et me détends. Tout va bien, j'irai m'excuser lundi et le remercier de m'avoir raccompagnée.



Heureuse et soulagée, j'entreprends de prendre une bonne douche chaude. J'aime les douches. Je sais que je devrais limiter ma consommation d'eau, c'est une denrée rare et précieuse un peu partout sur la planète et même ici à New York, même si les gigantesques usines à eau potable de la ville sont parfaitement opérationnelles. Mais j'y reste toujours un bon bout de temps. La chaleur et la sensation de l'eau qui coule sur ma peau sont des petits bonheurs tout simples que j'apprécie énormément. Souvent cela me permet de penser ou carrément de méditer quelques instants en silence.

Soudain, un flash me traverse l'esprit. Un tatouage, immense, sur un dos que je caresse. Des baisers, un torse, des soupirs. Et puis soudain, tout me revient en pleine face, comme une grosse vague déferlante. Merde, qu'est-ce que j'ai fait ??



Je ferme brutalement l'arrivée d'eau, je m'adosse à la paroi carrelée et je ferme les yeux. Bon Dieu, comment peut-on être aussi tarte ? Je ne tiens pas l'alcool, qu'est-ce qui m'a pris hier soir ? Je le sais très bien : je n'ai pas pu résister à l'occasion unique qui s'offrait à moi de pouvoir discuter devant un verre, en dehors du travail et des règles établies chez Newbirth. Une occasion unique de découvrir enfin qui est cet élégant jeune homme dont le côté mystérieux m'obsède depuis un moment, même si je ne veux l'avouer ni à Suzan, ni à moi-même. C'est le froid qui me fait revenir à la réalité. Je me sèche, m'habille à la va-vite d'un ensemble confortable en velours bleu.



Je passe le reste de mon samedi à tourner en rond dans l'appartement, essayant de me persuader que ce ne sont que les réminiscences d'un rêve de cette nuit, un fantasme lié à l'alcool. Mais non, tous les détails sont bien trop réels. C'est arrivé. Je me concentre, mais chaque souvenir me conforte dans mes certitudes. Tobias a bien passé la nuit ici, avec moi.



En fermant les yeux, je peux revoir le contour de son visage dans le clair de lune. Il n'a pas dit un mot. Je ressens encore chacune de ses caresses sur moi. Il a été tendre, ça j'en suis sûre. Je me remémore sa bouche sur ma clavicule ou encore sa main sur mon sein. Je me rappelle aussi l'expression de son visage, comme douloureuse, quand il a reposé la tête sur mon torse, à la fin. Merde, ça veut dire quoi ça ?


Voilà qui me tourmente encore plus. Il n'a pas eu le comportement d'un homme qui profite d'une situation facile. Non, ça j'en suis persuadée. Trop tendre, trop lent dans ses gestes, trop attentionné. Un coup de fil me fait sursauter. Tobias ? Un bref regard vers l'écran lumineux me fait déchanter : le nom de Suzan s'affiche en clignotant. Je ne réponds pas, je n'en ai pas envie. Et ce ne sont pas les huit tentatives de ma collègue qui me font changer d'avis. Je veux rester seule.



Près du lit, je finis par retrouver son badge de sécurité. Il a dû tomber de son manteau. Sa photo, sévère, correspond à l'image qu'il donne de lui-même chez Newbirth. Sérieux, professionnel. Bien loin de ce que j'ai pu en voir hier soir : perdu, fatigué, humain ! Et l'autre facette que j'ai pu découvrir cette nuit : doux et attentif. Avant que le masque de souffrance ne réapparaisse juste après.

Il va falloir que je le lui rende. Avec un peu de chance, il m'appellera tout à l'heure et viendra le chercher ?

J'attends tout le samedi, puis tout le dimanche. Tobias ne donne pas signe de vie .



Laisser un commentaire ?