Quelques jours ont passé depuis la crise de Jonathan. Ce soir-là, l'université organisait une grande réception en l'honneur d'un nouveau et généreux donateur, et Jonathan avait invité Rose à l'accompagner. Dans l’entrée de l’université, Jonathan se débattait avec ses boutons de manchette quand il la vit apparaître.
Elle était vêtue d’une robe rouge assez fluide avec un col en V qui mettait en valeur sa poitrine. Ses cheveux étaient tressés de façon à tomber élégamment sur son épaule gauche. Bref, elle était si belle qu’il en oubliait ses boutons.
— Tu es magnifique, lui dit-il, les yeux rivés sur elle.
— Pour une humaine ? lui répondit-elle en le taquinant. Il sourit à la référence.
— Merci, toi aussi... mais ça aurait été mieux avec un nœud papillon, ajouta-t-elle avec un sourire amusé en s'approchant pour l'aider.
— Les nœuds papillons portent malheur.
— Si tu le dis.
Il portait un costume bleu marine très élégant avec une chemise blanche, cassé par des converses assorties.
— Viens, rentrons, il faut absolument que je te présente quelqu’un.
Il l’emmena à l'intérieur de la grande salle de réception, lui offrit une coupe de champagne et la présenta à son directeur, M. Bourbon. Un homme châtain d’une trentaine d'années, assez grand, avec un accent français à couper au couteau.
— Ah, vous devez être la fameuse Mademoiselle Tyler ! Enchanté, Jo m'a beaucoup parlé de vous, dit-il en lui baisant la main. Je m’appelle Louis Bourbon.
— Moi de même. Je vous avoue que je suis assez surprise, sourit Rose. Je ne vous imaginais pas du tout comme ça.
— Plus âgé, certainement ! Sachez que je ne dois ma place qu’à la thèse que j’ai écrite sur la relativité dimensionnelle... ce qui nous amène à de grands débats avec Jo.
— Je n’en doute pas une minute.
— Louis, pardonnez-moi, intervint Jonathan, mais je n’ai pu amener cette belle femme qu’à condition de la faire danser. Et je tiens absolument à tenir cette promesse.
Il l'entraîna vers la piste de danse où ils commencèrent à valser.
— Désolé, mais si tu commences à lui parler de sa thèse, il est inarrêtable.
Rose sourit en toute réponse. La musique enveloppait la salle. Ils tournaient lentement, leurs regards accrochés l’un à l’autre. Pour un instant, elle se sentait légère, comme si rien ne pouvait les atteindre.
Mais soudain, une voix s’éleva, brisant l’harmonie.
— Magnifique... vraiment magnifique.
La danse s’arrêta. Thalia s’était avancée, ses lèvres étirées en un sourire languide. Elle ne regardait pas Rose ; ses yeux brillants étaient rivés sur Jonathan. Elle s’approcha avec une lenteur calculée, ses hanches ondulant au rythme de la musique. Sa main se posa sur l’épaule de Jonathan, ses doigts glissant avec une familiarité troublante.
— Jo... je ne t’imaginais pas si gracieux. Tu bouges avec une force... et une douceur surprenante.
Rose sentit son souffle se couper. Thalia ne cachait pas son jeu : elle séduisait ouvertement.
Jonathan, pris au dépourvu, esquissa un sourire nerveux. Il y avait dans l'audace de Thalia quelque chose de magnétique qui le déstabilisait, une étincelle de trouble qu'il ne parvint pas tout à fait à masquer.
Thalia se pencha légèrement, sa voix basse, presque murmurée à son oreille :
— Tu devrais danser plus souvent. Avec la bonne partenaire... tu pourrais être inoubliable.
Et, profitant de son hésitation, elle l'entraîna plus loin sur la piste.
Rose avait le cœur serré. En voyant Jonathan s'éloigner, ainsi troublé par cette femme, elle eut l’impression que la bulle venait d’éclater et que son lien avec lui se dissolvait sous ses doigts. Submergée par la piqûre de la jalousie et le sentiment d'être de trop, elle quitta la salle d’un pas rapide.