Entres les mondes, entres nous

Chapitre 9 : La confrontation

Par marine.mazallon

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Le carillon résonna. Rose ouvrit la porte, le souffle court. Jonathan était là, les traits tirés, le regard sombre. Elle recula d’un pas, le laissant entrer.

À peine la porte refermée, il parla, sans détour mais avec une gravité nouvelle : 

— Plus tôt, nous avons mangé au restaurant notre nouveau bienfaiteur William Green. Et il m'a parlé de toi. Pas comme d’une simple connaissance. Comme si vous aviez partagé quelque chose… d’intime. Qui est-il pour toi ?

Le nom la transperça. Elle sentit ses jambes faiblir. Jonathan ne savait rien. Jusqu’ici, elle avait réussi à garder ce passé enfoui. Mais William avait ouvert une brèche.

— Tu… tu ne devrais pas avoir à entendre ça, murmura-t-elle. Mais je n’ai plus le choix.

Elle détourna les yeux, honteuse. 

 — Avec le Docteur et donc toi, je me sentais libre. Forte. Vous me poussiez à voir le monde autrement, à croire que j’avais de la valeur. Vous me regardiez comme si j’étais importante, vraiment importante.

Son regard se perdit un instant, happé par un souvenir lumineux. 

— Mais William… Lui, il a pris cette même faille et il l’a exploitée. Là où le Docteur me donnait confiance, William m’a enfermée. Il me répétait que j’étais spéciale, mais seulement parce que lui me voyait ainsi. Que sans lui, je n’étais rien. En apparence, William Green est un homme honorable. Il est dirigeant d’une entreprise internationale, célèbre également pour mettre son argent dans des projets scientifiques ou des œuvres caritatives. Mais en réalité, chaque geste tendre est calculé. Chaque mot qu’on lui confie devient une chaîne. 

Sa voix se brisa, mais elle continua, déterminée : 

— J’ai cru que c’était de l’amour. Mais ce n’était qu’une prison invisible. Une prison faite de dépendance, de peur, de manipulation. Et hier soir… Il a suffi d’un sourire, d’une phrase, pour que tout revienne. Pour que je me sente à nouveau piégée.

Elle releva enfin les yeux vers Jonathan, les larmes au bord des paupières. 

— Voilà ce qu’il est pour moi. Pas un souvenir, pas un ancien amant. Une ombre. Une ombre qui me rappelle que je peux être brisée si je baisse ma garde.

Jonathan s’approcha, son regard brûlant de détermination. 

— Tu n’es plus seule, Rose. Je ne laisserai jamais William t’approcher de nouveau. S’il essaie, je serai là. Tu n’as plus à porter celà seule.

Il prit ses mains dans les siennes, les serrant doucement. Rose sentit son cœur se réchauffer, mais l’image de Thalia surgit, cruelle. Elle retira ses mains, le regard troublé. 

— Et pourtant… hier soir, j’ai vu Thalia. Trop proche de toi. Ses mains sur ton épaule, ses mots chuchotés… Et toi, tu souriais. Comment puis-je croire que tu me protèges, si je me sens déjà remplacée ?

Jonathan secoua la tête, pris de court. 

— Ce n’était rien. Elle m’a pris par surprise. Je ne ressens rien pour elle. C’est toi que je voulais à mes côtés.

Rose le fixa longuement, les yeux brillants de larmes. Elle voulait croire, mais la blessure restait vive. Jonathan s’approcha encore, son visage à quelques centimètres du sien. 

— Je ne veux plus te perdre, Rose. Pas à cause de William. Pas à cause de Thalia. Je veux que tu saches que je suis là. Pour toi.

Elle ferma les yeux, une larme glissant sur sa joue. Sa voix n’était plus qu’un souffle : 

— Alors reste. Ne me laisse plus seule.

Jonathan la prit dans ses bras, doucement, comme s’il craignait qu’elle se brise. Il la serra contre lui, sentant le tremblement imperceptible qui la parcourait, ce reste de peur laissé par l'ombre de William.

— Je ne te laisserai plus  seule, chuchota-t-il contre ses cheveux, la voix enrouée par l'émotion. Plus jamais.

Rose posa son front contre son torse, écoutant le battement régulier et désordonné de son cœur. Un cœur humain. Un seul battement. Pas de double rythme, pas de mystère cosmique. Juste lui. Un homme qui la voyait réellement, débarrassée des fantômes du passé, prêt à se battre pour elle.

Elle se recula légèrement pour ancrer son regard dans le sien. Ses yeux à elle étaient encore humides de larmes, mais le doute laissait enfin place à une certitude nouvelle.


Jonathan posa ses mains sur les joues de Rose, effaçant d'un geste doux de ses pouces les traces de larmes. Ses doigts étaient chauds puis il inclina doucement la tête, n'offrant aucune précipitation, lui laissant le temps de reculer si elle le souhaitait. Mais Rose scella la distance. Elle se hissa légèrement sur la pointe des pieds, comblant les derniers millimètres.

Leurs lèvres se touchèrent enfin.

C'était un baiser d'une douceur d'abord timide, presque hésitante, chargé de tout ce qu'ils n'avaient jamais pu se dire au milieu du chaos. Puis, sentant Rose s'abandonner contre lui, la main de Jonathan glissa dans son cou, approfondissant leur étreinte avec une passion contenue qui ne demandait qu'à exploser. Le baiser devint plus intense, plus fiévreux, emportant dans sa fougue le poids de leurs incertitudes.

Un soupir s'échappa des lèvres de Rose contre les siennes. Elle passa ses bras autour de son cou, l'attirant à elle, fermement ancrée dans le présent. La barrière s'était brisée. Ce n'était plus un écho de son passé, c'était la promesse de leur avenir.

— Jonathan... murmura-t-elle entre deux baisers, le souffle court.

Sans rompre leur contact, il la souleva doucement. Ses mains enserrèrent sa taille alors qu'il la guidait à travers l'appartement vers la chambre. Cette nuit-là, dans l'ombre et la chaleur retrouvée, ils n'étaient plus deux rescapés d'une crise temporelle ou émotionnelle : ils s'appartenaient enfin, pleinement et sans retenue.






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