Entres les mondes, entres nous
Cela faisait maintenant un an qu’ils vivaient définitivement sur Pete’s World. Une année mouvementée, certes, mais bien plus calme que leurs aventures dans le TARDIS. Rose voyait pourtant que cette vie terrestre pesait sur son mari : il y avait une tristesse dans son regard qu’elle connaissait trop bien. Jack avait été un réconfort, mais il était reparti deux semaines plus tôt grâce à un cristal de téléportation, profitant d’un pic d’activité de la faille. Son absence laissait un vide.
Il fallait bien qu’elle s’avoue aussi que son boulot ne la passionnait pas. Elle avait demandé à son père de pouvoir remonter une équipe d’intervention à Cardiff. Celui-ci avait refusé, il jugeait l’activité de la faille beaucoup trop instable pour qu’une équipe se réinstalle.
Elle s’activa : son mari n’allait pas tarder à rentrer et son gâteau n’était toujours pas au four. Son mari... Elle avait encore du mal à réaliser.
Jonathan, de son côté, venait de rendre visite à Thalia Poisson, une jeune femme internée après avoir reçu les souvenirs de Madame de Pompadour. Ces réminiscences du XVIIe siècle brouillaient sa perception de la réalité : elle demandait audience au Roi, perdait totalement ses repères. Jonathan cherchait à comprendre comment de tels souvenirs avaient pu se retrouver dans l’esprit d’une femme d’un monde parallèle, mais l’énigme restait entière. Heureusement, le lien télépathique qu’il avait commencé à tisser avec Rose leur permettait de ressentir les émotions de l'autre à quelques mètres de distance.
— Qu’est-ce que tu fais de bon ? lui demanda-t-il doucement en surgissant derrière elle.
Elle sursauta. Tellement perdue dans ses pensées, elle n’avait pas entendu la porte s'ouvrir.
— Bon sang, ne me fais pas peur comme ça ! — Désolé... À quoi tu pensais ? — À cette année, mais surtout aux derniers événements, soupira-t-elle. Et pour répondre à ta question, tu le sauras tout à l’heure. Jake a appelé, d'ailleurs. Il aurait besoin de ton avis sur une affaire de disparition.
Jonathan fronça les sourcils : — De quoi s’agit-il ? — D’une maison soi-disant hantée. Le voisin affirme que des statues dans le jardin… bougent.
Jonathan se figea instantanément. — Des statues qui se cachent le visage ? — Peut-être... — Alors ce sont des Anges Pleureurs, coupa-t-il, la voix sombre. Des prédateurs aussi vieux que l’univers. Quand tu les regardes, ils restent immobiles, pétrifiés dans la pierre. Mais il suffit d’un clignement d’œil… et ils avancent. Ils se nourrissent du temps en projetant leurs victimes dans le passé. Crois-moi, Rose, il faut s’en méfier comme de la peste.
Un silence lourd s’installa dans la cuisine. Rose sentit un frisson glacial lui parcourir l’échine. Puis Jonathan reprit, le visage s'éclaircissant d'un coup, comme pour chasser l’ombre qui venait de s’inviter dans leur soirée : — Mais pour l’heure, je crois que tu as autre chose à préparer. Après tout… c’est mon anniversaire.
Rose sourit, soulagée de le voir retrouver un peu de légèreté. Elle s’approcha et lui déposa un baiser sur la joue. — Alors ce soir, pas d’Anges, pas de mystères. Juste toi, moi… et une fête digne de ce nom.