Dans la cave, Jonathan et le Docteur faisaient front face aux assaillants. Amy se tenait à leurs côtés, les poings serrés, déterminée. Les masques de porcelaine pâle avançaient lentement, psalmodiant leurs chants destructeurs. En retrait, drapé dans l'ombre, William observait la scène avec un sourire cruel.
— Vous ne pourrez jamais entrer, lança Jonathan en brandissant une arme improvisée, les muscles tendus à l'extrême. — Peut-être pas, répondit William d'une voix doucereuse. Mais je n’ai pas besoin de Rose. Il me suffit d’elle.
Son regard perçant se posa sur Amy. Elle recula d'un pas, surprise par cette attention soudaine. — Qui êtes-vous ? murmura-t-elle.
— Tu ne me connais pas. Mais moi, je sais parfaitement qui tu es, persifla William. Amélia Pond. La mère qui n’a pas su protéger son enfant.
Amy blêmit, frappée en plein cœur. Le Docteur s'interposa immédiatement, s'érigeant comme un bouclier devant elle, mais William éclata de rire. — Melody… Arrachée à tes bras à la seconde de sa naissance, transformée en arme psychopathique. Tu sais ce que ça fait, n’est-ce pas ? La douleur, la culpabilité insoutenable. Si je te touche, Amy… le Docteur basculera.
Le Docteur sentit une noirceur abyssale remonter dans sa gorge. Ses poings se serrèrent à s'en blanchir les jointures. Ses yeux anciens brûlaient d'une fureur meurtrière. William riait, savourant ce moment, prêt à ordonner l'assaut sur la jeune femme.
Mais Jonathan s’interposa brutalement entre eux. Son regard était d'une dureté implacable, sa voix tranchante comme une lame : — Assez, William. Tu ne la toucheras pas. Tu ne toucheras personne ici. Si tu franchis un seul pas de plus, c’est moi que tu affronteras.
William s’arrêta net. Son regard glissa sur Jonathan avec un mépris total, et un rictus cruel étira ses lèvres. — Toi ? cracha William dans un rire narquois. Le demi-Docteur ? Le petit hybride humain qui joue au Seigneur du Temps dans sa cave… Tu crois vraiment que c'est toi qui vas m'arrêter ?
Jonathan ne cilla pas sous l'insulte. Il serra son arme, ancré au sol. — Essaye pour voir, répliqua-t-il d'un ton d'acier.
Puis, sans quitter William des yeux, Jonathan glissa vivement à l'attention de son double : — Résiste, Docteur. Si tu cèdes maintenant, tu deviens le Victorious.
Soudain, à quelques mètres d'eux, le TARDIS bleu s’illumina de l'intérieur. Une vibration puissante et chaude parcourut les dalles de la cave. Une voix familière, douce mais chargée d'urgence, résonna directement dans l’esprit du Onzième Docteur. « Docteur… concentre-toi. Rose ne va pas bien. »
Le Docteur sursauta, le souffle coupé. La voix de Sexy vibra à nouveau, plus pressante. « Elle perd trop de sang. Rory fait tout ce qu’il peut, mais elle glisse. Si tu détournes ton esprit vers la haine, je ne pourrai plus la protéger. »
Déchiré, le Docteur ferma les yeux. La rage absolue contre William brûlait dans ses veines, exigeant d'être libérée, mais la voix de son TARDIS le ramenait inexorablement à l’essentiel. À la vie.
Jonathan capta son regard et comprit. — Tu l’as entendue, dit-il fermement. Laisse-nous tenir la ligne ici. Toi, concentre-toi sur elle !
À l'intérieur du TARDIS orange, Rose hurla de douleur. Elle saignait abondamment, et ses forces l’abandonnaient dangereusement. Rory, le front perlant de sueur, les mains tremblantes mais d'une précision médicale absolue, s’efforçait de la maintenir éveillée. — Respire, Rose ! Ne me lâche pas, tiens bon, je vois la tête !
Autour d'eux, le corail vibra faiblement, ses pulsations dorées s’estompant face aux ténèbres du rituel. À l'extérieur, le Docteur posa ses deux mains à plat sur la paroi organique du TARDIS de Jonathan, les yeux clos. L'écho de Sexy résonna une dernière fois en lui : « Concentre-toi, mon Docteur. Elle glisse. Si tu la perds, tout s’effondre. »
Le Seigneur du Temps inspira profondément. Dans un effort surhumain, il laissa la rage s’éteindre, étouffant le Time Lord Victorious. Toute son énergie temporelle, toute sa lumière, se canalisa à travers le corail pour rejoindre Rose.
— Tu n’es pas seule, murmura-t-il télépathiquement. Je suis là. Je ne te laisserai pas tomber.
Une onde dorée, chaude et bienveillante, parcourut la console centrale et enveloppa la jeune femme. Son souffle haché se stabilisa instantanément, et ses yeux s’ouvrirent grand. Dans un dernier effort libérateur, Rose poussa. Rory cria, victorieux : — Le bébé est là !
À l’extérieur, William hurla de frustration, sentant l'énergie noire lui échapper.
— Il m’ignore ! Il choisit la fille !
Amy, haletante, esquiva de justesse le coup d'un adepte et répliqua avec un sourire féroce : — Oui ! Parce que tu n’es rien du tout pour lui !
Jonathan repoussa violemment un initié, le manche de son arme improvisée claquant lourdement contre le masque de porcelaine qui se fendit. — Tenez bon ! cria-t-il. Le corail réagit, ils perdent leur emprise !
Les chants maudits de l’Ordre se brisèrent dans un murmure chaotique. À l'étage, les bougies rituelles s’éteignirent une à une. Le rituel s’effondrait de toutes parts.
À l'intérieur, un nouveau cri résonna. Pas un cri de douleur, mais celui, clair et vigoureux, d’un nouveau-né. Rory, couvert de sueur et les larmes aux yeux, leva la petite fille dans ses bras. — Elle est là… Elle est vivante.
Rose s’effondra sur les coussins, épuisée, le visage d'une pâleur cadavérique, mais un sourire radieux éclairait ses traits. — Mon bébé…
Le corail du TARDIS orange vibra une toute dernière fois avec une puissance inouïe. Une onde de choc dorée pure traversa les murs de la maison. William et les membres de l’Ordre furent violemment projetés en arrière. Leurs masques explosèrent en mille morceaux de porcelaine. Le maître de cérémonie n'eut que le temps de pousser un hurlement avant de disparaître dans les ombres de la tempête.
Le silence, lourd et apaisant, retomba sur la cave. Amy, couverte d'ecchymoses mais fièrement debout, s'appuya contre le mur et regarda Jonathan. — C’est fini ?
Jonathan hocha lentement la tête, abaissant son arme. — Oui, ils sont partis.
Le Docteur relâcha la paroi du TARDIS et ouvrit les yeux. Son regard était clair, purgé de toute noirceur, son souffle parfaitement apaisé. Il fixa l'endroit où William se tenait quelques secondes plus tôt. — Tu voulais que je bascule, murmura-t-il dans le vide. Mais j’ai choisi. J’ai choisi la vie. Et ce soir, nous avons gagné.
À l'intérieur, le miracle venait de s'accomplir. Rory tenait la petite fille, fermement emmitouflée. Elle respirait doucement, saine et sauve. Mais sur le lit de fortune, Rose luttait. Son visage était presque translucide, ses lèvres blanches.
Jonathan entra précipitamment dans la console. À la vue de sa femme, son cœur se serra à l'en étouffer. — Rose… Il tomba à genoux près d’elle, ses mains tremblantes venant caresser son front humide. Il était incapable de cacher sa terreur absolue. — Tu as perdu trop de sang. Je t'en supplie, ne me quitte pas. Je ne veux pas te perdre.
Le Docteur entra à son tour. Il s’approcha doucement et posa une main rassurante sur l’épaule de Jonathan. Ses yeux trahissaient une immense tendresse. — Elle est vivante, Jonathan. Mais elle a besoin de soins intensifs que ce TARDIS, trop fatigué, ne peut pas lui fournir. Ma cabine est juste à côté. Nous allons la déplacer à l'infirmerie.
Sans hésiter, Jonathan glissa ses bras sous le corps frêle de Rose et la souleva avec une infinie précaution. Rory marchait à ses côtés, veillant jalousement sur le bébé, tandis qu’Amy fermait la marche, épuisée mais l'œil vigilant.
Le Docteur poussa la lourde porte en bois de son TARDIS. Immédiatement, la lumière chaude et dorée des couloirs les enveloppa, offrant une chaleur réconfortante après le froid de la bataille. Le vaisseau vibra d'un bourdonnement profond et grave. Sexy semblait ronronner, accueillant Rose et son enfant sous sa protection absolue.
— Posez-la ici, ordonna doucement le Docteur en les guidant vers l’infirmerie. Jonathan la déposa avec une délicatesse extrême sur le lit médicalisé. Rose papillonna des yeux et, dans un effort minuscule, serra faiblement les doigts de son mari. — Je reste là… murmura-t-elle dans un souffle.
Le Docteur posa la main sur l'un des piliers de corail de sa propre console. Il ferma les yeux, communiquant avec son vaisseau. La douce vibration du TARDIS s’intensifia autour d'eux, résonnant comme une berceuse antique et protectrice. L'équipement médical s'activa de lui-même, stabilisant instantanément les constantes de Rose. — Sexy veille sur elle, déclara le Docteur. Elle ne tombera pas.
Jonathan, les larmes coulant librement sur ses joues, fixa son double. — Tu en es sûr ? Le Docteur lui adressa un hochement de tête d'une certitude absolue. — Oui. Ici, elle est intouchable. Et nous veillerons sur elle, ensemble.
Dans les bras de Rory, la petite fille poussa un petit gazouillis, comme pour sceller cette promesse solennelle. Amy s'approcha, posant un doigt sur la joue du nouveau-né, un sourire fatigué mais radieux illuminant son visage. — Elle est forte… chuchota-t-elle. Comme sa mère.
Le TARDIS vibra une dernière fois, baignant la pièce d’une lumière protectrice. La nuit avait été terrifiante, la bataille acharnée, mais une nouvelle histoire, lumineuse et pleine d'espoir, venait tout juste de commencer.