Dragon Ball - Next Journey
Le docteur Lychee marchait lentement dans les rues de la cité Tsufule.
Autour de lui, la vie suivait son cours avec cette tranquillité presque insolente des mondes qui croient encore que demain sera construit sur les mêmes bases qu’aujourd’hui. Les échoppes ouvraient leurs devantures. Des enfants couraient entre les adultes en se poursuivant à grands éclats de voix. Des véhicules glissaient dans les airs à intervalles réguliers, silencieux, propres, réglés avec cette précision si typiquement Tsufule que Lychee avait autrefois admirée comme on admire une preuve vivante de la supériorité de l’esprit sur la sauvagerie.
Il voyait des Tsufuls. Vivants. Heureux. Occupés.
Et cette simple vue, qui aurait dû le réconforter sans réserve, produisait en lui un mélange plus trouble qu’il ne voulait bien l’admettre.
Depuis qu’il avait posé le pied sur cette planète, quelque chose en lui avait commencé à se détendre. Pas assez pour mériter le nom de paix. Mais assez pour qu’il eût parfois l’impression de traverser des paysages arrachés à une version perdue de sa propre jeunesse. La petite taille des passants, leurs voix plus hautes, leurs habitudes de politesse, leurs gestes précis, jusqu’à cette manière de donner plus d’importance aux outils qu’aux armes... tout cela réveillait chez lui des souvenirs qu’il avait longtemps préférés laisser ensevelis sous la haine.
Il releva légèrement le menton.
D’ici quelques jours, pensa-t-il, cet univers serait lavé de l’infection qui le menaçait. Les Saiyens s’entre-déchiraient déjà sous l’effet de son œuvre. Les rares survivants tomberaient à leur tour. Et alors, oui, alors seulement, il pourrait dire qu’un fragment de justice avait enfin été rendu au peuple Tsuful.
Un petit ricanement satisfait lui échappa. Mais il mourut presque aussitôt.
À sa gauche, un bar extérieur débordait déjà d’activité. Des tables basses, des banquettes circulaires, des verres étroits où tremblaient un alcool ambré, et cette façon si commune qu’ont les gens de parler librement lorsqu’ils se croient noyés dans le bruit ambiant. Lychee n’y aurait pas prêté attention si une phrase n’était pas venue le frapper en travers de la marche.
— Je ne comprends pas, disait un Tsuful à son voisin. Comment un peuple aussi bon que les Saiyens a-t-il pu devenir cruel du jour au lendemain ?
Lychee ralentit. Puis s’arrêta tout à fait.
Il tourna la tête.
Les deux hommes étaient assis à l’écart des autres, l’air déjà un peu trop relâché pour cette heure de la matinée. L’un d’eux faisait tourner son verre entre ses doigts, perdu dans une réflexion visiblement sincère. L’autre hochait la tête avec cet air grave des gens qui ont trop bu pour rester prudents mais pas assez pour devenir incohérents.
Lychee les fixa une seconde. Puis il laissa échapper un ricanement sec.
— Il ne faudrait peut-être pas boire autant si tôt.
Les deux Tsufuls levèrent les yeux vers lui.
Lychee ne s’était pas approché davantage, mais il avait parlé assez fort pour être entendu. Son ton n’avait rien d’amical. Il gardait cette mince courtoisie de façade que les gens intelligents utilisent quand ils ont déjà décidé qu’ils méprisent leur interlocuteur.
Il ajouta, plus bas, presque pour lui-même :
— La cruauté, c’est dans leur nature de macaques sauvages.
Les deux hommes échangèrent un regard.
Le plus âgé haussa doucement les épaules.
— Pourtant, dit-il, avant cette histoire de virus, ils ont sauvé des peuples entiers. Ils ont défendu des colonies sans rien demander. Ils ont aidé à reconstruire des zones de guerre. Même ici, tout le monde connaissait leur réputation.
L’autre approuva vivement.
— Oui. Les Saiyens ont toujours été comme ça. C’est justement pour cela qu’on s’est alliés à eux. Pour être sous leur protection, pas pour la craindre.
Lychee sentit quelque chose se tendre derrière sa tempe.
Il fit un pas vers la table.
— Répète.
Le Tsuful qui avait parlé hésita, puis désigna vaguement son propre torse avec deux doigts, comme pour vérifier qu’on s’adressait bien à lui.
— J’ai dit que les Saiyens avaient toujours été gentils. Enfin... je veux dire, ici. Dans cet univers. C’est pour ça qu’on s’est rapprochés d’eux. Tout le monde sait ça.
Lychee l’attrapa brusquement à la veste. Le verre de l’homme tomba de travers et se renversa sur la table.
Autour d’eux, plusieurs conversations s’interrompirent.
Le docteur, penché vers lui, avait les yeux agrandis par une intensité presque maladive.
— Tu es en train de me dire que vous avez volontairement confié votre sécurité à des Saiyens... parce qu’ils vous semblaient dignes de confiance ?
L’homme déglutit.
— O-oui...
Lychee le relâcha si soudainement qu’il manqua de basculer en arrière.
Le savant resta là une seconde, debout, sans rien dire. Puis il tourna les talons et reprit sa marche. Une marche plus vive.
Ses mains tremblaient légèrement derrière son dos.
Il ne regardait plus la ville, ni les visages heureux, ni les couleurs claires des façades. Il traversait l’avenue comme un homme occupé à poursuivre quelque chose d’invisible, de beaucoup plus ancien, de beaucoup plus intérieur.
Les Saiyens avaient toujours été gentils.
Il entendait encore la phrase.
Elle se répétait.
Elle grinçait.
Elle refusait de s’ordonner avec le reste.
Et malgré lui, malgré toutes les strates de haine qu’il avait accumulées pour ne jamais revenir en arrière, le passé se rouvrit.
* * * * * * *
Autrefois, Lychee n’avait pas été un homme de vengeance. Il avait été un homme de promesse.
Le plus jeune diplômé de sa promotion à la grande école de la Capitale Centrale de Plant. Un institut mêlant le prestige, la rigueur d’un centre de recherche spatial et l’autorité morale d’une académie nationale. Il s’y était fait remarquer dès les premières années, non seulement par ses résultats, mais par cette forme de froideur absorbée qu’ont les intelligences trop concentrées pour s’embarrasser de ce qui n’est pas immédiatement utile.
Il n’avait pas d’épouse.
Pas de compagnon de route.
Pas d’enfant.
Cela n’avait jamais été, à ses yeux, un sacrifice. Seulement un tri efficace.
Ses recherches passaient avant tout le reste.
Ses inventions passaient avant tout le reste.
Le temps que d’autres consacraient aux fêtes, aux relations, aux loisirs, il le consacrait à résoudre des problèmes que personne n’avait encore formulés correctement.
On le disait brillant, et il le savait.
On le disait difficile, et il s’en moquait.
Très tôt, il s’était intéressé à ce que les Tsufuls appelaient les zénos. Des ondes brutes, capricieuses, d’origine céleste, liées aux interactions entre leur étoile et leur satellite naturel. Les théories existaient déjà. Les premiers usages aussi. Mais ils demeuraient instables, fragmentaires, grossiers. Lychee, lui, ne supportait pas l’à-peu-près.
Il mit des années à canaliser ce flux.
Des années à comprendre comment l’extraire, le lisser, le convertir sans provoquer d’effondrement énergétique ou de surtension catastrophique.
Le jour où il réussit, toute sa carrière bascula.
Les zénos cessèrent d’être une curiosité de physiciens pour devenir une ressource du quotidien : réseaux domestiques, systèmes de transport, dispositifs médicaux, stations orbitales.
Une partie de la modernité Tsufule finit par battre au rythme de calculs sortis de son crâne.
Il installa ensuite son laboratoire personnel sur le satellite.
Un choix qui avait d’abord fait sourire ses collègues. Puis taire tout le monde lorsqu’ils comprirent qu’il avait raison. Là-haut, les variations d’intensité se lisaient mieux. Les parasitages étaient moindres. Les expériences gagnaient en précision.
Pendant plusieurs années, il avait vécu entre le monde et l’astre, comme un homme partagé entre deux lumières.
Sa carrière atteignait alors ce qu’il fallait bien appeler son sommet.
Et puis les Saiyens arrivèrent.
Même des décennies plus tard, même dans la mémoire rongée, la première image demeurait nette.
Leurs vaisseaux en mauvais état. Leurs tenues de peaux. Leur récit de survivants misérables.
Et, au centre de tout cela, leur reine.
Vegeta.
Lychee n’avait jamais cru à son histoire. Pas une seconde.
Il n’ignorait pas qu’un peuple pouvait mentir pour survivre. Les Tsufuls eux-mêmes avaient parfois rusé dans leur passé migratoire. Mais chez cette femme-là, quelque chose sonnait faux avec une perfection presque insultante. Trop de douceur dans le ton. Trop de retenue dans la posture. Trop d’intelligence derrière l’air de fatigue. Elle se présentait comme une fuyarde, mais tout en elle observait comme un prédateur.
Il le dit.
Une fois.
Puis dix.
Il avertit le Grand Roi Tarin.
Tarin, souverain de la Capitale Centrale, figure respectée, homme de grande culture et de vaste vision politique, l’écouta toujours avec patience. C’était son genre. Il n’interrompait pas. Il pesait. Il reformulait. Il parlait d’équilibre, de diplomatie, de responsabilité morale envers des réfugiés. Il ajoutait que l’histoire des Tsufuls eux-mêmes commandait une certaine compassion envers les peuples déracinés.
Lychee détestait cette bonté-là.
Non pas en soi. Mais lorsqu’elle s’exerçait au mépris de l’évidence.
— Cette femme vous séduit, lui avait-il lancé un jour avec plus de violence qu’à l’accoutumée. Et vous appelez cela de la sagesse.
Tarin ne s’était pas offensé. Il s’était contenté de froncer légèrement les sourcils, comme un homme peiné qu’un esprit aussi remarquable se laisse dévorer par son propre soupçon.
— Vous voyez des prédateurs partout, Lychee.
— Parce que les prédateurs existent.
Vegeta, de son côté, continuait à sourire.
À remercier.
À écouter.
À poser des questions trop fines pour être innocentes.
Depuis son laboratoire lunaire, Lychee observait souvent la planète en contrebas à travers les canaux de surveillance, les relais de données, les transmissions officielles ou officieuses. Il voyait les Saiyens se déplacer dans les capitales autorisées. Il voyait leurs regards. Il voyait leur retenue. Et ce n’était pas cette retenue qui le rassurait. C’était elle, précisément, qui l’inquiétait.
Les sauvages bruyants sont dangereux.
Les sauvages qui apprennent en silence le sont bien davantage.
Puis vint la fin.
Il ne la vécut pas sur le sol. Il la vécut d’en haut. Impuissant.
Le premier signal fut confus. Des explosions simultanées. Des communications coupées. Des réseaux saturés. Puis, très vite, les confirmations : les capitales étaient attaquées ensemble. Les Saiyens ne jouaient plus les réfugiés. Ils frappaient comme une armée qui avait passé des mois à mémoriser ses cartes.
Lychee tenta d’ouvrir tous les canaux.
Les écrans défilaient : feux, bâtiments éventrés, corps écrasés.
Des Tsufuls courant dans les rues avec la panique des peuples trop civilisés pour comprendre assez vite qu’on a déjà commencé à les massacrer.
Il chercha la Capitale Centrale.
Il trouva Tarin.
Une image fugace, prise par une caméra de sécurité, puis perdue dans les interférences. Le Grand Roi se battait encore, puis plus rien.
D’autres images vinrent ensuite.
Trop de flammes.
Trop de sang.
Trop de poussière.
Et toujours, toujours, au fond de tout cela, comme une blessure verticale dans le monde, la certitude qu’il avait eu raison trop tôt pour être entendu et trop tard pour sauver quiconque.
Quand le silence retomba enfin sur Plant, sa civilisation n’existait plus que par fragments.
Quelques données.
Quelques survivants isolés.
Quelques infrastructures détournées.
Et, sur le monde qu’ils avaient bâti, un nouveau nom bientôt imposé par les vainqueurs.
Vegeta.
Ce fut le jour où Lychee cessa d’être un homme utile.
Il devint un homme dirigé par la haine.
* * * * * * *
Les années passèrent.
Il poursuivit ses travaux, d’abord avec l’illusion de chercher un moyen rationnel de renverser la situation. Mais la raison se flétrit peu à peu sous le poids de ce qu’il avait vu.
Il chercha des renforts, des alliés, des leviers politiques, des peuples assez puissants ou assez cruels pour ne pas s’émouvoir du sort d’une poignée de singes armés ayant conquis un monde.
Longtemps, il ne trouva rien. Puis il trouva mieux que rien.
Il trouva des Arcosiens.
Le contact ne se fit pas en une seule fois. Il fallut des intermédiaires, des échanges cryptés, des garanties, des preuves, des promesses. Les Arcosiens n’étaient pas des philanthropes. Ils n’étaient pas non plus des amateurs. Ils gravitaient dans l’ombre d’une famille dont le nom suffisait déjà à glacer les systèmes stellaires : les Cold.
Lychee, autrefois, aurait considéré tout commerce avec eux comme une souillure morale. Mais la morale avait déjà brûlé avec Plant.
Il livra des informations. Des axes de route, des coordonnées, des capacités.
Il ouvrit des portes qu’un homme digne aurait laissé closes.
Et un jour, des décennies plus tard, la planète des Saiyens explosa sous la volonté de l’héritier de cette lignée monstrueuse.
Freezer.
Lychee vit les débris, le champ de ruine.
Ce fut, se dit-il longtemps, le plus beau jour de sa vie.
Il le crut sincèrement.
Il le répéta parfois à voix haute dans le silence de son laboratoire.
La joie, pourtant, ne dura jamais très longtemps chez lui. Elle se changea presque aussitôt en calcul, car… quelques Saiyens avaient survécu.
Toujours des survivants.
Toujours des restes.
Toujours une portion de l’infection qui refusait de disparaître tout à fait.
Lychee récupéra des corps flottant dans l’espace. Certains presque intacts. Il les disséqua, les examina, compara leur résistance cellulaire, leur agressivité tissulaire, leurs réponses immunitaires à différents agents.
Et, de fil en aiguille, il se mit à élaborer un virus. Un moyen propre, pensa-t-il alors, de terminer enfin ce qu’une planète pulvérisée n’avait pas achevé.
Lorsqu’il fut prêt, il chercha des sujets vivants.
Il en trouva trois à proximité.
Sur une petite planète sans eau appelée Vampa, un père et son fils exilés dans la sauvagerie minérale de leur planète-prison.
Et, ailleurs, celui qui avait vaincu Freezer : Son Goku.
Les résultats furent à la fois satisfaisants et insupportables.
Le fils mourut.
Le père mourut.
Tous deux succombèrent, comme il l’avait prévu.
Mais Goku, lui, survécut.
Il fut guérit miraculeusement. Par une substance inconnue.
Cette survie devint une insulte, un défi scientifique et personnel.
Dès lors, le projet changea d’échelle. Il ne s’agissait plus seulement d’effacer un peuple disparu. Il s’agissait d’éradiquer les restes, le survivant, le dernier des Vegeta, tous ceux qui porteraient encore de près ou de loin ce sang maudit, et jusqu’à leurs rejetons.
C’est alors que la rumeur du multivers parvint jusqu’à lui.
Au début, il n’y crut pas.
Ou plutôt, il la traita comme il traitait toutes les hypothèses extraordinaires : avec mépris méthodique jusqu’à obtention de preuves. Puis les preuves arrivèrent. Trop nombreuses. Trop cohérentes. Les univers n’étaient pas une fable. Ils existaient. Et quelque part, dans l’un d’eux, vivaient d’autres Tsufuls. D’autres Saiyens.
Il entreprit alors un long voyage.
Une expédition têtue, parfois désespérée, à travers des coordonnées incomplètes, des zones dangereuses et des relais mal calibrés. Quand il finit par approcher la planète, les défenses aériennes l’accueillirent par des tirs nourris. Son appareil fut secoué de toutes parts. Il dut manœuvrer avec une brutalité qui aurait fait hurler tout pilote ordonné.
Une fois atterrit, des soldats tsufuls l’encerclèrent aussitôt, puis le conduisirent devant les dirigeants.
Pas de roi, mais un groupe de scientifiques.
Le détail l’avait d’abord rassuré. On écoute mieux un savant quand ceux qui gouvernent savent encore ce qu’est une hypothèse.
Il leur raconta tout.
De sa planète à la destruction de celle-ci.
De son virus à son objectif.
À sa grande surprise, cela ne produisit ni scepticisme, ni indignation, ni distances morales.
Au contraire, leurs regards s’illuminèrent d’un intérêt presque trop vif. Ils se montrèrent compréhensifs. Compatissants, même. Puis ils lui montrèrent des images.
Des vidéos de peuples attaqués par des Saiyens, des villages enflammés et de civils fuyant des silhouettes aux cheveux dressés, au regard féroce.
Lychee les regarda toutes.
Elles donnaient exactement au monde la forme qui permettait à sa haine de rester pure.
Il collabora.
Ils reprirent son virus et l’améliorèrent. Ils rendirent plus vicieux, plus rapide, plus contagieux.
Mais ils ne s’arrêtèrent pas là. Ils décidèrent d’y associer un être vivant, un vecteur mobile, un noyau de propagation incarné. Une arme qui ne se contenterait pas de transmettre l’infection, mais la décuplerait à proximité.
Lychee corrigea et valida des choses qu’autrefois il aurait refusées.
Et tout le monde, lorsque l’arme vivante fut envoyée, se déclara satisfait.
Il partagea leur joie d’abord, puis des fissures apparurent.
Un détail par-ci. Un sourire trop large par-là. Une façon qu’avaient certains de parler des Tsufuls du présent non comme d’un peuple à sauver, mais comme d’un matériau politique à orienter.
Cela resta longtemps diffus, jusqu’à ce matin, jusqu’à cette phrase au bar, jusqu’à cette étrange douceur avec laquelle les Tsufuls ordinaires parlaient encore des Saiyens de l’univers 6.
Lychee entra dans une salle de travail couverte d’écrans.
La pièce lui avait été attribuée dès son arrivée. Elle était propre, froide, réglée à sa convenance. Au centre flottait une interface translucide. Sur le mur couraient déjà des flux de données, des cartes et des archives.
— T.A.D.A., dit-il.
Une voix calme répondit aussitôt.
— Oui, docteur.
Il s’était toujours méfié des intelligences artificielles trop expressives. La sienne, qu’il avait nommée T.A.D.A., lui convenait précisément parce qu’elle n’essayait pas d’imiter des humains. Elle obéissait, croisait, calculait, vérifiait.
— Effectue des recherches sur les Saiyens de cet univers. Sources publiques, privées, militaires et civiles. Je veux tout ce qui concerne leurs actions hors des séquences qu’on m’a déjà communiquées.
— Recherche en cours.
Lychee se tint debout, les mains derrière le dos, pendant que les écrans s’animaient.
Une première séquence apparut.
Des Saiyens en intervention humanitaire.
Une seconde.
Des blessés transportés.
Une troisième.
Des villages protégés contre des pillards.
Puis d’autres, encore d’autres… cela dépassait de loin le simple montage de propagande.
Lychee ne parla plus.
Son visage ne bougea presque pas, mais ses doigts se crispèrent dans son dos.
— T.A.D.A., dit-il finalement.
— Oui, docteur.
— Vérifie l’authenticité.
— Vérification croisée en cours.
Quelques secondes passèrent.
— Résultat : authenticité hautement probable sur l’ensemble des séquences. Plusieurs sources indépendantes concordent. Les Saiyens de l’univers 6 présentent un historique majoritairement favorable auprès des populations alliées ou secourues.
Le silence retomba.
Lychee fixa l’écran le plus central.
Sur celui-ci, Cabba parlait à un enfant terrorisé, à sa hauteur, avec cette patience absurde, presque insoutenable, des gens réellement bienveillants.
Il sentit monter en lui quelque chose qu’il n’avait plus éprouvé depuis longtemps.
Pas de la rage pure, mais quelque chose de pire : une honte sèche.
Avait-il été dupé ?
L’hypothèse, aussitôt formulée, produisit en lui un dégoût presque physique.
Avait-il laissé sa haine servir d’outil à d’autres ?
Avait-il apporté à ces Tsufuls-là non la justice qu’il croyait poursuivre, mais la caution parfaite, le savant blessé, l’homme de Plant, le témoin moral idéal pour justifier une entreprise dont les raisons réelles n’étaient peut-être pas les siennes ?
Ses yeux se posèrent sur le reflet de son propre visage dans la vitre sombre d’un écran momentanément vide.
Il parut soudain plus vieux, plus las...
— Docteur ? demanda T.A.D.A.
Lychee ne répondit pas tout de suite.
— Si les Saiyens de cet univers sont réellement tels que les données l’indiquent, reprit l’IA, alors la campagne actuelle repose sur des prémisses erronées.
Lychee ferma les yeux.
Était-il devenu l’instrument d’une haine plus grande que la sienne ?
Était-il, lui, l’ancien survivant de Plant, le prodige, le visionnaire, réduit à servir de caution intellectuelle à des monstres qui n’avaient eu besoin que d’une seule chose pour le manipuler : la vérité de sa blessure ?
Un petit rire sans joie lui échappa.
— Magnifique, murmura-t-il. Vraiment magnifique.
Il rouvrit les yeux.
Les vidéos continuaient. La bienveillance des Saiyens, leur usage de la force pour protéger.
Le contraire exact de ce qu’il avait connu.
Le contraire exact de ce qu’il avait voulu voir.
Et, pour la première fois depuis très longtemps, le docteur Lychee se demanda s’il n’avait pas passé une part gigantesque de son existence à pousser de toutes ses forces dans la mauvaise direction.
* * * * * * *
Sur Sadala, la poussière flottait encore entre les pierres brisées.
Marron avait le visage gonflé, les pommettes meurtries et les lèvres fendues par endroits. Elle n’aurait probablement pas reconnu son propre reflet sans un petit temps de négociation. Pourtant, quand elle releva la tête et vit les autres, une vraie lumière passa dans ses yeux.
— Vous en avez mis du temps, marmonna-t-elle avec une voix encore un peu pâteuse.
Pan, déjà accroupie devant elle, sortit un senzu de la petite bourse et le lui tendit aussitôt.
— Mange.
Marron le prit sans protester et l’avala.
Le changement fut presque immédiat. Son regard, sa respiration et sa manière de se tenir tout était revenu à la normale.
Pan posa alors une main compatissante sur son épaule.
— Tiens, dit-elle en lui confiant la bourse. Je te laisse t’occuper de Bra.
Marron cligna des yeux, puis Pan ajouta, un peu plus bas, avec ce ton qui voulait être pratique mais qui réussissait surtout à être embarrassant :
— Vu comme tu la regardes depuis tout à l’heure, autant te donner directement les moyens de la sauver correctement.
Marron rougit aussitôt.
— Mais... quoi ?! N’importe quoi !
Pan haussa les épaules avec une innocence suspecte.
— J’ai rien dit de bizarre.
Marron, encore plus rouge, serra la bourse comme si elle venait de recevoir un objet interdit.
Plus loin, Goku n’avait pas quitté Vegeta des yeux. Pas une seule seconde.
Son visage s’était vidé de sa bonne humeur ordinaire. Il ne souriait pas. Ne plaisantait pas. Il se tenait là, ancré, calme en apparence, mais d’un calme si dense qu’il paraissait plus dangereux qu’un cri.
Pan se releva et rejoignit son grand-père. Oob vint se placer de l’autre côté.
Vegeta leur faisait face, toujours contaminé, toujours irradiant cette puissance divine qui avait cessé d’avoir quoi que ce fût de noble.
Le vent passa entre eux, emportant un peu de poussière rouge.
Goku parla enfin.
— Préparez-vous au combat.
Il ne dit rien de plus.
Il n’en avait pas besoin.
Devant eux, Sadala retenait son souffle.
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Tarin [ タリン ] : provient de nectarine