Dreamland - Le voyageur qui ne voulait plus dormir

Chapitre 3 : Partie 3

Par Totorsensei

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Je me sens totalement démuni : il y a vingt minutes, Arnaud m'a révélé être un voyageur victime d'un empoisonnement qui le tuera s'il dort à nouveau, et je n'ai pas su quoi lui répondre. Peut-être aurais-je dû lui dire que moi aussi, j'étais un voyageur, que je voyageais à travers Dreamland avec mes amis et que j'avais pour objectif de trouver Edenia, le royaume dreamlandais où se rendent les défunts, afin d'y revoir ma mère... Mais je n'ai pas su le lui dire.

Arnaud est sorti faire un jogging pour que le sport le maintienne éveillé. Il est parti en me laissant une assiette pleine de cookies que sa mère a préparé pour nous deux mais, chose qui n'a pas changé depuis que nous sommes petits, Arnaud me les a tous laissés. "Que les cookies de ma maman t'aident à supporter la perte de la tienne", me disait-il... Arnaud a toujours été un ami doux et attentif, intègre et altruiste. C'est pourquoi je veux pouvoir l'aider mais malheureusement, je ne vois aucun moyen de remédier à son problème. Je crains hélas que sa situation soit sans appel et cela me rend malade que des choses comme ça arrive à des gens qui ne les méritent pas.

Je profite d'être un petit peu seul pour monter à l'étage et utilise une des applications de mon téléphone pour contacter mes amis lors d'un appel vidéo groupé. Sabba répond le premier.

Savane répond à son tour.

Puis s'est au tour d'Ève. Cette dernière est tirée du lit. Tandis que Sabba a les cheveux ébouriffés, Eve, avec ses cheveux longs, a l'air d'avoir une crinière de lion passée au sèche cheveux sur la tête.

C'est alors que la copine de Sabba se réveille, agacée.

C'est ainsi que Sabba fut mis à la porte de sa chambre.

Ainsi commença la journée de Sabba. De manière malchanceuse et amusante. Ève se rendit dans la salle de bain et cala son téléphone pour pouvoir suivre la conversation tout en se brossant les cheveux.

Je leur raconte tout dans les moindre détails et contemple leurs réactions : Ève s'est figée. Sabba se retient de fondre en larme et Savane reste stoïque. Puis, il prend la parole.

Mes amis se regardent d'abord eux, puis moi, l'air déçu. Je m'exclame :

Ève et Sabba sont surpris.

Eve et Sabba prennent ma défense.

Je suis stupéfait.

Puis il raccroche.

Puis je raccroche avant de m'asseoir sur le sol, de m'adosser contre mon lit et de fixer le plafond. Je descends finalement et fais les cent pas en réfléchissant à ce que je vais dire à Arnaud, dont le Jogging s'éternise. Soudain, mon téléphone sonne : c'est Savane.

Puis je raccroche. C'est à ce moment-là qu'Arnaud revient.

Je comprends mieux pourquoi il a l'air plus lucide. Arnaud traverse le séjour et se prend une chaise dans la cuisine sur laquelle il s'assoit. Il pose ses coudes sur la table et met son visage entre ses mains.

Arnaud lève les yeux au ciel.

Je m'assois face à lui.

Je réponds par un hochement de tête.

Arnaud se tait.

Je le prends dans mes bras.

A Dreamland, cette nuit-là


Nous sommes à un immense festival ressemblant à un mélange de plusieurs autres que nous connaissons déjà, comme le carnaval, avec des tas de gens déguisés et de décorations colorées, mais aussi "Dia de los Muertos", fête de commémoration mexicaine, et une de ces fêtes japonaise, où il y a des tas de stands sur lesquels il est possible d'acheter de la nourriture ou de jouer à des jeux, comme le lancé d'anneaux ou le chamboule-tout, ainsi des gens en kimono et de magnifiques lanternes suspendus à droite et à gauche.

Arnaud me fit signe de la main en arrivant jusqu'à nous.

Je fus choqué en voyant son apparence.

En fait, si. Arnaud était très abîmé par son empoisonnement : il était maigre, voir squelettique, son teint était pâle et ses yeux parcourus de vaisseaux sanguins. Il avait l'air beaucoup plus affaibli que dans le monde réel.

Je comprenais mieux pourquoi Arnaud se refusais à revenir à Dreamland. Nuit après nuit, il voyait son apparence physique se dégrader et je crois que moi-même, je ne supporterais pas de me regarder dépérir.

Savane s'approcha de lui.

Puis, mon ami moralisateur lui tendit la main.

Cette scène m'apaisa. Je voyais Arnaud se détendre en saluant mes amis, ce qui m'aida à oublier son état de santé.

Lorsque j'avais vu Arnaud, la première réaction que j'avais envisagé était d'appeler au secours, de l'emmener à l'hôpital mais voir mes amis se comporter normalement, me rappela qu'il n'y avait plus aucune raison de s'affoler. Arnaud allait mourir, c'est inéluctable, et notre mission à nous est de faire que sa dernière nuit à Dreamland soit merveilleuse.

Puis Savane nous conduisit jusqu'à un stand, plus loin, où il était possible de se faire maquiller. Ève, elle, en remarqua un autre, juste à côté, sur lequel il était possible d'acheter des vêtement et des accessoires. Nous en sortîmes entièrement relookés : Arnaud était maquillé en squelette coloré comme ceux que l'on voit à Dia de los Muertos, avec un bonnet sur lequel il y avait une paire d'ailes de chauve-souris en plastique, et une sorte de costume noir comme portent les lycéens japonais, mais avec la chemise entrouverte et une cravate très déserrée autour du cou.

Ève portait un kimono bleu turquoise et chaussait des yukatas. Ses cheveux, teints en rose, étaient coiffés en chignon avec une paire d'aiguilles plantée en croix à l'intérieur, son visage était couvert de paillettes et traversé horizontalement de traits colorés en forme de vagues, et elle avait reçu un très bel éventail.

Savane prit un kimono blanc aux manches déchirées avec des bracelets de forces en coton autours des poignets et des chevilles, un foulard en forme de requin souriant de toutes ses dents enroulé autour de son front et couvrant ses cheveux, et des cicatrices dessinées sur le visage et un faux pansement sur le nez, illustrant les nombreux combats que notre compétiteur avait pu mener.

Sabba mis un déguisement de clown ratsa. Son vêtement était coloré et très large. La chemise avait des pompons en guise de boutons, était sans manches, laissant voir ses bras tous maigres, et le bermuda exhibait fièrement les jambes maigres et poilues de Sabba, ainsi que ses tongs dépareillées. Il portait également un béret mais rouge, jaune et vert, et tenait une palette de couleur avec un pinceau en forme de roulé au cannabis. Il eu de fausses tâches de peinture sur le visage comme touches de maquillage.

Moi, je recevais un serre-tête avec des cornes de diables, un manteau violet foncé ressemblant à celui d'Ichigo Kurosaki quand il sort son Bankai (long, ouvert et déchiré) avec un Marcel blanc en dessous, un bermuda noir et troué aux jambes, puis on me maquilla une tête de citrouille d'Halloween sur le visage avant de me donner un bâton noir long et fin au bout duquel était planté un croissant de Lune en train de sourire.

Nous passâmes la nuit à essayer les différents stands, à goûter des plats et des sucreries sans aucune modération, surtout qu'ils mettaient toujours à notre disposition une assiette de cacahuètes magiques grâce auxquelles, quand on en mangeait une, notre estomac était vide à nouveau, ce qui empêchait l'ivresse ou la satiété. Nous goûtâmes alors des plats épicés et colorés, des alcools forts, doux ou fruités, ainsi que des confiseries tellement surprenantes que certaines ridiculisaient les chocogrenouilles qu'il nous était donné de voir dans Harry Potter.

Nous essayâmes aussi certaines attractions. L'une d'elles était une course de kart nous faisant faire un circuit à travers la montagne. On pouvait monter seul ou à deux. Tous montèrent seuls, sauf Arnaud qui vint avec moi. Trop affaibli pour pouvoir conduire, il prit le siège passager et profita de la vitesse, avec le vent qui lui arrivait en plein visage.

Je lui répondis cela parce qu'effectivement, l'attraction nous donnait l'impression d'une vraie course du célèbre jeu-vidéo Mario Kart. Arnaud admira les paysages, poussa un cri de joie à chaque virage puis, lorsque nous passâmes à travers un canon qui nous envoya dans les airs, le kart sorti son delta plane, nous faisant terminer la course en planant dans le ciel. Arnaud se leva sur son siège et écarta ses bras, savourant pleinement cet intense moment de liberté.

Nous terminâmes la courses. Arnaud et moi finîmes deuxième, derrière Ève qui arriva loin devant nous, ce qui nous impressionna, d'autant plus que Savane, Sabba et moi avions l'habitude de jouer ensemble à Mario Kart, lors de nos soirée jeux-vidéo hebdomadaires.

Pour nous remettre de nos émotions, nous nous rendîmes sur une terrasse sur laquelle il y avait des table à pique-nique et, tout autour, des stands de boisson et de nourriture, d'autres vendant des jouets, et une scène sur laquelle passait des artistes amateurs venus présenter leurs numéros. Certains chantaient, d'autres jouaient d'un instrument original, certains humoristes tentaient leur chance, d'autres dansaient ou jouaient une pièce... Nous nous installâmes à une table et un serveur vint à nous.

Il nous examina l'un après l'autre puis dit à Sabba.

Puis il lui servit une boisson dont émanait une fumée colorée à l'odeur euphorisante.

Il lui servit un milk-shake rose et turquoise dont les couleurs dessinaient un tourbillon en train de tourner dans son verre. Il s'occupa ensuite de Savane.

Il le servit et arrêta la mousse juste au moment où elle atteignait le bord du verre. Il y glissa ensuite un petit boisson qui se mit à nager à l'intérieur. Il me servit ensuite moi.

Il me servit un shot auquel il mit le feu.

Puis il versa une boisson qui, une fois dans le verre, ressemblait à plusieurs disques colorés empilés les uns sur les autres.

Nous trinquâmes puis bûmes à tour de rôle. Sabba le premier et ce dernier se décontracta en affichant une expression de pur bien-être avec un sourire jusqu'au oreilles.

Ève bu à son tour.

Ève essaya de chanter et prit, sans le vouloir, une voix de diva.

Savane tenta sa chance à son tour et bu une gorgée.

Je bu mon shot.

J'appliquais les consigne et je me vis capable de cracher des flammes comme un ignivome, puis d'en cracher en forme de tourbillons, de faire un tir de magnésium, de plasma ou de cracher des boules de feu qui explosaient avant de redescendre et dont les étincelles s'éteignaient presque instantanément. On aurait dit le film "Dragons" de Dreamworks.

Arnaud essaya à son tour.

Soudain, la boisson fit varier, briller ou clignoter les couleurs de son maquillage, de ses vêtements et même de ses accessoires, comme les lumières d'un sapin de Noël. Cela nous fit tous beaucoup rire.

Il nous fut ensuite servi une carafe ainsi que des biscuits apéritifs. Nous en profitâmes pour aller remplir nos assiettes de brochettes, grillades, fritures... Puis nous nous installâmes pour manger et parler. Etant donné qu'à Dreamland, Arnaud disposait de toute sa concentration, je pu donc lui raconter à nouveau les histoires que j'avais évoqué lors de mon arrivé, dont certaines plus en détails, comme celle concernant le fait que Sabba était très négligent et maladroit en ce qui concerne les ordinateurs.

Puis nous rimes tous les trois pendant que Sabba se noyait dans son verre.

Tout le monde hoche la tête.

Tout le monde éclata de rire.

Cependant, mon ami remarque que l'attitude d' Ève a changée et réalise en même temps que moi que ce sujet est encore sensible. Il décide alors de caresser l'épaule d'Ève avec le dos de sa main.

Puis, les garçons s'en allèrent.


Au stand des brochettes


Savane se sert, l'air un petit peu agacé. Arnaud le rejoint et se sert sans dire un mot. Finalement, Savane s'arrête et lui adresse la parole.

Savane se retourne et regarde ses amis.

Puis Arnaud ose se jeter à l'eau.

Arnaud soupir et se prend un morceau de viande rôti avec un petit peu de légumes frits.

Arnaud tousse.

Savane reste immobile et silencieux quelques instants.

Savane reste immobile et silencieux quelques instants avant de finalement invoquer un poisson.


Pendant ce temps, à table


Une fois Arnaud parti, Ève me dit :

Ève dis ça en le désignant. Je vois Arnaud et Savane discuter ensemble.

Je vois Arnaud tousser.

Je fixe mon verre. Ève m'avertit :

Je me penche sur la table et Sabba me tapote silencieusement l'épaule. C'est alors que notre serveur repassa devant nous.

Silence.

Puis il disparu juste avant qu'Arnaud et Savane ne reviennent.


Puis la soirée repris. Ève fit un malheur lors du karaoké et Savane remporta plusieurs combats sur le ring face à des mecs qui ressemblaient à des catcheurs mexicains. Nous ne pûmes cependant pas l'empêcher de boire plusieurs pintes de boisson galvanisante.

Nous continuâmes la nuit à profiter du festival, à explorer chaque stand, essayer chaque jeu et je pus voir Arnaud, sous son maquillage de squelette, rire à gorge déployer pour la première fois depuis nos retrouvailles. J'en vins même à oublier qu'il était mourant. On n'était plus que deux vieux amis qui rigolaient comme des gamins. Nous retrouvions une innocence et une insouciance que nous n'avions plus depuis très longtemps. Puis, plus tard...

Il s'écroula en s'agrippant à un truc. Savane le releva.

La réalité me revint en pleine figure. Arnaud avait vidé ses forces. Il ne nous restait plus beaucoup de temps. Me voyant angoisser, Sabba me prit à part.

Je vis, en tournant la tête, une falaise au sommet de laquelle il y avait un arbre planté sur une vaste pelouse. Un sentier nous permettait d'y avoir accès facilement.

Je me dirigeais vers mon ami.


Nous nous dépêchâmes ensuite de rejoindre l'endroit désigné. Les bras enroulés autour du cou de Savane, Arnaud me parlait, complètement KO.

Je lui pose la main sur l'épaule.

Il a les larmes aux yeux.

Puis, nous arrivons à destination.

Savane s'exécute.

Il se tourne vers mes amis et leur dit :

Ils répondent par un sourire. Nous sentons tous que la fin est proche ce qui, en dépit de nos efforts, réduit notre moral à zéro. Arnaud se met alors à pleurer, le visage entre ses mains.

Mes amis me regardent. Ils me font comprendre que c'est à moi d'intervenir, maintenant. C'est alors que la peur me quitte et, calmement, je pose mon genou devant Arnaud et lui prend les mains. Curieusement, son maquillage à la Dia de Los Muertos n'a pas coulé.

Je lui pose les mains sur les épaules.

Je le serre dans mes bras.

Puis, j'entends le lancement d'une fusée qui s'envole, puis explose. Je m'écarte un petit peu et vois le regard émerveillé d'Arnaud, dont les lumières se reflètent dans ses yeux grands ouverts.

Nous debout et lui assis, nous admirons les formidables déflagrations dans le ciel. Arnaud semble avoir sommeil mais il résiste. Pour rien au monde, il ne passerait à côté du spectacle. Les fusées dansent, les couleurs brillent et se mélangent puis, arrive le bouquet final tant attendu. Nous portons nos regards sur Arnaud qui ne quitte pas le ciel des yeux.

Il se met ensuite à cligner des yeux.

Puis Arnaud ferme ses paupières et laisse sa tête tomber sur le côté en expirant... Pour la toute dernière fois. Son corps se met lentement à briller avant de doucement disparaître, des pieds à la tête, en une nuée de lucioles qui s'élèvent pour disparaître dans le ciel.

Je pleure, la tête basse. Ève pleure dans sa manche. Sabba pleure bruyamment la tête en l'air. Quant à Savane, il reste stoïque. Finalement, il suit du regard les dernières lucioles et dit "Prends soin de toi l'ami".

Adieu, Arnaud.

Adieu... Mon ami.


Le lendemain, dans la chambre d'Arnaud


Je me réveille, lentement, puis regarde l'heure. Il est tard.

Pas de réponse. Je me tourne vers son lit... Il n'est pas là !

Je sors de la chambre en l’appelant mais je ne reçois aucune réponse en retour. Je réitère l'opération en descendant les escaliers à toute vitesse. Où est-il ? Je dois m'assurer qu'il va bien !

Je tombe sur la porte de la cuisine. Elle est fermée mais la lumière qui passe en dessous m'indique que les volets des fenêtres sont ouverts.

Pas de réponse. Je pousse la porte.

Ce que je vis me stupéfia.




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