Nightmare City

Chapitre 8 : Un quinze en bière à Délirium City

Par nathan_delaplume

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Le lendemain de la fin des poules du tournois, ce fut un autre tournoi qui occupait les esprits dans le monde réel. C’était la finale de la coupe du monde de rugby qui opposait la France à la Nouvelle-Zélande. Au grand dam des couche-tôt et après un match des plus disputés, la France remporta la victoire et la bière coula à flot ininterrompu jusqu’à une heure bien trop matinale pour être descente. 

Théo, qui avait plus que profité de la soirée, s’endormit sur le canapé d’un ami, un baquet comme compagnon de chambre.  

Quand il se réveilla dans Dreamland, il ne fut donc pas surpris de ne pas se trouver à NMC mais à Délirium City. C’était un royaume où l’on se retrouvait inévitablement après ces soirées trop arrosées.  

Le front douloureux, il fit un tour sur lui-même - doucement – pour voir où il se trouvait, et il se fit emporter par une marée humaine. Alors qu’il se débattait, une main le saisit et l’empêcha de se faire piétiner. 

“Comme on se retrouve !! 

Théo tiqua. Il reconnaissait la voix mais sa mémoire était totalement embrumée par les pintes de Chouffe qu’il avait bues toute la soirée. La première chose qu’il vit fut une moustache, puis un homme en slip burlesque couvert de Pères Noëls. 

“Thibalt !! S’exclama-t-il. 

-Lui-même, accompagné de ses deux frangins. 

Vincent et Dylan se trouvaient derrière lui. Ils s’agrippèrent tous au benjamin et, en un instant, ils se retrouvèrent sur le toit d’un immeuble qui surplombait toute la ville. Loin de la cohue, Théo perçut enfin les cris apeurés et la poussière qui se répandait entre les nombreux bâtiments. 

“Que se passe-t-il ici ? 

-Aucune idée, répondit l’ainé des Dutrot. On t’a trouvé deux minutes après s’être endormi. 

-Ça... 

Le “pop” d’une bouteille qu’on débouche se fit entendre, puis une succession de “glouglou”. Les quatre voyageurs se tournèrent pour voir qui s’adressait à eux. Vu son aura, c’était un roi des rêves. Il arborait une belle moustache noire, un bouc noir et une belle toison noire. Il buvait une bouteille de Lagavullin seize ans d’âge, et le liquide ambré coulait de chaque côté de sa moustache. Quand il eut fini de boire, il s’essuya la bouche avec l’avant-bras en souriant largement. 

“C’est pourquoi j’aime tant les humains. C’est la fête !! 

Théo inspira légèrement et sentit l’éthanol s’emparer de son corps. Cela allait être difficile de tenir une discussion. 

“Je me présente, Boletus Raeyi, roi de l’alcool. Delirium City fait partie de mon royaume, mais je dois admettre que cette nuit, les choses m’ont un peu échappé. 

Boletus Raeyi  les scruta avec intensité alors que, sous l’ivresse qui émanait du seigneur, les quatre voyageurs commençaient à le voir en double. 

« Vos visages ne me disent rien. Est-ce que vous êtes bien classés dans vos ligues ? 

Les quatre individus se regardèrent. Depuis qu’ils côtoyaient NMC, ils n’avaient aucune idée de leur classement respectif.  

« On se fait discret mais on est dans le top 10 de la Major League, dit Thibalt avec aplomb. 

-Excellent, répondit le seigneur sans chercher à savoir si c’était vrai. Vous allez donc pouvoir m’aider avec eux. 

Une bouteille de vin apparut et le seigneur la saisit, la débouchant à pleines dents. Alors que le bouchon sortait de la bouteille, un terrible tremblement se fit ressentir et les trois immeubles qui entouraient le leur s’écroulèrent, laissant la place à trois êtres gigantesques. Le premier était un loup-garou à la gueule écumeuse de bière, le second un nain de jardin qui avait oublié d’être un nain et le dernier un prêtre en toge à l’air austère. Les trois géants les regardaient avec un air mauvais 

« Grahaha, rigola Boletus en buvant au goulot. On peut dire que la Bête, la Chouffe et les Trapistes ont coulé à flot ce soir.  

Alors que le loup levait une patte en l’air, le seigneur se tourna vers les Voyageurs. 

« Accordez-moi votre aide pour mettre ces bières hors d’état de nuire et vous ne le regretterez pas. Plus vite on les maitrisera et moins ils détruiront cette merveilleuse ville. 

Les humains eurent à peine le temps d’hocher la tête que la patte du loup s’abattit sur l’immeuble, le réduisant en ruine. Tandis qu’ils avaient sauté pour rejoindre des bâtiments alentour, Botelus avait bondi en l’air. Le loup le repéra et voulu lui asséner un puissant coup. La patte griffue fusa à la vitesse de l’éclair mais, malgré sa position aérienne, Botelus, en se contorsionnant d’une manière bien peu orthodoxe, parvint à l’éviter de justesse. Toujours avec cette étrange gestuelle qui faisait penser à un homme ivre, il porta un pied sur le flanc du bras du monstre et parvint à se hisser, d’un coup de talon, sur la partie horizontale. Après un ou deux titubements, il s’élança, vif comme une fusée, la bouteille coincée entre ses dents, et frappa le loup à la mâchoire avec une telle force que la créature tomba à la renverse, détruisant un peu plus la ville au passage. 

« C’est à se demander qui est le véritable danger, marmonna Vincent. 

Dylan s’apprêtait à lui répondre quand une ombre les recouvrit. Le nain de la Chouffe les toisait avec un air belliqueux. 

« On s’interrogera plus tard, déclara Thibalt. 

Puis les trois frères Dutrot disparurent du toit, laissant Théo seul face au géant. Loin d’être inquiété, il sourit en lui faisant face. 

« Tu veux me mettre à l’ombre ? Dommage pour toi car je brille comme une vraie star. 

Fier de son trait d’esprit, il joignit ses deux mains. En s’entrechoquant, les pierres cauchemars se mirent à briller, puis une lumière digne du soleil s’en dégagea. Dans un râle mêlant surprise et souffrance, le nain recula de quelques pas en se protégeant le visage. Vincent, surgissant de nulle part, vint se placer devant son ventre et lui asséna, en l’espace d’une milliseconde, une centaine de coups. Le nain rugit et s’effondra, genoux à terre. Le ciment qu’ils heurtèrent se transformèrent en sables mouvants, l’emprisonnant ainsi jusqu’à la tête, mettant son nez au niveau de Thibalt. Dylan, se matérialisant dans le ciel, lâcha un immense bloc de béton sur le crâne de leur adversaire, l’assommant. Théo sortit alors de sa poche un fragment d’émeraude, restes de son combat contre Gwenael, et alors qu’il s’apprêtait à lui donner un crochet du droit, il le brisa en serrant fort. A sa force vint donc s’ajouter celle, dévastatrice, d’une tempête, et le coup porté eut le mérite de mettre le nain Knock-out. 

En dix seconde, ils étaient parvenus à le vaincre. 

« Grahaha !!!! 

Les Voyageurs se retournèrent vers ce rire gras et virent Boletus marcher dans leur direction, tirant derrière lui la Bête par la queue. Un nuage de cacahuètes avec des ailes passa à sa portée et il en saisit une poignée en vol qu’il boulota en souriant. 

« Je vois que vous n’avez pas usurpé votre place !! Malheureusement, le Trappiste est le plus fort des trois. Je suis curieux de voir si vous en viendrez à bout. 

-Tu doutes de nous ? Demanda Dylan avec un air de défi. 

-Prouvez-moi que j’ai tort, fit Botellus en s’asseyant devant son trophée. 

Alors qu’il se mettait à boire une gorgée, une ombre vint les recouvrir. Le Trappiste se tenait au-dessus d’eux, une paume orientée vers le sol. D’un coup, Théo sentit son corps s’alourdir.  

« Ne me dites pas que ?? Fit Vincent avant que son genou soit obligé de plier. 

-Ce bâtard augmente la pression !! s’écria Thibalt en ployant à son tour. 

Dylan, quoiqu’affecté aussi, n’eut aucun mal à s’échapper en usant de son pouvoir. Il se téléporta sur le haut d’un immeuble mais le Trappiste, qui les avait bien observés durant leur combat contre le Nain, le repéra dans l’instant. Le benjamin des frères Dutrot ne put esquiver le minuscule projectile qu’il lui lança et se planta dans sa chair. De ce point d’impact, des fleurs de houblons se mirent à pousser et à le recouvrir à une vitesse hallucinante. Dylan voulut y échapper en se téléportant de nouveau, mais la graine originelle, bien plantée dans son épiderme, le suivait où qu’il aille, et il fut bientôt hors d’état de nuire, ne devenant qu’un immense bosquet de houblon.  

Son attention détournée, la pression baissa et Vincent en profita pour s’élancer et s’échapper de son emprise. Il se mit à prendre son élan, traversant Délirium City plusieurs centaines de fois avant de se placer sur une rue qui donnait sur leur adversaire. Sa vitesse à son summum, il parcourut les neufs kilomètres neuf cent quatre-vingt-dix neuf mètres en une fraction de seconde. Le dernier mètre lui fut fatal car, bien qu’ayant un corps adapté à sa vitesse, il consommait une quantité folle d’oxygène pour que ses muscles puissent atteindre la vitesse de la lumière. Or, dans ce dernier mètre, il n’y avait pas une molécule de dioxygène. L’air qui entourait le Trappiste n'était composé que de dioxyde de carbone. Vincent en respira tant, ses poumons fonctionnant à plein régime, qu’il s’évanouit et heurta le moine géant sans force. 

Voyant ce misérable insecte a ses pieds, le Trappiste arma son poing pour l’abattre sur lui. Thibalt intervint et cibla le moine, le soumettant à un vieillissement accéléré. Una aura violette entoura la cible et la montre à gousset se trouvant dans la poche du voyageur vit ses aiguilles s’affoler jusqu’à ne plus être distinguable. Le Trappiste convulsa pendant une seconde, puis sa peau commença à brunir et à se raidir, prenant l’allure d’une écorce de chêne. Le Trappiste se regarda un instant, et alors qu’il souriait, celui qu’arborait Botellus s’effaça. 

« Que fait-il ? Demanda-t-il à Théo qui, à son tour, s’était dégagé. 

-Il l’a fait vieillir, lui expliqua Théo, ne comprenant pas la panique dans la voix du seigneur. 

-Quelle erreur !! Faire vieillir une bière, c’est la rendre plus intense, dévoilant ainsi toutes ses saveurs cachées !! En faisant cela, il n’a fait que rendre le Trappiste plus fort !! 

Alors que Botellus se levait pour intervenir, Théo posa une main sur son poitrail. 

« Cette chose se comporte exactement comme une bière ? 

-Evidemment. 

-Alors je m’en occupe, fit Théo en souriant. 

D’une main, il lança un filet de toile d’araignée sur Thibalt et Vincent, et tira d’un coup sec pour les ramener près de lui, à l’abri.  

« Vous m’en devrez une, dit-il en marchant vers leur adversaire, débordant de confiance. 

Le Trappiste fit un pas en avant, et tel Goliath contemplant David, il toisa le Voyageur avec un mépris assumé, sûr de sa nouvelle force. Il arma son bras. Théo l’imita. Le temps se suspendit une seconde, s’interrogeant sur le devenir de cette confrontation. 

Soudain, d’un accord silencieux signé dans les regards, les deux individus frappèrent. Quand leurs poings se heurtèrent, un vent violent se souleva, déplaçant un nuage de poussière qui masqua même le Trappiste aux yeux des spectateurs. 

« Ce Voyageur aura été trop impétueux cette nuit, commenta Botellus en débouchant une nouvelle bouteille. Ce soir, il redeviendra un simple rêveur.  

Thibalt resta silencieux. Il avait assez observé Théo pour savoir qu’il ne pouvait mourir pour si peu. La suite lui donna raison. Le nuage redescendit et une lumière aveuglante émanait du poing du Voyageur. A son contact, le poing du Trappiste avait flétri et le visage du moine était déformé par une grimace dégoûtée. Devant cette image, Botellus explosa sa bouteille au sol. 

« Ce Voyageur est un putain de génie !! 

-Que ce passe-t-il ? Demanda Thibalt, à peine surpris par le déroulement des évènements. 

-Une lumière trop intense détériore une bière, la rendant égale à de la pisse de chat.  

Confirmant les propos du seigneur, Théo se mit à savater le Trappiste et lui régla son compte en une poignée de seconde. Alors que le géant s’écroulait derrière lui, il vint rejoindre le groupe. 

« Toi, dit Botellus, tu me plais !! Maintenant, il est temps de lancer les festivités !! 

Il claqua dans les mains et le sol se mit à trembler. Le ciment craqua et des dizaines de bouteilles de champagnes émergèrent dans toute la ville. Elles étaient de quatre couleurs : rouge, vert, bleu et jaune. 

Botellus, qui avait libéré Dylan et donné un breuvage à Vincent pour le réveiller, s’adressa aux quatre Voyageurs. 

« Choisissez donc une couleur et mettez-vous au pied d’une bouteille l’arborant. Il n’y aura qu’un seul bon choix !! 

Déconcertés de voir à quelle rapidité le seigneur et la ville tout entière avaient oublié l’affrontement qu’ils venaient de livrer, ils obtempérèrent en se dirigeant vers un quatuor de bouteilles qui se tenait non loin d’eux. Théo choisit la jaune. Quand ils furent en place, elles se mirent à trembler. Dans une parfaite synchronisation, les bouchons sautèrent et des flots de liquide vinrent inonder la ville dans des cris délicieux et des hurlements d’horreur. 

« C’est de la pisse !! S’écria Vincent avec dégoût. 

-Parle pour toi, je suis littéralement en train de me faire engloutir sous des litres de gerbes !! Rétorqua Dylan. 

Thibalt, une nouvelle fois, restait silencieux sous l’eau qui lui tombait dessus. Il se contentait d’observer Théo qui, sous le champagne, buvait goulument. Même dans le hasard, il réussissait. N’avait-il pas de faille ? 

* 

Le lendemain, Théo se retrouvait dans l’étage de Tarek. Il était en train de remplir deux coupes en saphir avec sa corne d’abondance. En effet, pour remercier les Voyageurs de leur aide, Botellus leur avait offert à chacun deux cadeaux : une corne d’abondance qui pouvait fournir toutes les denrées qu’ils désiraient, et une bouteille de vin sans étiquette qui, selon le seigneur, n’était à boire que dans des situations extrêmes. Alors que le liquide bordeaux emplissait les verres, leur donnant une légère teinte violette, il relatait sa soirée à Delirium City. 

« Voici donc pourquoi je ne te trouvais pas hier, fit Tarek en le remerciant. 

Le magnat porta le vin à sa bouche et émit un bruit de satisfaction quand le liquide vint rouler sur son palais. Théo fit de même, le regard tourné vers la verrière. DC lui avait fait oublier la porte, mais son retour à NMC l’avait ramené à son obsession. 

« Pourquoi voulais-tu me voir ? Demanda-t-il distraitement. Tu connais la date du déroulement de la phase finale du tournoi ?  

-Non, répondit Tarek avec une grimace. Il faut dire que les Challengers nous posent quelques difficultés cette année. 

-Que veux-tu dire par là ? 

-Habituellement, la phase finale est soit une course, soit un battle royal. Or, avec les trois frères Dutrot, ce n’est pas possible. Dans une course, tu n’aurais aucune chance, et un battle royal avec trois concurrents sur quatre de la même famille tournerai forcément à ton désavantage. On est donc en train de réfléchir, et une idée émerge du lot. 

-Et c’est pour me parler de ça que tu voulais me voir ? 

-Non. Je me suis dit qu’il était temps pour moi de te parler des magnats. 

L’attention distraite de Théo se focalisa sur cette dernière phrase, et sa main tenant le verre se stoppa en plein mouvement. A l’inverse, Tarek buvait tranquillement, à peine conscient de l’état dans lequel se trouvait son protégé. Il finit son verre et le déposa délicatement sur un plateau rocheux flottant qui s’empressa d’aller le ranger. 

« C’est très pratique le saphir, ça se lave tout seul.  

Voyant que sa phrase ne provoqua aucune réaction chez son interlocuteur, le magnat sourit. 

« Je vois que j’ai toute ton attention. 

-Arrête de jouer avec moi, rétorqua Théo d’un ton plus violent qu’il ne l’aurait voulu. 

Les yeux de Tarek riaient, et on pouvait y lire l’envie de continuer. Cependant, il décida d’entamer ses explications. 

« Les seigneurs cauchemar et les rois des rêves ont une puissance qui est directement liée au nombre de rêveurs évoluant dans leur royaume. Plus le nombre de gens ayant peur d’une chose est grand, plus le seigneur concerné sera redoutable. Prenons comme exemple Asmodheus. Il est puissant car tout le monde, à différente échelle, a peur du feu. Tu me suis ? 

Théo hocha la tête. 

« Eh bien, les magnats sont le pendant inverse des seigneurs. Notre puissance ne vient pas du nombre, mais de l’unicité de notre rêve, favorisé par notre parcours de vie. Ce rêve est si fort qu’il nous affranchi des règles de ce monde, faisant de nous ce que nous sommes.  

-Comme un idéal ? Demanda Théo, peu sûr de comprendre les propos de Tarek. 

-Si cela peut t’aider à conceptualiser cette idée, alors oui, on peut parler d’idéal.  

-Et quel est le tien ? 

Le magnat regarda Théo dans les yeux, mais ce dernier comprit qu’il voyait plus loin que lui. 

« Ma phobie de la terre et des roches, dit-il brusquement, me vient de mon enfance. A peine savais-je marcher que je me retrouvai dans les mines de mon pays à creuser pour des entreprises d’un autre se trouvant loin derrière l’océan. Chaque jour, je m’enfonçai dans des boyaux aussi sombres qu’étouffants de la patrie qui m’avait vu naitre, creusant et risquant ma vie au milieu de mes semblables pour une patrie qui ignorait mon existence. Chaque jour, je craignais d’être enseveli, avalé par l’estomac aussi capricieux que furibond de la mine. Chaque jour, je craignais de trouver un gisement intéressant qui aurait poussé mes collègues à me tuer pour s’en approprier la découverte. Chaque jour, ma peur se nourrissait de ma peur pour grossir en moi. 

Il se tut, le front luisant. Ces souvenirs pénibles peignaient sur son visage des traits que Théo ne lui avait jamais vus. 

« Je ne te raconterai pas le cauchemar qui m’a vu renaitre en tant que magnat car il m’est très personnel. Cependant, après cet évènement, j’ai pris conscience de ce que je désirai le plus au monde. 

Il y eu un nouveau silence que Théo n’osa pas briser. 

« Je veux que chaque chose, reprit Tarek, retrouve le contrôle total de son propre territoire. 

Le visage du magnat était impassible et sa voix d’une extrême gravité. Puis, d’un coup, il s’illumina d’un sourire. 

« M’enfin, tout cela doit te paraitre assez nébuleux. Je voulais juste te mettre au courant car pendant les phases de poule, tu m’as montré que tu en étais digne. 

-C’est le cas pour les autres magnats ? 

-Oui. Je ne connais pas l’histoire de tous, mais j’en connais assez pour savoir qu’ils en ont bavé tout autant que moi dans le monde réel, et c’est cela qui leur donne leur force dans le monde onirique. On dit souvent que la réalité est un cauchemar pour ceux qui rêvent. Je crois surtout que c’est vivre ce cauchemar qui les pousse à rêver. 

En entendant ses mots, Théo fit défiler les visages des magnats dans son esprit. Eux qui semblaient si souriants, si heureux de vivre, qu’avaient-ils tous pu vivre de si terrible ? Et alors qu’il finissait son verre, sa dernière pensée fut pour Maka. 

* 

« Viens à moi. 

Théo ouvrit brutalement les yeux. Il se redressa sur le lit de Maka et s’orienta vers la porte. Depuis sa qualification, qui datait de six jours, elle n’était jamais sortie de son esprit. Dès qu’il avait un instant de libre, il se tournait vers elle. Les murmures étaient devenus plus distincts, compréhensibles même.  

Alors que ses pensées y étaient entièrement consacrées, les bras chauds de la magnate vinrent s’enrouler autour de son cou tandis qu’elle déposait un doux baiser sur sa joue. 

« A quoi penses-tu ?  

-A cette gigantesque porte. 

Il sentit le corps de sa compagne s’éloigner légèrement de lui. 

« Tu ne devrais pas lui accorder autant d’importance. Cela ne te concerne pas. 

Les poings de Théo se serrèrent. Il avait envie de hurler son envie de savoir, de déblatérer sur cette voix qui lui emplissait le crâne, de dire qu’il méritait d’avoir des réponses, mais il n’en fit rien. 

« Tu ne veux toujours pas m’en parler ? Demanda-t-il, la mâchoire crispée. 

-Ce n’est pas à moi de t’en parler, répondit-elle d’une voix lasse. Qui sait, si tu remportes le tournoi, tu pourras demander cette faveur à Nat. 

Les doigts de Théo jouèrent nerveusement avec l’air mais il parvint à se contrôler. Il s’allongea et observa longuement Maka. Ses cheveux rouges formaient une cascade flamboyante , à peine troublée par le relief de ses seins nues. Elle affichait une mine contrite qui lui donnait un air vulnérable, bien éloigné de son assurance habituelle. Quand il la voyait ainsi, il se rappelait alors que c’était une femme, bien plus qu’elle n’était magnate. 

« Et si on parlait de nous deux ? 

Maka resta interdite devant la question. Voyant qu’elle ne répondait pas, il poursuivit. 

« Tu me plais, Maka, et j’aimerai te voir plus que dans mes rêves.  

-Ça ne va pas être possible, répondit-elle avec un sourire singulier qui mêlait une joie et une tristesse de même ampleur. 

-Pourquoi ? C’est vrai que je ne sais même pas dans quel pays tu habites mais aujourd’hui, avec la technologie, personne n’est jamais vraiment loin. 

-Ce n’est pas la distance le problème, et ce n’est pas toi non plus. J’ai des sentiments pour toi, n’en doute pas. Simplement, je ne suis pas libre. 

Puis, avant que Théo ne s’offusque de son statut d’amant, elle ajouta. 

« Je suis en prison. 

Cette déclaration entraina un silence lourd, à peine troublé par le crépitement des diverses flammes de l’étage. Le Voyageur ne savait que dire. Il s’était attendu à différentes réponses, de la plus crue à la plus invraisemblable, mais celle-ci ne lui avait pas traversée l’esprit. Son entretien avec Tarek lui revint. 

« Quelle est ton histoire ? Demanda-t-il. Qu’est-ce qui fait de toi une magnate ? 

Maka le regarda intensément. 

« Tarek t’a expliqué ? 

-Oui. 

-C’est bien, dit-elle après un instant, c’est bien. 

Elle se leva du lit et le mouvement ondulant de ses cheveux dévoila ses courbes aussi dansantes que ses flammes.  

« Si tu es courant, tu comprendras aisément que je décide de ne rien te dire.  

-Tu ne me fais pas confiance ? Demanda Théo avec une pointe d’amertume dans la voix. 

-Ce n’est pas une question de confiance. Maintenant, si tu veux réellement connaitre ces détails… 

Elle leva sa main droite et une gigantesque flamme en jaillit, réchauffant de plusieurs dizaines de degrés tout l’étage. A l’inverse, ses yeux avaient pris une teinte glacée qui disait clairement que s’il voulait l’affronter pour connaitre son secret, elle n’y voyait pas d’inconvénient. Simplement, il allait perdre. En nage et comprenant le message, il quitta le lit à son tour et s’habilla en silence. Alors qu’il atteignait la sortie, il entendit la voix de Maka derrière lui. 

« Ce n’est pas parce que notre relation se déroule dans un rêve qu’elle n’existe pas. C’est notre rêve, et pour moi qui suis enfermée, c’est une réalité. Ne pouvons-nous donc pas nous contenter de ça ? 

Théo lui jeta un regard qui lui fit froid dans le dos, et il quitta la pièce sans un mot. Il descendit la tour des magnats et alla se perdre dans les ruelles de NMC, ressassant ce qu’il venait de se passer. Seul dans sa tête, il ne faisait pas attention aux nombreux murmures emplis d’admiration et d’une légère crainte qui précédaient ou succédaient le passage d’un des quatre finalistes. Il ignora même le salut que Lilia lui fit de loin, profitant d’une ruelle sombre pour tourner. 

Il ne s’arrêta que quand un poignard vint se placer sous sa gorge. 

« Que viens-tu faire ici ? Lui demanda Carlota avec un air hostile. 

A peine troublé par l’arme, il leva la tête et vit que ses pas distraits l’avaient amené directement devant la grande porte. Un sourire se dessina sur ses lèvres. 

« Qu’est-ce qui te fait sourire ? Demanda la magnate de l’eau, appuyant un peu plus son arme sur sa carotide. 

-Rien, je me suis simplement perdu. 

Puis, d’un geste nonchalant, il écarta le poignard et fit demi-tour en sifflotant une chanson qu’il avait entendu à la fin du tournoi. 

« Libère le monstre. 

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