Humiliations par

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Préquelle / Drame / Suspense

8 Chapitre 8

Catégorie: M
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Chapitre 8

Des mains aussi froides que l'air lourd de cris et de moqueries articulaient des doigts en acier, comme des lames dures et aiguisées, contre sa peau. Son pantalon tomba sur le sol. Ses jambes nues, soulevées par la cohue, battaient vigoureusement les assaillants toujours plus nombreux, toujours trop forts.

Une rage et un désespoir sans limite enceignaient son corps presqu'entièrement exposé. Les doigts fébriles et mordants arrachèrent son caleçon malgré ses longues plaintes d'animal blessé. Il tenta en vain de cacher cet endroit, entendant les rires glaciaux de tous ces élèves, mais d'autres mains l'en empêchèrent et tirèrent ses longs bras blancs en arrière. La honte brouillait sa vue et son regard à moitié aveuglé courait sur cette ribambelle de clones au sourire agressif et sardonique.

On le plaqua alors violemment contre une barre de fer glacée, le faisant sortir légèrement de cette léthargie bruyante qui rampait dans sa tête submergée par les événements. Ses jambes qu'il remontait par pudeur vers sa poitrine et ses bras qui appartenaient à une dizaine de mains furent brusquement tirés en arrière et attachés par une corde raide et solide.

Il était exposé à la vue de tous.

Il sentait les regards se poser sur son corps, en bas de son ventre… Il aurait voulu leur échapper, se terrer, mourir, crever, plutôt que d'affronter ces yeux pervers qui couraient sur son corps horriblement nu.

Il entendit d'étranges couinements plaintifs s'envoler dans l'air mordant et se rendit compte qu'ils s'échappaient par filet décousu de son torse trop maigre et déjà couvert de bleus.

-C'est comme ça que tu voulais être devant ma copine, hein ? Et tu pensais faire quoi, avec, fils de cinglée… ? Comment as-tu pu croire qu'elle voulait de toi ?

Il ne savait pas comment il avait pu croire que quelqu'un tenait à lui, d'ailleurs, la douleur de cette trahison et de ce faux espoir rongeait ses derniers retranchements… Il se sentait bête, il se sentait nauséeux, mal… Plus bas que terre.

Il leva des yeux qui pissaient la honte par torrents salés vers Rudy et se mit à secouer la tête, à supplier.

-Non… Rien… Non… Je …je… pitié… détachez-moi…

Il s'adressa ensuite à cette foule goguenarde, en criant plus fort d'une voix aiguë et rauque de désespoir pour couvrir les commentaires perfides. Il devait bien y avoir une personne qui aurait pitié de lui, non ? Des gens sont prêts à défendre tout et n'importe quoi, même les animaux, les arbres, les insectes… Mais cette centaine de visages reflétait juste un vicieux amusement.

Il ne valait rien, pour personne.

Une boule de tristesse souleva son estomac et son corps se mit à trembler. Il baissa la tête de honte et tira un peu et en vain sur ses jambes ligotées pour cacher la chose immonde qui pendait mollement entre ses jambes et qui semblait attirer tous les regards.

Rudy s'éclaffait en le détaillant ainsi, pitoyable, nu et tremblant de froid.

-Déjà, Spenci ? Mais on ne s'est même pas encore amusé, tu sais ?

Il releva vers son bourreau un visage blême d'où suintaient en continu des larmes et remarqua que lui et ses compagnons de torture –comme de foot- avaient empoigné des feutres indélébiles.

Sous les rires des élèves toujours plus nombreux mais toujours aussi cruels, Rudy prit le visage humide et froid du jeune homme et, appuyant avec une force inutile la pointe de son feutre noir, écrivit lentement « Fils de Tarée ».

Il releva un peu la tête, la pencha pour admirer l'effet sur cette peau tremblante et immaculée. Satisfait, il laissa la place aux autres.

Spencer, quant à lui, avait fermé les yeux et ne souhaitait plus qu'une chose : mourir sur place. En finir.

Tandis qu'il sentait des insultes, des souillures couvrir sa peau, la voix de Rudy se matérialisa dans l'immense terrain de foot.

-Ouvre les yeux… J'veux que tu regardes bien !

Une claque retentissante brûla sa joue maculée de larmes, mais il garda les yeux fermés. Il ne voulait pas voir ces mains sur lui, ces feutres qui glissaient sur sa peau, partout… Un type avait même écrit « Sac à Foutre » sur ses cuisses… Il avait senti chaque lettre s'imprimer, déchirer de façon insupportable cette maigre chair qui recouvrait ses os. Il refusait de voir ça.

Une deuxième claque suivie d'éclats sauvages, de cris amusés suivit la première. La douleur le fit gémir, mais pas craquer. D'immenses mains attrapèrent sa tête qui percuta la barre de fer à laquelle il était tristement lié, et des doigts tirèrent sur ses paupières. Il vit le visage de Rudy à quelques centimètres du sien, les traits emplis de colère.

-Si tu ne gardes pas tes sales yeux de morveux ouverts, je t'arrache les paupières, compris ?

Un goût de sang –résultat des deux coups- se diffusait lentement dans sa bouche qui articula faiblement un oui. Les deux mains poussèrent son visage vers l'avant et il put regarder son corps entièrement recouvert d'écritures… On lui avait même dessiné une paire de seins. Le dégoût le submergea encore et il dut utiliser ses dernières forces pour ne pas vomir.

-Regardez-moi ça… Quelle jolie demoiselle, tout de même… !

C'était Michael, un des membres du groupe de Rudy qui avait grincé ça, tandis qu'il s'éloignait avec ses compères pour vanter ses talents de dessinateur. Le garçon attaché garda la tête baissée sur son ignoble corps.

Il avait très mal à la tête. Tous ces rires diffus, tous ces visages tantôt lointains, tantôt proches, qui l'encerclaient, fondaient sur lui pour le triturer, pour prendre une photo des écritures, de son sexe, de son visage décomposé et vaincu l'anéantissaient.

Un bref instant, il releva la tête et chercha des yeux Alexa… mais elle était partie. Quelque part, il espérait la voir se lever, encore, comme la première fois… Mais il s'était simplement fait avoir. Si elle était restée avec lui, c'était juste pour faire enrager son copain… et maintenant, elle se débarrassait de lui.

Tout en bloquant ces pensées qui grignotaient le peu de conscience qui lui restait, il observa les visages qui lui faisaient face… La perversité déformait les traits de ceux qui le fixaient, si bien qu'il avait l'impression de ne les avoir jamais vus.

Il remarqua alors qu'on apportait de la bière. Les gens, hommes et femmes, s'installaient devant ce spectacle cruel et le laissaient en paix, l'observant de loin. Ils allaient au théâtre : « La Torture du Type Que Tout le Monde Ignore ». Quelle pièce tragique mais amusante ! Quels bons acteurs…

Sauf que les acteurs ne souffraient jamais comme lui en ce moment.

Il détourna les yeux. Le froid se frottait à chaque pore de sa peau translucide, il avait l'impression de geler de l'intérieur comme de l'extérieur, nu devant ces êtres qui buvaient et mangeaient. Il aperçut alors son bourreau : Rudy était un peu plus loin, une bière bon marché à la main, il riait, lui lançait des regards mauvais et perçants, puis avalait encore une gorgée de la liqueur.

Ca n'était certainement pas fini.

Le garçon laissa tomber son menton frémissant sur son torse barbouillé. Pour compliquer la situation, en plus du froid qui devenait insupportable, il commençait à avoir un besoin naturel pressant. Il devait se contenir : ils finiraient bien par se lasser.

Bizarrement, son cerveau qui gelait doucement depuis qu'on ne l'observait plus que de loin et sans intérêt particulier -juste avec le regard qu'on jette à une plante ou à un tableau médiocre et décoratif- arrivait à contrôler le sentiment d'abord pénible, ensuite presqu'indolore, d'être nu.

Il arrivait presque à accepter ce rang de chose, de merde délaissée et souillée. Il finissait par les croire, par être d'accord avec eux. S'il en avait eu la force, il se serait aussi insulté… Et l'air glacial le transperçait toujours.

Tout son corps s'engourdissait et tout le monde l'oubliait, préférant l'alcool chaud à cette chose froide et dénuée d'âme.

Il n'était qu'un objet, oui. Un objet ne pouvait rien ressentir… Il tentait de fixer ça dans son esprit cassé, malléable. Il n'était qu'une chose. Il avait besoin de ne plus souffrir, de devenir un simple objet.

Faites qu'on finisse par le tuer.

Soudain, son instinct, bien que légèrement ankylosé par le froid, se réveilla brutalement et le fit relever les yeux. Rudy, les yeux pleins de malice venait à nouveau près de lui, bientôt poursuivi par les acclamations exaltées de son public déjà à moitié saoul et/ou défoncé.

-Il y a un truc qui cloche, p'tite salope…

La peur serra violemment la poitrine creuse du jeune homme tandis que tous les regards convergeaient à nouveau sur sa nudité que la nuit qui tombait ne masquait pas encore. Il sentit un étrange picotement secouer son bas-ventre sous les rugissements cuisants des élèves.

Il venait de se pisser dessus.

Le liquide chaud dégoulinait encore entre ses cuisses froides. Rudy s'était arrêté à un mètre, plié par un rire blessant, repris par la massa compacte d'élèves.

Toute la conscience de Spencer se réveilla devant ce qui venait de se passer et la douleur le fit pousser un gémissement plaintif et peureux. De nouvelles larmes coulèrent sur ses joues tandis que des nuages laiteux et éphémères rythmaient sa respiration erratique.

-Putain ! Tu veux une couche, chérie ?

Rudy s'était à nouveau rapproché, son large torse était secoué de rire, tandis que celui de Spencer était secoué de sanglots.

Il craquait totalement. Il n'en pouvait plus. Il tira sur ses liens et secoua violemment la tête en criant, ne faisant qu'augmenter le volume des hurlements amusés qui sortaient de ces gorges déployées.

-Wow ! T'es aussi taré que ta mère, toi ?

Il poussa encore un cri aigu et se laissa tomber en avant. Cette remarque secouait et tordait son corps de douleur.

Il releva des yeux rouges de larmes vers Rudy et remarqua qu'il tenait des bandes bizarres en main. Il lui sourit méchamment :

-Je vais finir l'œuvre de Mike… Les p'tites salopes, je les aime épilées.

Son haleine fermentée par la bière bon marché flotta d'abord dans l'air glacial puis sur la peau tendre et froide de Spencer. Ce dernier eut un soubresaut pitoyable et baissa les yeux vers la minuscule toison qui entourait son sexe. Il aurait voulu hurler, se débattre, mais plus aucune force n'émanait de son corps de toute façon trop bien attaché.

Il n'était plus qu'un pantin désarticulé entre les mains de Rudy. Il sentait quelque chose d'humide et chaud se poser sur le bas de son ventre. Il serra les dents mais trouva cette chaleur agréable.

Le corps de son bourreau dégageait lui aussi de quoi réchauffer sa peau crispée par le froid.

Maintenant, il n'entendait que vaguement les rires, les applaudissements et le public qui scandait le nom de Rudy. Pas un seul ne semblait remarquer que derrière cet amas de chair exposé, il y avait un esprit, un être vivant qui souffrait… Non, à la place, ils encourageaient le tortionnaire à lui enlever la seule chose qui couvrait encore son corps, la seule chose de minablement virile chez lui. Il n'avait que quelques poils sur le pubis en tout et pour tout, sur l'entièreté de son corps… mais ils avaient décidé de tout lui prendre.

Un œil mécanique et avide filmait la scène, pour garder un souvenir de l'une des pires déchéances des élèves de cette université.

Un décompte retentit.

Le garçon leva les yeux au ciel. Il était couvert, sombre et sans étoiles, maintenant. Elles avaient sans doute compris la honte de la situation, l'horreur qui découlait des humiliations et avaient préféré détourner le regard de cette cruauté humaine et destructrice.

Soudain, une douleur fulgurante le transperça. Sa peau sembla s'arracher avec la bande de cire. L'exultation du bourreau qui brandissait son trophée percuta ses pupilles embrumées de larmes. Il ferma les yeux un instant, les rouvrit ensuite, sous les braillements de ces corps aussi vacillants que des flammes de bougie.

Rudy avalait goulument un alcool translucide dans une de ces bouteilles qui faisaient le tour de toutes les bouches lors des fêtes. Il était visiblement saoul et fier de lui, de sa cruauté et de sa perversité.

Il s'approcha de Spencer en titubant et s'agenouilla devant le jeune homme. Son corps transpirait l'alcool.

-Oh, oh… Regardez-moi cette jeune fille fraîchement épilée…

Il laissa courir ses doigts sur cette zone à vif. Le dégoût de Spencer le fit frémir et gémir. Il ne supportait pas ces mains à cet endroit.

-Les gars, j'vais vous montrer comment je traite les jeunes demoiselles…

Il lança un sourire lubrique et pervers à Spencer. Celui-ci se mit à trembler encore plus fort et à secouer la tête fébrilement, ne voulant pas comprendre.

Ca ne pouvait pas aller aussi loin.

-Détachez ses jambes et écartez-les… Il est tant de montrer à cette pute ce que c'est, un homme, un vrai !

Il débouclait déjà sa ceinture. Spencer, vit des ombres derrière lui, qui s'emparaient de la corde qui meurtrissait ses chevilles.

Il leva la tête vers le ciel sombre et se mit à pousser des cris aigus, recouverts par ceux des élèves échaudés par cette promesse écœurante.

Mais le ciel était noir et, dans cette foule, il était seul.

A suivre…

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