Soif de Vengeance par

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Side Story / Drame / Angoisse

5 Chapitre 5

Catégorie: M
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Chapitre 5

Un gémissement étouffé suivi d'une plainte étrangement aiguë sortirent de sa gorge. Il ne pouvait contenir sa panique comme il ne pouvait se trouer la jambe d'une vis. Sur son torse, les têtes d'épingles autrefois multicolores, se soulevaient par marées ocres. Il respirait bruyamment entre quelques hurlements désormais si faibles qu'il n'aurait pu entendre, s'il ne les avait pas lui-même poussés.

Il ne pouvait pas.

Il prit cependant le tournevis, d'une main incertaine et tremblante. Dans sa tête résonnaient encore le coup reçu et les paroles de Spencer. Il lança un regard pitoyable à son bourreau dont les yeux étincelaient de rage.

Ca n'allait pas ensemble.

Un visage si pâle, si doux, et ce regard implacable et dur… Des mains si fines et douces, posées sur un canon froid et sinistre… Et cette voix si claire, limpide qui formulait des paroles pernicieuses et funestes. Ca n'avait aucun sens. Il y avait un monstre derrière ces yeux, ce flingue et ces sentences… Spencer était-il toujours là ? Qu'est-ce qui lui permettait de croire que cet immonde être allait lui laisser la vie sauve s'il se mutilait ?

Un frisson d'horreur le parcourut et il imagina sur ce même sol, gisant sur le dos, un corps nu et lacéré avec des dizaines de plaies béantes, grotesques sourires mortels sur une peau bronzée et lisse. Seul un visage blanc et translucide avait été épargné. Ce visage tellement familier fixait un point droit devant. Ses yeux écarquillés étaient plongés dans un gouffre glacial et horrible. Chacun de ses traits étaient déformés par l'angoisse et la douleur.

Une détonation.

Le crâne implosa en une pluie écarlate. Des morceaux de cervelles éclaboussèrent les robinets d'argent qui semblaient y trouver là une juste vengeance. Le sang rampa sur le sol, jusqu'aux chaussures étrangères qui étaient pourtant siennes. Rudy regarda, horrifié, l'arme dans sa main. Il avait tué l'homme au sol, même s'il lui avait obéi. Parce qu'il n'avait jamais eu aucune pitié pour personne. Parce qu'on lui avait appris à ne jamais avoir pitié de personne. Pas de scrupules. Pas de remords.

Il s'était tué.

Lentement, pris de nausée devant le cadavre déjà jauni et sale, il se tourna vers le miroir qui lui renvoya l'image d'un jeune homme aux cheveux mi-longs, un sourire cruel et satisfait sur les lèvres. Il poussa un cri d'horreur sans que les lèvres de son reflet ne suivent le mouvement et ouvrit brusquement les yeux. Il était sur le dos, Reid le regardait, l'arme pointée vers sa tête…

Mais il ne pouvait toujours pas.

Sa main lâcha le tournevis qui roula sur le carrelage glissant et poisseux dans un bruit mat. Il roula un peu puis s'arrêta après quelques longues secondes. Rudy avait fermé les yeux, s'attendant à la mort.

La voix calme et assourdie par un voile de souffrances indicibles et trop anciennes pour être encore gravées sur la peau de celui qui les renfermait en lui, s'éleva encore.

-Tu veux que je fasse une première percée pour t'aider à trouver un endroit convenable ?

Un léger tremblement dans la voix le fit lever les yeux vers Spencer qui, le regard dément et le dos courbé, observait avec douleur sa victime, assailli par des souvenirs toujours trop violents, imprimés au plus profond de sa chair.

-Pitié… Je… veux… bien me noyer… encore… mais pas ça… Je ne peux pas.

Il vit le jeune homme glisser et tomber au sol, à côté de lui, secoué d'effroyables sanglots.

-Ne m'oblige pas… à te tuer…

Une fraction de seconde, le « vrai » Spencer sembla affleurer la situation, déchiré entre ce qu'il faisait, ce qu'il allait devoir encore réaliser et ce qu'il avait déjà subi. Avant que Rudy ne puisse se jeter sur l'occasion et faire plier son bourreau, le jeune homme arrêta de pleurer et se releva brusquement. La rupture avait été brutale et brève. Il reprit un ton métallique et plat, laissant Rudy totalement décontenancé.

-A trois, je te tire une balle dans le genou. Ensuite, je compterai encore jusque trois et je choisirai un autre endroit… J'ai pas mal de balles en réserve, crois-moi.

L'image du cadavre, de son corps, revint le frapper brutalement. Il sentit ses larmes couler, maculant ses joues de gouttes salées.

-Un…

Il gémit et se recroquevilla.

-Deux…

Il se jeta comme un désespéré sur le tournevis et prit entre ses mains tremblantes une vis.

-Tu vois quand tu veux… Tu peux.

Rudy se releva un peu, sans répondre, et posa le bout pointu de la petite pièce métallique sur son mollet.

Il ne pouvait pas… Mais le ferait quand même.


C'était intenable. Il n'arrivait pas à comprendre d'où venaient ce soudain sadisme, ce plaisir à la torture et cette délicieuse terreur mêlée au dégoût qui lui rongeaient le ventre. Il voulait le voir souffrir… tandis que tout son être y répugnait de plus en plus. La force inflexible qui l'avait poussé ici semblait déterminée à achever son œuvre.

Il poussa un gémissement. A chaque désaccord mental, des images de son adolescence coulaient à flots dans son crâne douloureux. Il avait parfois envie – tout en sachant pertinemment que l'idée était stupide - de se tirer une balle dans la tête pour que s'échappent à jamais toutes ces ignobles réminiscences qu'une partie de lui-même lui imposait, pour le forcer à vouloir du mal à cet être fini qui gisait à ses pieds.

Il fixa un instant l'homme au sol qui appuyait, en étouffant des plaintes, une vis contre son mollet. Un plaisir fulgurant l'assaillit au creux des reins. Il frissonna de honte et de peur.

Mais il ne pouvait lutter contre ce qu'il ressentait en ce moment. Il savait que ce qu'il éprouvait, était propre à tous les tueurs en série sadiques. Pourtant, il ne pouvait admettre être à ce point tombé de l'autre côté de la barrière.

Hier, il était encore le gentil Dr Spencer Reid… Le type droit comme un « i » qui poursuivait les criminels, les psychopathes, les dégénérés avec des collègues qu'il estimait plus que tout.

Aujourd'hui, il torturait un type et était proche de l'orgasme en le faisant. Il se mit à trembler un peu plus. Il ne devait rien laisser paraître et ne pas se laisser aller à ce plaisir facile. Pourtant, ce désagréable désir qui s'assouvissait lentement semblait inexorable. Il réprima un gémissement effrayé.

Il avait toujours été sur la sellette, depuis sa naissance : il remplissait tous les critères pour devenir son pire cauchemar.

Et là, il rêvait éveillé.


Doucement, la pointe effilée s'enfonça dans sa chair, lui soutirant une plainte effroyable. La petite pièce métallique d'environ trois centimètres était désormais plantée dans sa peau. Il prit d'une main tremblante le tournevis et appuya un peu plus l'étrange pieu qui sortait de sa jambe. Il se mit à pleurer plus fort. La douleur remontait jusqu'à la racine de ses cheveux. Son corps était parcouru de légers spasmes convulsés.

Il avait trop mal.

Le sang s'écoulait doucement le long de sa jambe. Il continua cependant son œuvre. Il tourna doucement la vis qui se planta plus profondément en lui, torpillant dans sa course sa chair tendue par l'anxiété et la douleur. Il poussa un cri et lâcha le tournevis, incapable de se mutiler d'avantage pour l'instant. Il attendit quelques minutes, couvert de sueur malgré sa nudité et la température assez basse de la pièce. Le sang s'engluait paresseusement dans ses poils. Il grogna un peu et se força à ignorer la respiration saccadée et trop rapide de son bourreau pour exécuter ses directives.

Il connaissait ce genre de réaction, de respiration...

C'était le genre de souffle rauque et excité qu'il avait lui-même poussé en violant le jeune homme. Il regarda la vis à moitié enfoncée dans sa jambe, les yeux embués de larmes.

Chacun sa façon de pénétrer les autres de force.

Il se sentit d'avantage souillé à cette pensée. Il reprit cependant son tournevis et tourna encore lentement sous un tonnerre de gémissements et de soubresauts, la pièce en fer dans sa jambe.

Le liquide poisseux et incarnat coulait indolemment sur le manche et sur ses doigts, terrible fluide des fantasmes vengeurs de Spencer. Il eut une nausée et termina cette ignoble intrusion.

Il lâcha le tournevis, blanc comme les murs de sa salle de bain, les mains aussi écarlates que le sol. Il l'avait fait. La douleur était atroce, mais il avait réussi.

-Bien. On va recommencer. Replonger ta tête dans le WC.

Rudy sortit violemment de la torpeur et fixa avec hébétude Spencer.

-Tu n'y étais pas arrivé.

L'homme au sol, couvert de sang, se mit à hurler sans trop savoir ce qui le poussait à le faire : la douleur, la peur ou le désespoir ?

-Personne ne t'entendra, tu le sais, non ?

Ses braillements redoublèrent d'intensité, comme si Spencer n'avait rien dit, comme si quelqu'un pouvait réellement lui venir en aide ou du moins, comprendre sa souffrance.

-C'est juste un grand ciel noir qui t'écoute. Personne ne fait attention à ta douleur. Au contraire, ils en veulent tous plus… Ils veulent te briser, te pomper tout ce que tu as en toi… te laisser une coquille vide. Vide de sens. Une enveloppe abîmée, une vie déréglée, éteinte et sans espoirs…

Le jeune homme semblait hors de lui, tourmenté, secoué de vifs tressaillements et totalement absorbé par sa souffrance.

-Ils te prendront tout… TOUT ! Et puis, ils te rejetteront comme un immondice… laissé sur une pelouse sale et maculée de ton propre sang… Et même la mort te refusera dans sa paisible éternité… Tu seras condamné à vivre, à voir les gens te repousser, à voir ta mémoire se ranimer à chaque instant et à voir les seules personnes que tu aimes te regarder avec pitié et déception…

Il finit son monologue d'un murmure étouffé.

-Personne ne t'entend… Tout le monde détourne les yeux… Tout le monde souhaite que tu crèves... Replonge ta tête dans l'eau.

Rudy, pétrifié, ne bougea pas d'un poil. Il n'avait jamais eu autant de remords qu'aujourd'hui. Certes, des remords légèrement forcés par les évènements, mais il regrettait sincèrement ce qu'il avait fait enduré au jeune homme. Il réalisait réellement l'impact qu'il avait eu sur lui, les douleurs qu'il avait dû ressentir tout au long de sa vie. Sa supériorité, sa fierté et ses certitudes s'étaient effondrées depuis un moment déjà, mais il réalisait seulement maintenant à quel point il avait été affreux.

-Spencer… désolé…

Il pleurait moins de douleur que de honte, cette fois… mais son bourreau n'en tint aucunement compte.

-Fais ce que je te demande.

Rudy, désorienté, chercha un instant le WC avant d'obéir docilement à cette punition. Il prit une profonde inspiration avant de plonger à nouveau sa tête dans l'eau froide. Le contact désagréable avec ce liquide glacial l'empêcha momentanément de penser à la suite probable des évènements.

Comment une telle histoire pouvait-elle se terminer ?

Il s'étouffa rapidement et la danse macabre reprit : il battit désespérément des jambes, son corps se tordit en vain pour qu'il relève la tête. Il avala de l'eau, sa tête lui tourna horriblement, et très vite, il n'en put plus.

Il sortit à nouveau la tête hors de l'eau.

Il cracha en quelques renvois dégoûtant l'eau qu'il avait ingurgitée.

Une vis était posée à côté de lui.


Jamais un tel plaisir ne s'était emparé de lui auparavant… Voir ce type s'enfoncer des vis dans les jambes sur sa commande lui remuait abominablement le creux des reins. Le but de la manœuvre était peut-être de reproduire un viol... Ce viol multiple et abject dont il avait été l'objet… En réalité, il n'en savait rien… Au départ, il n'avait pas prévu cette partie du châtiment… Mais cela lui avait semblé parfait pour faire ressentir à Rudy ce qu'il avait éprouvé.

Il sortit de ses pensées et regarda sa victime paralysée qui avait remarqué la deuxième vis. Un sourire étira ses lèvres aussi pâles que le reste de son visage : Rudy n'était pas au bout de ses peines.

Il détourna un peu les yeux et son sourire s'estompa : ce qu'il faisait était horrible et il le savait.

Il se sentait mal à l'aise, comme un gamin pris en faute, mais le fait était qu'il était accro à la souffrance de cet enfoiré. Il tentait de se résonner, de se dire que c'était juste la soif de vengeance qui le poussait à le torturer… Mais il bandait.

Ces représailles assouvissaient des fantasmes plus profonds et il le savait pertinemment.

Sa plus grande peur était de devenir fou. Il y avait souvent pensé, cependant, jamais il n'aurait cru être aussi éveillé et conscient de sa démence. Il n'aurait pu envisager cette rupture psychologique de manière aussi agréable…

Quelque chose au fond de lui savait quand et où s'arrêter.

Il s'apaisa un peu. Il contrôlait encore la situation. Il n'était pas complètement taré s'il arrivait encore à réfléchir... Certes, il était loin de ce bon Spencer Reid, mais il pourrait très vite le redevenir, une fois que ceci serait terminé, non?

Il arrêta là sa réflexion, ne préférant pas étudier de manière objective à son avenir désormais compromis, et reporta encore son attention vers Rudy qui se démenait pour s'enfoncer la deuxième vis dans la jambe.

Reid gémit un peu de satisfaction et s'approcha de lui. L'homme à terre leva des yeux emplis de terreur et de douleur vers lui.

Spencer sourit...

Et posa les huit vis restantes à côté de sa victime. Il fit un pas en arrière et observa le spectacle.

L'incompréhension. La lumière. Le désespoir.

A suivre...

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