La Traque par

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Side Story / Angoisse / Suspense

10 Chapitre 10

Catégorie: M
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Chapitre 10

Des portières claquèrent dans la nuit dérangée par les sirènes. Un vent frais fouetta son visage et fit balancer les branches des arbres et buissons qui entouraient une imposante bâtisse blanche. Ajustant une dernière fois son gilet pare-balle, Morgan observa les lieux paisibles sans pour autant se départir d'un très mauvais pressentiment. S'il s'écoutait en ce moment-même, il ouvrirait la petite barrière en fer forgé, courrait comme un dératé jusqu'à la porte d'entrée et la défoncerait pour pénétrer dans la maison…

Il frissonna, poursuivi par cette étrange sensation.

Il lança un rapide coup d'œil à Hotch qui, au téléphone, attendait avec impatience l'inspecteur Roger ainsi qu'un mandat, pour pouvoir investir la maison. Derek remarqua, à sa posture, que son patron n'était pas très à l'aise mais plutôt nerveux. Il détourna les yeux pour observer la maison qui se détachait du ciel parsemé d'étoiles, émergeant avec difficulté d'une végétation devenue presque envahissante, et se demanda un instant si Hotch était inquiet au sujet de Brandon ou au sujet de Reid qui n'avait toujours donné aucun signe de vie.

Il frissonna légèrement. Une grosse demi-heure avant de quitter l'hôtel, Garcia l'avait appelé pour confirmer les alibis de Reid concernant les trois derniers meurtres. Quelque part, il s'en voulait d'avoir osé douter de son ami si fragile en ce moment…

Sous l'effet de cette culpabilité, il ne savait pas s'il pouvait avouer à leur patron ce qu'était parti faire Spencer. Reid n'apprécierait sans doute pas qu'il dévoile ses problèmes personnels vis-à-vis de la drogue.

Il poussa un profond soupir et un vague nuage de condensation flotta devant son visage avant de se disperser dans la nuit… Il avait peur de trahir la confiance du jeune homme s'il en parlait : il craignait que, comme l'humiliation que lui avait fait subir Clints, ceci soit classé « secret défense ». Il soupira une nouvelle fois et balaya la rue des yeux. Des gens inquiets et réveillés par le hululement des sirènes sortaient doucement de chez eux. Le fait que personne n'ait bougé ou allumé une lampe chez Brandon était assez alarmant… Surtout qu'un véhicule était garé dans l'allée et indiquait qu'il devait y avoir quelqu'un dans la maison.

Une petite minute s'était écoulée depuis l'arrivée des agents du FBI, chaque seconde qui passait rendait la paisible demeure plongée dans l'obscurité plus menaçante et plus sinistre.

Soudain, de nouvelles sirènes crevèrent la tranquillité de la nuit et annoncèrent l'arrivée de Roger et de deux agents de police. Les deux voitures se garèrent sur le trottoir d'en face et les trois hommes sortirent de leurs véhicules avec précipitation… L'inspecteur rejoignit Hotch et les deux flics se postèrent avec JJ devant la maison.

Du coin de l'œil, Morgan vit Hotch raccrocher et mettre son portable dans sa poche. D'un signe de tête, leur patron leur indiqua qu'ils pouvaient agir. Sans plus attendre, Derek ouvrit la petite barrière de fer forgé, accompagné par son équipe et l'inspecteur Roger, et courut jusqu'à la porte d'entrée.

Son souffle dessinait des nuages blancs et fantasmagoriques devant son visage, ce qui lui brouillaient légèrement la vue. Piqué par l'adrénaline, il se posta sans hésiter devant la porte et frappa violemment quelques coups.

-Monsieur Coolper ? FBI ! Veuillez ouvrir votre porte s'il vous plaît !

Crispé à l'extrême, il tendit l'oreille pour percevoir, au-delà de leurs respirations, le moindre mouvement qui indiquerait que quelqu'un venait pour leur ouvrir ou que quelqu'un s'enfuyait. Hotch lui lança un regard déterminé, pointa ensuite Emily et Rossi du doigt et leur indiqua la gauche du bâtiment, plongée dans l'obscurité angoissante de la végétation, puis fit un signe de tête à Morgan.

Tandis qu'Emily et Rossi s'enfonçaient dans les ténèbres pour contourner la bâtisse, Derek fit un pas en arrière, rassembla ses forces et envoya un violent coup de pied dans la porte qui céda brutalement dans un claquement tonitruant. L'alarme se déclencha aussitôt et lui transperça les tympans. Hotch et Roger entrèrent sans hésiter dans la maison plongée dans la pénombre et investirent le rez-de-chaussée. Lui-même, arme au poing, alluma sa lampe de poche et pénétra dans l'entrée, d'un pas souple et rapide. Il contourna un escalier en marbre et ouvrit une porte qui déboucha sur la cuisine. Son regard balaya avec dextérité la décoration luxueuse et moderne, les pans de travail immaculés, les ustensiles rangés, cherchant la moindre trace de lutte, le moindre mouvement.

Il entendit vaguement la voix d'Hotch couvrir le boucan provoqué par l'alarme, tout en avançant prudemment avec l'agilité d'un félin dans la cuisine:

-R.A.S. !

Il se dirigea vers la droite, ouvrit une seconde porte et tomba sur une buanderie. Le rai de lumière produit par sa lampe de poche parcourut rapidement la petite pièce et ne rencontra que des produits d'entretien et des mannes de linge sale. Il hurla à son tour, le crâne martelé par le braillement lugubre de l'alarme :

-R.A.S. !

Il revint sur ses pas, les sens en alerte et entendit à nouveau au loin un « R.A.S. ». Le cœur battant à tout rompre, le corps vibrant sous les hurlements des sirènes, il se dirigea vers l'escalier qui menait à l'étage. Il attendit quelques secondes, tenaillé par la répulsion et l'impatience, que son patron le rejoigne pour le couvrir. Des lumières bleues dansaient dans le hall éventré par les lumières des gyrophares.

Rapidement, deux hommes munis de lampes de poche le rejoignirent et se placèrent derrière lui. Les mains moites, il raffermit sa prise sur son arme et se mit à monter rapidement l'escalier. Le bruit de leurs pas avait beau être englouti par celui de l'alarme, Morgan pouvait les entendre résonner en lui.

Le rond de lumière tressauta pendant qu'il gravissait les marches, jetant une lueur jaunâtre et angoissante sur les lieux.

Ils débouchèrent sur un couloir qui partait dans deux directions. L'inspecteur se dirigea aussitôt vers la gauche tandis qu'Hotch et Morgan se dirigèrent prudemment vers la droite. Une volée de portes les accueillit... Une fine ligne lumineuse se dessinait au pied de l'une d'elle. Avant de se précipiter, Derek balaya vivement le couloir de sa lampe torche et remarqua que la moquette brillait légèrement sous la lumière.

Il avança rapidement et déglutit avec difficulté en voyant des traces de pas rougeâtres dessinées sur le sol. Il les suivit des yeux et remarqua qu'elles menaient à une fenêtre ouverte, à l'autre bout de ce couloir. Sa gorge se serra violemment et ses mains tremblèrent légèrement.

Il laissa glisser le rai lumineux pour trouver l'origine de ces taches écarlates... Son regard tomba sur la porte au pied de laquelle émanait une faible lueur. Sans dire un mot, pris d'un vertige, il avança comme un automate jusqu'à elle…

Un sentiment de défaite le gagnait lentement, rongeant l'adrénaline qui le consumait quelques minutes auparavant.

D'un geste brusque, il ouvrit la porte et pénétra dans une chambre éclairée… Il ferma les paupières, les rétines brûlées par la forte luminosité, puis observa la pièce à travers ses cils. Un lit défait taché de sang lui sauta tout d'abord aux yeux, puis son regard fut attiré par une porte à moitié ouverte… Les pas du tueur partaient de là.

Malgré le vacarme de l'alarme, il entendit le souffle de son patron s'accélérer juste derrière lui… Tous deux avancèrent rapidement vers l'origine de ses traces sous le hurlement lancinant poussé par la maison. D'une main mal assurée, Derek ouvrit la porte et pénétra dans une salle de bain écarlate.

Une forte odeur d'hémoglobine, d'urine et d'excrément l'assaillit violemment et il fut pris d'une forte nausée. Malgré le dégoût et l'horreur qui l'accablaient, il ne put détacher son regard du cadavre qui gisait dans une flaque de sang. Abasourdi, il laissa ses yeux glisser sur l'amas de chair aux yeux grand ouverts puis sur les murs et le plafond éclaboussés. Inutilement, son patron s'approcha de la victime, prit son bras droit lacéré et plaça son pouce au niveau de son poignet.

Morgan observa son visage se fermer pour de bon… La voix de son patron résonna dans son esprit masquant momentanément le mugissement entêtant de l'alarme :

-Il est mort. Mais son corps est encore chaud.

Derek encaissa la nouvelle sans broncher, même s'il bouillonnait de l'intérieur. Peut-être que s'il avait suivi sa première impulsion, sans attendre l'inspecteur ou le mandat –après tout, ce type était en danger, même s'il n'y avait aucun signe extérieur et visible que sa vie était menacée-, il aurait pu le sauver, empêcher le monstre qu'ils poursuivaient de réduire cet homme en un tas de sang, de peau, d'os et d'organes mis en charpie…

La colère et l'impuissance martelaient son crâne et pulsaient brutalement le sang dans son corps. Une veine se mit à battre nerveusement dans sa tempe tandis qu'il rengainait son arme. Et cette alarme qui continuait à hurler… Agacé, il sortit de cette pièce, se retenant de justesse de frapper dans la porte de la salle de bain. Des larmes brouillèrent légèrement sa vue et un profond sentiment de culpabilité se mit à le ronger.

Si seulement ils avaient agi tout de suite…

Roger pénétra alors dans la chambre, observa le lit défait et couvert de sang, puis lança un regard anxieux à Derek. L'agent secoua doucement la tête pour lui signifier qu'ils avaient perdu le combat. Les épaules de l'inspecteur s'abaissèrent brusquement, accablées par cet échec.

Morgan le laissa se rendre dans la salle de bain et entendit son exclamation horrifiée commenter la scène de crime :

-Oh mon Dieu … !

Roger sortit aussitôt, blanc comme un linge et sortit son portable de sa poche pour organiser des battues dans le quartier –le tueur ne devait pas être loin-, prévenir le médecin légiste et les experts scientifiques… Soudain, le hurlement de l'alarme s'interrompit. Un étrange bourdonnement retentit dans les oreilles de Derek… Abasourdi, il détailla la chambre à coucher dans laquelle il se trouvait… Lentement, il se dirigea vers le lit et glissa une main sous les couvertures : les draps étaient encore tièdes. Moins d'une heure auparavant, un homme dormait paisiblement ici même et puis… Hillman était arrivé.

Il entendit des bruits de pas dans le couloir et se retourna vers Prentiss et Rossi qui venaient d'entrer dans la chambre. Les deux agents écoutèrent attentivement Roger qui, le téléphone collé à l'oreille, parlait au médecin légiste de garde cette nuit. Ayant compris la situation, ils se rendirent dans la salle de bain pour voir la scène de crime.

Derek les suivit machinalement et fut à nouveau assailli par l'infecte odeur qui régnait dans la pièce. Il ravala sa colère pour se concentrer sur l'enquête. Hotch observait le cadavre avec attention, la mine plus sombre qu'à l'accoutumée.

-Ce meurtre est bien plus violent que les précédents. Notre homme a totalement perdu le contrôle, son sang froid…

Rossi rétorqua aussitôt, tout en détaillant le corps :

-Nous l'avons sans doute interrompu dans son rituel. Regardez, la victime ne s'est pas tranchée les veines : il a été obligé de la tuer dans la hâte et la panique… Nous l'avons donc raté de peu… S'il y avait eu moins de végétations à l'arrière de la maison, nous aurions peut-être pu le voir s'enfuir…

Emily prit alors la parole :

-Nous l'avons sans doute interrompu, c'est sûr… Mais il y a plus que de la hâte, ici, il y a de la haine.

Elle désigna d'un signe de tête un petit tas de chair qui gisait à côté de la victime. Derek sentit une étrange douleur lui transpercer le bas du ventre et se contracta légèrement.

-Il l'a émasculé. S'il avait juste voulu aller vite, il n'aurait pas pris la peine de faire cela. Il doit y avoir une symbolique là-dedans. Il n'avait jamais fait ça auparavant, mais cette fois, alors qu'il était pressé par le temps, il a ressenti le besoin de couper les parties génitales de sa victime…

Morgan réfléchit un instant, assez d'accord avec sa collègue, puis avança :

-En fait, la seule fois où il a enlevé un organe à l'une de ses victimes, c'était à Alexa Lisben. Il lui avait ôté le cœur…

Il hésita, puis continua, plongé dans son raisonnement :

-Je pense que nous avions raison lorsque nous pensions que le tueur se voyait dans ses victimes. Il les fait revivre une partie de sa vie…

Rossi regarda le corps décharné allongé devant eux :

-Il a forcé Coolper à se couvrir d'excrément. Si on suit cette hypothèse, c'est que le tueur se sent lui-même sale. Il se sent également impuissant, castré… On peut le voir nettement grâce à l'émasculation et au maquillage qui recouvre le visage de Brandon. Enfin, il a eu le cœur brisé par Alexa Lisben.

Morgan, mal à l'aise, se trémoussa légèrement sur ses pieds. Il ne pouvait s'empêcher de penser à Reid, même si, clairement, il n'avait aucun rapport avec ses meurtres puisque ses alibis étaient en béton. Son esprit ne put cependant s'empêcher de soulever qu'il était étrange que Spencer manque justement à l'appel le soir où l'une des personnes qui l'avaient humilié, était assassinée. Prentiss, parfaitement maître d'elle-même, continua d'une voix égale, absorbée par sa propre réflexion :

-Et si on va par là, on pourrait penser que notre homme a tenté, en dernier recours, de se couper les veines.

Hotch acquiesça doucement :

-On demandera à Garcia de vérifier tous les cas de suicide qui ont touché l'université.

Derek ne se sentait pas très bien. Des vertiges incessants le submergeaient… Fébrilement, il sortit son portable de sa poche et composa le numéro de Spencer. Tandis qu'il entendait le « bip » régulier, il écouta distraitement Rossi :

-Vu dans quel état d'esprit il a quitté les lieux, il est sans doute très dangereux, en pleine crise de démence.

Un déclic se fit entendre à l'autre de bout du fil et une voix féminine lui annonça que Spencer Reid ne pouvait lui répondre pour le moment et qu'il pourrait laisser un message après le bip sonore. Il raccrocha, tourmenté, et tenta de museler cette partie de lui qui soupçonnait son collègue du pire…

Il lança un regard à ce qui restait de Brandon.

de cette démence…

Il avala avec difficulté sa salive.

de ce carnage.

 


 

Le vent rafraîchissait agréablement sa peau brûlante, comme fiévreuse. Son regard voilé par la douleur et l'angoisse se posa sur la rue déserte, cherchant désespérément un signe de vie. Il n'y avait plus de SUV à l'hôtel… Il attendait donc un taxi pour se rendre sur la scène du crime.

Sur sa scène de crime.

Ses collègues se doutaient-ils qu'il était responsable de ce… fiasco ? Il serra les dents et gémit doucement, assez faiblement pour qu'un courant d'air couvre sa souffrance. Il ne se rappelait plus dans les détails de tous les évènements de la soirée. Des flashs décousus aux accents pourpres lui revenaient et lancinaient son esprit embrouillé. Un silence étrange régnait dans sa tête confuse et tiraillée par une horrible migraine.

Il se frotta les tempes, le souffle rapide et lança un regard impatient à la rue abandonnée.

Il devait impérativement retrouver les autres pour s'informer de ce qu'ils savaient au sujet de ce meurtre et de ce qu'ils ignoraient encore. Ses souvenirs nébuleux ne lui permettaient pas d'évaluer les chances qu'avait son équipe de l'arrêter ou de le soupçonner… Il était incapable de remettre les flashs dans l'ordre, de réfléchir à ce qu'il avait pu laisser comme preuves aptes à l'incriminer…

Il se mordit la lèvre inférieure et sentit des larmes affluer dans ses yeux. En ce moment, il avait réellement envie que tout s'arrête, d'en finir… Mais il ressentait ce besoin omniprésent d'accomplir son œuvre. De plus, le plaisir qu'il avait ressenti et qu'il ressentait encore maintenant lorsque ces flashs dérangeants mais agréables s'imposaient à lui, le poussaient à continuer encore et encore.

Soudain, une paire de phares apparurent au bout de la rue. Reid regarda la voiture s'approcher et fut soulagé en voyant la peinture jaune du véhicule. Le taxi ralentit puis s'arrêta devant lui.

Reid ouvrit la portière et s'installa à l'arrière, anxieux. Il donna l'adresse de Brandon au chauffeur, puis se tut. Il regarda les rues défiler autour de lui, dans un triste ballet monotone... Son angoisse croissait au fur et à mesure qu'il savait qu'ils se rapprochaient des lieux du crime. Il fut presque heureux quand le chauffeur fit un large détour afin de le faire payer sa course un peu plus cher…

Mais sitôt qu'il se sut à quelques rues de la maison de sa victime, il se mit à trembler et à se demander s'il ne ferait pas mieux de rebrousser chemin… Tendu à l'extrême, il reconnut le quartier et vit bientôt apparaître une cinquantaine de personnes rassemblées en face d'une grande bâtisse. Un fourgon de la morgue, deux camionnettes portant le nom de chaines de télé assez connues et une dizaine de voitures de polices étaient parquées tout autour de cette agitation.

Spencer entendit vaguement le chauffeur de taxi jurer et se demander ce qui était en train de se passer. Sans lui dire un mot, Reid lui tendit un billet et n'attendit pas qu'il lui rende son reste. Il entendit l'homme le remercier pour sa générosité et sortit du véhicule comme un automate, le regard rivé sur la foule.

Crispé, il avança droit devant lui, se glissant entre les badauds qui babillaient et se racontaient avec excitation les évènements de la soirée : le meurtre de ce si gentil Brandon et l'arrivée en masse des forces de l'ordre. Spencer lança un regard agacé à toutes ses brebis effrayées, se demandant comment elles réagiraient si elles apprenaient que le loup se faufilait entre elles.

Il arrivait enfin au cordon de sécurité qui tenait en respect la foule et tous les charognards qu'elle comportait. Soudain, des flashs se mirent à crépiter et Spencer assista, médusé, à la sortie du brancard sur lequel reposait sa victime.

Il vit à nouveau le couteau s'abattra dans la poitrine de Brandon. Son corps se contracta violemment, comme sous l'impulsion d'une décharge électrique.

La tête dans le brouillard, il entendit des gens pleurer autour de lui, sans arriver à comprendre leur peine, le regard rivé sur la dépouille emballée dans un sac noir, telle une ordure. Le plaisir se mit à nouveau à poindre dans le bas de son ventre : tous ses gens étaient là pour lui, pour son œuvre. Toute cette douleur, toute cette agitation, toute cette fièvre découlaient de son meurtre.

Reid se mit à haleter et battit plusieurs fois des yeux à cause des flashs des journalistes. Ses tympans sifflaient tandis que son corps tremblait de bonheur. Il avait des velléités à s'approcher du cadavre, à sortir de la masse de ces inconnus pour arriver sur le devant de la scène, sous la lumière crue des flashs.

Soudain, une femme passa sous le cordon de sécurité et s'élança droit vers la civière en hurlant un ramassis de paroles incompréhensibles, noyées par les larmes et la douleur. Un policier l'attrapa fermement pour l'arrêter et l'éloigner de la scène de crime, mais les cris perçants de cette inconnue redoublèrent d'intensité… Hystérique, la femme se mit à frapper le policier pour s'approcher du cadavre.

Un profond silence s'était abattu sur la foule. Une faible rumeur le troublait et courait sur toutes les lèvres : il s'agissait de l'épouse de la victime.

Avec intérêt, Spencer regarda la femme tomber à genoux et tenir son ventre rebondi entre ses mains, hurlant à la mort. Un vague sourire flotta sur ses lèvres, pendant qu'il se nourrissait de cette intense peine… Il se sentait tout puissant et jouissait presque de cette immense souffrance.

Lentement, les cris de la veuve furent engloutis par les longs sanglots qui secouèrent ses épaules menues, le crépitement des appareils photo doubla d'intensité pour capturer la douleur de cette femme…

Les policiers soulevèrent alors rapidement l'épouse, comme s'il s'agissait d'une plume, et la portèrent à l'intérieur de la propriété, loin des regards inquisiteurs de la foule et des journalistes… Absorbé par son propre plaisir, Spencer resta un moment immobile, le regard perdu au-delà de la barrière forgée.

Soudain, une main attrapa son bras et le fit sursauter. Il poussa un cri de surprise et se retrouva face au visage fermé d'Hotch. Son patron semblait fou de rage. Reid se mit à trembler violemment sous sa poigne et se laissa entraîner sans broncher sous le cordon de sécurité. Il lança un bref regard au fourgon dans lequel on déposait sa victime, puis reporta son attention sur son patron qui refusait toujours de la lâcher et qui avançait d'un pas rapide.

Sans dire un mot, ils passèrent la barrière et arrivèrent dans la cour de la maison. Hotch ne s'arrêta pas pour autant et continua à avancer droit devant lui, sans même lui jeter un regard, et l'emmena dans la maison qui grouillait de flics et d'experts… Il entendit sur sa droite les pleurs d'une femme et en conclut que l'épouse de Brandon avait dû être emmenée dans le salon ou la cuisine.

Reid lança un bref regard à la porte d'entrée défoncée et se souvint brusquement du claquement assourdissant qu'il avait entendu alors qu'il fuyait les lieux… Il grimaça et chassa aussitôt cette désagréable réminiscence, pour se concentrer sur son patron qui lui faisait désormais face, les bras croisés.

Le cœur du jeune homme battait à tout rompre dans sa poitrine et ses jambes étaient cotonneuses, tremblantes. Le regard sombre et insistant de son patron ne le lâchait pas et le détaillait avec sévérité.

Enfin, Hotch le questionna d'une voix grave :

-Où étais-tu ?

Sa question le fit tressaillir. Spencer détourna les yeux et se tordit nerveusement les doigts. Il se mit à bafouiller lamentablement ses mensonges :

-Je… Avec tout ça…Tous ces meurtres… je n'étais pas bien… Et j'ai ressenti… enfin… vous voyez… un « manque »… J'avais besoin de…

Il déglutit avec difficulté, ayant la certitude que son patron ne goberait jamais ses mensonges, et sentit des larmes de terreur affluer dans ses yeux. Et dire que l'hôte ne se manifestait même pas pour le soutenir… C'était le calme plat dans sa tête bourdonnante.

-… J'avais besoin de… parler à des gens… Je suis allé à une « réunion »… J'avais mis mon portable… en mode silencieux… Ensuite, je suis allé me promener… et je n'ai pas entendu vos appels… Désolé. Vraiment désolé…

Le visage fermé de son patron était définitivement troublant et l'impression de ne pas être cru s'intensifia. Reid se mordit la lèvre, paniqué, et sentit des larmes couler sur ses joues. Les traits d'Hotch s'adoucirent enfin et donnèrent un air plus conciliant à son patron. Celui-ci opina lentement du chef :

-D'accord. Je comprends mais la prochaine fois, essaie de rester joignable, même si tu participes à l'une de ces réunions.

Stupéfait, Spencer resta un moment immobile, incapable d'esquisser un geste… Puis acquiesça lentement, le teint livide. Avait-il réellement berné Hotch ? Le regard désormais rassuré de son patron tendait à le lui laisser croire. L'homme en face de lui soupira lentement :

-Tu es sûr que tu veux rester sur cette enquête ?

Reid hésita un moment, cherchant la meilleure réponse à fournir et le bon comportement à adopter devant une telle question, puis répondit en toute sincérité :

-Oui. J'en suis sûr

Soudain, l'inspecteur Roger déboula dans l'entrée et s'adressa à lui avec véhémence et arrogance :

-Tiens ! Voici l'agent Reid qui réapparait après le meurtre. Quel hasard !

Les pupilles du jeune homme se contractèrent brusquement pour devenir deux têtes d'épingle. Il plongea ses yeux dans ceux de l'inspecteur, jaugeant son ennemi et le sentant lire en lui. Il trembla légèrement de rage et serra les poings.

Il vit du sang jaillir d'une gorge tranchée et un couteau s'enfoncer dans le ventre d'un homme.

Déboussolé par ces réminiscences, il fit un pas en arrière, avant d'essayer de se défendre face à de telles accusations :

-J'étais… quelque part.

Roger fit un pas, menaçant, et le dévisagea :

-Je pense que vous étiez ici et que vous massacriez Brandon Coolper… Je sais que vous êtes impliqué dans cette affaire, j'en mettrais ma main au feu.

De nouvelles images dansèrent sous les yeux de Reid et étayèrent les propos de l'inspecteur. Le jeune homme secoua la tête vivement, tout en sentant ses oreilles siffler et son cœur battre dans ses membres.

Son instinct lui dictait de dégainer son arme et d'abattre ce type qui dévoilait la part la plus sombre de sa personnalité au grand jour… Cependant, il savait pertinemment qu'avec Hotch en face de lui, il allait être abattu avant même d'avoir pu viser…

La voix de Morgan derrière lui coupa court à ses pensées et le fit sursauter :

-J'ai vérifié ses alibi pour les trois derniers meurtres et il n'y a aucune chance pour que Reid soit notre tueur, inspecteur.

Spencer lança un regard étonné et reconnaissant à son sauveur, puis fronça soudainement les sourcils pour paraître plus crédible :

-Tu as vérifié mes… Tu m'as soupçonné de… ? Non, pas toi ! Comment as-tu osé penser que… ?

Sa voix était aigüe et semblait réellement énervée. Avant que son collègue n'ait pu répondre ou n'ait pu remarquer qu'il simulait cet agacement, il sortit de la maison et se posta dans l'allée. Des gyrophares lançaient une lumière bleue et clignotante sur la façade de la maison.

La respiration du jeune homme était saccadée et rapide… Il avait échappé de peu à ses collègues et il savait que ce n'était pas encore fini. Il serra les dents, énervé, mais soulagé que Derek l'ait sauvé de la sagacité de Roger. L'inspecteur était un véritable problème qu'il allait devoir éliminer au plus vite, avant de tuer la dernière personne de la liste qui résidait à Richmond…

Mais comment ?

A suivre…

N'hésitez pas à me laisser votre avis! :-)

 

 

 

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