La Traque par

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Side Story / Angoisse / Suspense

12 Chapitre 12

Catégorie: M
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Chapitre 12

Un peu de calme et de repos. Le ronronnement doux du moteur troublait à peine l'habitacle et berçait son demi-sommeil légèrement agité. Sans cesse, son côté professionnel tentait de reprendre le dessus et de soulever ses paupières closes, lourdes comme deux pierres tombales.

Mais elle n'en trouvait ni la force, ni l'envie.

Sa tête mollement appuyée contre l'appuie-tête du siège dodelinait à chaque aspérité de la route et à chaque virage. La fatigue pesait lourdement sur son corps : le jour avant que cette enquête ne commence, elle avait eu la bonne idée de se rendre à un mariage et de se prendre une cuite mémorable… Un vague sourire flotta sur ses lèvres lorsqu'elle se souvint des traits réguliers et harmonieux de l'ami de la mariée qui l'avait reconduite chez elle, parce qu'elle n'était plus en état de le faire. Elle sentit vaguement ses mains chaudes sur sa peau, le picotement de braise laissé par ses baisers et le goût sucré de ses lèvres sur les siennes…

La voiture accéléra légèrement et fit osciller plus brusquement sa tête.

Les sensations et souvenirs s'estompèrent aussitôt : il fallait qu'elle reste éveillée… Se reposer un peu pendant ce trajet pouvait être acceptable, mais se mettre à dormir profondément et faire des rêves à caractère érotique en présence d'un de ses collègues et d'un policier était totalement inconcevable à ses yeux. Surtout lorsque ce collègue s'appelait Derek Morgan.

Rassemblant son courage et ses dernières forces, elle s'extirpa complètement de ce rêve et écouta le bruit soporifique du moteur. Elle entendit vaguement Morgan et Roger échanger quelques mots –les premiers depuis leur départ. Craignant qu'il ne parle d'elle ou de quelque chose d'important, avec toute la peine du monde, Prentiss ouvrit les yeux et battit plusieurs fois des paupières pour comprendre que les deux hommes discutaient de la circulation dense. Elle regarda un instant Morgan désigner avec impatience les nombreuses voitures qui parcouraient le Golden Bridge en même temps qu'eux.

Emily se frotta doucement le front, détourna les yeux et lança un regard fatigué et las sur l'eau qui s'étendait à perte de vue sur sa droite comme sur sa gauche : d'un côté, la baie de San Pablo, et de l'autre, celle de San Francisco. Son regard se perdit dans l'eau bleue et calme qui miroitait sous un soleil éclatant tandis que ses pensées recommençaient à vagabonder sur l'enquête et sur le comportement étrange de Reid.

Surtout sur Spencer.

Sa disparation cette nuit, ses gestes et ses réactions peu mesurés l'inquiétaient sérieusement. Elle savait pertinemment qu'elle n'était pas la seule à se poser des questions et qu'Hotch devait avoir la situation en main, mais elle ne pouvait s'empêcher de chercher un moyen de comprendre ce que Reid vivait en ce moment.

Bien sûr, elle concevait qu'il se sente concerné par cette enquête, mais rien ne justifiait entièrement son comportement.

Prentiss grimaça un instant et fit battre à plusieurs reprises ses longs cils noirs, éblouie par les mille reflets des rayons du soleil sur l'eau. Une migraine commençait à poindre le bout de son nez, mais elle ne pouvait museler ses doutes et ses inquiétudes qui revenaient, tels des leitmotive, titiller son esprit et marteler son crâne. Se laissant à nouveau glisser vers l'établissement d'un profil concernant le comportement de Spencer, elle ne put concevoir autre chose qu'un problème personnel et assez grave, après avoir immédiatement rejeté la possibilité que Reid puisse être mêlé, de près ou de loin, à leur affaire.

Le jeune homme était bien trop gentil, bien trop faible pour agir de la sorte.

Devant les arguments peu convaincants et subjectifs qu'elle avançait mentalement, elle se savait trop impliquée pour arriver à de justes conclusions, mais ne pouvait – pour une fois -, pas compartimenter ses sentiments afin d'analyser la situation avec rigueur et précision. Ce voile de sentiments la troublait : elle qui avait toujours été capable de garder la tête et les idées claires quelle que fût la situation, se sentait totalement trompée par l'amitié.

La voiture dépassa un camion et la vue de Prentiss se réduisit un instant à un sigle idiot représentant un lion en pyjama.

Elle détourna les yeux au moment où Morgan tournait à droite pour déboucher sur Market St. La voiture continua paisiblement son chemin et Emily, frustrée par son manque de discernement et son besoin de protéger Reid, resta plongée dans ses pensées, silencieuse et dubitative.

Un malaise croissait en elle au fur et à mesure qu'elle tentait d'analyser encore et encore le comportement de Reid de manière totalement objective. Perturbée mais toujours convaincue que le jeune homme n'avait aucun rapport avec ces meurtres, elle sentit à peine la voiture s'arrêter complètement.

La voix de Morgan la fit alors sursauter :

-Fin de la sieste : nous y sommes !

Emily lança un bref regard au reflet des traits tirés mais souriants de Derek dans le rétroviseur et finit par sourire légèrement à son tour, laissant tomber sa réflexion et ce combat déchirant entre cœur et raison : Hotch avait certainement les choses en main. D'une voix calme et amusée, elle répondit aussitôt :

-Je ne dormais pas : je me reposais et je pensais.

Elle ouvrit la portière et, une fois sortie du véhicule, s'étira légèrement, puis lança un regard perçant au quartier résidentiel qui les entourait. De nombreuses maisons bien entretenues s'alignaient fièrement les unes à côté des autres. Celle devant laquelle ils se trouvaient, dénotait légèrement de cet ensemble homogène par l'abondante végétation sauvage qui avait remplacé sa pelouse.

Roger sortit à son tour et laissa son regard ferme glisser sur la façade :

-L'équipe scientifique devrait bientôt arriver. On les attend ou on entre directement ?

Morgan, après s'être extirpé du SUV et s'être imprégné de l'ambiance du quartier, indiqua d'un signe de tête l'entrée :

-On y va tout de suite en prenant garde à ne pas déranger cette possible scène de crime.

Prentiss contourna le véhicule et s'avança vers la maison, aux côtés de Roger. La mine sombre de l'inspecteur laissait penser qu'il n'avait pas vraiment apprécié la réflexion de Reid ce matin et qu'il n'était clairement pas ravi de se retrouver avec eux. Son silence dans la voiture avec été assez significatif.

Sans dire un mot, Roger sortit une clé de sa poche et déverrouilla la porte de la maison. Il l'ouvrit et les laissa entrer. Emily le remercia d'un signe de tête, soucieuse de ne pas se mettre cet homme à dos, mais celui-ci l'ignora complètement.

Peut-être pensait-il toujours que Reid était coupable de ces atrocités… Sans doute, même. Il semblait être de ces hommes qui, une fois qu'ils étaient convaincus d'un fait, même si on leur prouvait que c'était tout à fait absurde, ne lâchaient jamais prise.

Spencer, tueur en série.

Un frisson la parcourut et le malaise s'intensifia, comme si cette simple pensée appuyait sur une corde sensible, à savoir : ses propres doutes, ceux qu'elle enfouissait inconsciemment et que ses sentiments masquaient depuis le début de cette enquête.

Elle réprima aussitôt toutes ces pensées parasites et observa l'ambiance chaleureuse qui régnait dans la spacieuse maison. De nombreuses photos parsemaient les murs : tournois de poker entre amis, vacances avec une jolie jeune femme,…

D'une voix légèrement trainante, car pensive, Prentiss s'adressa aux deux hommes :

-Hillman ne semble pas être quelqu'un de renfermé.

Morgan secoua la tête, tout en parcourant les pièces, et désigna les quelques affaires qui trainaient ici et là dans le salon :

-Et il n'est clairement pas ordonné, méthodique…

Les bras croisés, Roger les regarda un bref instant se mouvoir d'une pièce à l'autre, inspecter diverses photos et détails, avant de demander :

-Ce n'est pas lui, n'est-ce pas ? Votre agent nous a menés en bateau ?

Prentiss sentit le malaise la transpercer de part en part, au niveau de l'estomac, comme si une lame la coupait en deux. Elle s'humecta les lèvres, chercha de l'air et quelque chose à rétorquer, mais Morgan se chargea aussitôt de défendre Reid, sur un ton catégorique et empreint de colère :

-Harper Hillman aurait très bien pu être notre tueur : s'il a subi des brimades de la part des victimes, il était nécessaire, pour nous, de vérifier s'il n'était pas notre homme.

Roger haussa un sourcil, méprisant :

-Et l'agent Reid… N'a-t-il pas été victime de brimades par ces mêmes personnes ? Il a le profil du type qui s'est fait tabasser par des brutes toute sa scolarité, non ?

Prentiss vit les pupilles de Morgan se contracter violemment et ses poings se refermer brusquement.

-Ca ne vous regarde pas. Si vous avez encore des doutes, vérifiez ses alibis.

L'inspecteur sourit distraitement et haussa les épaules :

-Les alibis, ça se fabrique. Par contre, il me semble assez évident que, lorsqu'une personne impliquée dans l'affaire depuis son commencement nous envoie sur une mauvaise piste, il doit aussitôt être considéré comme suspect, n'est-ce pas ?

Il fit une pause et s'avança, devant les deux agents pétrifiés, partagés entre la colère et un profond malaise.

-Ensuite, beaucoup de tueurs aiment s'insinuer, prendre part dans l'enquête… Comment jouer plus facilement un rôle clé qu'en travaillant sur les meurtres qu'on a commis, parfaitement intégré dans une équipe de profileurs? Laissez-moi interroger l'agent Reid : avec moi, il craquera en moins d'une heure.

Emily trembla, se souvenant parfaitement de l'attitude de Spencer, ce matin, lorsqu'il s'était retrouvé en face de Roger.

S'il y avait un interrogatoire, il le tuerait, chuchota faiblement une voix dans son esprit.

Abasourdie, Prentiss ne sut pas au juste si cette pensée s'adressait à l'inspecteur ou à Reid, mais fit aussitôt taire ce murmure inquiétant. Derek, fulminant et contenant avec peine sa rage, secoua vivement la tête et cracha son refus au visage de l'inspecteur toujours imperturbablement calme :

-Reid n'a rien fait : vous n'avez pas à l'interroger !

Roger planta son regard froid dans les yeux de Morgan et demanda sèchement :

-Vous le couvrez ?

Emily, immobile, observa un instant les deux hommes se dévisager avec mépris, dans un silence absolu. Elle était tourmentée par les paroles lucides de l'inspecteur : étaient-ils aveuglés à ce point ? Son esprit refusait pourtant toujours catégoriquement de mettre le comportement de Reid sur le compte d'une folie meurtrière.

C'était impossible, inconcevable et insensé. C'était Reid. Leur Reid. Son Reid.

Ses mains tremblèrent un instant contre ses cuisses. Ce frémissement parcourut ses bras ballants et ses jambes raides. La tension dans la pièce était à son paroxysme, quand Morgan, le regard rivé sur l'inspecteur, finit par répondre avec un calme visiblement feint :

-Non. Spencer n'est pas un tueur. Nous le connaissons depuis des années : il est incapable de faire de telles choses. Jamais nous ne couverions un tueur. Jamais !

Une veine battait violemment dans le cou de Morgan et son torse se soulevait rapidement, sous l'effet de l'indignation et de la colère. L'inspecteur sourit sans joie et leva les mains.

-Soit.

Prentiss était prise de vertiges étranges. Elle continua, malgré ce frénétique et désagréable frétillement qui grouillait sous sa peau, rongeant ses certitudes, à regarder les deux mâles alpha se toiser. Des bruits de pas interrompirent ce silencieux combat et annoncèrent l'arrivée de la police scientifique.

D'un accord tacite, les deux hommes tournèrent la tête et s'ignorèrent. Morgan s'éclipsa de la pièce d'à côté pour continuer son inspection des lieux et Roger, visiblement de mauvaise humeur, se dirigea vers les hommes de la scientifique pour leur indiquer ce qu'ils devaient chercher. Emily, abasourdie, resta immobile, au milieu de la cuisine. Une partie d'elle ne pouvait qu'approuver ce que venait de dire l'inspecteur, mais une autre, la plus forte, refusait catégoriquement de penser à Reid comme un possible coupable.

Un possible tueur.

La voix de Morgan, provenant du premier étage, la sortit aussitôt de ses pensées :

-J'ai trouvé quelque chose! Par ici !

Un frisson parcourut le corps de la jeune femme, mais elle chassa toute appréhension pour se concentrer sur l'enquête : même si elle se sentait totalement subjective vis-à-vis de Reid et que sa vue était tronquée par l'amitié, elle connaissait Spencer par cœur. Quoiqu'en dise Roger, il n'était pas un tueur.

Elle se dirigea d'un pas pressé vers le corridor, accompagnée des quatre hommes de la police scientifique et de l'inspecteur Roger. Sa gorge était sèche et son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine.

Elle en venait presque à secrètement espérer que Harper Hillman soit leur homme, ce qui la libèrerait de ses doutes, de cette douleur lancinante qui lui transperçait le corps et de cet angoissant mauvais pressentiment.

L'escalier débouchait sur un petit couloir bordé de portes ouvertes. Morgan sortit aussitôt d'une pièce et leur fit un signe de la main pour qu'ils s'approchent. Le souffle court, Emily s'avança en premier et pénétra dans une chambre au lit parfaitement fait. Elle était spacieuse, agréable et largement éclairée par une grande fenêtre qui donnait sur le jardin négligé, transformé en forêt vierge.

Les yeux de Prentiss glissèrent sur le sol à la recherche de sang sur le balatum, puis sur les murs, s'évertuant à trouver la moindre éclaboussure ou tache suspecte… Avant qu'elle ne pose la question, Derek indiqua un pan de mur où l'on distinguait nettement la trace laissée par un objet rectangulaire.

-Un miroir…

Prentiss se rendit à peine compte qu'elle venait de prononcer elle-même les mots tant redoutés. Elle baissa à nouveau les yeux et regarda le sol impeccable. Roger s'adressa aussitôt aux scientifiques :

-Recherchez les traces de sang à cet endroit…

Les quatre hommes posèrent leurs mallettes et sortirent rapidement leur matériel, s'exécutant en silence. L'un deux, âgé d'environ une quarantaine d'années, se leva et alla fermer les tentures, occultant les chaleureux rayons du soleil et plongeant la pièce dans une froide pénombre. Un autre, un peu plus jeune que le premier, aspergea le sol de luminol… Aussitôt une énorme tache bleue, fantasmagorique et sinistre, se mit à scintiller lugubrement sous leurs yeux.

Le troisième scientifique, une femme d'une cinquantaine d'années aux traits peu avenants, se mit aussitôt à photographier la scène de crime ainsi révélée, pendant que le quatrième, un jeune homme qui semblait ne pas avoir la majorité, prenait un échantillon de sang avant de l'introduire dans une petite plaquette blanche. Le regard de Prentiss glissa sur ce dernier qui annonça d'une voix fluette :

-Il s'agit bien de sang humain. Nous l'analyserons pour avoir de plus amples informations…

Les traits déformés, rendus inquiétants par l'ambiance sinistre produite par ce sang qui brillait d'un éclat bleu et glacial, l'inspecteur siffla et s'exclama avec véhémence :

-Faite ! Mais nous savons tous qu'il s'agit du sang d'Harper Hillman et qu'une personne a essayé de nous mener en bateau en nous faisant croire qu'il s'agissait de notre homme.

Le souffle court, Prentiss dévisagea un instant le visage de Roger, ferme et crispé, et sut parfaitement à quoi –ou plutôt à qui – il pensait en prononçant cette phrase. Elle remarqua que Morgan se retenait péniblement de faire avaler son poing à Roger et se mit aussitôt à trembler.

Pourquoi ne pouvait-elle désormais plus s'empêcher d'être de l'avis de l'inspecteur, même si cela était tout à fait absurde ?

Elle eut un nouveau vertige et fut submergée par une puissante nausée. Elle tenta de prendre une grande inspiration pour se calmer, mais n'y arriva pas. Sa respiration était bloquée. Son sang se mit à battre à toute allure dans ses membres, ses tempes, son crâne et la migraine se déclara enfin, avec une violence inattendue. L'ambiance de la pièce, les doutes, l'inquiétude, la tension, le manque de sommeil, tout se mélangeait en elle et l'opprimait horriblement.

Sans dire un mot, elle sortit brusquement de la pièce, à la recherche d'un peu d'air, loin de ces traces de sang, loin de cette scène de crime, de toute cette obscure histoire. Elle entendit vaguement Morgan l'appeler, mais elle s'engagea dans l'escalier, les dents serrées pour ne pas vomir. Arrivée au rez-de-chaussée, elle se mit à courir pour sortir de cette maudite maison. Elle ouvrit la porte d'entrée sans hésiter et se retrouva sur le devant de la bâtisse.

Un hoquet nerveux annonça la première goulée d'air qu'elle aspira avidement, les larmes aux yeux. Comment pouvait-elle douter de Reid ? Comment pouvait-elle suggérer que son ami ait commis de tels actes ?

Elle ferma les yeux et tenta de se calmer. Que leur principal suspect ait été supprimé par le tueur ne signifiait en rien que Spencer était coupable, simplement qu'il avait commis une erreur.

Prentiss se mordit légèrement la lèvre et rouvrit les yeux pour observer cette rue paisible qui cachait en son sein une maison au sol imbibé de sang. Emily respira profondément pour contenir ce trop plein d'inquiétudes et parvint rapidement à se reprendre en main.

Même s'il était impossible, selon elle, que Reid ait fait tout ceci, elle se promit de le surveiller pour déceler la moindre preuve de sa culpabilité

Comme de son innocence.

Sa jambe droite tressautait nerveusement. Il avait beau se concentrer pour stopper ce mouvement frénétique, aussitôt que son esprit pensait à la personne qu'ils allaient rencontrer et à comment cette entrevue allait se passer, l'anxiété reprenait le dessus et se traduisait par cet agaçant mouvement involontaire.

Pour la énième fois, Spencer somma à sa jambe d'arrêter d'afficher devant ses collègues cette angoisse croissante qui le gagnait. Même s'il était parfaitement conscient que ses chances de s'en sortir s'amoindrissaient au fur et à mesure que cette voiture se dirigeait vers l'université, et qu'il avait accepté depuis longtemps toutes les fins tragiques que pourrait lui apporter cette application très personnelle de la justice, il ne pouvait s'empêcher d'être terrorisé par la suite des évènements.

Son corps n'était alimenté que par la peur et le plaisir. Tout le reste était annihilé par l'omniprésence de l'hôte, silencieux, mais pourtant oppressant. Cet instinct meurtrier n'était tourné que vers un objectif : tuer le préfet, quelles qu'en soient les conséquences.

Il ne savait plus au juste s'il voulait –lui- tuer cet homme où si le monstre contrôlait ses besoins les plus primaires et le forçait à le vouloir, mais il ressentait un profond désir de torturer ce type qui l'avait abandonné à son sort, qui s'était déchargé de toutes ses responsabilités pour un petit paquet de fric, pour préserver le prestige de l'université ainsi que la réputation de ses plus illustres donateurs.

Un profond dégoût le submergea et une foultitude d'images affleura la surface de son esprit. Il les repoussa aussitôt fermement, refusant catégoriquement de se laisser emporter par ces horribles réminiscences en présence de ses collègues.

Son regard se posa sur Hotch et Rossi qui discutaient tranquillement à l'avant du véhicule, sans lui prêter attention. Il se demanda un instant comment réagir si le préfet le désignait comme étant le tueur en série que toute la ville cherchait devant ses collègues…

Devait-il les abattre, comme le conseillait l'hôte, ou juste descendre le préfet et se laisser arrêter par ses collègues ? L'une et l'autre de ses possibilités comportaient leur lot d'inconvénients.

D'une part, s'il abattait ses collègues –encore fallait-il y arriver du premier coup en face d'Hotch, tireur hors pair qui pourrait le descendre avant même qu'il ne dégaine son arme-, le préfet aurait sans doute la possibilité de prendre la fuite et les deux –voire multiples, puisqu'il n'était pas sûr d'arriver à les descendre d'une seule balle chacun- coups de feu attireraient enseignants et élèves. Abattre tout ce petit monde qui se dresserait sur sa route ne serait pas aisé… Impossible, même.

D'autre part, s'il tirait sur le préfet, la mort de ce dernier serait bien trop rapide et bien trop douce, pour une ordure pareille… Et puis, il devrait ensuite affronter le regard de ses deux « amis », l'arme encore fumante en main et des éclaboussures de sang partout sur le corps.

Il grimaça imperceptiblement et chassa aussitôt cette image de son esprit : lire la déception dans leurs yeux serait la pire des tortures qu'on pourrait lui infliger. Un instant, il se remémora le visage de sa mère lorsqu'elle avait compris qu'il avait menti et qu'il était loin d'être le fils parfait…

Il avait eu l'impression de lui briser le cœur et d'être relégué au plan des déchets…

Il balaya mentalement ce souvenir de son esprit, le souffle court, et écouta les battements erratiques de son cœur qui résonnaient dans l'habitacle, se mêlant au vrombissement du moteur et à la discussion animée de ses collègues. Il entendit vaguement quelques noms d'anciens et insipides professeurs à interroger et fut soulagé de ne pas entendre celui du professeur Jadoul…

Peut-être est-il mort, se réjouit une voix limpide dans son esprit.

Ce tyrannique professeur d'histoire, après que Spencer lui ait fait remarquer une erreur chronologique dans son cours, avait tout mis en œuvre pour faire de son quotidien, un véritable calvaire.

Ce pourri avait incité les autres élèves à le brimer en se moquant ouvertement de lui à chaque cours. Un élan de colère fouetta son corps et il dut se faire violence pour réprimer les grognements qui lui chatouillaient la gorge.

Il fallait qu'il se calme.

Il prit une grande inspiration puis remarqua avec une certaine exaspération que sa jambe tressautait de plus belle. Il soupira et, vaincu, la laissa s'agiter comme un cadavre parcouru de soubresauts, avant de laisser son regard glisser sur les façades des maisons qui défilaient autour d'eux. Reid émit alors un discret glapissement et avala avec difficulté sa salive :

Il reconnaissait parfaitement ces rues pour les avoir de nombreuses fois arpentées en se rendant aux cours et en en revenant. Après un bref calcul, il se crispa violemment :

Plus que quelques minutes de répit.

A suivre…

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