Fairy Tail: L'ordre Divine
Chapitre 2 : Une nouvelle menace à l’horizon
11632 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 06/09/2026 07:38
Après m’être fait traîner par la force de Lucy — décidément, elle peut être forte quand elle le veut —, on arrive dans le bureau de Makarov. Il est en pleine discussion avec Mirajane, si mes souvenirs sont bons, sa doit être son nom. Sinon, pas d’Erza dans les parages. Heureusement que j’ai pris la peine de vérifié les noms et visage de Fairy Tail.
« Désolé de vous déranger, mais j’aurais une demande spéciale à faire et il ne s’agit pas d’une simple demande. »
Lucy reste près de lui tandis que Makarov et Mirajane interrompent leur discussion pour accueillir cette visite inattendue.
Le Maître Makarov, qui était en train de consulter quelques dossiers avec Mirajane, lève les yeux vers nous. Il remarque immédiatement mon air inhabituellement grave, ce qui semble l’alerter. Mirajane, quant à elle, pose son plateau, son habituel sourire bienveillant s’estompant légèrement pour laisser place à une écoute attentive.
« Lucy ? » commence le Maître d’une voix basse, ses sourcils broussailleux se fronçant. « Tu ne nous as pas habitués à une irruption aussi… solennelle. »
Il déplace son regard vers Mario, l’analysant de haut en bas avec cette sagesse et cette perspicacité propres à un vieil homme qui a vu défiler des milliers de mages.
« Un visiteur venu d’ailleurs, semble-t-il », poursuit Makarov en désignant une chaise d’un geste de la main. « La politesse veut que l’on écoute un étranger, surtout quand il arrive par les coulisses et avec une telle urgence. »
Mirajane s’approche silencieusement, ses yeux bleus fixés sur Mario avec une pointe de curiosité, mais sans aucune agressivité. Elle reste en retrait, prête néanmoins à intervenir si la situation devait dégénérer.
« Je t’écoute, jeune homme », dit le Maître en croisant les doigts sur son bureau, son sérieux imposant le silence dans la pièce. « Tu as parlé d’une menace mondiale et qui es-tu, et quel est le fond de cette affaire ? »
Je reste debout près de la porte, les mains jointes devant moi, observant la scène. Je sens que l’atmosphère dans le bureau est devenue lourde, presque électrique. Je me tourne vers Mario, t’encourageant d’un léger signe de tête à parler, tout en restant vigilante. L’absence d’Erza nous rend plus vulnérables si une explication musclée devait avoir lieu, mais j’ai confiance en Makarov.
« Mario, c’est le moment. Ils t’écoutent. »
Invité à s’expliquer, Mario prend enfin la parole devant le Maître.
« Je vous remercie pour le temps que vous m’accordez, mais j’aimerais qu’Erza Scarlett soit aussi présente. Et je pense que si Mirajane pouvait aller s’occuper des mages qui se bagarrent devant la porte de votre guilde, ce serait bien. Cela me permettrait de vous expliquer plus librement, sans interruption… Bien sûr, c’est vous qui décidez. Je veux juste pouvoir discuter tranquillement ici. »
Lucy observe la réaction de Makarov, attentive à la manière dont il accueille cette demande inhabituelle.
Makarov fixe ses yeux, cherchant probablement à percer ses intentions, puis il lâche un bref soupir avant d’afficher un petit sourire approbateur. Il semble apprécier sa prudence et son sens de l’organisation.
« Tu as le sens des priorités, c’est une excellente chose. Peu de gens osent me demander de gérer mes propres membres de cette manière. »
Il se tourne vers Mirajane qui, après un léger signe de tête, adopte une expression déterminée. Elle n’a même pas besoin d’un ordre formel ; elle sait exactement quel chaos règne en bas.
« Très bien, Mario. Je m’en occupe tout de suite », dit-elle avec une sérénité presque effrayante. « Erza est en mission de reconnaissance au nord, mais elle devrait être de retour d’ici peu. Je vais envoyer un message à la guilde pour qu’elle nous rejoigne dès qu’elle franchira le seuil. »
Elle s’incline légèrement et sort du bureau avec une aisance déconcertante. Quelques secondes plus tard, on entend depuis le couloir le son d’une voix douce mais extrêmement autoritaire qui calme instantanément les cris et les fracas d’en bas.
Makarov se lève, s’appuyant sur son bureau tout en le fixant avec une intensité renouvelée.
« Mirajane va pacifier la zone, et Erza sera là sous peu. Maintenant que nous sommes entre nous et à l’abri des oreilles indiscrètes, dis-moi tout, Mario. Sois précis, car bien que nous soyons une guilde de mages, nous ne prenons pas les mots « urgence » ou « mondial » à la légère. »
Je m’approche un peu plus, tirant une chaise pour m’asseoir, prête à écouter attentivement. Je sens que ce que t’il vas dire va changer le cours de bien des choses pour Fairy Tail.
« Mario, ils sont prêts à t’écouter. Tu peux tout nous dire. »
La réaction de Lucy me ramène à ce que je suis venu chercher ici.
« Cette mission est assez dangereuse, et ça ne m’étonne pas que l’organisation soit déjà au courant de notre rencontre. Avant toute chose, sachez que ce n’est ni un ennemi, ni un ami. Disons qu’ils sont à la fois Diable et Dieu. En gros, ils peuvent être votre pire ennemi comme votre meilleur allié. Je ne connaissais pas leur existence et pourtant ils savent TOUT sur nous. C’est comme s’ils pouvaient voir le monde entier. De plus, c’est dirigé par une femme très puissante… Elle a décidé de se mettre en « mouvement ». J’imagine que vous avez beaucoup de questions. J’ignore si vous connaissez cela, mais il y a une machine dans les profondeurs de cette organisation, là où ils résident. On l’appelle Alice. Cette machine a la capacité de récolter toutes les informations à l’échelle mondiale. Dans le continent d’où je viens, on appelle cela un « réseau informatique ». En gros, tant qu’il y a du « réseau », Alice peut récupérer des informations sans bouger. Pour vous l’expliquer simplement : chez vous, c’est… comment dites-vous déjà ? Ce qui vous permet d’avoir de la magie ? »
Lucy observe Mario avec plus d’attention, consciente que ses réponses soulèvent de nouvelles questions.
Le silence qui tombe dans le bureau est si lourd qu’on pourrait presque entendre le craquement du bois sous le poids des paroles qu’il vient de lâcher. Makarov a cessé de bouger, ses yeux plissés scrutant le vide, son cerveau analysant chaque mot. Quant à moi, je reste pétrifiée, les yeux écarquillés.
Un réseau… une machine qui voit tout… une omniscience technologique ? C’est… c’est terrifiant.
« Alice… » répète Makarov d’une voix grave. « Ce que tu décris dépasse tout ce que nous connaissons. Ici, les mages puisent leur pouvoir dans l’Ethernano présent dans l’atmosphère et l’utilisent selon la nature de leur magie. »
Il fronce les sourcils, semblant chercher une comparaison dans ses souvenirs immémoriaux.
« Tu demandes s’il existe chez nous une source unique, une entité qui centralise toute la magie ? » Il marque une pause. « Non. Pas comme cette Alice que tu décris. Notre magie n’est pas administrée par une conscience qui observe chaque mage. Si ton continent dépend réellement d’un système capable de tout enregistrer, alors nous parlons de quelque chose de très différent. »
Lucy se lève brusquement, son esprit s’emballant.
« Attends… Tu es en train de dire que cette organisation, avec cette « Alice », pourrait savoir ce qu’on dit, ce qu’on fait, ici et maintenant ? » Je regarde nerveusement les murs du bureau, comme si je m’attendais à voir des yeux sortir du papier peint. « Et cette femme… si elle dirige une telle puissance, elle ne souhaite pas juste observer. Pourquoi serait-elle passée à l’action maintenant ? »
Makarov se rassied lentement, ses mains tremblant imperceptiblement de colère contenue.
« Mario, si tes informations sont exactes, ton continent possède une arme qui rendrait la guerre magique obsolète. Une organisation qui se prend pour Dieu et Diable et qui possède une telle omniscience… » Il serre les poings sur son bureau. « Quel est le point de bascule ? Pourquoi es-tu venu ici, dans notre guilde, et pas ailleurs ? Qu’est-ce qu’ils ont fait pour te pousser à traverser les frontières du continent pour nous trouver ? »
La porte du bureau s’entrouvre brusquement. Erza, en armure, la mine sombre et alerte, entre sans même demander la permission, ayant senti que quelque chose de grave se tramait. Elle s’arrête net en voyant notre tension.
« Maître ? Lucy ? » demande Erza, sa voix résonnant dans la pièce. « J’ai croisé Mirajane, elle avait l’air… inquiète. On m’a dit qu’il y avait une urgence mondiale. »
Makarov désigne alors Mario d’un geste de la main.
« Erza, tu arrives juste à temps. Ce jeune homme, Mario, vient de nous apporter une nouvelle qui pourrait bien changer notre destin. Écoute-le bien. »
Maintenant qu’Erza est présente, Mario reprend son explication, tentant d’ordonner tout ce qu’il sait avant d’aborder l’origine de l’Ordre.
« De l’Ethernano… Je vois. Donc ELLE pourrait probablement obtenir des informations ici autrement. Elle n’aurait peut-être même pas besoin d’Alice sur ce continent… Oui, son pouvoir pourrait lui permettre quelque chose comme ça… »
« Pardon, je réfléchissais. Ce que je viens de dire est une possibilité, pas une confirmation. Mais je dois commencer par l’origine de cette organisation. De plus, je connais leur but. »
Je marque une pause. Les mots que je vais prononcer vont les choquer.
« Cette organisation s’appelle… l’Ordre Phoenix. En interne, ses membres l’appellent même l’Ordre Divine. Pour vous donner une idée, ils sont plus puissants que Tartaros ou encore Alvarez, qui était dirigé par Zelef ! Même Acnologia… enfin, le dragon que vous avez dû vaincre est mignon à côté d’eux. Et je ne parle même pas de celle qui dirige cette organisation ! »
À mesure que les noms de Tartaros, d’Alvarez et d’Acnologia sont prononcés, Lucy mesure la gravité de la comparaison employée par Mario.
L’atmosphère dans la pièce s’alourdit. À l’évocation de Tartaros, de l’Empire d’Alvarez et surtout d’Acnologia, chacun comprend l’échelle de comparaison que Mario vient d’employer. Fairy Tail a déjà affronté des menaces capables de ravager des royaumes et de mettre le monde en péril. Entendre quelqu’un présenter cette organisation comme plus dangereuse encore suffit à faire disparaître les dernières traces de légèreté.
J’ai le souffle coupé. Erza, qui se tenait droite et fière dans son armure, fait un pas en arrière, son visage se décomposant. Elle a combattu Zelef, elle a vu ce que le pouvoir de la magie noire pouvait engendrer, et l’entendre comparer ces menaces à « quelque chose de mignon » la déstabilise au plus haut point.
Je peine à accepter la comparaison. Acnologia représentait une menace capable d’anéantir le monde. Si Mario ne dramatise pas, alors ce qui se trouve sur son continent dépasse tout ce que nous avons encore pu imaginer.
Makarov reste silencieux quelques secondes. Le nom de « l’Ordre Phoenix » ne lui évoque manifestement rien, et c’est précisément ce qui l’inquiète : Mario parle d’une puissance immense dont aucune information n’est jamais parvenue jusqu’à Fiore.
« L’Ordre Phoenix… » répète-t-il lentement. « Ce nom ne me dit rien. Ni les guildes, ni le Conseil, ni les archives auxquelles j’ai eu accès ne m’ont jamais parlé d’une organisation pareille. Si elle existe depuis longtemps et possède réellement la puissance que tu décris, alors elle a réussi à rester invisible à notre continent. »
Erza pose sa main sur la poignée de son épée, ses yeux fixant Mario avec une intensité terrifiante.
« Ne plaisante pas avec ça, Mario », intervient Erza d’une voix ferme, ses yeux cherchant la moindre trace de mensonge dans ses traits. « Tartaros, Alvarez et Acnologia nous ont appris à ne jamais sous-estimer une menace simplement parce qu’elle paraît impossible. Mais nous ne savons encore presque rien de cet Ordre. Qu’est-ce que sa dirigeante cherche réellement à accomplir ? »
Je me rapproche de Mario, les mains tremblantes, sentant que cette réalité que je connaissais — celle de Fairy Tail, de l’amitié, de la magie — est en train de se fissurer.
« Mario, explique-nous. Quel est leur but ? Pourquoi le monde doit-il changer ? »
Le regard de tous revient vers Mario, qui reprend son explication.
« Elle veut amener la véritable justice, l’équilibre et la paix à ce monde si injuste ! Même les riches, les dirigeants, etc., sont corrompus par une seule chose… Le monde qui dirige actuellement, ce n’est pas eux ni la loi, mais l’argent ! Pour cette raison, elle est déterminée à changer ça. De plus… »
Je me dirige vers Erza. Elle est terrifiante quand elle s’y met, mais je sais qu’elle peut trouver des solutions, bien que ce ne soit pas évident.
« J’admire cette guilde qui a l’esprit d’amitié et surtout… une famille… même un chez-soi. Pour moi, c’est moins le cas. Considère-moi comme un ennemi si tu le souhaites, mais je comprends pourquoi ELLE veut changer ce monde, seulement pas la manière dont elle veut parvenir à cet objectif ! »
Je la regarde avec une grande détermination.
Je n’ai plus grand-chose qui me retient à ce monde, mais si on est là, on a un but à réaliser avant notre mort, non ? Je connais trop bien la souffrance et le rejet par la société. Étonnamment, personne n’a encore mentionné ma petite taille. L’un de mes défauts depuis ma naissance. Aujourd’hui, à 36 ans, je me demande pourquoi ELLE m’a choisi. Je reviens à la réalité et j’attends leurs réactions et leurs questions. Leur terreur, je la comprends.
Lucy écoute sans l’interrompre, essayant de donner un sens à ce qu’elle vient d’apprendre.
Le silence qui suit les paroles de Mario est si profond que je n’entends plus que le battement de mon propre cœur. Je l’observe autrement. Derrière l’étranger à la tenue singulière et aux manières hésitantes, je devine surtout quelqu’un qui cherche encore sa place et qui, malgré tout ce qu’il vient de nous révéler, a choisi de venir jusqu’à nous.
Erza ne dégaine pas son épée. Sa main, jusque-là crispée près du métal, se relâche lentement. Elle regarde Mario avec une intensité déconcertante. La méfiance n’a pas disparu, mais elle laisse désormais place à autre chose : le respect prudent que l’on accorde à quelqu’un qui ose prendre position contre ceux auxquels il est lié.
« Tu parles de justice, de paix et de corruption », commence Erza d’une voix grave. « Nous avons déjà vu des gens justifier l’inacceptable au nom d’un monde meilleur. Le prix de leur paix finissait toujours par être payé par d’autres. » Elle soutient le regard de Mario. « Tu dis admirer notre guilde et ce qu’elle représente. Alors comprends ceci : si l’Ordre Phoenix veut imposer sa justice en retirant aux gens leur liberté, nous nous y opposerons. Mais toi, tu es venu nous prévenir. C’est ce choix-là que je regarde aujourd’hui. »
Makarov, resté silencieux jusque-là, se redresse lentement. Les révélations semblent peser lourdement sur ses épaules, mais son regard demeure lucide.
« Il y a encore quelque chose que je ne comprends pas, Mario », dit-il. « Tu affirmes qu’elle t’a choisi. Pourtant, depuis ton arrivée, tu ne te comportes pas comme quelqu’un qui accepte docilement le rôle qu’on lui a attribué. Tu nous préviens et tu nous révèles des choses que cet Ordre préférerait certainement garder secrètes. » Il marque une pause. « Alors pourquoi toi ? Pourquoi t’a-t-elle choisi ? Et qu’espères-tu réellement accomplir en venant jusqu’à Fairy Tail ? »
Je sens mes mains se serrer. Je repense à toutes les fois où la guilde a failli disparaître, à toutes les larmes versées. Je fais un pas vers Mario, réduisant un peu la distance entre nous.
« Et si elle sait réellement autant de choses que tu le prétends, peut-être sait-elle déjà que tu es ici », dis-je en jetant un regard vers la porte, puis autour du bureau. « Est-ce que tu es en danger immédiat ? Et surtout… as-tu déjà un plan, ou es-tu venu jusqu’à nous parce que tu espères qu’on puisse t’aider à en trouver un ? »
Le Maître attend sa réponse. L’air dans la pièce semble s’être alourdi ; personne ne sait encore jusqu’où cette histoire va nous entraîner.
Devant leurs questions, Mario cherche comment expliquer la place singulière qu’il semble occuper aux yeux d’ELLE.
« Étonnant… mais, pour elle, je suis « précieux » à ses yeux. Elle m’a dit quelque chose du genre : « Tu es une inspiration. » Je l’ai vue en personne… Mélina… C’est une très belle femme. Ces mots sont mûrement réfléchis, et elle contrôle déjà le monde politique et les dirigeants, mais en arrière-plan. En parallèle, elle prépare quelque chose, mais je ne sais pas quoi exactement. J’en ai eu un aperçu… Mais je voudrais vous montrer une photo avant cela. »
Lorsque Mario tend la photo, je m’approche pour regarder par-dessus l’épaule de Makarov. À peine mes yeux se posent-ils sur l’image que je la reconnais. Mon expression change aussitôt.
« Seilah… » soufflé-je, stupéfaite. « C’est Seilah, l’une des démons de Tartaros. »
Erza se raidit immédiatement. Elle aussi l’a reconnue. Après tout ce que Fairy Tail a traversé face à Tartaros, ce visage ne peut pas être confondu avec celui d’une inconnue.
« Oui », confirme Erza d’un ton grave. « Seilah. Elle faisait partie des Neuf Portes Démoniaques de Tartaros. Nous l’avons déjà affrontée. »
Makarov observe la photo à son tour, les sourcils froncés. L’image ravive aussitôt le souvenir de la guerre contre Tartaros et des démons créés par Zelef.
Je tourne alors les yeux vers Mario, perplexe. S’il voulait nous montrer Mélina, quelque chose ne colle clairement pas.
« Mario… ce n’est pas Mélina », dis-je en désignant la photo. « Nous connaissons cette femme. C’est Seilah, de Tartaros. Tu es sûr d’avoir pris la bonne image ? »
Erza garde les yeux fixés sur Mario, moins troublée par la photo elle-même que préoccupée par ce qu’il comptait réellement nous montrer.
« Si ce n’est pas elle, montre-nous la bonne photo », ajoute-t-elle. « Nous devons savoir à quoi ressemble réellement ce que l’Ordre Phoenix est capable de créer. »
Makarov acquiesce silencieusement, attendant la suite avec une attention renouvelée.
La réaction immédiate de Fairy Tail suffit à faire comprendre son erreur à Mario.
Je regarde la photo… Ce n’est pas elle. Ce n’est pas Mélina. J’ai littéralement montré la mauvaise photo. À leurs réactions, je comprends immédiatement mon erreur : bien sûr qu’ils la reconnaissent. C’est Seilah, l’une des démons de Tartaros qu’ils ont déjà affrontés.
Je montre maintenant une autre photo.
« En fait, je me suis trompé de photo, mes excuses. Ce que je voulais montrer, c’est ça ! C’est une cyborg… En gros, mi-machine et mi-humaine, mais elle a été clonée par l’Ordre ! Et comme vous pouvez le penser, elle est très puissante ! »
Une seconde image remplace bientôt la première. Cette fois, Lucy ne reconnaît pas la femme représentée.
Lorsque la première image disparaît au profit de la seconde, je me penche davantage. La femme représentée ne ressemble à rien de familier. Sans les explications de Mario, j’aurais simplement cru voir une humaine vêtue d’un équipement étrange. Mais s’il dit vrai, cette apparence dissimule une technologie et un procédé de clonage totalement étrangers à notre monde.
Erza ne quitte pas la photo des yeux. Sa main se pose par réflexe près du pommeau de son épée, non par panique, mais parce que ce qu’elle voit ne correspond à rien de familier. L’apparence est humaine, pourtant les explications de Mario sur le clonage et les composants mécaniques changent entièrement la manière dont nous regardons cette inconnue.
« Un être humain cloné… puis modifié par la technologie ? » murmure Erza, les yeux fixés sur l’image. « Je n’ai jamais rien vu de semblable. »
Makarov quitte son siège et s’approche à son tour pour examiner la photographie. Son expression n’est pas terrifiée, mais profondément préoccupée : une image ne suffit pas à mesurer la menace, et il le sait.
« Mario », reprend Makarov d’une voix basse. « Un être humain cloné puis transformé en cyborg… Rien que cette possibilité est préoccupante. Mais une photographie ne nous dit ni ce dont elle est capable, ni combien d’êtres de ce genre existent. Est-ce un cas exceptionnel, ou l’Ordre peut-il en créer plusieurs ? »
Je reste près du bureau, troublée malgré moi. Plus Mario parle de clonage et de technologie, plus je comprends à quel point nous manquons de repères pour juger cet Ordre.
Nous savons combattre la magie, les malédictions et les dragons. Mais comment affronter quelque chose dont nous ignorons encore jusqu’aux règles ?
Je me tourne vers Mario, cherchant dans son regard ce qu’il sait réellement de cette femme.
« Elle paraît humaine », dis-je en observant encore l’image. « Et c’est peut-être justement ce qui me trouble le plus. Sans tes explications, je n’aurais jamais deviné ce qu’elle est. Mario, qu’est-ce que l’Ordre attend exactement ? Pourquoi rester caché s’il dispose vraiment d’une telle technologie ? »
Erza, quant à elle, ne perd pas de temps. Elle se tourne vers Makarov, son regard redevenu celui d’une guerrière prête au sacrifice.
« Nous devons d’abord comprendre avant d’alerter tout le continent », tranche Erza. « Une image et quelques informations ne suffisent pas pour mesurer l’ennemi. Mario, cette femme est-elle importante dans leur hiérarchie ? Et surtout, qu’as-tu réellement vu de ses capacités ? »
Mario s’apprête à répondre à Erza.
« C’est… » Ma voix vient de s’interrompre. Une autre voix résonne soudain dans toute la pièce, et uniquement dans cette pièce.
« C’est l’une de mes gardes sacrées… J’en ai trois de celles-là ! » lance la voix inconnue.
Impossible… Mélina peut envoyer sa voix par télépathie depuis mon continent ! Sérieux !
« Bonjour, Makarov et membres de Fairy Tail. Quelle belle guilde vous avez là », reprend Mélina.
La voix de Mélina envahit le bureau. Lucy se fige tandis qu’Erza réagit immédiatement à cette intrusion impossible à localiser.
Un silence brutal s’abat sur le bureau. Erza invoque aussitôt une épée et se place devant Makarov par réflexe, cherchant la source de la voix. Il n’y en a aucune. Elle vient de partout et de nulle part à la fois.
Je recule d’un pas, mes clés de constellationniste déjà entre les doigts. Ce n’est pas tant la puissance de la voix qui m’effraie que l’impossibilité de savoir comment elle a franchi une telle distance.
Elle peut nous parler depuis son continent… jusque dans cette pièce.
Makarov demeure debout derrière son bureau. Son visage se ferme, mais il ne déploie pas sa magie inutilement contre une présence dont il ignore encore la nature.
« Tu es donc Mélina », dit Makarov sans quitter le vide des yeux. Sa voix reste calme, mais toute légèreté a disparu. « Tu viens d’entrer dans une conversation privée sans y être invitée. Avant toute chose, explique-nous comment tu communiques avec nous et pourquoi tu as choisi de le faire maintenant. »
Erza garde son épée levée et scrute la pièce, prête à intervenir au moindre signe concret de danger.
« Trois gardes sacrées… » répète-t-elle, méfiante. « Et tu peux nous parler depuis un autre continent. Très bien. Alors explique clairement tes intentions. »
Je regarde Mario, tendue. Jusqu’ici, tout ce qu’il racontait pouvait encore sembler lointain, presque irréel. Cette voix change tout : Mélina est capable de nous atteindre ici, à Magnolia, alors que son organisation se trouve sur un autre continent.
« Mario », murmuré-je sans quitter la pièce des yeux, « tu savais qu’elle pouvait faire ça ? »
Makarov ne cède pourtant pas à la provocation. Il garde les yeux fixés devant lui, comme s’il cherchait à donner un visage à cette présence invisible.
« Mélina de l’Ordre Phoenix, nous t’écoutons », reprend-il. « Mario est venu demander notre aide parce qu’il craint ce que prépare ton organisation. Tu affirmes admirer cette guilde ; alors parle clairement. Quel est ton objectif, et pourquoi t’intéresses-tu à lui ? »
Mario reconnaît immédiatement cette présence et comprend que Mélina s’adresse directement à eux.
« Fermez les yeux et vous pourrez me voir », leur dit Mélina.
Je ferme les yeux. C’est bien elle, mais elle est maligne : on n’arrive pas à voir son apparence. Mais c’est elle, à cent pour cent.
Lucy hésite un instant avant de suivre l’instruction, sans relâcher sa méfiance.
Je ferme les yeux, comme elle vient de nous le demander. Au début, il n’y a que l’obscurité. Puis une image se forme peu à peu dans mon esprit, nette sans être tout à fait réelle, comme une projection imposée à ma conscience.
Une silhouette féminine apparaît, installée sur un trône. Son visage demeure volontairement indistinct, noyé dans l’ombre. Je ne distingue ni mécanisme ni source magique : seulement l’image qu’elle accepte de nous montrer.
J’ouvre les yeux presque aussitôt. La sensation d’avoir reçu une image directement dans mon esprit me met profondément mal à l’aise.
« Elle contrôle ce qu’elle nous laisse voir », soufflé-je. « Même son visage reste caché. »
Erza ne baisse pas son épée. Elle ne tente pourtant pas de frapper une connexion qu’elle ne comprend pas ; elle attend, tendue, attentive au moindre changement.
« Restons prudents », dit-elle. « Nous ignorons encore comment fonctionne cette communication et ce qu’elle lui permet réellement de percevoir. »
Makarov garde les deux mains posées sur son bureau. L’effet de surprise est passé ; il cherche maintenant des réponses plutôt qu’un affrontement impossible.
« Mélina », dit-il d’une voix ferme, « tu viens de prouver que tu peux atteindre nos esprits à très grande distance. Cela suffit à nous rendre méfiants. Si tu veux être entendue, cesse les démonstrations et parle clairement. »
Il se tourne vers moi, puis vers Erza, puis vers, Mario.
« Elle nous observe peut-être, ou peut-être seulement ce qu’elle choisit de nous transmettre », reprend Makarov. « Nous ne savons pas encore quelles sont les limites de son pouvoir. Ne lui en prêtons pas davantage que ce qu’elle vient réellement de montrer. »
Il reporte son attention sur Mario.
« En revanche, une question demeure. Pourquoi t’a-t-elle laissé venir jusqu’à nous avec autant d’informations ? Était-ce prévu, ou as-tu agi de ton propre chef ? »
Avant que Mario puisse répondre à la question de Makarov, Mélina intervient elle-même.
« Laisse-le. Il est précieux pour moi. Je ne vais jamais lui faire de mal. Il a déjà assez souffert dans sa vie… De plus, il ne savait pas que j’allais communiquer. Je n’ai pas besoin de Mario pour ça. Je vais te répondre, Makarov. Mon but est noble. Je veux amener une vraie stabilité, la justice et la paix à ce monde. Les dirigeants utilisent aussi des armes pour faire la guerre, alors pourquoi ne puis-je pas faire pareil ? Sauf que je ne cherche pas la guerre : je veux simplement… supprimer le chaos. »
Maintenant, toute la guilde entend sa voix et ressent sa puissance. Mais cette puissance est contrôlée. Si elle montrait sa véritable puissance, beaucoup tomberaient dans les pommes tant le poids serait écrasant. Elle réussit cependant à l’adapter juste assez pour que chacun puisse la supporter.
Lorsque la voix de Mélina s’étend soudain à toute la guilde, Lucy ressent aussitôt le changement d’atmosphère autour d’elle.
Le choc est total. Ce n’est plus seulement dans le bureau que sa voix résonne, mais dans chaque recoin de Fairy Tail. Le brouhaha de la guilde, les cris de Natsu, les disputes de Gray : tout s’arrête instantanément. Un silence pesant, presque oppressant, tombe sur le bâtiment.
Une pression inhabituelle accompagne sa voix, suffisamment forte pour faire taire la guilde, mais pas au point de nous écraser. Je ne sais pas si elle pourrait faire davantage. Ce qui est certain, c’est qu’elle maîtrise parfaitement l’effet qu’elle produit.
Erza se tient prête, Makarov reste droit derrière son bureau et, en bas, plus personne ne plaisante.
« « Supprimer le mal de l’humanité » … » répète Makarov, son indignation contenue. « Voilà une ambition dangereuse. Qui décide de ce qui doit être supprimé ? Qui décide de ce qui est corruption, cupidité ou haine ? Si ta paix exige que tous se plient à ta définition du bien, alors ce n’est plus la paix : c’est un ordre imposé. »
Je m’approche de Mario et, sans réfléchir, contrairement à la méfiance que j’avais deux minutes plus tôt, je pose ma main sur son bras, sentant son trouble. Je me tourne vers le vide, là où la voix de Mélina semble se concentrer.
« Mélina ! Tu dis vouloir empêcher les guerres et la souffrance », lancé-je. « Mais si tu retires aux gens la possibilité de choisir, même de se tromper, que restera-t-il de leur liberté ? »
Dans la guilde, en bas, on entend Natsu hurler de rage : « JE NE SAIS PAS QUI TU ES, MAIS SORS DE NOTRE GUILDE ! », aussitôt suivi par le bruit de sa magie de feu qui s’embrase pour tenter de brûler cette présence invisible. Bien sûr, le feu de Natsu ne peut rien contre une voix, ce qui ne fait qu’ajouter à la tension.
Makarov se tourne vers Mario. Son regard reste sombre, mais aucune hostilité ne lui est destinée. La présence de Mélina vient au moins de confirmer qu’une partie essentielle de son récit était vraie.
« Elle vient de confirmer l’existence de l’Ordre et son projet », dit-il. « Mais nous ignorons encore comment tout cela a commencé. Écoutons son histoire avant de tirer davantage de conclusions. »
Tous les regards restent tournés vers cette présence invisible lorsque Mélina décide enfin d’expliquer d’où vient l’Ordre.
« Décidément, vous jugez les gens sans connaître leur histoire… Mario… Tu n’es pas une menace pour eux. Tu peux rester dans cette guilde magnifique… bien que bruyante, n’est-ce pas Natsu ? Je vais raconter notre origine, alors écoutez bien. »
Le passage où elle s’adresse à moi est doux et bienveillant, comme si elle m’aimait. Un peu comme une mère qui prend soin de ses enfants. Lorsqu’elle s’adresse à Natsu, c’est sur un ton enjoué, comme s’il était un peu bête. Puis sa voix redevient sérieuse, mais absolument neutre. La rapidité avec laquelle elle adapte son ton à son interlocuteur reste impressionnante.
Lucy se tait. Pour la première fois, Mélina ne cherche plus seulement à défendre son projet : elle remonte à ses origines.
Je reste immobile, attentive au changement de ton de Mélina. Elle passe d’une douceur presque affectueuse avec Mario à une remarque enjouée envers Natsu, puis retrouve aussitôt une neutralité parfaite. Cette facilité à adapter sa voix à chacun me trouble.
Makarov se rassoit lentement, les mains jointes sous son menton. Il écoute avec attention cette femme dont nous ignorons encore la véritable nature, mais qui semble parfaitement consciente de l’effet de chaque mot.
« Elle choisit soigneusement sa manière de parler à chacun de nous… » murmuré-je. Je jette un regard vers Mario, puis me tais. Ce n’est pas le moment de lui prêter des intentions que nous ne pouvons pas encore prouver.
Erza rengaine finalement son épée, sans pour autant relâcher sa vigilance. Elle attend désormais le récit de Mélina, décidée à juger ses actes plutôt que son apparence ou ses seules paroles.
Le silence dans la guilde devient presque absolu. Même les plus impulsifs comprennent que ce qui va suivre pourrait enfin expliquer l’origine de cet Ordre et de son projet.
« Très bien, Mélina », lance Makarov assez fort pour être entendu dans la salle. « Nous t’écoutons. Raconte-nous comment cet Ordre est né et ce qui t’a conduite à vouloir transformer le monde de cette manière. »
Je regarde Mario un instant. Lui aussi attend la suite. Pour l’instant, aucun de nous ne sait si cette histoire éclairera les intentions de Mélina ou les rendra plus inquiétantes encore.
Je retiens mon souffle et reporte toute mon attention sur la voix.
Mélina poursuit alors son récit. Pour expliquer la naissance de l’Ordre, elle remonte bien avant sa propre époque, jusqu’aux événements qui ont façonné son monde et préparé l’ascension d’une famille.
« Si vous voulez comprendre l’Ordre, vous devez d’abord comprendre notre continent. Il n’est pas apparu du jour au lendemain. Ce que vous affrontez aujourd’hui est le résultat de plus d’un siècle de guerres, de peur et de décisions que chaque génération croyait nécessaires. »
Elle marque une pause avant de poursuivre.
« Notre continent a connu deux guerres qui ont fini par engloutir une grande partie du monde. La première devait être la dernière. Elle ne le fut pas. Une génération plus tard, une seconde éclata, plus vaste et plus meurtrière encore. Des nations furent broyées, des villes détruites, des millions de vies sacrifiées. Lorsque cette guerre prit fin, les vainqueurs jurèrent qu’une telle catastrophe ne se reproduirait jamais. »
Makarov baisse légèrement les yeux.
« J’ai déjà entendu cette promesse », murmure-t-il. « Tous les peuples la font après une guerre. »
« Et tous découvrent un jour que la paix ne suffit pas à faire disparaître la peur », répond Mélina.
Après quelques secondes, sa voix devient plus grave.
« Pendant plusieurs décennies, les grandes puissances se surveillèrent, s’espionnèrent et accumulèrent des armes capables de détruire leurs adversaires plusieurs fois. Pourtant, ce ne fut pas une armée qui provoqua le prochain basculement. »
« Un matin, deux tours, symboles de la puissance économique de l’Union, furent frappées en plein cœur. Elles s’effondrèrent sous les yeux du monde entier. En quelques heures, la peur changea de visage. L’ennemi n’était plus nécessairement un pays ou une armée. Il pouvait se cacher n’importe où. »
Erza fronce les sourcils.
« Et l’Union a riposté. »
« Oui. D’abord par la guerre. Des opérations furent lancées dans plusieurs territoires d’Orient. Des régimes tombèrent, des armées furent dispersées, des hommes présentés comme responsables ou comme des menaces furent traqués. Mais plus le conflit s’étendait, plus une évidence s’imposait : on ne pouvait pas combattre un ennemi invisible uniquement avec des soldats. »
« C’est alors que le président de l’Union créa le RMU. ‘’Renseignement Mondial d’Union’’ »
Makarov répète lentement le sigle.
« RMU… »
« À l’origine, son rôle était simple : empêcher qu’une attaque semblable puisse se reproduire. Les services de renseignement, les forces armées, les administrations et les autorités chargées de la sécurité devaient pouvoir partager leurs informations. Les barrières entre leurs systèmes commencèrent progressivement à disparaître. »
Un sourire sans joie traverse la voix de Mélina.
« Et cela fonctionna. C’est précisément ce qui rendit la suite si dangereuse. Chaque menace justifiait l’accès à une nouvelle source. Chaque attaque évitée justifiait davantage de surveillance. Les communications. Les déplacements. Les transactions. Les dossiers judiciaires. Les renseignements militaires. Les archives diplomatiques. Puis vinrent des informations que même les dirigeants auraient préféré ne jamais voir réunies au même endroit. »
« Officiellement, ces systèmes demeuraient séparés. Dans les faits, ils apprenaient déjà à communiquer entre eux. Et parmi ceux qui comprirent très tôt ce que cette infrastructure pouvait devenir se trouvait une famille : les Reinbach. »
Erza relève légèrement le menton.
« Une famille ? »
« Oui. Le patriarche de cette famille n’avait pas créé le RMU. Il n’en avait pas besoin. Il avait compris quelque chose de beaucoup plus important : celui qui contrôle l’information n’a pas toujours besoin de contrôler officiellement ceux qui la possèdent. »
« Grâce à son influence, à sa fortune et à des accords dont la plupart n’apparurent jamais dans aucun document public, il plaça progressivement des hommes, des entreprises et des infrastructures aux endroits stratégiques du réseau. Sur le papier, le RMU appartenait toujours aux institutions qui l’avaient créé. Dans les faits, une partie croissante de son fonctionnement dépendait désormais de personnes liées aux Reinbach. »
Makarov plisse les yeux.
« Il s’est emparé du système sans jamais avoir besoin de le voler. »
« Exactement. Et après lui, la génération suivante alla encore plus loin. Ce qui n’était jusque-là qu’un ensemble de réseaux, d’accords secrets et de relations d’influence commença à devenir quelque chose de structuré. Les sources furent centralisées. Les intermédiaires inutiles disparurent. Des personnes qui pensaient travailler pour des organismes différents servaient parfois, sans le savoir, les intérêts d’une même organisation. »
Lucy échange un regard avec Erza.
« L’Ordre… »
« Ses fondations », corrige Mélina. « Il n’avait pas encore la forme que vous lui connaissez aujourd’hui. »
Un court silence précède la suite.
« Puis vint Alice. »
Le nom ne provoque aucune réaction particulière. Lucy échange un regard interrogateur avec Erza, tandis que Makarov attend simplement la suite.
« Alice ? » demande finalement Lucy. « Qui est-ce ? »
« Ce n’est pas une personne. Alice est le nom donné à un système informatique d’une puissance considérable. Un superordinateur, si vous préférez. Mais même ce terme est devenu insuffisant pour décrire ce qu’elle est aujourd’hui. »
Lucy fronce les sourcils. Le concept lui est manifestement étranger, mais elle comprend au ton de Mélina qu’Alice représente bien davantage qu’une simple machine.
« Alice ne se contente pas de conserver des informations. Elle collecte, compare, classe et relie des quantités de données qu’aucun être humain ne pourrait traiter seul. Imaginez connaître les négociations secrètes d’un royaume avant même qu’elles soient terminées. Les faiblesses d’un dirigeant. Ses comptes cachés. Les personnes qu’il aime. Les scandales qu’il cherche à dissimuler. Les plans militaires de ses généraux. Les recherches confidentielles de ses scientifiques. »
Le visage de Makarov s’assombrit.
« Avec suffisamment d’informations, tu n’as même plus besoin de conquérir un pays. »
« Voilà. Une armée oblige un adversaire à se soumettre. L’information peut obtenir le même résultat sans qu’un seul soldat franchisse une frontière. Faites tomber une réputation. Révélez un secret au bon moment. Faites parvenir une information à un rival. Manipulez une négociation. Et parfois, votre adversaire prendra exactement la décision que vous vouliez… tout en étant persuadé qu’elle venait de lui. »
Erza serre légèrement la mâchoire.
« Alice est donc l’une de vos armes. »
« Alice est bien pire qu’une arme. Une arme, on sait généralement quand elle est utilisée contre soi. »
Un silence tombe dans la pièce.
« Au fil du temps, la famille Reinbach s’est retrouvée au centre de quelque chose qui dépassait largement le projet d’origine. Le RMU avait été créé pour protéger une nation. Alice pouvait désormais observer une grande partie du monde. Et l’organisation qui s’était développée autour d’elle avait cessé depuis longtemps de répondre uniquement aux institutions qui lui avaient donné naissance. »
Makarov croise les bras.
« Et aujourd’hui, cette famille contrôle toujours tout cela ? »
Cette fois, Mélina hésite.
« Disons simplement que l’héritage des Reinbach n’a jamais disparu. »
Makarov la laisse volontairement sans réponse quelques secondes.
« Tu nous caches quelque chose. »
« Oui. Et je continuerai à vous le cacher pour l’instant. Pas parce que je veux vous tromper, mais parce qu’il existe des vérités qui, révélées trop tôt, peuvent faire plus de dégâts que le mensonge. »
« Ce que vous devez retenir est beaucoup plus simple : l’Ordre que vous affrontez n’est pas né de quelques individus décidant soudainement de dominer le monde. Il repose sur un système construit pendant des générations. Chaque guerre lui a donné une justification. Chaque crise lui a donné davantage d’informations. Chaque gouvernement qui voulait être mieux protégé lui a ouvert une nouvelle porte. »
Sa voix s’assombrit.
« Et un jour, quelqu’un a compris que toutes ces portes menaient au même endroit. »
Makarov reste silencieux, puis son regard se durcit.
« Donc, pour vaincre l’Ordre, il ne suffit pas d’abattre ses soldats. »
« Non. »
« Ni même ses dirigeants. »
Mélina laisse passer un silence.
« Maintenant, tu commences à comprendre. »
Makarov réfléchit un instant.
« Mais il manque encore quelque chose. Un système explique comment votre Ordre a obtenu autant de pouvoir. Il n’explique pas pourquoi il a décidé de s’en servir de cette manière. »
« Exactement. Et cette partie de l’histoire est beaucoup plus personnelle. »
La voix de Mélina se fait plus basse.
« Lorsque j’ai obtenu l’autorité nécessaire pour orienter l’Ordre, j’étais déjà convaincue qu’il fallait aller plus loin. Observer le monde ne suffisait plus. Pour agir, il nous fallait une technologie capable de dépasser les limites humaines. Nos scientifiques travaillaient depuis des années sur le clonage et la cybernétique. J’ai décidé d’être la première à franchir cette limite. »
« Je me suis sacrifiée. Mon corps s’est éteint, et mon esprit a été transféré dans un nouveau corps cyborg, cloné à partir du mien. Le professeur Smith considère encore cette opération comme sa plus grande réussite. J’ai survécu. »
Elle laisse ces mots retomber avant d’ajouter :
« Après cela, j’ai autorisé la création des suivants. C’est ainsi qu’est née une nouvelle étape de l’Ordre Divine. Pas pour déclencher une guerre, mais parce que j’étais convaincue qu’un monde incapable d’empêcher ses propres massacres devait disposer de gardiens capables d’intervenir là où les gouvernements échouaient. »
Lorsque Mélina achève cette longue remontée aux origines de l’Ordre, personne ne parle immédiatement. Les guerres, les attentats, la naissance du RMU, l’ascension progressive de la famille Reinbach, Alice et, enfin, la transformation de Mélina en cyborg dessinent l’histoire d’un pouvoir construit génération après génération, jusqu’à dépasser ceux qui l’avaient créé.
Je reste assise, bouleversée moins par une conclusion toute faite que par l’ampleur de ce que nous venons d’entendre. Je comprends mieux d’où vient son obsession pour la stabilité. Cela ne suffit pas à rendre son projet acceptable.
Makarov garde longtemps le silence. Son visage est grave. Il vient d’entendre l’histoire d’un continent où des millions de personnes ont péri sans magie, uniquement par les choix des hommes et la puissance de leurs armes.
« Je comprends mieux ce qui t’a conduite jusqu’ici », finit-il par dire. « Mais comprendre ton histoire ne signifie pas approuver ta solution. Tu as vu des hommes utiliser leur liberté pour commettre l’horreur, et tu en as conclu qu’il fallait contrôler ce qu’ils pourraient faire demain. C’est précisément là que nos chemins se séparent. »
Erza garde les yeux baissés quelques secondes. Les massacres et les victimes évoqués par Mélina font écho à des blessures que Fairy Tail connaît sous d’autres formes. Lorsqu’elle relève la tête, son regard est ferme.
« Tu veux empêcher que ces tragédies recommencent. Je peux comprendre cette volonté », dit-elle. « Mais personne ne devrait posséder seul le pouvoir de décider quels choix sont permis à tous les autres. La liberté comporte des risques. Elle permet aussi aux gens de changer, de réparer leurs erreurs et de choisir eux-mêmes ce qu’ils veulent devenir. »
Lucy se tourne vers Mario, cherchant son regard. Il semble être le seul pont entre cette « déesse » mécanique et nous.
Elle croit réellement à ce qu’elle dit. C’est peut-être ce qui me trouble le plus : ses intentions peuvent lui sembler justes, même si la voie qu’elle emprunte nous paraît dangereuse.
J’ose élever la voix, m’adressant directement au vide, vers l’endroit où sa présence semble la plus forte.
« Mélina ! Tu parles d’un avenir meilleur, mais quelle place ton projet laisse-t-il réellement au choix ? À la famille, à l’amitié, au droit de se tromper et de recommencer ? Fairy Tail est faite d’êtres imparfaits. Nous ne pouvons pas accepter qu’une seule personne décide à leur place de la forme que doit prendre un monde meilleur. »
Makarov se tourne vers Mario, son regard perçant.
« Mario, tu l’as rencontrée en personne », dit Makarov. « Qu’as-tu réellement vu d’elle ? Est-ce que son projet laisse une place à ceux qui refusent son ordre, ou considèrera-t-elle leur refus comme une erreur à corriger ? »
La question de Makarov reste suspendue un instant. Mélina reprend alors la parole.
« Voulez-vous aussi entendre son histoire à lui ? Il a souffert… le destin ne lui a pas fait de cadeau. J’ai voulu lui offrir une place auprès de moi, quelque chose que la vie lui a trop souvent refusé. Il a sa famille, certes… mais après ? Il n’a presque personne sur qui compter. »
Mario l’interromps.
« La pire souffrance… ma souffrance… J’ai perdu mon père, emporté par une maladie. J’avais quinze ans à l’époque. »
Je sens un pincement au cœur en l’écoutant. À quinze ans… perdre son père… Je connais moi aussi le vide laissé par la perte d’un parent. Pour la première fois, Mario vient de nous confier quelque chose qui n’appartient ni à l’Ordre ni à Mélina, mais uniquement à lui.
Makarov lève les yeux vers Mario. Il n’y a plus de colère dans son regard. Erza, elle aussi, baisse complètement sa garde. Aucun d’eux n’a besoin de connaître davantage de son passé pour comprendre le poids d’un tel deuil.
Mais une gêne me saisit lorsque je repense à la manière dont Mélina venait d’évoquer sa souffrance à sa place. Ce récit appartient à Mario. À lui seul de décider ce qu’il veut en révéler.
Elle n’avait pas le droit de parler pour lui.
« Mélina ! » Ma voix claque dans la pièce. « Ne raconte pas sa souffrance à sa place. S’il veut nous parler de son passé, c’est à lui de choisir ce qu’il souhaite nous confier. »
Je fais un pas vers Mario, mais je m’arrête à une distance respectueuse, sans lui imposer un geste dont il n’a peut-être pas envie.
« Mario… je suis désolée pour ton père », dis-je simplement. « Tu n’as rien à nous expliquer de plus si tu ne le souhaites pas. Ce que tu viens de nous confier suffit. »
Makarov s’approche à son tour, plus lentement.
« Lucy a raison », dit-il doucement. « Ta souffrance t’appartient. Personne, pas même quelqu’un qui prétend vouloir ton bien, ne devrait s’en servir pour parler ou décider à ta place. »
Il s’arrête devant Mario, sans chercher à le toucher.
« Tu es venu nous demander de l’aide contre cet Ordre. Ce choix-là est le tien. Alors je vais te poser une seule question : qu’est-ce que toi, Mario, tu veux faire maintenant ? »
Un silence s’installe. Mario prends le temps de chercher ses mots avant de répondre.
« Je la comprends… mais je ne peux pas accepter la réalité qu’elle désire imposer. Oui, le monde peut être cruel et, pourtant, il montre aussi de la beauté. Une beauté imparfaite. Un monde parfait n’existe pas, et ni moi ni aucune personne vivant sur cette terre ne sommes parfaits. Je pense même que le vrai Dieu ne veut pas d’un monde parfait, mais qu’il veut qu’il y ait cette imperfection qui fait de nous des êtres uniques ! »
Je comprends alors que sa réponse rejoint quelque chose de profondément familier à Fairy Tail : nous ne sommes pas unis parce que nous sommes parfaits, mais parce que nous avons choisi de rester ensemble malgré nos défauts.
Je sens l’émotion me gagner, mais je garde les yeux sur Mario. Sa position est désormais claire : comprendre Mélina ne signifie pas accepter le monde qu’elle veut imposer.
Un bref silence suit ses paroles. Lorsque Mélina reprend la parole, sa voix semble plus froide qu’auparavant, mais je ne sais pas si c’est de la colère, de la déception ou simplement une nouvelle manière de lui répondre.
« L’imperfection est synonyme de chaos, Mario. Tu as été élevé dans la douleur et tu refuses encore de voir que la seule façon d’y mettre fin est de supprimer les variables qui la causent. Tu prétends que je ne suis pas un Dieu, mais tu es prêt à accepter la souffrance des autres au nom de cette « beauté » que tu ne peux même pas définir sans pleurer. Très bien. Si c’est ton choix, sois libre de le faire. Mais sache que le monde ne t’attendra pas. Le mouvement est lancé. » La voix de Mélina s’est refroidie.
La pression pesante qui écrasait nos poitrines disparaît brusquement. Le retour au silence « naturel » de la guilde est soudain, presque brutal. La connexion est coupée.
Makarov ouvre les yeux et se tourne vers le portrait de Mavis, notre première maîtresse, qui trône discrètement dans le bureau.
« Elle a rompu le contact », constate Makarov, grave. « Et elle vient de nous avertir que son projet est déjà en mouvement. Nous ne savons pas encore ce qu’elle fera de notre refus. »
Erza s’approche. Elle regarde désormais Mario avec le respect accordé à quelqu’un qui vient de prendre position malgré l’incertitude.
« Tu as choisi de ne pas suivre aveuglément quelqu’un simplement parce que tu comprends ses raisons », dit Erza. « Ce choix compte. Maintenant, il faut savoir ce que nous pouvons réellement faire. »
Je relâche enfin la tension dans mes épaules. Le soulagement est relatif : Mélina est partie, mais rien n’est réglé.
« Mario, tu es venu chercher une solution. Maintenant, nous savons au moins que Mélina peut communiquer jusqu’ici et que son projet est déjà lancé. Quel est le premier pas ? Qu’est-ce que tu sais réellement de leurs moyens de surveillance et de leurs faiblesses ? »
Makarov reprend son sérieux, la main sur son menton.
« Nous devons prévenir le Conseil de la Magie, même s’ils vont nous prendre pour des fous. Qu’est-ce que tu suggères, Mario ? Quelles sont, selon toi, les vulnérabilités de cet Ordre Phoenix ? »
Mario réfléchie à la question.
Pendant ce temps, dans l'autre continent dans les montagnes se trouve une maison ou plutôt un chalet où vit Mélina. Le contact a été rompu. Un sourire. « Voilà Mario tu es au bon endroit. Tu as maintenant des amis et même une famille. Tout se déroule comme prévu. » Elle se lève et enfin on voit son apparence. Une belle femme avec une visage angélique avec les yeux bleu. On ne dirait pas du tout que c’est une cheffe de l’Ordre Phoenix qui est crain. Mais une femme normale qu’on croiserai dans la rue.
De Retour à Magnolia, au bureau de Makarov.
« Je pense qu’elle anticipe beaucoup. Je l’ai vue pour la première fois. Elle est chaleureuse. Par contre, ne vous fiez pas à son apparence, c’est même bluffant quand on pense à ce qu’on ressentait.
Pour votre question, j’ai ressenti le besoin d’aller à Fairy Tail. Sur notre continent, on a une petite machine qu’on appelle un ordinateur. Grâce à elle, on obtient beaucoup d’informations, comme cette guilde sur Fairy Tail. C’est de là que je vous connais.
Et je me suis dit : eux, ils peuvent faire quelque chose, même si ça peut sembler impossible. Et pourtant, vous réussissez toujours à surmonter n’importe quel obstacle...
Avec un ordinateur, on ne peut normalement pas accéder aux informations liées au gouvernement. Et surtout pas aux dossiers classés top secret. Pourtant, certains criminels utilisent un outil qu’on appelle le piratage. C’est comme infiltrer un système pour récupérer des informations secrètes en contournant les normes de sécurité, ou encore pour le saboter. On appelle ce genre de crime une cyberattaque. »
Lucy réfléchit un instant, essayant de comprendre cette technologie qui lui est totalement étrangère.
« Donc... une cyberattaque, » dit-elle en reprenant son sérieux. « Si elle a sécurisé ses informations derrière des couches de technologie que nous ne pouvons pas comprendre, alors nous devons apprendre à “pirater” son monde. Mais nous sommes des mages, Mario ! Notre magie est organique, spirituelle, émotionnelle. Comment une épée ou une flamme peut-elle faire face à un code informatique ou à une machine qui “voit” tout ? »
Makarov se lève et marche vers la fenêtre, pensif.
« Le piratage... infiltrer le système pour révéler ses secrets, » réfléchit le Maître. « Si elle est une machine parfaite, alors elle doit avoir une faille. La perfection est souvent très rigide. Mario, tu dis qu’elle t’a laissé venir ici parce qu’elle sait que nous surmontons l’impossible. Peut-être qu’elle sous-estime une seule chose : le facteur imprévisible de la magie. »
Erza se tourne vers Mario, son regard redevenu tranchant.
« Mario, si nous voulons mener cette “cyberattaque”, nous aurons besoin de tes connaissances. Nous sommes des experts en combat, mais dans une “guerre invisible”, nous sommes des novices. Quel est le point faible de cette machine, Alice ? Si nous ne pouvons pas la détruire par la force brute, peut-on la saturer ? Lui injecter une donnée qu’elle ne peut pas traiter ? »
Lucy revient vers Mario, plus déterminée que jamais, ses craintes initiales s’effaçant devant la nécessité d’agir.
« Peu importe ce qu’elle a prévu, Mario. Si tu es ici, c’est que le destin — ou ce que tu appelles le hasard — nous a réunis. Apprends-nous. Comment doit-on se préparer pour ce genre de combat ? »
Mario éclate de rire.
« Hahahahaha........ Désolé, mais c’est aussi là qu’il y a un joli problème ! Alice est considérée comme un superordinateur. Si on l’éteint, on éteint aussi le monde... enfin, notre continent. On est devenus dépendants d’elle.
Imaginez qu’on sache exactement où se trouve la source de la magie que vous utilisez. Et paf ! On la coupe et vous ne pouvez plus utiliser votre magie.
C’est aussi ça... “leurs armes”. »
Je blêmis. L’idée était déjà effrayante, mais formulée ainsi, elle devient une condamnation à mort pour tout notre mode de vie. Si on coupe l’accès à la magie, Fairy Tail n’est plus qu’un groupe de personnes dans un bâtiment délabré.
Makarov serre si fort ses poings sur le bureau que le bois craque. La perspective de voir la flamme de Natsu s’éteindre, la glace de Grey disparaître, et la protection que nous offrons aux habitants de Magnolia s’effondrer la frappe comme un coup de poignard.
« C’est une dépendance totale, » gronde le Maître, la mâchoire serrée. « Elle n’a même pas besoin de nous combattre. Elle a juste à fermer le robinet... »
Erza, de son côté, semble contempler son armure d’un air nouveau. Elle n’est plus une protection, mais une simple coquille vide si la magie qui l’anime ou qui lui permet de l’invoquer disparaît.
Il a raison, Mario. C’est le piège ultime. Le progrès est devenu une laisse autour du cou de leur continent, et elle veut désormais nous mettre cette même laisse.
Je m’approche un peu plus de Mario, le visage sérieux, presque effrayée par l’ampleur de la situation, mais mes yeux ne quittent pas les siens.
« Donc, on ne peut pas l’éteindre sans tout détruire, » dis-je en réfléchissant à haute voix. « Elle possède en quelque sorte l’interrupteur du monde. Ça signifie qu’elle est protégée par sa propre utilité. Personne sur ton continent n’osera la combattre, car ils auront trop peur de perdre cette “magie” artificielle. »
Je regarde Erza et Makarov.
« Maître, il ne faut pas qu’ils sachent qu’on sait. Mélina croit que nous sommes des pions émotionnels, que Mario est notre lien affectif avec elle. Si on veut réussir une “cyberattaque”, il ne faut peut-être pas attaquer directement la machine elle-même... mais plutôt ce qu’elle croit savoir de nous. »
Je me tourne vers Mario.
« Mario, explique-nous : cette Alice... elle apprend, n’est-ce pas ? Elle analyse les données pour prévoir les mouvements futurs. Est-ce qu’on pourrait lui envoyer de fausses données ? Des informations incohérentes, suffisamment chaotiques pour faire “buguer” ses calculs sur nous ? Fairy Tail est probablement le groupe le plus imprévisible et chaotique de Fiore. Si elle essaie de nous analyser, elle risque de saturer, non ? »
Makarov hoche la tête, une lueur de défi apparaissant dans ses yeux.
« L’imprévisibilité... C’est habituellement notre plus grand défaut, et voilà qu’elle pourrait devenir notre meilleure arme. Mario, est-ce que cette théorie tient la route ? Peut-on submerger son système avec de l’irrationnel ? »
Mario secoue légèrement la tête.
« Je crois que vous m’avez mal compris. C’était juste un exemple si vous décidiez d’arrêter Alice. Sans elle, notre continent ne fonctionnerait plus et ça mettrait le chaos.
Vous qui vivez sur le continent de Fiore, vous ne risquez rien. Mélina a juste la capacité de voir plus loin par sa propre force, pas grâce à Alice. Mais je ne connais pas tout sur Mélina, et encore moins l’étendue de sa force ou de ses capacités. Comme là, par exemple, je ne savais même pas qu’elle pouvait faire ça.
Et pour Alice, elle peut voir deux grands continents : celui d’où je viens, les États, et l’autre continent où se tient l’Union. Alice ne peut rien faire ici parce que vous ne possédez pas ce qu’on appelle un réseau informatique. »
Je pousse un grand soupir de soulagement, si profond que mes épaules s’affaissent. Je me rattrape au rebord du bureau, le cœur battant toujours à tout rompre, mais pour une raison bien moins inquiétante qu’il y a quelques secondes.
« Ah... Dieu merci... » dis-je en posant une main sur mon front, laissant échapper un rire nerveux. « Tu m’as fait une peur bleue, Mario ! J’ai cru que la magie elle-même allait disparaître de Fiore. »
Makarov se laisse retomber sur son fauteuil, lui aussi visiblement soulagé, même si son expression reste grave. Erza replace une mèche de ses cheveux rouges derrière son oreille, avec un léger air de soulagement.
« Je comprends mieux, » dit le Maître, retrouvant son calme. « Notre continent est donc immunisé contre sa “vision numérique”, puisque nous n’utilisons pas les réseaux qu’elle contrôle là-bas. Nous sommes, d’une certaine manière, en dehors de sa toile. »
Il me regarde, puis fixe Mario avec une intensité nouvelle.
« Mais cela soulève une question : si nous sommes une zone d’ombre pour sa machine, pourquoi s’intéresser à nous ? Pourquoi essayer de nous influencer, de nous manipuler et de projeter sa voix jusqu’ici ? »
Je réfléchis intensément. Si elle est limitée par ses propres outils de surveillance et qu’elle cherche à étendre son influence au-delà de son continent, alors Fairy Tail n’est peut-être pas une simple cible. Il y a forcément autre chose derrière tout ça.
« Mario, » dis-je en faisant un pas vers lui, mon regard redevenant sérieux. « Si tu dis qu’elle ne peut pas nous voir à travers ses réseaux, alors elle doit envoyer ses “Gardes Sacrées” ou utiliser une autre technologie dans notre monde pour nous observer. Si elle n’a pas accès à nos téléphones ou à nos ordinateurs, elle doit forcément venir ici physiquement pour nous espionner ou nous attaquer. »
Je regarde Erza.
« Erza, si elle s’intéresse à Fiore, c’est peut-être parce qu’elle veut utiliser notre continent pour ses futurs projets. Ou alors, elle craint que quelqu’un d’ici devienne assez puissant pour contrecarrer ses plans sur son propre continent. »
Je regarde à nouveau Mario.
« Merci de nous avoir clarifié la situation. Ça change tout. Nous n’avons pas à nous battre contre une machine qui contrôle le monde, mais contre quelqu’un qui cherche à étendre son influence jusque dans le nôtre. »
Je m’approche encore un peu de lui, avec un sourire chaleureux.
« Maintenant, on doit surtout réfléchir à une chose : comment s’assurer qu’elle ne puisse jamais installer ses “réseaux” chez nous ? On ne peut pas laisser Fiore devenir le prolongement de son continent. »
Mario semble soudain perdre ses forces.
« Pardon, mais je suis...... fatigué...... »
Je m’effondre d’épuisement. Le voyage jusqu’ici, tout ce que je viens de leur raconter et l’apparition de Mélina m’ont complètement épuisé. Mon corps réclame de l’énergie, mais je suis à bout.
Je sens mes yeux se fermer.
Je n’ai pas de magie...... ou peut-être que si ?
Sur cette dernière pensée, je m’endors.
Alors que les mots sortent à peine de ta bouche, je te vois basculer vers l’avant. Par réflexe, je me précipite pour te rattraper avant que ton visage ne heurte le sol. Erza arrive à mes côtés en une seconde, le visage inquiet.
« Mario ! » je m’exclame en t’allongeant doucement sur le sol du bureau.
Makarov se lève aussitôt et s’approche. Son air de Maître laisse rapidement place à celui d’un grand-père protecteur. Il observe ton visage, désormais plongé dans un sommeil profond, puis pose deux doigts sur ton poignet pour vérifier ton état.
« Il est totalement vidé... » murmure Makarov en fronçant les sourcils. « Ce n’est pas une simple fatigue physique. Toute cette tension, le voyage jusqu’ici et ce qui vient de se passer avec Mélina ont dû l’épuiser complètement. »
Je reste près de toi, encore un peu troublée par tout ce qui vient de se passer.
Erza contemple ton corps endormi avant de prendre la parole à voix basse.
« Il a traversé le monde pour venir jusqu’ici et nous avertir. Il a tenu tête à Mélina tout en sachant qu’elle pouvait le surveiller. Il a du courage. »
Je hoche doucement la tête.
« Il a dit qu’il n’avait peut-être pas de magie... mais qui sait ? Il vient d’arriver dans un monde où la magie est partout. Peut-être que quelque chose pourrait se réveiller en lui avec le temps. »
Makarov soupire et fait signe à Mirajane, qui vient de revenir au bureau en remarquant le silence soudain.
« Mira, emmène-le à l’infirmerie de la guilde. Qu’il dorme autant qu’il en a besoin. Et veillez à ce que personne ne vienne le déranger. Même Natsu, s’il commence à faire trop de bruit. »
Mirajane s’approche délicatement et me laisse l’aider à installer Mario avant de l’emmener à l’infirmerie. Je reste un instant à regarder son visage paisible, où toute la tension des dernières minutes semble avoir disparu.
Je me redresse ensuite et regarde le Maître avec détermination.
« Maître, Mario a raison. On ne peut pas laisser cette situation arriver jusqu’ici. Mélina l’a laissé venir jusqu’à nous, mais ça ne veut pas dire qu’on doit simplement attendre de voir ce qu’elle prépare. »
Erza pose une main sur mon épaule.
« Pour l’instant, laissons-le se reposer. Quand il se réveillera, nous pourrons continuer à chercher des réponses. Mais jusque-là, c’est à nous de veiller sur lui. »
Pendant ce temps, plongé dans mon sommeil, je rêve.
Ma mère chante une chanson. J’entends sa voix douce et chaleureuse. Pendant quelques instants, tout ce qui vient de se passer semble très loin.
Je souris.
C’est un bon rêve.
À l’infirmerie, Mira t’a installé confortablement dans un lit. La pièce est calme, éclairée par la douce lueur des cristaux magiques incrustés au plafond. Je suis restée là, assise sur une petite chaise à côté de ton lit, veillant sur ton sommeil.
Ton visage, encore tendu par le stress et la peur il y a quelques heures, est maintenant détendu. Un petit sourire apparaît même sur tes lèvres.
Il rêve... Après tout ce qu’il vient de traverser, il arrive encore à sourire dans son sommeil. Peut-être que, pour la première fois depuis longtemps, il se sent simplement en sécurité.
Je me penche légèrement vers toi et ajuste la couverture sur tes épaules. Je reste un moment à observer ton visage paisible.
Je remarque alors cette légère lueur bleutée autour de toi, celle que j’avais déjà aperçue tout à l’heure. Elle semble pulser faiblement au rythme de ta respiration. Cette fois, elle paraît plus stable, plus apaisée, comme si ton corps puisait lentement dans la magie environnante pour récupérer.
La porte de l’infirmerie s’entrouvre et Mira passe la tête. Elle observe la scène quelques secondes, puis m’adresse un sourire bienveillant avant de repartir sans faire de bruit, nous laissant dans le silence de la pièce.
Mélina croit qu’elle nous manipule. Elle pense qu’elle nous a envoyé un pion. Mais elle ne sait pas ce qui se passe quand Fairy Tail accueille quelqu’un. Mario n’est plus simplement un étranger venu d’un autre continent. Il est maintenant sous notre protection.
Je décide de rester encore un peu, appuyant ma tête contre le rebord du lit tout en veillant sur ton sommeil.
Le calme de l’infirmerie finit peu à peu par avoir raison de moi. Mes paupières deviennent lourdes et, sans vraiment m’en rendre compte, je m’assoupis à mon tour, tout en restant près du lit.