Je fut tiré de ma léthargie par un homme d'une cinquantaine d'année environ. Grand, il me dépassait d'une tête et ses épaules aurait pu servir de base solide pour une tour radio. Sa voix forte et rauque m'avait ramené à moi et à ma triste situation.Il était affublé d'une combinaison jaune grotesque, mais diablement efficace face à ce genre de météo. Car oui, en levant difficilement les yeux, je pu constater que la tempête radioactive était déjà sur nous. Ma peau avait même commencé à prendre des teintes sombres, entre le jaune, le gris et le brun. L'homme répéta qu'il fallait bouger rapidement si je voulais garder un espoir de survie.
Je tentais de me relever tandis qu'il s'affairait à débloquer le cadenas harnaché à sa serrure par une grosse chaîne. Alors que mon sauveur ouvrait la porte en trombe, je du m'y prendre à trois reprises pour me hisser sur ma jambe valide, l'autre me faisant encore atrocement mal.
Je tournais lentement sur moi-même afin de prendre connaissance des lieux. La cabane étaient minuscule, constitué d'une simple pièce pourvu d'un lit sale et défait, une commode d'avant guerre, une grande armoire en métal jurant avec le bois qui composait le reste de la mansarde. J'avisais alors le fauteuil d'un air hagard. Les forces me manquaient après l'effort nécessaire à me lever. Aussi, je me laissais nonchalamment tomber dedans, pendant que mon ange gardien fouillait son armoire à la recherche de fournitures médicales.
Dehors, le vent faisait craquer chaque pan de mur avec acharnement. Un bruit de pierre brisée, comme si on l'avait déchiré, m'indiqua que certaines tuiles du toit avaient quitté la charpente. Ma tête se mit alors à tourner. Je ne savais pas combien de temps j'étais resté inconscient, sans manger, sous la tempête. L'homme se rapprocha alors et je pu mieux distinguer les traits de son visage lorsqu'il déchira mon pantalon.
Un crâne presque totalement dégarnis excepté quelques mèches éparses derrière les oreilles. Un nez qui avait du être tordu puis remis en place par le même procédé. Un œil vert, brillant, alors que l'autre était blanc. L'homme s'était emparé d'une paire de ciseaux et s'approchait maintenant de mon genou meurtri.
Je n'eu ni la force ni la possibilité de répliquer. Mon corps avait trop subi et demandais du repos. Je commençais à sombrer. Qu'à cela ne tienne, je ne sentirais pas l'homme me recoudre...
Un tintement métallique et une sensation d'engourdissement me sortirent de mon sommeil. L'origine du son comme de la sensation venait de mes poignets. L'un comme l'autre avaient été enchaîné respectivement au bras du fauteuil. Quand j'eu totalement retrouvé mes esprits je pu constater que j'étais seul dans la cabane. A l’extérieur, la tempête était passée et je cru même entendre un Bramine rugir. La notion de temps était devenu flou pour moi, mais j'étais en pleine possession de mes moyens. Mon genoux était encore douloureux mais de manière beaucoup plus supportable. Le bandage était propre et d'ici quelques temps je saurais marcher convenablement.
En revanche je fut surpris. Je ne trouvais plus les marques laissées par les radiations sur ma peau. Je mis quelques minutes à comprendre qu'en réalité, les tâches avaient recouvert l'intégralité de mon corps!
A peine avais-je eu cette réflexion que la clé tourna dans le cadenas et la porte s'ouvrit. La lumière du jour contrastant avec l'obscurité de la battisse m'éblouie. Dans le cadre de la porte se tenait... Mon sauveur? Mon geôlier?
L'homme portait maintenant ses habits traditionnels de pêcheur. Alors qu'il refermait la porte, je cru distingué de l'incompréhension sur son visage. Peut être même de l'effarement. Pourquoi m'avoir sauver pour me garder captif ensuite?
Une rançon? J'étais peut-être l'éclaireur de Goodneibor mais Hancock n'allait jamais verser une capsule pour moi j'en étais sûr. Et se pêcheur connaissait Hancock, comme tout le monde dans la région. Il devait savoir que cela ne servirait à rien. Alors dans quel but?
Je gardais mes origines pour moi. Inutile de l'effrrayer en lui annonçant que j'étais un hybride particulièrement rare. Le pêcheur sembla hésiter un moment, mais les faits étaient là : j'étais en vie, presque soigné et rien à part mon changement de couleur de peau ne semblait perturber mon rétablissement. Il s’approcha de moi avec prudence et entreprit de défaire mes liens.
Quand je pu me lever, je le remerciais tout de même pour le salut qu'il m'avait accordé avant de faire quelque pas, mesurant à quel point mon genoux saurait supporter mon poids. Je n'arriverais pas à rejoindre ma ville en une traite. Mais je n'avais malheureusement pas le choix. Je ne voulais en aucun cas rester avec cet énergumène qui continuait de me fixer comme si j'allais doubler de volume avant de fondre sur lui!
J'observais tour à tour le blouson et mon bienfaiteur légèrement sceptique. Puis je fis trois pas afin de combler l'espace nous séparant. Malgré sa grande carrure et son charisme je décelais un léger mouvement de recul. Comme si il craignait malgré tout que quelque chose d'affreux se produise. Alors, après avoir plongé une dernière fois mes yeux dans les siens, je lui tandis ma main.
Et alors que je prenais sa main pour la serrer, je le vis grimacer à mon contact, lâcher précipitamment ma main en la secouant. Une fumée dense et âpre s'échappa de sa main dont la paume était rouge écarlate.
Je lui avais serré la main jusqu'au sang! Il me fixa avec un mélange de surprise, de peur et de colère. J'étais moi même aussi surpris que lui. La même fumée s'élevait de main droite mais elle, était intacte. Je ne comprenais pas ce qu'il se passait sur le moment.
Aujourd'hui je me rends bien compte. Cette épreuve m'a élever à la Phase 1 d'une mutation bien particulière. Pas celle qui vous transforme en monstre ou celle qui vous grille le cerveau.
Aujourd'hui je le sais, je suis le premier mutant à pouvoir contrôler mon taux de radiations! D'aucuns ont une santé de fer, la mienne est atomique!
Demain, qui sait ce que je contrôlerais...