Wastelanders

Chapitre 10 : L'hérésie d'Atome première partie

Par Nephril

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Deux jours après l'attaque, nous nous trouvions réunis dans le bureau des défenses. La tension était palpable dans cette ambiance stérile. Les murs en acier brut étouffaient les bruits de la base et les néons vacillants projetaient une lumière dure sur les visages figés. Derrière son bureau blindé, l'officier Miller nous faisait face. Droit, impénétrable dans son uniforme parfaitement ajusté, il nous observa longuement. À ses côtés, le Docteur Amari. Son visage presque humain restait impassible, toujours aussi difficile à décrypter. Il y avait quelque chose d'indescriptible dans sa posture et dans sa façon d'analyser chaque battement de notre cœur. Son calme glacial n'était pas seulement scientifique, il était chirurgical. Aucune partie visible ne trahissait sa véritable nature mais nul parmi nous n'ignorait que le Docteur Amari était une cyborg. Miller brisa enfin le silence :



Le nom résonna tel un écho sur les murs d'acier. Nous l'avions tous déjà entendu être murmuré dans le complexe. Une cellule d'élite invisible au regard et crainte à voix basse. Un groupe taillé pour les missions impossibles, les fronts instables et les zones dont personne n'osait approcher. À sa tête, Nash Woland, nom de code Béhémoth.

C'était un homme massif, à la carrure de prédateur. Les traits de son visage buriné par la guerre, étaient durs, sculptés pour imposer non pour séduire. Une monstrueuse cicatrice lui balafrait la moitié gauche du visage, trace ancienne laissée par un griffemort. Une blessure qui aurait dû le tuer. À la place de son œil se trouvait désormais un implant rougeoyant, brûlant d'une lumière artificielle. Une balise de mort, un témoin silencieux de ce qu'il était devenu. Un être partiellement cyborg sans que l'on sache exactement où s'arrête l'homme et où commence la machine. Froid et sûr de lui mais d'une confiance sans arrogance, il inspirait une terreur glaciale. Nous avions tous entendu des rumeurs à son sujet. Moi plus que les autres car je l'avais déjà rencontré. Je grimaçai à ce souvenir, attirant ainsi la curiosité de mes deux compagnons d'armes. En effet, je ne leur avais jamais parlé de mes visites à Lucie, ni de ce qui c'était passé la dernière fois que j'étais allée la voir.


Au moment où Miller s'apprêtait à nous détailler les premières consignes liées à notre affectation, un son hydraulique l'interrompit. Imposant mais discret, un soldat en armure de combat avancée, pénétra dans la pièce. Il s'écarta ensuite d'un pas pour céder le passage à une silhouette qui nous était familière, Lucie. La jeune femme semblait inchangée mais sa démarche me parut plus assurée. Elle portait une combinaison tactique sobre, adaptée aux interventions rapides. Son visage était partiellement masqué par des lunettes digitales opaques. Autrefois brillant, son regard était désormais voilé par une technologie futuriste inconnue. Un filet de lumière perçait à travers les lentilles trahissant à peine la lueur bleue de ses yeux « hazel ». Mais derrière ce masque, nous perçûmes que c'était bien elle.

Ma protégée s'arrêta à l'entrée de la pièce, silencieuse, nous dévisageant chacun à notre tour pour finalement poser son regard sur moi. Comme une balise plantée au milieu du chaos, Lucie nous était revenue. Mais à quel prix ?

Rompant la solennité du moment, l'officier Miller commença sans plus attendre à parler de notre future mission.



Miller se leva et nous fit signe de le suivre. À l'intendance, Lulu, fidèle à elle-même, mâchait vulgairement son énorme chewing-gum avachie devant sa vitre blindée. Elle était vêtue de son éternelle salopette de travail, ses cheveux attachés par un bandana façon pin-up des années cinquante et ses lunettes de soudure pendant autour de son cou. Elle n'avait pas remarqué la présence de notre supérieur et nous salua aussi familièrement qu'à son habitude :



Devant le ton sans appel, la femme se releva d'un bond et prit une attitude beaucoup plus sérieuse. Miller lui tendit un document qu'elle récupéra et parcourut rapidement. Puis, se tournant vers l'atelier, elle gueula :



Nous vîmes alors apparaître une tête bien connue.



Il récupéra le document et s'affaira à récupérer des trucs à gauche et à droite qu'il déposa vite fait dans le tiroir du pass-box.



En plus de la grenade, nous reçûmes chacun un paquet contenant notre nouvel équipement. Celui-ci était constitué d'un treillis de soldat avec un dustcoat de milicien, d'un chapeau de cuir portant l'insigne de la milice et d'une armure de combat légère complète. Nous eûmes également un paquetage de base contenant un allume feu à silex, une ceinture militaire, un crochet rossignol, une gourde cantinière remplie d'un litre d'eau pure, une ration de survie, une poudre de soin et un comprimé d'iode.

Sly récupéra un fusil à triple canons sciés munit d'un pointeur laser. On lui fournit aussi trente cartouches et une batte barbelée. Enfin, il reçut un étui pour arme de poing et un étui pour arme de corps à corps, cinquante-deux caps ainsi qu'un petit paquet de la part d'un certain maître Wa Gi U sur lequel était écrit : « Fort comme un bœuf dopé au buffout ».

John, lui, reçut un revolver petit calibre avec viseur amélioré et culasse haute sensibilité, quarante-huit munitions légères, une lance bardée utilisable à une main ainsi que deux étuis pour ses armes de poing et de contact avec en prime trois-cent-cinq caps.

Pour ma part, je récupérai mon arc auquel on avait ajouté un viseur amélioré. On me confia aussi une dague et un étui d'arme d'épaule plus un étui pour armes de contact. J'empochai mes six-cent-trente-trois capsules et eu la surprise de me voir remettre un paquet de la part de mon cher Pedro. Ce dernier contenait trente flèches empoisonnées.

Lucie quant à elle, était déjà en tenue complète et attendait patiemment, adossée contre un des murs en béton du couloir.

Lorsque nous fûmes tous équipés, nous nous rendîmes à la salle de téléportation. La pièce était immense, tous les murs étaient recouverts d'ordinateurs et de nombreux scientifiques s'agitaient autour d'une plate-forme centrale. Miller termina enfin son briefing.



Nous prîmes place sur la plate-forme de téléportation. Un compte à rebours, une déflagration, nous nous sentîmes projetés à travers l'espace. Nos os vibraient, la lumière semblait se plier, se tordre et soudain le sol sembla à nouveau solide sous nos pieds et l'air plus frais. Nous étions à l'orée d'un bois dont les arbres calcinés se tordaient vers un ciel gris bleuté. L’après-midi était déjà bien avancée, pourtant le soleil peinait à traverser la brume suspendue entre les branches mortes. Devant nous se dressait une cabane en planches perchée sur des pierres disjointes. Elle semblait abandonnée mais des traces de vie récentes nous prouvèrent le contraire. Une vieille antenne, des empreintes dans la boue et une porte récemment refermée : pas de doute, c'était bien ici que Trivet, réputé pour sa discrétion et ses méthodes peu orthodoxes, nous attendait. Nous entrâmes dans l'habitation de fortune. Une seule pièce meublée spartiatement. Un lit en bois grossièrement équarri était couvert d'une couverture râpée. Il y avait aussi une table de chevet rafistolée, une table de cuisine entourée de quatre chaises dépareillées et une malle en métal cabossé. Dans un coin se trouvait un poêle à bois noirci servant tout autant à se chauffer qu'à cuisiner. Une casserole reposait au centre de la table. Son contenu visiblement oublié commençait à sécher et à dégager une odeur légèrement aigre. Le poêle était froid mais encore chargé de cendres récentes tandis que l'odeur du bois brûlé flottait encore dans l'air. Aucune trace de notre contact, mais peut-être était-il dans la toilette extérieure que nous avions aperçue en arrivant. Nous décidâmes de l'attendre et profitâmes de ce temps pour accueillir plus chaleureusement Lucie puisque notre officier supérieur ne nous en avait pas laissé le temps. Lorsque nous eûmes raconté à notre jeune amie les changements opérés ces dernières semaines, Sly se tourna vers moi.



Je démentis son affirmation en leur expliquant mes visites à Lucie et comment j'en étais venue à rencontrer le commandant de l'unité Eden. Je leur parlai de notre conversation un peu musclée suite à mes questions jugées invasives lorsque je ne fus plus autorisée à voir ma protégée. John et Sly interrogèrent ensuite Lucie pour savoir si elle avait plus d'informations à donner sur le sujet. Elle n'avait malheureusement aucun souvenir d'avant son réveil et me remercia de l'avoir veillée durant son coma mais se désolant de ne pouvoir s'en rappeler.


Tout à la joie de nos retrouvailles, nous ne remarquâmes pas tout de suite qu'une heure s'était écoulée et que Trivet n'avait toujours pas donné signe de vie.



Dans l'espoir de découvrir des indices qui nous mèneraient à notre contact, nous fouillâmes l'intérieur de la bâtisse. Nous y trouvâmes une miche de pain entamée, trois bières encore bouchonnées, un saucisson sec parfaitement conservé bien que lui aussi entamé, un briquet à essence et un paquet de cigarettes contenant une dizaine de clopes. Sly qui inspectait la table de chevet, y trouva un vieux cendrier rempli de mégots, une paire de lunettes et un magazine coquin plutôt usé. Il y avait aussi un journal avec une belle reliure de cuir. Tandis que Sly le parcourait pour chercher des indices, John feuilleta sans la moindre gêne le magazine érotique avant de disparaître dans la toilette. Sly survola le journal intime pour ne s'attarder que sur les dernières pages rédigées par son propriétaire. Même s'il faisait partie de l'Institut, Trivet vivait essentiellement en extérieur. Il avait de bons contacts avec les gens du hameau jusqu'à ce qu'un changement se produise dans la gérance du village. Il y avait toujours eu beaucoup de passage dans le coin, des arrivées, des départs mais depuis quelques temps les gens de passage faisaient place à de nouveaux arrivants au comportement de plus en plus étrange. Du jour au lendemain, Charles, un gars lambda, qui tenait avec son handymaid le Red Dust, saloon où Trivet aimait aller boire un verre, disparut sans raison. Il fut aussitôt remplacé par un certain Roger. Le type était assez sympa bien qu'un peu rustre et servait une bonne bière. Malheureusement cela ne suffisait pas, Trivet n'aimait plus s'attarder le soir, l'ambiance y était devenue malsaine.

Après avoir décollé deux pages que l'encre encore humide avait scellée, Sly put lire que notre agent avait croisé une jeune marchande itinérante. Elle souhaitait faire une halte au hameau le plus proche. Deux jours plus tard, il fit la connaissance d'un jeune homme à la recherche de sa femme qui ne lui avait plus donné de nouvelles. Dans la suite de ses écrits Trivet laissait sous-entendre qu'il avait l'intention d'enquêter sur ses disparitions inexpliquées de plus en plus fréquentes. Il précisait qu'il emporterait avec lui son fidèle Tesla. Si quelqu'un essayait de lui tomber dessus, un projectile et on n'en parlerait plus. En quête d'indices supplémentaires, je tentai d'ouvrir la malle scellée tandis que John de retour de sa petite « expédition » remettait le magazine là où il l'avait trouvé.

Après avoir échoué à crocheter le cadenas, je laissai place à Lucie qui réussit à l'ouvrir rapidement. L'intérieur de la malle contenait une grande valise de rangement pour fusil de Ghost, une arme particulièrement mortelle au calibre spécifique. Nous décidâmes d'emporter le chargeur laissé en réserve dans le cas où son propriétaire en aurait besoin une fois que nous l'aurions retrouvé. Il y avait aussi une petite boîte contenant un appareil de furtivité portatif appelé « Hollowman » que nous donnâmes à Lucie, un couteau de bonne facture que je pris et une trousse de soin entamée. Il y avait aussi dix épingles à cheveux, des préservatifs et un second magazine de charme en bien meilleur état que le précédent. John s'empressa d'en « vérifier » le contenu avant de le remettre à sa place.

L’après-midi était maintenant bien avancée et nous prîmes la direction du hameau. Lucie en profita pour nous expliquer qu'elle était devenue nyctalope. C'est pour cette raison qu'elle portait désormais des lunettes. Pour sa vue hypersensible, la lumière du jour était tout bonnement insupportable.

Nous arrivâmes au « hameau du silence » et y entrâmes par une barricade protégée par une tourelle automatique montée sur trépied et pour l'instant inactive. Tous les bâtiments étaient organisés autour d'une place dont le centre était une fontaine. Là, nous trouvâmes le fameux Red Dust. L'endroit était on ne peut plus voyant avec ses néons bien rougeoyants qui illuminaient les arbres et la cour. Au loin nous vîmes une arche de pierre s'ouvrant sur un panorama rocailleux qui, avec ses tentes et ses vieilles caravanes, avait faussement l'air d'une zone résidentielle.

Tout était en extérieur, le bar comme les tables dont certaines étaient protégées par une tonnelle ainsi qu'un puits à feu ou rôtissaient d'appétissants morceaux de viande. Fait étrange, l'entrée du saloon était exclusivement réservée au personnel. À l'opposé du Red Dust il y avait un bâtiment plus sobre malgré ses grands vitraux. Des gardes patrouillaient ou se postaient devant les portes pour dissuader les curieux de s'y attarder. Il y avait pas mal de monde à cette heure et nous traversâmes la place pour nous installer à l'une des tables encore libre. Aussitôt nous remarquâmes un type tournant autour de sa tente, l'air tracassé. Nous pûmes aussi observer que tous les gens autour de nous avaient une arme à portée de main. La serveuse quant à elle était accompagnée de son chien, un mastiff qui la suivait comme son ombre. Le tavernier, un homme à la peau sombre, bien en chair et un peu bourru mais qui dégageait une certaine bonhomie, vint à notre rencontre.



Il se vit aussitôt foudroyé du regard par Lucie et moi-même. Roger en profita pour s'éclipser vers le bâtiment et nous l'entendîmes crier :



Tandis que nous réglions la somme demandée, John coupa court en déclarant :



Notre hôte avala d'un trait le contenu de son verre avant de le reposer bruyamment sur la table.



Nous nous regardâmes interloqués car la brume ne s'était pas dissipée et le ciel était toujours aussi gris qu'à notre arrivée chez Trivet. Heureusement la bière tint toutes ses promesses. Bien fraîche, elle nous descendit facilement dans le gosier. Ce fut le moment que choisit Techno Dan pour s'inviter à notre table sans avoir prit la peine de s'annoncer.



Nous remerciâmes le tavernier et nous tournâmes vers le nouveau venu. C'était un jeune homme couvert de cambouis, aux cheveux coiffés en banane.



Alors que je regardais l'image d'une jeune femme au teint clair, aux cheveux noirs mi-longs et à la corpulence légère, les écrits de Trivet me revinrent en mémoire.



Tandis que Dan nous faisait part de ses soupçons, je remarquai que les personnes autour de nous, nous dévisageaient furtivement et commençaient à discuter entre eux. Cela me parut très étrange. John le remarqua lui aussi et pour donner le change, congédia bruyamment Techno Dan non sans lui avoir secrètement affirmé que nous mènerions l'enquête nous aussi. Le mécano repartit vers sa tente et Lucie nous fit part de son mécontentement. Elle souhaitait que notre dette envers l'Institut soit rapidement honorée et elle ne comprenait pas pourquoi John et Sly s'obstinaient à jouer les bons Samaritains en refusant de faire payer nos services. Yu ne voulut pas s'engager dans une dispute publique et s'enfila le reste de sa bière en silence. Roger fit alors sa réapparition, nous proposant boisson et nourriture. Notre capitaine en profita pour commencer son investigation.



Roger s'étant à nouveau écarté du sujet, John l'y ramena en demandant :



Roger se dirigea vers la porte de l'atelier et lança :



Par la voix d'une fumeuse de longue date, la réponse nous parvint :



Voyant que nous n'obtiendrions plus rien, je passais à autre chose.



Aussitôt un sourire rayonnant réapparu sur le visage de Roger.



Il nous entraîna alors vers l'ancienne remise et nous la fit visiter. Lucie, trouvant la somme exorbitante, décida de négocier un prix convenable pour un repas et un lit. Cela sembla embêter Roger qui tenta de nous embrouiller avec les repas contenant ou non de la viande, nous demandant vingt capsules par personne, rien que pour la fricassée de légumes. Lucie faillit s'étouffer en l'entendant. Notre hôte prétexta aussitôt la main d'œuvre et la rareté des graines. Ma protégée ne lâcha pas l'affaire et réussi à nous obtenir un repas, une bière et la nuitée pour vingt-cinq caps par personne. John s'intéressa aux filles du coin et quand Roger lui désigna sa propre serveuse, il le remercia d'un clin d'œil complice. Le vieux loup de mer désira ensuite inspecter le potager histoire de voir ce qui risquait de finir dans notre assiette. Après avoir promis de ne toucher à rien, nous nous retrouvâmes tous les quatre autour du jardinet. Profitant de la nuit tombante, nous essayâmes discrètement d'inspecter le chariot grâce à la vision nocturne de Lucie. Malheureusement Roger s'en rendit compte et nous rappela à l'ordre.

Alors que nous regagnâmes notre table pour y déguster notre souper, nous remarquâmes que Techno Dan et la serveuse avaient une altercation.



La foule se tournant vers les éclats de voix, nous profitâmes de cette seconde chance pour renvoyer Lucie en mission d'inspection. Elle remarqua tout de suite que ce n'était pas un chariot pour transporter des denrées. Il y avait là tout le bric-à-brac classique d'un marchand itinérant. Une fois Lucie de retour à nos côtés, nous nous rapprochâmes du lieu de l'esclandre. Dan avait agrippé l'écharpe de la serveuse en affirmant avoir lui-même brodé le « J » pour son épouse Jennifer. La fille de salle, nommée Janice, soutenait quant à elle que c'était bien la sienne. Nous dûmes intervenir pour les séparer et rappeler discrètement au mécano qu'il attirait un peu trop l'attention. Le chien de la jeune femme étant prêt à lui sauter à la gorge, nous tentâmes de les résonner. Ce ne fut que lorsque Dan fut grièvement blessé à l'avant-bras que la situation se calma. Techno Dan le bras en sang, rentra dans sa tente. Je l'y accompagnai pour l'aider à bander sa blessure.



Mine de rien, je rejoignis mes camarades. Nous commandâmes trois sandwichs à la viande et une fricassée de légumes. Nous savourâmes ce succulent repas ainsi que notre bière. Nous complimentâmes la cuisine de Germaine en insistant tellement que Roger finit par se laisser convaincre de parler à sa femme pour qu'elle se joigne à nous. Il revint quelques minutes plus tard accompagné d'une femme aux antipodes de ce que nous avions imaginé. On ne pouvait trouver couple plus mal assorti. Loin de l'opulente cuisinière qui s'était dessinée dans notre esprit, nous vîmes débarquer une femme au teint pâle et aux cheveux blonds qui devait avoir connu la gloire de Miss Body Building. La rocaille dans sa voix n'était donc pas due à la cigarette comme nous l'avions d'abord supposé mais plutôt à un abus de stéroïdes.


Nous acquiesçâmes en lui faisant moult compliments et elle repartit vers sa cuisine en sifflotant un air enjoué.

Nous passâmes le reste du repas à discuter entre nous. Petit à petit, les tables alentours se remplirent de gens venus souper ou simplement boire après leur journée de travail. Nous en profitâmes pour laisser traîner nos oreilles et espionner quelques bribes de conversations.



Une autre discussion nous parvint. celle-ci avait pour sujet : Lafange, une ville située non loin de Pirate Bay.



Un de ses confrères enchaîna avec des rumeurs sur les émeutes qui avaient secoué Pirate Bay. Tout serait, d'après lui, parti de la découverte d'un container bien trop scellé pour être honnête. Son ouverture créa des tensions parmi la population et son contenu rendit fous tous ceux qui le virent.

À une autre table, il était question de fantômes aux alentours de Junktown. Quand le vent soufflait entre les carcasses du quartier sud, des voix se faisaient entendre.



Finalement, la soirée avançant, la plupart des gens repartirent en direction de l'arche menant à la zone résidentielle. Nous nous levâmes à notre tour et en passant près de la tente de Techno Dan nous l'entendîmes sangloter.

Lucie et moi décidâmes de nous promener un peu pour profiter du calme vespéral tandis que John et Sly accostait la serveuse qui avait maintenant finit son service.



John lui désigna sa bourse cliquetante de capsules.



Sly de plus en plus mal à l'aise face à la tournure des événements, laissa John discuter tarif avec Janice et nous rejoignit à la taverne où Lucie et moi étions retournées nous asseoir pour bavarder. Peu de temps après, nous vîmes la serveuse quitter le dortoir, un air contrarié sur le visage. Son mastiff la suivait de près. Notre vieux loup de mer sortit à son tour en se massant le bras et en grimaçant légèrement de douleur. Il vint vers nous et annonça avoir échoué à lui soutirer des informations. Sa mésaventure nous permit cependant de comprendre que l'écharpe et le bâtiment encerclé de gardes étaient des sujets tabous. L'obscurité étant maintenant tombée, nous gagnâmes le dortoir. Hormis les lits, on y trouvait un coin toilette, que notre capitaine nous déconseilla fortement d'utiliser, d'anciens boxes à chevaux, où se trouvait une valise relativement propre oubliée là par un précédent locataire et un distributeur de nourriture. Ce dernier avait été placé devant un pan de mur écroulé qu'on avait rafistolé avec des cloisons plutôt fines.

En attendant que la nuit soit plus avancée pour débuter nos investigations, nous décidâmes de nous reposer un peu.




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