l'Habitant Solitaire

Chapitre 1 : l'Habitant Solitaire

Chapitre final

3620 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 11/03/2026 00:50

Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions[.]fr de mars - avril 2026 « La Réparation ». Pour les deux niveaux.


Au nord de ce qu’on appelait autrefois la Californie, au milieu des terres désolées, arides et désertiques, des caravanes d’eau de la « Crimson » vont en direction nord, étant sorties depuis un moment des routes habituelles.


La nervosité est palpable et la tension est maximale, chacun anticipant un éventuel imprévu.


Le chef des marchands, à la tête de la troupe escortée par des mercenaires armés jusqu’aux dents, tient une carte dans ses mains, suivant avec son doigt la flèche tracée par son superviseur.

« Si j’en crois la carte, dit-il à voix haute, nous devrions tomber sur un village. »

« Un village ? Tu es sûr ? » l’interpelle un de ses collègues.

« La patronne l’a garanti. Des tas de capsules à se faire. »


Les gardes du corps, dont certains sont mercenaires, regardent les montagnes et le canyon autour avec une vigilance accrue.

« R.A.S. » dit l’un d’eux.

« On ferait mieux d’accélérer, dit le chef. Je veux pas tomber sur des pillards ou pire... »


Le convoi accélère, marchant à pas forcés. Les hommes et les femmes de la Crimson ont franchi un passage étroit du canyon. Au bout d’une trentaine de minutes, alors que l’anxiété monte de plus en plus parmi les membres du convoi, ce dernier s’arrête et tombe devant un panneau neuf, tout juste dessiné.


« Arroyo. »


« C’est là. Nous sommes arrivés, dit le chef. Nous sommes arrivés. »

« Un village ici ? » dit l’une de ses collègues.


Derrière le panneau se trouvent des tentes à peine aménagées. Au loin se trouvent des champs agricoles petits mais suffisants pour faire tenir une communauté. Le chef plisse les yeux et met sa main devant.

« N’avancez pas. Attendez qu’on vienne nous voir. »

Il sait par expérience qu’il ne faut pas entrer dans les communautés sans invitation.

Et c’est là qu’il le vit.


« C’est... »


Un homme (ou bien une femme ?) dans une armure assistée de la confrérie de l’acier, muni d’un Pip-Boy autour du poignet, le numéro « 13 » gravé sur l’épaule gauche de l’armure. Un personnage que n’importe quel marchand reconnaîtrait entre mille.


Il (elle?) s’approche d’eux d’un pas calme et se dirige vers le chef des marchands, une bourse de capsules dans les mains.


« C’est toi, l’Habitant de l’Abri... »


L’Habitant hoche la tête.

« Alors c’est toi le chef de ce village ? »

-------


Il y a 5 ans...



L'Habitant de l'Abri, muni de son armure assistée et accompagné de son chien Canigou, pénètre dans la caverne, les mains tremblantes, rapidement dépassé par son chien aboyant bruyamment.


Il avait réussi sa mission, la menace des super mutants avait été éradiquée. La cathédrale et le projet de transformer l'humanité en super mutants ? Détruite.

La base de Mariposa ? Vaporisée avec l'aide de la Confrérie.


Marchant lentement à l'intérieur, l'Habitant observe chaque paroi, chaque roche, chaque petit rat circulant sur le cotés.


Il se rappelle de la première fois qu'il a parcouru cette caverne, quand le superviseur l'a envoyé en mission pour récupérer une puce d'eau pour l'Abri... Il tremblait de peur... Il craignait le soleil... et...


« WOUF ! »


La voilà…


La porte de l'Abri 13. Il est arrivé, c'est la fin du voyage.


Chez lui/elle.


Canigou remue la queue, s'excitant devant la porte, aboyant de joie. L'Habitant siffle, lui faisant signe de venir près de lui. Le chien obéit instantanément, s'asseyant à ses côtés mais ayant grand-peine à contenir son impatience.


Un bruit métallique retentit, la porte s'ouvre, révélant un vieil homme à barbe blanche muni de la tenue bleue et jaune de l'Abri 13. C'est le superviseur Jacoren, l'homme qui a envoyé l'Habitant en mission pour sauver son peuple.


L'odeur métallique provoque un merveilleux sentiment de sécurité, bien loin de l'odeur de sueur à laquelle il est désormais habitué. Il tente tant bien que mal de cacher ses tremblements.


Le chien commence à bouger, interrompu par l'Habitant lui ordonnant de s'asseoir.


Le superviseur est là, le regard ému.

« Tu... Tu l'as fait ? »

L'Habitant hoche la tête, fier de lui.


Les lèvres du vieillard tremblent. « Magnifique ! Merveilleux ! » Ses mains se mettent à trembler et il essaie d'éviter de croiser les yeux de l'Habitant. « Je suis fier de ce que tu as accompli. Tout ce que tu as dû endurer... »


L'Habitant regarde en direction de Canigou, se remémorant la terreur de sortir de l'Abri, la perte de ses compagnons…


Le superviseur poursuit, posant ses yeux sur lui. « Aucune personne de l'Abri ne pourra jamais assez te remercier. Tu nous as sauvés, tu as peut-être sauvé l'humanité entière... »


Il s'arrête, le cœur de l'Habitant se met à battre de plus en plus fort.

« ...Cela rend les choses bien plus difficiles... J'ai déjà pris des décisions difficiles en tant que superviseur mais... »


L'Habitant s'approche, tendant la main comme pour demander des explications, mais le superviseur recule à l'intérieur de l'abri.

« ...tout le monde voudra te parler ! Les jeunes voudront t'imiter et après ? Ils voudront quitter l'Abri ! Qu'arrivera-t-il si celui-ci perd toute une génération ? Et si l'Abri était le seul endroit sûr au monde... »


Un endroit sûr... Les yeux de l'Habitant commencent à se dilater même s'il refuse encore de comprendre.


Le superviseur poursuit, la voix cassée. « Tu nous as rendu ces vies... Je ne peux pas prendre le risque de les perdre... Tu nous as sauvés... mais si tu restes, tu nous tueras... »


Il inspire…

« Tu es un héros mais... tu dois partir. »


L'Habitant se pétrifie, n'osant pas bouger. Le superviseur se retourne sans même adresser un dernier regard à l'Habitant.


La porte se ferme, le chien se met à aboyer de plus en plus fort, l'odeur métallique devient étouffante et puis…


Le silence.


Et l'Habitant n'a plus aucun endroit où l'écouter.



---------


L'Habitant de l'Abri marche en direction du canyon, seul avec son chien et son sac à dos rempli de provisions achetées aux Sables ombragés. Le chef Aradesh a bien proposé de l'héberger mais…

Il n'en ressent pas l'envie. La seule chose qu'il ressent est cette sensation de vide et de fatigue qui s'accentue au fur et à mesure de sa marche. Il va au nord, là où indiquent les boussoles.


Peut-être y trouvera-t-il quelque chose à faire…


« WOUF ! » Canigou marche devant lui, sentant toutes les odeurs autour de lui et grognant dès qu'il sent un radscorpion, une radtaupe ou un radcochon, peut-être un troupeau de brahmines s'il a de la chance…


Mais le véritable danger dans les terres désolées, ce ne sont pas les monstres ni même les humains…

C'est l'absence.

L'absence de vie qui empêche la végétation de pousser, les troupeaux de prospérer. Pour survivre, les habitants des communautés ont dû faire preuve d'ingéniosité dans les rares terres cultivables et ont dû creuser pour trouver de l'eau, ou trouver des puces pour purifier l'eau comme dans son Abri…


Il s'arrête.

Son Abri…


« Wouf ? WOUF ! » Canigou, profondément inquiet, frotte sa tête contre les jambes de son maître.

Ce dernier s'agenouille, caressant la tête de son brave compagnon, le seul à être resté jusqu'au bout.


Il soupire, se relevant, et regarde son poignet, consultant la carte numérique de son Pip-Boy. Ce dernier grésille et il enlève les grains de sable s'étant enfoncés dans la machine.


« Position inconnue. »


Ça y est…

Le voilà en terre inconnue. Prêt.


Mais il ne ressent rien…

Plus rien… Ni de la joie, ni de la peur.

Juste un immense vide.


Et il ne sait pas s'il trouvera un jour les outils pour réparer ça.


---------


Cela fait plusieurs jours que l’Habitant de l’Abri a traversé le canyon et a décidé de s’établir un peu plus au nord de celui-ci juste après la traversée. Pour passer les nuits, il s’est établi dans une grotte de radscorpions pas très difficile à éliminer grâce à son expérience, de plus, son chien raffole de leur viande malgré leur horrible odeur acide.


Assis sur son sac de couchage devant son feu, il fait cuire une brochette de viande, bien entendu. L’Habitant réfléchit à ce qu’il pourrait faire ? Faut-il continuer vers le nord ? Ou faut-il s’établir ici, loin de tout ?


Il serre les poings, après tout la position n’est pas trop mal. Il pourrait y mourir en paix…


« WOUF ! WOUF ! »


Canigou remue la queue à côté de son maître, léchant ses babines, mettant son museau quasiment sur la brochette une fois celle-ci retirée du feu.


L’Habitant arrache un bout de viande en ricanant et la tend au chien qui, ravi, en profite pour dévorer avec voracité le morceau de viande.


« GRRR »


Le chien s’arrête et se dirige vers la sortie de la grotte, inquiétant son maître qui craint qu’on les repère. Ou pire, que ce soit le bruit du chien qui indique sa position.


Des cris retentissent et une odeur de sang imprègne les narines de l’Habitant.


Ni une ni deux, le chien fonce avec agressivité vers les bruits de coup de feu. L’Habitant se lève et se précipite vers la sortie. Il regarde partout et tente d’identifier d’où pourraient bien venir les voix.


Il pose son sac par terre, prenant ses jumelles et scrute les environs…


Là !


Il aperçoit Canigou foncer vers une petite caravane... Ils ont dû arriver à la tombée de la nuit, un couple tente désespérément de se défendre face à une attaque de trois radscorpions venant sûrement de grottes voisines.


L’Habitant arme rapidement son fusil à plasma, il s’approche. Canigou, à la surprise de l’Habitant, le voit surgir de nulle part et se jette sur l’un des radscorpions, mordant l’une des pinces de celui-ci.


Les deux congénères du radscorpion se précipitent sur Canigou mais l’Habitant est plus rapide et plus expérimenté. Il tire dans la tête de la créature.


Le plasma percute ce dernier, l’insecte fond instantanément dès qu’il est touché par la balle, le couple se met à reculer, la femme crie : « MAIS QUE... »


L’Habitant tire à nouveau deux salves, chacune atteint la tête des deux autres créatures qui fondent elles aussi instantanément.


Les cris de victoire de Canigou retentissent il se met à remuer la queue et aboie joyeusement autour des tas de cendres.


Il s’approche du couple qui se relève, il s’agit d’un homme et d’une femme aux cheveux bruns, ils portent tous les deux une armure en cuir.


Les tenues portées par le couple sont facilement reconnaissables, elles sont vendues au premier prix dans les armureries du centre et, à en juger par leur absence d’armement, ils ont probablement dépensé le reste des capsules en nourriture et en eau…


Il jette un coup d’œil en direction de leur sac à dos, les provisions se trouvent sûrement là-dedans.


« Merci... Merci à vous » balbutie l’homme. « Nous n’avions pas vu ces radscorpions... »


L’Habitant se gratte la tête et regarde les étoiles dans le ciel. Il dit de sa voix androgyne : « Venez avec moi, ce n’est pas sûr, la nuit. Il va sûrement en arriver d’autres. »


Il les conduit rapidement dans sa grotte auprès du feu toujours allumé, Canigou ouvrant la route, se dandinant. Tout comme son maître, il est joyeux de voir d’autres humains, cela change de ces derniers jours.


L’Habitant les mène à l’entrée de la grotte et leur indique de s’asseoir près du feu.

L’homme réalise soudain : « C’est donc ça l’odeur de brûlé que l’on sentait ? »

« Probablement » lui répond sa femme qui s’assoit près du feu sous les regards suspicieux de l’Habitant qui les interpelle.


« Vous ne saviez pas que les radscorpions pouvaient sortir la nuit. Une chance qu’aucun ne vous ait empoisonnés. »


« Nous ne savions pas... » lui répond la femme. « C’est la première fois que l’on va aussi loin dans les terres désolées. »


Il s’en doutait... Ce sont des débutants, ça lui était arrivé aussi. À l’époque c’était Ian qui lui avait sauvé la vie…


On l’interrompt dans ses pensées.

« Moi c’est John et elle c’est ma femme Abigail. » dit l’homme serrant la main de sa femme.

L’Habitant les regarde pendant deux, trois secondes ? Dix ? Il met sa main sur son casque et hésite…


« Ça ne va pas ? » demande John.


Son interlocuteur retire son casque laissant apparaître son visage… Impossible de dire si c’est un homme ou une femme mais ce qui marque le couple, c’est son expression.


... Une expression creusée, épuisée, triste et... vide.


« L’Habitant. On m’appelle l’Habitant de l’Abri » et il pointe, tremblant, avec le bout de son doigt son chien. « Voici Canigou. »


« Un Abri ? » Abigail met ses mains près du feu. « Je croyais que l’Abri 15 était vide… »

« Non... » répond l’Habitant. « Je viens... de l’Abri 13. »

« Alors pourquoi n’êtes-vous pas dans votre abri ? » questionne John curieux et observant Canigou avec incrédulité.


L’Habitant croise les bras, se recroquevillant presque sur lui-même. « Je ne peux pas. »


Décidant rapidement de changer de sujet. Il questionne le couple. « Et vous, que faites-vous là ? »


« On était agriculteurs... » commence Abigail. « Nous sommes partis du centre, trop de contraintes, trop de violence, le shérif nous arrachait la moitié de nos besoins. On s’est dit qu’on pourrait aller au nord pour vivre en paix. »


L’Habitant met sa main sur la bouche. « Vous pensez vraiment pouvoir construire ici ? »

« On pensait... » soupire John. « Mais on a sous-estimé les terres désolées... »


Le maître de Canigou les regarde avec suspicion, jaugeant leur récit, il est fort probable qu’ils disent la vérité, connaissant les gens du Centre, ils ont probablement dû s’endetter, personne ne choisit de partir dans les terres désolées. À moins d’y être contraint.


Il se lève, leur tendant une de ses brochettes restantes.


« Vous ne survivrez pas dans ces conditions. Je peux vous aider. »


Le couple se regarde brièvement, jaugeant probablement la proposition de l’Habitant, après tout, ils ne le connaissent pas, qui dit qu’il ne les vendra pas ? Qui dit qu’il ne les trahira pas ?

Voyant cela et comprenant leurs inquiétudes, ce dernier s’allonge sur son sac de couchage. « Je vous laisse réfléchir jusqu’à demain. Si vous n’êtes plus là, je considérerai la proposition comme refusée. »


Fermant les yeux, il revoit les images de son Abri, les frasques de Cyndi, le regard inquisiteur du superviseur, l’odeur ou plutôt son absence, la nourriture aseptisée et le goût de l’eau purifiée…


Il se rendort en pensant une dernière fois à son foyer, sentant la chaleur de son chien près de lui.


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Quelques mois se sont écoulés depuis cette rencontre dans la grotte et entretemps, l'Habitant en avait appris un peu plus sur le couple. C'étaient des agriculteurs itinérants travaillant pour une caravane du centre, vendant leurs produits à toute la région, petit à petit ils se sont endettés ,comme il l'avait deviné.  


Ils se sont enfuis car menacés de mort s'ils ne payaient pas et sont partis au nord - un geste suicidaire selon lui - sans rien connaître aux terres désolées mais avec l'infime espoir de survivre.


John et Abigail, guidés par l'Habitant et le fidèle Canigou, ont appris à se défendre dans ces terres arides, apprenant à manier des armes, à identifier les bonnes cachettes sous la surveillance attentive de leur protecteur.


Celui-ci, en leur compagnie, oubliait le silence à chaque journée passée avec eux car il y a toujours quelque chose à faire quand on veut survivre.


Quelquefois, il descend vers les Sables ombragés, toujours chaleureusement accueilli par ses habitants, pour trouver un travail et gagner quelques capsules afin d'acheter les outils et quelques tissus pour construire une chose importance…


Une maison.


L'Habitant de l'Abri marche aux côtés de Canigou, John et Abigail qui ont commencé à rassembler le bois qu'ils ont pu trouver parmi les rares arbres présents dans la zone.


Au bout de plusieurs heures, ils arrivent devant un long chemin creusé, probablement un cours d'eau autrefois.

« Mais c'est un arroyo ! »

« Un arroyo ? » questionne l'Habitant.

« Un cours d'eau qui ne se remplit que lorsqu'il pleut. » Elle tressaille, se retenant de crier de joie. « On devrait s'établir ici ! Un cours d'eau sera très utile ! »

« On risque de se faire irradier par l'eau... » râle John en direction de sa femme.

« Pas si on a des radaway ! On pourra vendre nos futures récoltes pour en acheter ! »

« Qu'est-ce que t'en penses ? » demande John en direction de l'Habitant.


Ce dernier hoche la tête, approuvant l'idée d'Abigail.

« Alors il est temps de se mettre au travail. Cherchons l'endroit où établir notre foyer ! » martèle John qui part devant rapidement, suivi de Canigou…


Abigail se tourne vers lui. « Merci de nous avoir aidés… Quand on aura construit notre maison… Est-ce que tu... resteras avec nous ? »

Il hausse les épaules.

« Tu seras toujours bien accueilli tu sais. Sans toi on serait morts » conclut-elle avant de suivre les traces de son mari.


Lui... Immobile... Presque tremblant, reste à observer l'arroyo, l'imaginant couler à travers les terres désolées, imaginant celui-ci donner vie à la végétation, imaginant…


Ce dernier comblerait le vide du désert près de leur futur foyer.


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Retour au présent


« Ravi d'avoir fait affaire avec toi » lui dit le marchand en prenant la bourse de capsules dans ses mains. « Il semblerait qu'il y ait un nouveau village. On va l'enregistrer dans nos bases de données. »


Les habitants d'Arroyo prennent les cargaisons d'eau purifiée payées par les capsules gagnées par leur dur labeur et la protection de l'Habitant. Ce dernier regarde la Crimson Caravan s'en aller, la gorge nouée.

« Enregistrer dans nos bases de données. »

Ça y est, ils existent enfin. Tout ce qu'ils ont bâti est... reconnu. C'est anodin et pourtant ses yeux s'humidifient. Il renifle rapidement et retourne au village.


L'odeur de radscorpions et de viande de brahmine grillée imprègne l'atmosphère. Il se souvient quand John et Abigail avaient acheté leurs premiers brahmines, il se remémore Canigou se dandinant et ayant trouvé sa vocation à être chien de berger.


Il s'arrête devant la maison centrale... Pas n'importe laquelle, la première qu'ils avaient construite ensemble. Ils s'étaient établis tous les trois dans les environs. Puis il avait plut... L'Arroyo se remplissant de nouveau, une nouvelle forme de vie renaissant.


Petit à petit, les parias des terres désolées, des gens endettés ou bien sans foyer étaient venus s'établir à Arroyo, et même des membres de l'Abri 13 étant partis à la recherche de leur compagnon pour explorer le monde. En quelques années un village s'est bâti, du nom de cet « Arroyo » qu'ils avaient trouvé. Un nouveau foyer pour l'Habitant, accueillant tous les exilés et fournissant tous les outils nécessaires pour construire un cadre de vie.


Le village survit en vendant ses récoltes à un prix plus bas que la plupart des autres habitations dans les environs, et la protection fournie par l'Habitant et son emplacement éloigné le protège des pillards.


Soupirant avec satisfaction, il escalade une colline, marchant petit à petit et lentement, apercevant la famille de John et Abigail au loin.


Arrivant près d'une petite tente établie un peu éloignée du reste du village. L'Habitant prend un instant pour s'arrêter devant une petite tombe, recouverte de petits bijoux faits main, avec un seul nom : « Canigou ».


S'agenouillant devant la petite stèle, il prend le temps de la caresser, se remémorant pour un instant son brave compagnon qui avait succombé à la vieillesse, accompagnant son maître jusqu'au bout. Et pour un chien dans les terres désolées, mourir d'un grand âge est une chance.


Quelques minutes plus tard, il entre dans sa tente et se penche sur un petit berceau fabriqué dans lequel est emmitouflé un petit nourrisson, sa fille pour être précis.


S'asseyant à côté, il lui caresse la joue prenant soin de ne pas la réveiller.

Pour la première fois depuis des années, il ne ressent plus ce vide. Il semblerait bien qu'Arroyo l'ait comblé.


Pour la première fois depuis longtemps, il prend le temps d'écouter le silence. Le soleil commence à se coucher sur le village.

Il se rappelle de la dernière fois qu'il fit attention à l'horizon.


C'était quand le Maître avait fait exploser la cathédrale, et l'Habitant n'a jamais oublié ses dernières paroles.


« Pars maintenant... Pars tant qu'il te reste de l'espoir. »



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