Raider's stories

Chapitre 5 : La traque de Red Eyes Bull première partie « La piste sanglante »

Par Nephril

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La porte du bureau privé de Red Tourette grinça légèrement lorsque nous entrâmes. La pièce tranchait avec le reste du Q.G. Elle était calme et ordonnée, presque irréelle comparée au chaos des Rocheuses de Grass Valley. Au centre, une grande table métallique était recouverte de cartes annotées. Celles-ci étaient maintenues en place par quelques couteaux plantés dans le métal. Une lampe diffusait une lumière chaude sur un plan de la région. Red se tenait derrière son bureau le regard vif mais tranquille, évaluant chacun d'entre nous. Lemex se tenait à ses côtés, toujours silencieux et immobile, attentif à la moindre de nos réactions.



Un silence très pesant tomba dans la salle. Les yeux de Red se durcirent.



Lemex s'avança calmement et pointa la route tracée sur la carte des Rocheuses. Celle qui reliait Junktown à Stock Town.



Nous hochâmes négativement la tête sauf Rick qui, dans la fougue de la jeunesse, tenta de gratter un peu d'équipement. Lemex le toisa d'un regard glacial et se contenta de lui répondre :



Red Tourette laissa passer quelques secondes durant lesquelles son regard pesant et mesuré nous transperça. Puis elle nous dit ceci :



Nous passâmes par l'intendance pour y faire quelques achats mais à notre grande surprise, ce ne fut pas Jackson qui nous y accueillit. Le gars était vêtu de haillons, il portait un collier explosif autour du cou et avait les jambes entravées. Pas de doute, il s'agissait d'un petit nouveau qui devait faire ses preuves et mériter la confiance du clan. Sa tête nous disait cependant quelque chose et puis ça fit « tilt ». Il s'agissait du jeune écuyer que nous avions sauvé lors de notre dernière mission. Archer, puisque c'était son nom, nous expliqua qu'après notre départ il avait trouvé refuge dans le vertiptère. Celui-là même que nous avions « emprunté » pour rentrer au Q.G. Les hommes du clan lui étaient alors tombés dessus et lui avaient laissé le choix, soit il crevait tout de suite, soit il rejoignait nos rangs. Depuis il se rendait utile et au vu de ses compétences en tant qu'écuyer de la Confrérie de l'Acier, il fut posté à l'intendance. Au final ce serait sûrement mieux car Jackson était totalement défoncé les trois quarts du temps. Après avoir récupéré notre commande de matériel, nous nous dirigeâmes vers la sortie. les grilles s'ouvrirent et nous prîmes aussitôt la route. Durant plusieurs jours nous fîmes des arrêts réguliers dans de petits patelins, de petites communautés voir des campements nomades. Nous nous asseyons sur des troncs ou des cageots autour d'un feu de camp. Au cours de la discussion le code était énoncé et il y avait toujours quelqu'un pour y répondre. On nous désignait alors un lieu à part où nous pouvions être tranquilles et consommer une nourriture exempte de poison. Bien sûr les repas n'avaient rien d'exceptionnels, fruits et légumes mutés, pains durs et viandes séchées mais ils avaient le mérite de nous caler l'estomac et de nous faire passer une bonne nuit de sommeil. Six jours s'étaient écoulés depuis notre départ et Junktown était désormais derrière nous. Une bande d'asphalte craquelée serpentait à travers une campagne morte depuis longtemps. Les collines desséchées qui bordaient la route étaient couvertes d'herbes jaunies et de buissons tordus. Les rares arbres à avoir subsisté ressemblaient davantage à des silhouettes brûlées qu'à une véritable forêt. Par endroits des restes de l'ancien monde apparaissaient encore, une carcasse de voiture rongée par la rouille, un panneau routier à moitié couché dans la poussière, le toit et les murs effondrés d'une petite maison abandonnée depuis des décennies. La route n'en n'est plus vraiment une, l'asphalte fissurée est parfois entièrement engloutie par la terre ou les racines sombres d'arbres décharnés. Les champs, qui entouraient autrefois cet axe de circulation, n'étaient plus que des étendues sauvages envahies de mauvaises herbes et de ruines agricoles. Ces fermes effondrées rappelaient qu'avant la guerre, des familles vivaient heureuses sur ces terres. Aujourd'hui seuls quelques récupérateurs solitaires osaient encore fouiller ces vestiges et même eux ne s'attardaient jamais longtemps dans cette région. Ici la nuit appartenait à d'autres créatures. Très vite nous relevâmes des indices montrant que nous n'étions pas les premiers à passer par là. Des traces apparaissaient dans la poussière de la route et dans les terres sèches des bas-côtés. Des marques profondes laissées par une grosse carriole assez lourde, tractée par deux bêtes de somme, probablement des rad-bœufs. Des sillons laissés par des pneus usés récupérés sur un camion accompagnaient des empreintes de bottes nombreuses et désordonnées. Difficile de dire combien d'hommes assistaient le convoi. Ils devaient être entre six et dix sans compter ceux voyageant sur le chariot. Le groupe que nous traquions ne prenait même pas la peine de dissimuler son passage, au contraire il semblait avancer vite comme si chaque heure comptait.

Nous trouvâmes également, éparpillées au sol, plusieurs douilles et des tessons de verre. Ils avaient sûrement bu avant de s'amuser à tirer dans les bouteilles avec leurs petits calibres. Nous reprîmes la route pendant encore quelques heures avant de nous arrêter pour la nuit. Nous décidâmes de ne pas faire de feu pour ne pas attirer l'attention. Tandis que nous consommions l'eau de nos bouteilles, Rick notre ami survivaliste se servit directement dans une flaque d'eau boueuse et peu engageante. Il dégota ensuite un rat qu'il croqua aussitôt. Ensuite nous mîmes en place des tours de garde et la nuit se passa sans heurts. La lune s'était levée en son premier quartier et la vie nocturne s'activa autour de nous. La nature s'était adaptée à son nouvel environnement. Le chant des grillons et autres insectes égaillait le silence, les champs s'illuminaient çà et là d’essaims de lucioles bien radioactives et au loin dans les forêts, les arbres paraissaient transparents. Nous pouvions même suivre le parcours de leur sève qui luisait d'une belle couleur ambrée.

Aux premières lueurs de l'aube, nous rassemblâmes nos affaires et reprîmes notre marche. Deux ou trois heures plus tard nous découvrîmes plusieurs corps gisant au bord de la route. Leurs sacs avaient l'air éventré et un silence pesant rendait les lieux assez sinistres. Les douilles retrouvées au sol témoignaient d'une rencontre plutôt violente. Bobby remarqua que quelque chose était tombé du chariot. Cela dénotait complètement avec le reste. Il s'agissait d'objets ayant appartenu à des enfants, comme une petite chaussure et une poupée de bois. Notre ami la ramassa sans trop savoir pourquoi et la fourra dans son sac. Rick inspecta les corps mais rien ne put nous indiquer qu'ils aient fait partie du convoi. Par contre, à la rigidité cadavérique, nous conclûmes qu'ils étaient là depuis un bout de temps et que nous avions du retard sur notre ennemi. Si nous poursuivions sur la nationale, jamais nous ne parviendrions à rattraper Red Eyes Bull. Nous n'avions plus le choix que de couper à travers champs. Grâce à ma Pip-watch, je repérai des routes secondaires qui aujourd'hui n'étaient plus guère visibles. Nous continuâmes notre chemin en suivant mes indications et ainsi sortîmes des sentiers battus. Nous dûmes faire preuve de vigilance car nous nous enfonçâmes en territoire sauvage et potentiellement hostile. Par précaution, au début, nous décidâmes de rester à mi-chemin entre la route et la zone boisée. Au loin cependant Joy aperçut une caravane en piteux état. C'était une simple carriole tirée par une seule bête. La Sanguinaire était persuadée d'avoir déjà vu le conducteur quelque part. Bien que son visage fût mal en point, elle finit par reconnaître Carla. La femme scrutait constamment l'horizon, le regard méfiant comme si chaque ombre pouvait la happer. Sa carriole était en piteux état et des impacts de balles étaient visibles sur le bois. Fait étrange, Carla était seule alors que d'habitude elle était toujours accompagnée par minimum deux, voire trois mercenaires.

Peu de marchands osaient voyager seuls et elle semblait avoir payé sa survie par un lourd tribut. Nous avançâmes à sa rencontre. Carla s'arrêta à notre hauteur.



Carla, la bouche tuméfiée, avait du mal à articuler. Je voulus la soigner mais je fus tellement maladroite que je lui fis mal et abîmai au passage ma trousse de soin.



Nous tentâmes de la réconforter pour la faire parler davantage et ce fut le jeune Rick qui y réussit le mieux.



Rick lui demanda si par hasard elle n'avait pas une carte de la région mais à part un peu de ferraille, il ne lui restait rien. Notre galant ami lui offrit alors une de ses rations de nourriture ainsi qu'une bouteille d'eau.



Bobby sortit alors la poupée de son sac et la lui mit sous le nez.



Avant que nous ne reprîmes la route, Rick demanda à Carla si elle connaissait un chemin assez praticable qui pourrait nous permettre de rattraper le convoi de Red Eyes Bull.



Elle nous montra ensuite un vieux document dans lequel elle recensait toutes les créatures pouvant être rencontrées dans la région et qui contenaient des illustrations de loups et de chauves-souris mutants. Nous dîmes au-revoir à Carla et poursuivîmes jusqu'à la fameuse zone boisée. Le territoire des nocturnox était malheureusement le seul moyen de gagner du temps pour atteindre notre cible. Nous arrivâmes à un petit vallon et empruntâmes un sentier en pente douce qui nous mena à un lac dont l'eau était étonnamment propre. Avec sa petite cascade, le cadre était idyllique pour passer la nuit.



Tandis que Joy et moi nous lui fabriquions une canne à pêche de fortune, il tomba sur une belle motte de terre remplie de ver de terre bien gras. Alors que Joy s'installa pour piquer un petit roupillon, Rick commença à pêcher. Je m'installai à ses côtés avec mon flingue à portée de main juste au cas où... Au premier essai, la canne se brisa et je lui en fabriquai une deuxième. Au second essai, il attrapa un beau poisson et au troisième, deux poissons supplémentaires. Il en pêcha un quatrième histoire que nous ayons tous un bon repas ce soir et comme il lui restait des vers, il en attrapa quatre de plus. Rick cuisina ses prises que nous dégustâmes tranquillement tout en en mettant de côté pour le lendemain. La nuit était à présent noire, nos paupières se faisaient lourdes et l'envie d'un petit somme post digestion se fit ressentir. Joy qui était la seule à avoir déjà dormi se proposa de monter la garde pour que nous puissions nous reposer un peu.

Quelques bruissements et craquements de brindilles accompagnèrent sa première heure de veille. Sa vision étant à son zénith, elle se leva et décida de grimper dans un arbre pour avoir une meilleure vue sur les environs. À cheval sur une grosse branche, le dos posé contre le tronc, elle se sécurisa à l'aide d'une corde. de temps à autre, des bestioles venaient s'abreuver au lac. Un peu inquiète, elle aperçut une grosse chauve-souris voler dans le lointain. Elle épaula son fusil mais même en étant nyctalope, elle eut du mal à suivre ses déplacements dans le noir. L'animal était très rapide. Cependant rien n'indiquait qu'il s'agissait d'une nocturnox. Après une autre heure de garde, notre amie La Sanguinaire redescendit de son poste d'observation et nous réveilla. Si nous voulions profiter de la fraîcheur de la nuit pour avancer, il nous fallait reprendre la route. Joy alluma sa lanterne et prit la tête du groupe. Je fis de même et me plaçai en dernière position. Les deux hommes se mirent au centre pour profiter de la lumière ainsi diffusée. Pendant notre progression, des hurlements effrayants se firent entendre au loin. Nous étions tous sur le qui-vive, arme à la main. Je repérai rapidement des traces de lupinox, une carcasse par-ci, des empreintes de pattes par-là ou encore une touffe de poils couleur geais accrochée dans les branchages. N'étant pas experts en la matière, il nous fut difficile de les dater avec précision. Une chose était certaine, nous étions sur leur territoire de chasse et nous espérions vivement ne pas tomber sur eux. Je remarquai aussi autre chose : certains arbres avaient été coupés et emportés. Peut-être y avait-il eu un camp de bûcherons dans la région. Les premières lueurs de l'aube apparurent et nous éteignîmes nos lanternes. Le froid de la nuit s'estompa petit à petit, réchauffant nos corps engourdis. Une légère brume s'éleva du sol et de la végétation couverte de rosée. Impossible de repérer quoi que ce soit à moins de grimper dans l'un des grands arbres bien épais qui nous entouraient.

Au moins étions nous toujours dans la bonne direction. Nous ne nous étions pas perdus et c'était le principal. Joy essaya de grimper pour repérer un éventuel campement mais alors qu'elle lançait sa corde, la branche sur laquelle elle tirait cassa et lui tomba dessus. Rick tenta sa chance et réussi. Il remarqua aussitôt une petite fumée, semblable à celle que produisait un feu mourant, à environ cinq-cent mètres de notre position. Celle-ci était par contre plus proche de la route que du territoire sauvage. Il vit aussi que les carrières n'étaient pas loin de notre position. Même s'il faudrait s'en approcher dangereusement, il établit un itinéraire praticable que nous pourrions suivre pour les traverser de manière sécurisée. Comme nous étions épuisés par cette marche nocturne, nous décidâmes de faire une pause d'une heure. Nous nous installâmes rapidement contre un tronc pour grappiller quelques minutes de sommeil. Rick, qui s'était enfilé une bonne rasade de café, prit le tour de garde tout en restant dans son arbre. Il avait ainsi vue sur nous et sur l'environnement alentour. À la fin de son heure de veille, il vit une bestiole s'approcher de nous. Sans doute avait-il commencé à somnoler car il crut voir débarquer le Chupacabra. Dans la panique, il arma son flingue et tira. Il fit mouche, un cri de bête blessée se fit entendre et un gros lupinox apparu. Nous fûmes tous réveillés en sursaut. Bobby sauta sur ses pieds et frappa la bête dans l'arrière train. Rick toujours paniqué, glissa de sa branche mais, par on ne sait quel miracle, parvint à se rattraper à la corde. Désormais pendu dans le vide, il avait appuyé ses pieds sur le tronc de l'arbre et pouvait tourner autour de ce dernier telle une tourelle défensive. Il vit ainsi le reste de la meute approcher. Aussitôt il nous informa que nous étions encerclés par quatre lupinox. Il visa l'un d'eux en pleine tête, lui arrachant une oreille et le faisant saigner abondamment. Joy se releva, voulu tirer elle aussi mais son coup se perdit dans les bois. Une fois debout, je pris pour cible le canidé le plus proche de ma position et lui balançai un tir dans l'arrière train. Le premier loup à être sorti du bois s'attaqua à Bobby qui fut mordu à la jambe droite. Celui sur lequel j'avais tiré me mordit le bras. L'un des deux lupinox qui entourait Joy manqua sa cible mais son congénère, lui, l'a mordit au visage lui arrachant un bout de chair au passage. Bobby repartit à l'assaut et fracassa l'arrière train de sa victime. Celle-ci était désormais mal en point. Mais lorsque La Grogne voulut donner un autre coup, il trébucha et s'étala de tout son long devant la bête. Heureusement pour lui Rick tira et fit exploser la boîte crânienne de l'animal qui mourut dans l'instant. Joy rata une fois encore sa cible. Quant à moi je tirai dans la patte avant du lupinox en face de moi. Je le blessai encore un peu mais pas suffisamment pour qu'il arrête de s'en prendre à ma chair putréfiée. Heureusement, sa riposte ne parvint pas à m'atteindre. Joy se fit mordre assez gravement au bras droit tandis que le troisième lupinox se retournait sur La Grogne toujours au sol. Énervé Bobby se releva dans un magnifique coup de pied retourné qui atteignit l'animal dans les pattes antérieures. Rick visa celui derrière Joy mais ne parvint qu'à l'égratigner. Notre fana d'armes utilisa cette fois son fusil ferroviaire et planta un clou entre les deux yeux de son assaillant qui chancela à moitié mort. Je tirai une fois de plus dans les pattes avant de mon propre adversaire le mettant à mal lui aussi. Les deux lupinox grièvement blessés ne réussirent pas à nous atteindre. Bobby eut moins de chance et reçut un coup de griffe dans le torse. Il riposta si fort dans les pattes antérieures que la bête peinât à tenir debout. D'un dernier tir bien placé, Rick fit sauter la cervelle du loup le plus proche de Joy. Les deux rescapés tentèrent à nouveau de nous mordre mais sans succès. Bobby porta un premier coup qui fracassa la patte du lupinox tandis qu'un deuxième défonça le thorax de la créature qui s'effondra sans vie. Le dernier rescapé de la meute, affaibli et désormais seul, prit la fuite. Je l'abatis sans la moindre hésitation. La déflagration de plasma percuta la créature qui se liquéfia littéralement. Après avoir pris le temps de descendre de son arbre et de recharger son arme, Rick dépeça les loups. Pendant que viande, fourrure, crocs et griffes finissaient dans son sac à dos, je m’attelai à soigner Joy et Bobby. Nous prîmes ensuite la direction indiquée par Rick et arrivâmes dans une clairière peu dégagée. Il s'agissait d'un ancien campement de convois routiers composé de vieilles roulottes, carrioles et tentes abandonnées. Les événements qui avaient conduit à sa désertion ne semblaient pas avoir été très joyeux. Au centre, un feu encore tiède était à l'origine du dégagement de fumée que nous avions aperçu un peu plus tôt. Dans le puits à feu il restait une carcasse de chevreuil. Autour, il y avait des bouteilles cassées et de vieux bandages tachés de sang jonchaient le sol. Le silence du lieu était régulièrement interrompu par le bruissement du vent dans les herbes sèches et le craquement des branches mortes. Entre les tentes laissées à l'abandon, nous repérâmes un individu en train de rôder. C'était un homme bourru et bien en chair dont la peau sombre était tannée par le soleil. Cependant une certaine bonhomie se devinait dans ses gestes et son regard. Il semblait inspecter la zone pour récupérer des matériaux et des objets ayant encore un peu de valeur. Il portait une gibecière improvisée sur la hanche dans laquelle il plaçait ce qu'il glanait à gauche et à droite. Nous avions donc affaire à un récupérateur des plus classiques. Rick observa discrètement les lieux depuis notre cachette dans les fourrés. Les infrastructures du campement laissaient supposer que ce dernier n'était pas là depuis longtemps. Le convoi se composait de trois chariots, dont l'un semblait aménagé. En effet il était recouvert d'une grande bâche désormais déchirée. De nombreux impacts de balles avaient fait éclater le bois du véhicule et des giclées de sang l'avaient tâché, tout comme les tentes alentours. Le rôdeur quant à lui n'avait pas de complices. Comme il était seul nous avançâmes à découvert et Joy attira l'attention du récupérateur. L'homme pris par surprise fut un peu effrayé de nous voir.



L'homme était craintif et peu ouvert à la discussion.



Pendant ce temps j'avançai, la main négligemment posée sur la garde de mon kukuri, pour inspecter le contenu des carrioles. Je repérai aussitôt plusieurs objets ayant appartenu à des enfants comme des vêtements, des chaussures ou des poupées. Rick, lui, poursuivit son investigation et retrouva le même calibre de douille que lors des attaques précédentes. Mais cette fois, les corps étaient introuvables. Où étaient-ils ? Difficile de le deviner. Le carnage était cependant récent car le sang imprégnant le bois commençait à peine à sécher. Cela devait remonter à une journée maximum, peut être moins. Bobby s'était glissé dans le dos du récupérateur et quand ce dernier voulut se retourner pour fuir, il lui balança un coup de poing dans le pif. Le type se prit la beigne de plein fouet, perdit deux dents au passage et s'étala au sol.



Surplombant de son mètre nonante le gars toujours à terre, La Grogne demanda :



Celui-ci esquivait nos questions comme s'il tentait de nous cacher quelque chose mais son regard revenait sans cesse se poser au même endroit. Bien qu'il fut assez trapus, Bobby souleva l'homme par le col, les pieds de Roger touchant à peine le sol.



Je me dirigeai vers l'endroit indiqué pour vérifier les dires de notre voleur.



Roger ne se le fit pas dire deux fois et tandis qu'il déguerpissait en courant, nous l'entendîmes marmonner :



Dans la gibecière, Bobby trouva une bière artisanale, un jus de fruit fermenté, une miche de pain sec et vingt caps. Pour ma part, je découvris dans le creux de la souche un bel écrin contenant une petite plaque sur laquelle le mot « Lucky » était inscrit et un superbe revolver gros calibre. L'aluminium brillait comme au premier jour, la crosse en ivoire était incrustée de nacre et une étoile y était gravée. Il s'agissait d'une « Lucky Star ».



Alors que nous admirions le revolver, il nous rappela quelque chose. Cette arme avait autrefois appartenu au clan des Tourelles, mais un groupe de miliciens s'en était emparé lors d'une mission plusieurs mois auparavant. Comment était-elle arrivée jusqu'ici, cela resterait un mystère. Joy était ravie de notre trouvaille et s'empressa de la prendre sous le regard envieux de Rick. Une chose cependant nous intriguait. Nous avions la preuve qu'une bagarre avait eu lieu ici mais où étaient les cadavres ? Il n'y avait pas de tombe et aucune trace n'indiquait qu'ils avaient été traînés hors du camp. Ils semblaient avoir mystérieusement disparu et cela n'augurait rien de bon. Enfin, la bonne nouvelle c'était que nous n'avions plus qu'une demi-journée d'écart avec ceux que nous traquions. Par contre nous n'avions pas le choix, l'itinéraire le plus court passait obligatoirement par les carrières et donc par le territoire des nocturnox. La matinée touchant à sa fin, nous nous remîmes en route, notre marche était rapide et mettait notre endurance à l'épreuve. Les traces que nous suivions étaient fraîches et bien visibles. Si nous poursuivions à cette allure, il nous faudrait moins d'une demi-journée pour rattraper Red Eyes Bull et ses hommes. Lorsque la nuit commença à tomber, nous décidâmes de nous reposer un peu. Sachant où nous nous trouvions, nous n'allumâmes pas de feu. Nous n'installâmes pas non plus nos sacs de couchage pour ne pas avoir à nous en dépêtrer en cas d'attaque. Étant dans une zone rocheuse, nous n'avions pas une vue dégagée sur ce qui nous entourait. Une entrée de mine toute proche était barricadée à l'aide de rochers et de poutres en bois. Des panneaux sur lesquels avaient été peintes des têtes de mort en gardaient l'entrée. Nous inspectâmes un peu la zone et nous y découvrîmes un vieux sac contenant des bouquins et des vieilles cartes abîmées par le passage du temps et les intempéries, mais surtout par une énorme quantité de sang. Une sorte d'escalier naturel menait à un plateau supérieur. Finalement nous décidâmes de poursuivre notre chemin et nous tentâmes l'ascension de la paroi. Rick qui voulut être discret, fit malheureusement tomber un morceau de roche. Joy tenta sa chance mais dérapa et resta sur place. Bobby, quant à lui, grimpa les cinq mètres qui le séparaient du sommet avec aisance. Il remarqua aussitôt la présence d'un énorme trou tout près duquel se trouvait un vieux sac de couchage et des restes humains ainsi qu'un feu éteint depuis longtemps. Il utilisa ensuite une de ses cordes pour nous aider, Joy et moi, à le rejoindre. Les dernières lueurs du crépuscule s'estompèrent rapidement préparant le réveil des créatures nocturnes. De petits piaillements commencèrent à se faire entendre, rapidement suivis d'un grondement bien plus grave. Rick remarqua alors du mouvement à l'entrée de la mine. Celle-ci ne semblait pas aussi bien barricadée que nous l'avions cru car des créatures volantes s'en extirpaient. Notre jeune ami supposa qu'il devait s'agir de nocturnox juvéniles car leur envergure ne dépassait pas trois mètres. Pour l'instant les animaux ne nous avaient pas encore repérés mais cela ne saurait tarder. Joy observa rapidement les environs avant de nous annoncer la mauvaise nouvelle. Notre itinéraire nous obligeait à redescendre et à nous diriger droit sur les chauves-souris. Rick s'élança le long de la pente et réussit à atteindre le sol sans déloger le moindre gravillon et avec une discrétion sans faille. Tout en observant du coin de l’œil le ballet aérien des prédateurs, il fouilla dans son sac pour en sortir un bâton de dynamite. Je décidai de ne pas prendre autant de risques que mon camarade et demandai l'assistance de Bobby et de sa corde, pour redescendre. Joy et lui ne nous rejoignirent pas tout de suite car ils souhaitaient couvrir nos arrières en obstruant le trou situé sur le plateau. Pour l'instant seuls trois nocturnox étaient sorties de la mine. L'une d'entre elles finit par apercevoir la présence de Rick et lui fonça aussitôt dessus. Ces animaux étaient extrêmement rapides en vol et leur tactique simple : s'abattre sur leur proie depuis les airs et boire leur sang jusqu'à la mort. Cependant en cas de riposte, elles pouvaient aussi cracher un mélange de sang et de bile hautement radioactif. La première chauve-souris frôla Rick sans réussir à s'accrocher à lui. Les deux autres, attirées par notre chaleur corporelle, se rapprochèrent à leur tour. Pendant ce temps sur le plateau, Bobby et Joy entendirent un bruit peu rassurant émaner de la cavité et La Grogne y lança une grenade. L'explosion fit s'effondrer une partie de la paroi malheureusement insuffisante pour tout combler. Cela avait quand même dû provoquer du dégât dans les profondeurs car des couinements stridents s'en échappaient. Bobby utilisa une seconde grenade et il y eu un nouvel éboulement, cependant cela provoqua aussi l'apparition d'une brèche dans la roche. Une jeune nocturnox à demi éventrée tenta d'en sortir avant de mourir à leurs pieds. Joy voulut poursuivre l'obstruction de la trouée mais sa grenade atterrit sur le vieux sac de couchage qui fut vaporisé par l'explosion. En contrebas, Rick se rapprocha d'un arbre dans l'espoir de gêner la nocturnox qui virevoltait au-dessus de sa tête. Il envoya de la dynamite sur l'entrée de la mine. La roche tout autour s'effondra, obstruant définitivement le passage. Il se coucha ensuite au sol, sachant que ces prédateurs y étaient beaucoup moins à l'aise. Je visai l'une des bestioles, la blessant à l'abdomen. la créature à peine affaiblie rata malgré tout son atterrissage sur le dos de Rick et reprit aussitôt son envol. Sur les hauteurs une nocturnox apex émergea de son antre. Joy La Sanguinaire lui tira dessus à l'aide de son Lucky Star, lui déchirant la membrane de l'aile avant d'agrandir la blessure à l'aide d'un second tir. Bobby quant à lui préféra attendre que la monstrueuse bête se mette à sa portée. Plus bas, Rick lança une grenade à plasma en direction de deux nocturnox qui furent projetées au sol par la violente détonation. Je m'approchai des créatures à l'agonie et en achevai une à l'aide de mon kukuri. La troisième parvint, cette fois, à s'agripper au dos de Rick toujours allongé au sol. Il sentit aussitôt les canines du prédateur se planter dans sa jugulaire et son sang se faire aspirer. Bobby aussi se fit mordre mais il parvint à se dégager de l'étreinte de l'Apex. Il voulut enfoncer sa dernière grenade dans la gueule du monstre mais il n'y parvint pas et cette dernière roula à ses pieds. Aussitôt Joy se jeta sur le côté pour éviter l'explosion. Par chance, l'explosif n'était pas de bonne manufacture et ils échappèrent à un funeste destin sans trop de bobos. Notre fana d'armes utilisa de nouveau son Lucky Star et aggrava toujours plus les blessures sur l'aile de leur adversaire. Pour ma part, je me dirigeai vers la seconde bestiole moribonde pour lui trancher la tête. Rick, ayant réussi à s'emparer de son couteau, se dégagea de son agressive adversaire en lui entaillant l'aile. Elle redécolla non sans lui recracher dessus le sang qu'elle venait d'avaler. Ce dernier était mélangé à de la bile radioactive d'une puanteur absolument atroce. Gorgée du sang de Bobby, l'Apex balaya Joy d'un coup d'aile dans les jambes. La Grogne, à court de grenades, alluma une bouteille incendiaire qu'il éclata sur la tronche de la chauve-souris géante. Sous l'impact, des éclats de verre transpercèrent sa chair et son bras fut légèrement brûlé. La créature par contre, prit feu. La fourrure au niveau de sa tête s'embrasa en lui arrachant des hurlements de douleur. Joy vida son chargeur sur l'aile déjà grièvement blessée de la nocturnox apex l'empêchant définitivement de décoller. Rick, lui, tira sur la juvénile qui continuait à le harceler. Je lui vins en aide, lançant mon arme sur la créature et la tuant sur le coup. Agonisant dans les flammes, l'Apex, dans un dernier sursaut de vigueur, tenta désespérément de griffer ses cibles sans parvenir à les atteindre. Elle finit par s'étaler au sol et Bobby lui broya le crâne d'un coup de botte.

Le combat avait laissé des traces dans la clairière, les corps des créatures jonchaient le sol, ailes déployées et la lueur rouge de leurs yeux éteinte à jamais. Alors que nous inspections les cadavres, nous fûmes frappés par la taille démesurée des mâchoires et des membres. Le silence qui régnait désormais était presque irréel après le chaos de la nuit. Chacun des battements de nos cœurs résonnaient dans nos oreilles, nous rappelant que la campagne restait dangereuse et imprévisible. Nous reprîmes notre souffle et soignâmes nos blessures mais très vite nos regards se portèrent sur la piste. Préférant éviter que des nocturnox provenant d'autres colonies ne viennent prendre la relève, nous reprîmes avec hâte notre route en suivant la direction de la piste empruntée par ceux que nous traquions. Régulièrement nous la rejoignîmes pour y trouver des indices. Les marques laissées par le convoi étaient toujours visibles, aussi bien dans la terre sèche que dans les zones plus humides du sous-bois. En les examinant une chose devint claire : le passage était très récent, quelques minutes à peine. Leur progression était lente, chaotique, entravée par les rochers, les racines et la densité des bois. Le genre d'endroit où un convoi chargé de matériel et tiré par des bêtes de somme perdait énormément de temps. La chance était avec nous. Nous repartîmes à travers la campagne et quand nous décidâmes de retourner inspecter la route principale, qui restait l'itinéraire le plus sûr et le plus direct pour un groupe comme celui de Red Eyes Bull, nous nous rendîmes compte que nous les avions dépassés. Nous pouvions désormais prendre de l'avance sur lui et peut-être même préparer une embuscade pour le capturer. Au loin, à la lisière des bois, des formes sombres émergeaient de la pénombre. Il s'agissait d'un ancien village rural rongé par le temps et les radiations. Les maisons étaient éventrées, les rues envahies par les herbes folles et des carcasses de véhicules agricoles étaient dévorées par la rouille à l'endroit même où elles avaient été laissées à l'abandon. Une route traversait le quartier dans lequel nous nous trouvions et le convoi n'aurait pas d'autre choix que de l'emprunter. Les accès étaient étroits, les lignes de vue brisées et les angles morts, nombreux. Chaque ruelle, chaque maison effondrée pouvait devenir une cachette ou un piège. Le genre d'endroit où un groupe en mouvement ralentit. Le genre d'endroit où nous pouvions les attendre. Une rafale de vent s'engouffra entre les façades détruites, faisant grincer une porte quelque part dans l'obscurité. Le temps jouait encore en notre faveur, cela ne durerait pas mais nous laissait malgré tout la possibilité de décider comment cette traque allait se terminer.




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