La Princesse d'Our par

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Side Story / Famille / Aventure

2 ~ Chapitre 2 ~

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Chaque jour, Layla alla donc à l’école. Il s’avéra qu’elle avait un grand talent pour apprendre à écrire et l’institutrice ne cessait de faire des éloges à son égard devant une madame Palm rouge de fierté. Madame Palm était la nourrice de Layla, elle l’avait éduquée dès ses premiers jours et la considérait comme sa propre fille. Elle qui ne pouvait pas en avoir. La voir avoir un si bon niveau scolaire la ravit donc autant que le roi. Après chaque jour d’école l’enfant répétait parfaitement ce dont elle avait travaillé en cours : l’écriture, les mathématiques, les différentes manières de tresser un panier et l’histoire de la famille royale.

Mais Layla parlait encore plus de ses nouveaux amis que de ses cours. Halima et Pili avaient l’air d’avoir une bonne influence sur elle, mais madame Palm n’avait pût s’empêcher de faire quelques recherches à leurs propos pour être certaine que rien en eux ne pourrait être dangereux pour l’enfant qui n’était pas n’importe quelle enfant. Le père d’Halima était un marchand de tapis très réputé en ville, il s’était marié avec la petite fille de la doyenne de la ville, une femme qui l’aidait dans la fabrication de ses tapis. Le père de Pili, lui, était un garde proche du roi et un exemple pour de nombreux autres soldats. Il avait perdu sa femme, la mère du jeune garçon, puis s’était marié à nouveau avec une fille d’un autre soldat qu’il avait rencontré lors d’un repas réunissant tous les soldats auprès de leur roi.

C’est ainsi que madame Palm fut rassurée des fréquentations de la jeune princesse. Cela la ravissait de voir cette enfant au sang royal autant proche du peuple et aussi naturelle avec eux. Elle deviendra certainement l’une des meilleures reines qu’a connues la ville d’Our et une très bonne descendance du roi Mosegi III. De plus, elle devenait de mois en mois de plus en plus belle avec ses yeux d’un bleu foncé rappelant à madame Palm ceux de sa défunte amie, l’ancienne reine Valerya et les cheveux noirs de jais identiques à ceux de son père. Il y avait en elle un parfait mélange de deux grandes personnes chères aux yeux de madame Palm et la reine Valerya continuait de vivre en elle.

 

Les années passèrent doucement, dans un pays aussi calme que le fleuve qui coulait près de la ville : L’Euphrate. C’était ici qu’avait passée le plus clair de son temps libre la princesse maintenant âgée de dix ans. Layla aimait particulièrement un endroit près du fleuve. Son père l’y avait souvent emmené avant qu’elle ne puisse y aller seule, accompagnée de seulement deux soldats. Il y avait une roche où elle pouvait s’asseoir pour tremper ses pieds dans l’eau quand le flux du fleuve le permettait. Un olivier la protégeait des rayons du soleil qui irradiait Our quasiment chaque jour de l’année.

Ses longs cheveux couleur jais tombants jusqu’à ses hanches flottaient par la légère brise du mois de septembre. L’école avait repris mais aujourd’hui elle ne pouvait y aller. Son père accueillait plusieurs grands seigneurs de la région et elle devait être présente pour la cérémonie. Son rôle de princesse était important dans les décisions du pays, elle le savait. Son père espérait que durant le bal elle rencontre quelques hommes pour commencer à les fréquenter avant qu’elle n’atteigne l’âge du mariage.

Layla ne s’intéressait pas à cela. Pour elle l’écriture, l’histoire et les sciences étaient des sujets bien plus captivants. Or elle voulait faire plaisir à son père et peut-être qu’elle se permettra de sourire à un garçon pour rassurer le bon roi d’Our. Soudain, une voix familière retentit :

_ Layla, ma chère, vous allez être en retard si vous restez flâner ici plus longtemps. Laissez-moi vous raccompagner.

_ J’en serais honorée, mon cher oncle.

La princesse n’aimait pas particulièrement son oncle, elle avait toujours été très impressionnée par son air fier et suffisant. Mais elle n’était pas n’importe qui, elle se devait de respecter les codes, plus elle grandissait, plus elle s’en apercevait.

_ Comment progresse ma future reine dans ses études ?

Layla sourit légèrement à cette question, tout le monde au palais connaissait son opinion sur l’éducation des jeunes filles. Bien sûr, quand son père avait demandé si les gens de la cour étaient en accord avec son choix de lui donner un accès à une éducation dans la meilleure école de la ville, Teremun avait été le premier à s’y opposer. Pourtant d’une voix innocente, la princesse répondit :

_ Très bien, je dois admettre, en toute humilité, avoir quelques facilités en histoire.

_ C’est parfait, en tant que future reine d’Our, vous vous devez de connaitre l’histoire du pays.

Alors que Teremun et elle pénétrait dans le palais, madame Palm se précipita vers elle.

_ Oh par tous les dieux, princesse, vous êtes encore loin d’être prête !! Et les invités arriveront dans moins de trois heures ! Suivez-moi je vous prie !

 

L’escalier en granit était impressionnant, mais le descendre en chaussures à talons le rendait encore plus saisissant. C’était la première fois que Layla mettait de telles chaussures et cela la rendait nerveuse, elle avait peur de chuter, de manquer une marche. Elle s’arrêta avant de se lancer dans la descente périlleuse, remis le bas de sa robe d’un vert serpent aux dorures d’or, se tourna de nouveau vers madame Palm qui venait retoucher son rouge à lèvres.

_ Vous êtes digne de votre mère, princesse. Vous êtes époustouflante, l’on dit qu’en bas d’honnêtes hommes vous attendent. Essayez de ne pas tomber sur ceux qui ne voient qu’en vous votre position de future reine.

Layla jeta un regard aux convives qui se trouvaient en bas, dans la salle de réception. Beaucoup étaient des personnes dont la place dans le pays était élevée. L’éducation qu’avait reçue Layla lui permit de les repérer. Tout comme elle, ils souriaient poliment, peut-être faussement. Ils ne tenaient pas leur verre comme un citoyen normal le ferait. Ils effectuaient un petit hochement de tête quand ils passaient près de quelqu’un qui leur était familier. Tout dans leur comportement était le résultat d’une éducation stricte et longuement étudiée. Layla avait reçu exactement la même. Madame Palm et ses autres professeurs privés y avaient veillé. Mais il n’y avait pas que des convives ayant la même éducation qu’elle. Certains se comportaient plus naturellement, ils riaient plus fort, ne savaient pas réellement où se mettre, parlaient avec les serveurs. Layla aimait ce genre de convives. Ils étaient, selon elle, plus facile à croire car ils cherchaient moins d’intérêts dans sa personne.

_ Allez-y princesse, tout le monde vous attend, déclara Madame Palm.

 

Elle posa son pied chaussé d’escarpin sur la première marche. Un souvenir vint alors l’envahir.

_ Madame Palm !!! J’ai peur !! Il glisse l’escalier ! Je ne veux pas descendre.

_ Posez fermement le pied sur chaque marche et tout ira bien, princesse.

Layla respecta les conseils donnés il y a deux ans de cela. Avoir un appui ferme, permettait plus de sécurité.

_ Ayez le dos droit et le regard sur ceux qui se trouve en bas, ils auront l’impression que vous leur êtes supérieurs.

Deuxième marche, Layla se redressa et observa les invités.

_ N’oubliez pas de sourire, princesse, vous êtes une hôte qui se doit d’être accueillante et accessible.

Troisième marche, la princesse étira ses lèvres rosies en un sourire timide.

_ Vous devez aussi vous sentir sûre de vous pour que les invités aient l’impression que vous contrôler toute la situation.

Quatrième marche, Layla souffla une dernière fois et son pas se fit plus assuré, plus rassuré.

_ Parfait ma princesse, chuchota Madame Palm encore à l’étage, vous êtes à présent une princesse à part entière. Peut-être même une reine.

Être une reine, être ce qu’avait été la mère qu’elle n’avait jamais connue. Bombant le torse, Layla, fière et prête à endosser le rôle, descendit les dernières marches comme les aurait descendus sa défunte mère.

 

Le roi Mosegi III avait fait taire tous les invités en annonçant l’arrivée de sa fille. Tous la regardaient, des chuchotements se firent entendre. Layla fixa d’abord son père pour y chercher une once de courage, de soutien. Le roi lui souriait, dans son regard on pouvait voir toute la fierté qu’il ressentait.

Lentement la princesse Layla s’autorisa à regarder les convives, peu de visages lui étaient familiers mais elle vit son oncle dans un coin de la pièce qui leva son verre lorsque son regard rencontra le sien. Soudain un visage lui fit retourner sa tête. Oui, la princesse avait bien vu une tête familière. Près d’un soldat posté de manière extrêmement droite se trouvait un petit garçon aux cheveux courts et châtains. Sa bouche était légèrement ouverte de béatitude.

Quand sa descente des escaliers se termina enfin, Layla alla directement en direction du garçon.

_ Pili ! Tu es là !

Dans un geste non-assuré, Pili posa un genou au sol et baissa la tête. D’une voix tremblante, il déclara alors :

_ Princesse Layla, je… je m’excuse du comportement grossier et léger dont je vous ai fait part toutes ses années. Veuillez accepter mes plus plates excuses.

Layla leva lentement son pied chaussé du magnifique escarpin couleur or et le posa sur le front de Pili. Son père s’apprêta à s’apitoyer lui-aussi en excuses quand la princesse poussa son fils au sol tout en poussant un rire puissant. Pili se frotta le front et regarda le visage hilare de son amie et se joint au rire de celle-ci.

Les autres invités regardèrent la scène étrange se dérouler. Madame Palm, toujours à l’étage, s’effondra en voyant que les efforts qu’elle avait fait pour éduquer la princesse n’avaient servi à rien. Elle se comportait comme une enfant de la campagne, pas comme une future reine. Quelques chuchotements se firent entendre et Layla, se redressa, se racla la gorge et tendit sa main manucurée à son ami pour l’aider à se relever.

_ Avant d’être ta future reine, Pili, je suis ton amie et qui plus est, je suis une humaine. Il m’arrive aussi de rire et de me comporter légèrement. Ai-je le droit, père, de parfois me comporter humainement ?

Le roi Mosegi III hocha légèrement la tête et les invités retournèrent à leurs discussions, ignorant les enfantillages de la princesse. Cette-dernière se retourna vers Pili et de son regard l’interrogea sur sa présence au palais.

_ Mon père est soldat haut gradé depuis cette année, il a donc lui aussi le droit de participer aux soirées organisées par le roi, ton père.

_ Je ne savais pas que les enfants de soldats avaient eux-aussi le droit de venir. Je ne vois pas souvent d’autres enfants ici…

_ À vrai dire, mon père n’avait pas reçu d’autorisation pour m’emmener, mais il n’a pas reçu de contrordre et quand ta mère m’a vu, elle nous a fait entrer.

_ Ma mère ?

_ Oui la dame qui t’emmène chaque jour à l’école, je crois qu’elle m’a reconnu.

_ Ce n’est pas ma mère ! Ma mère, l’ancienne reine, est décédée le jour de ma naissance. Tu es censé l’avoir appris il y a deux ans de cela ! Madame Palm est ma nourrice et mon éducatrice des bonnes manières… Je crois qu’elle n’a pas dû apprécier la manière dont je viens de me comporter avec toi…

_ Dois-je te vouvoyer maintenant que je sais que tu es ma princesse ?

_ Non ! À l’école tu dois continuer de m’appeler Nailah, Halima a le droit de savoir qui je suis mais personne d’autre ! Tu m’as comprise ? ordonna-t-elle d’un ton digne d’une reine.

_ Bien.

_ Je dois me présenter aux autres invités, je ne pense pas avoir le temps de te revoir ce soir, on se voit à l’école !

_ À lundi Nail… princesse Layla.

Layla décocha un sourire travaillé pendant plusieurs mois et se dirigea vers un groupe de personnes aux tenues toutes plus chères les unes des autres. Pili regarda son amie s’inscrire parfaitement dans ce monde qui lui semblait si loin du sien. Après tout, la princesse avait toujours grandi dans ce monde tout en s’adaptant parfaitement à celui de la basse-société.

 

« Père, dites-moi, pourquoi n’avons-nous pas tous la même couleur d’yeux ?

 _ Ça mon enfant, je n’en sais rien. »

 

Alors que la princesse se fit servir un verre au comptoir, un garçon de quelques années son ainé se dirigea vers elle. Grâce à l’éducation qu’elle avait reçue de son éducateur des familles, l’enfant avait pu reconnaitre le fils du seigneur de la région opposé de l’Euphrate.

_ Bonsoir votre Altesse.

_ Bonsoir Lord Osiris.

Celui-ci prit légèrement sa main et sans poser ses lèvres, mima un baiser qu’il déposa sur celle-ci.

_ Douce soirée, n’est-ce pas, princesse ?

_ En effet, je jurerais qu’au-dehors les étoiles brillent.

_ Peut-être que celle de notre défunte reine s’y trouve. Mais je vous de m’excuser, ma princesse, je dois déjà m’en aller, demain je commence mes sept années au service militaire. Peut-être nos chemins se croiseront une nouvelle fois.

_ Espérons-le, Lord Osiris.

_ Je souhaite à votre Altesse une bonne soirée.

Comme tout père qui aime sa fille, le roi Mosegi III ne pouvait s’empêcher de surveiller celle-ci. Il n’avait donc raté aucun mot de l’échange qu’elle avait eu avec le fils de Modéïs, selon lui sa fille n’était pas insensible au charme du jeune homme de seize ans. Peut-être devrait-il déjà parlé à Modéïs d’une future alliance de leur famille ? Puis il se ressaisit, sa fille n’avait que dix ans, et n’avait pas encore fait sa marche divine, la transformant en femme, donc en un être en âge de se marier. Sa propre marche divine étant assez tardive -22 ans- il ne voulait pas précipiter sa fille dans le monde rude qu’est celui des adultes.

 

Le lundi suivant, à peine arrivée dans la cours de l’école réputée, Halima vint vers Layla, un large sourire aux lèvres. La fille du vendeur de tapis se pencha lentement, essayant de mimer les serviteurs de la princesse.

_ Votre positionnement, critiqua Layla, ma chère, n’est pas très professionnel. Permettez-moi de vous corriger, votre main gauche doit se trouver dans dos, vous m’offrirez ainsi votre cœur.

_ Qui vous a dit que je voulais vous offrir mon cœur, prin…

_ Halima ! Tais-toi ! On pourrait nous entendre !

_ Vos désirs sont des ordres !

Layla se retourna, mimant un air vexé, tandis que son amie se pliait de rire.

_ Sérieusement, je n’ai jamais pensé une seule seconde que tu aurais pu l’être…, elle chuchota, ma princesse.

_ Je dois avoir quelques talents de discrétion.

_ Ou bien, fit Pili qui arriva, tu es une bonne menteuse. Pourquoi ne rien nous avoir dit ? Nous sommes tes amis depuis des années.

_ J’aurais aimé vous le dire, mais père refusait, il est très inquiet quand je suis hors du palais.

_ Je n’y crois pas, marmonna Halima, tu es ma princesse…

_ Tu peux être fière, Hali, tu es la meilleure amie de la princesse !

_ A choisir, j’aurais préféré être la princesse… Cela doit être tellement d’avoir toujours quelqu’un à tes petits soins !

_ Je ne dis pas que c’est horrible d’être une princesse, mais ce n’est pas tout beau tout rose non plus… En plus des cours ici, j’ai d’autres cours plus spécifiques. Je n’ai presque pas de temps pour moi. Je dois apprendre toute l’histoire du pays, des rois et des reines, à me comporter comme une reine, comprendre les histoires d’argent du pays, les relations. J’ai aussi beaucoup de restriction : par exemple je n’ai pas le droit d’écrire une lettre par moi-même car mon écriture ne doit paraitre que dans les écrits officiels. Même ici je dois la modifier.

_ Ouah…, fit Halima.

_ Père m’avait bien dit que ton rôle n’était pas des plus simples, mais je n’imaginais pas que c’était horrible à ce point, commenta Pili.

_ Ce n’est pas horrible ! J’ai toujours fait ainsi !

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