La Princesse d'Our par

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Side Story / Famille / Aventure

3 ~ Chapitre 3 ~

Catégorie: G , 3668 mots
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Les sept années suivantes de la vie de la princesse, furent presque comme celles de chaque enfant d’Our : bercées par le rythme scolaire. A présent la princesse avait dix-sept ans et beaucoup de son âge la considérait comme une adulte. Pourtant aux yeux de son statut, elle n’était encore qu’une enfant. Toutes les princesses étaient en effet des enfants. Elle n’avait toujours pas fait sa marche divine. Mais elle avait passé et obtenu des examens scolaires. La matière qui lui avait permis d’obtenir une mention de mérite était l’histoire, sans réelle surprise.

Mais à quoi lui servirait cette mention de mérite ? Normalement, elle permettait d’obtenir immédiatement une place sur le monde du travail, or pour elle, sa place était toujours chauffée, prête à la recevoir. Quand son père ne sera plus, elle sera reine. Plus elle grandissait, plus cela lui était clair. Plus cela lui faisait peur. Ses enseignements privés montraient de plus en plus la dure réalité de gouverner. Ce n’était pas une mince affaire. Pauvre père. Pauvre future elle.

L’école lui avait tellement apporté. Des connaissances, une nouvelle manière de vivre, de penser, une éducation, des amis. Maintenant que l’école était finie Layla ne voyait plus aussi souvent Halima et Pili. Elle était de nouveau cloitrée dans son château à recevoir des enseignements toujours plus ennuyeux les uns des autres. Le salaire d’un soldat, les dettes du royaume, le rôle de cheffe des armées, l’image brillante que l’on doit laisser paraitre du royaume… Tout cela était barbant ! Elle voulait tellement revoir ses amis ! Rire de nouveau. Elle n’avait rien contre Madame Palm, mais sa compagnie n’était pas des plus plaisantes. Elle se faisait vieille et comprenait de moins en moins ses envies, comme celles que pourrait avoir n’importe quelle jeune femme. Si seulement Halima pouvait être à ses côtés… Elle lui parlerait de ses tracas et écouterait les siens.

L’ambiance familiale n’était, elle non plus, pas des plus belles. Le roi Mosegi III se fatiguait. Il avait fait trois malaises au cours du mois dernier et devait à présent s’aider d’une canne pour marcher. On avait même fait déplacer sa chambre au rez-de-chaussée pour lui éviter le supplice des marches. Layla devait lui lire les dernières informations du pays car ses yeux ne le pouvaient plus. La princesse était terriblement inquiète. Inquiète pour son père, mais aussi par ce que sa mort signifiera. Elle n’était pas encore prête à devenir reine. Certes son père avait été roi à seulement quinze ans, mais elle, à dix-sept ans ne s’imaginait pas le devenir.

S’il y avait une personne qui se réjouissait de l’état de santé du roi Mosegi était Teremun. Son frère ainé lui avait confié de nombreuses tâches et ce petit rôle de roi lui plaisait. Personne parmi l’entourage de la famille royale voyait Teremun d’un bon œil. Encore moins Layla. Elle craignait un coup d’état. Teremun était tellement hanté par le pouvoir, toujours à sa recherche, celui-ci s’en rapprochait un peu trop… La princesse Layla en avait touché un mot à son père mais ce-dernier était aveuglé par l’amour qu’il portait à son cadet et n’y croyait pas un mot.

Il y avait bien une chose qui rendait l’état de santé du roi quelque peu meilleur. C’était l’intérêt que les hommes commençaient à porter sur sa fille. Mosegi n’était pas idiot, il savait qu’il allait mourir, mais il avait si peur de laisser sa fille seule. Si seulement elle pouvait se marier avec un honnête seigneur… Pourtant cela ne semblait pas être dans les projets de la princesse. Elle les ignorait, ou même pire encore, elle les repoussait. Peut-être trouvera-t-elle l’amour lors de sa marche divine comme il l’avait trouvé…

 

« Père, dîtes-moi, pourquoi les dieux ont fait de notre famille une famille royale ?

_ Ça mon enfant, je n’en sais rien. »

 

Une fois par mois, Pili, Halima et Layla se retrouvaient près du Nil. La princesse ne se sentait merveilleusement bien qu’en la présence de ses amis. Ils pouvaient parler de tout, sans tabou, sans honte. Layla n’avait pourtant pas la même vie que ses deux amis, cependant ils la comprenaient mieux que quiconque au palais. Layla avait interdiction de parler de l’état de santé de son père aux citoyens mais une fois de plus Pili et Halima n’étaient, selon elle, pas de simples citoyens, ils étaient avant tout ses amis.

_ J’ai si peur de devenir reine ! Je n’en ai pas envie !

_ Et pourquoi ton oncle ne deviendrait-il pas roi à ta place, demanda Halima.

_ C’est impossible, c’est l’enfant qui doit l’être, et puis oncle Teremun est un peu…

_ Avare, c’est ça ? continua Pili.

Layla hocha de la tête et souffla, dépitée par le rôle qui l’attendait très prochainement.

_ J’ai aussi quelque chose à vous dire, reprit Pili… J’ai dix-sept ans et comme tous les jeunes hommes de dix-sept ans je dois partir faire mon service militaire.

_ Oh non ! s’écria désespérément Layla. Quand est-ce que tu dois partir ?

_ Dès demain.

Halima avait baissé sa tête, cachant ses émotions. Depuis longtemps Layla avait compris que le charme de Pili n’était pas insensible à son amie.

_ Cela va être très long… commenta Halima en retrouvant de sa prestance. Et puis, toi, Layla tu vas bientôt devoir faire ta marche divine… si j’ai bien compris tu pars dans moins d’un mois… Mais que vais-je faire en vous attendant ?

_ Halima, déclara sérieusement Pili, je veux que tu m’attendes. Et quand je reviendrai, je t’épouserai. Promets-moi de m’attendre.

Halima hocha de la tête, incapable de cacher ses larmes de bonheur mêlées à celles de la tristesse de le voir partir.

 

Pili était à présent parti pour sept longues années de service militaire. Halima trainait devant le palais, s’ennuyant plus que jamais. Si seulement elle pouvait voir son amie, la princesse. Que faisait-elle à l’intérieur de ces beaux murs ? Layla avait beau avoir décrit la vie qu’elle vivait, Halima n’arrivait toujours pas à se la représenter. Soudain, la porte principale du palais s’ouvrit. Deux soldats sortirent. Halima tenta de jeter un coup d’œil pour voir comment était le décor derrière ces immenses portes. L’un des deux soldats la pointa du doigt, l’autre hocha la tête et déclara :

_ Elle correspond à la description de la princesse.

Ils se rapprochèrent et Halima se figea. Personne n’était interpelé par les soldats pour quelque chose de positif, les autres habitants d’Our surveillèrent la scène.

_ Vous êtes bien mademoiselle Halima, fille du marchand de tapis nommé Enlil ?

_ O… Oui.

_ On vous réclame au palais. Veuillez nous suivre.

C’est étrange, Halima avait toujours rêvé d’entrer dans le palais, elle avait toujours rêvé de voir ce qui se passait à l’intérieur de ses murs. Pourtant Halima n’a aucun souvenir de sa première visite au palais. De quelle couleur étaient les peintures, la tenue du roi, de Layla ? Elle n’en savait plus rien. Mais elle se souvient d’une chose. Le roi s’était levé de son trône, elle s’était abaissée, avait ployé le genou et il lui avait demandé d’une voix puissante malgré son faible état :

_ Halima, fille d’Enlil, je vous demande, en tant que roi, d’accompagner ma fille et votre princesse Layla tout au long de sa marche divine.

Halima se redressa brusquement et regarda son amie. Layla sourit et soudain Halima vit en elle sa future reine et se courbant de nouveau, mais cette fois-ci à l’intention de la princesse, elle répondit fièrement, les larmes aux yeux :

_ Cela serait pour moi un honneur, votre Altesse.

 

Le soleil brûlait ce jour-là, comme s’il avait décidé d’être plus puissant en ce grand jour. Les éventails ne lui suffisaient plus, Layla crut ne jamais pouvoir entamer sa marche divine. Pourtant c’était son obligation de princesse. Purifier son âme avant le grand saut dans la royauté. Layla entendit son père murmurer à Halima :

_ Ne la lâchez pas d’une semelle, même si elle vous l’ordonne ! Sinon vous manquerez à votre rôle de citoyenne.

_ Non mon roi, je ne trahirai pas la princesse.

Halima sortie en première du palais, sa toge orange sembla brûler lorsqu’elle sorti de l’ombre. Layla souffla, remit sa robe de lin blanc, mit sa cape rouge et se retourna vers Mosegi III. Le roi souriait, puis accueilli sa fille qui courrait vers lui.

_ Prends soin de toi, papa.

« Papa », le cœur de Mosegi se serra. Depuis qu’elle était entrée à l’école plus jamais Layla n’avait dit ce mot, elle l’avait remplacé par « mon père », voire même « votre Altesse ». Embrassant le front de sa fille, il remit une mèche de ses cheveux bruns et regarda les yeux de sa fille, de sa femme :

_ Prends soin de toi, mon enfant. Je sais que Valerya te protègera. Maintenant va dire au revoir aux citoyens de notre pays, et surtout promet leur de revenir en tant que reine.

_ Reine ? Mais… et toi mon père.

_ Je vais faire de mon mieux, mais attends toi au pire. Surtout n’arrête pas ta marche divine sur des dire, reviens que lorsque tu es pure.

_ Oui, père. Je vous aime.

Layla se retourna, souffla, avala les larmes qui avaient menacé de couler et sortie telle une reine. Les citoyens l’applaudirent, lui souhaitèrent bonne chance. Halima l’observait, voyant l’inquiétude dans le regard dans son amie. Layla ne se retourna plus, ne cherchait plus à voir une dernière fois le visage de son père, et partie.

L’inquiétude pour son père, bien qu’encore présente, s’atténua peu à peu. Une autre peur, elle, l’envahissait de plus en plus. Le monde l’effrayait. En dix-sept ans d’existence, la princesse Layla n’avait connu qu’Our. Our était tout pour elle. La ville avait été le lieu de ses premiers pas, de son apprentissage, de ses plus belles rencontres, de ses plus beaux souvenirs. Elle se souvint alors d’une phrase qu’avait dite son père lors d’un des rares diners où ils n’avaient mangé que tous les deux. Cette journée-là elle avait été tourmentée par l’absence de sa mère, elle l’avait longtemps pleuré et le roi en avait été informé.

« Ma fille, savais-tu que la ville était protégée par ceux que l’on aime ?

_ Ceux que l’on aime ? avait-elle répondu, intriguée.

_ Oui, Layla. Crois-tu que ta mère t’ait totalement laissé seule, sans aide ?

_ Mais si elle me protège encore, où est-elle ?

_ Dans les fondations de cette ville. Elle et tous ceux qui sont partis rejoindre les dieux ont pour mission de les aider à protéger les habitants d’Our. »

Après cette discussion, Layla ne s’était jamais senti en danger, persuadée que sa mère la protégerait. Mais à présent elle allait quitter Our et sa mère ne pourrait plus le faire, elle serait seule. Certes Halima était là, pourtant Layla, qui voyait son amie de dos, ne sentait pas émaner d’elle la plus grande assurance. Halima aussi n’avait jamais quitté Our. Ressentait-elle la même peur qu’elle ? Si seulement Pili avait été là… il les aurait protégées. Pili était en effet devenu un homme fort et il aurait été une figure rassurante auprès d’elles. Nombreux et nombreuses avaient été les anciens princes et les anciennes princesses qui avaient été attaqués lors de leur marche divine. Son père avait été tenté par le fait d’accompagner sa fille par des soldats. Mais cela était contraire aux règles divines. Lors de sa marche, l’armée ne devait pas interférer. Si elle était vraiment digne d’être reine, les dieux la protégeraient.

 

A peine Layla avait quitté la ville, que Mosegi III se tourna vers Teremun. Il était dans son habituelle toge vert serpent. Mosegi III posa sa main sur l’épaule de son cadet :

_ Ma fille sera ta reine, je veux que tu sois là pour elle, elle aura besoin du soutien que ni moi ni sa mère ne pourront lui apporter. En attendant son retour, je veux que tu sois là pour le royaume. Je te laisse, dès maintenant, les rênes du royaume. On m’a souvent dit que tu n’en as pas les épaules, prouve-leur le contraire… moi je crois en toi !

Teremun eu un sourire que Mosegi ne savait interpréter, était-ce un sourire de remerciement ou un sourire d’impatience face à ce qui l’attendait ? Fallait-il en avoir peur ou non ? Mais Mosegi n’avait pas le temps de se poser ces questions et tendit à son frère un parchemin de légation de pouvoir en attendant le retour de Layla. Puis le roi croisa le regard de Madame Palm qui comprit instantanément le besoin de son roi. Elle accouru à petits pas vers lui et offrit son bras en soutien. Le roi était faible pourtant il repoussa l’offre de son amie. Il jeta un regard au public qui le fixait comme un demi-dieu. Il fallait se montrer fort. Mais l’était-il vraiment ? D’un pas qui se voulait ferme, mais qui tremblait légèrement par la faiblesse, il rentra à l’intérieur du palais et quand les portes se fermèrent il s’accrocha au bras de Madame Palm.

_ Mon amie, emmenez-moi à ma chambre. J’ai besoin de me reposer. Quelle vie ça aura été !

_ Votre Altesse ! Ne dites pas de telle chose !

_ Marwa, faites ce que je dis. Appelez la doyenne, j’ai besoin d’entrer en contact avec les dieux. Puis vous appellerez mon scribe, mon testament est à terminer ! Et ne tardez pas ! Le temps m’est pour la première fois compté !

« Marwa ». Seule Valerya l’avait appelé ainsi au palais. Jamais le roi ne l’avait fait. L’heure avait sonné pour lui et les barrières qu’il s’était toujours imposées commencèrent à tomber une par une.

Dans le palais chacun s’activait. Sauf Teremun qui serpentait lentement dans les couloirs. Silencieusement, vicieusement, on entendrait presque son sifflement sournois. Il ne se pressa même pas auprès de son frère ainé et cette absence accentua quelque peu l’agonie du roi. Mais il était trop tard, même s’il doutait de son frère, son choix avait été fait et le changer demanderait plusieurs journées. A présent il devait penser au futur de sa fille tant aimée. Il devait faire en sorte que rien ne vienne entraver son accès au trône. Il savait qu’elle aurait les épaules pour ce poste si important. Elle serait certainement l’une des reines les plus justes, l’une des plus grandes. Probablement plus grande et plus juste qu’il ne l’avait été.

Mosegi se tourna vers sa table de chevet. Parmi les différents breuvages se trouvait un sublime portrait d’une femme qui était à ses yeux la plus sublime : Valerya. Il était si fier de l’avoir épousé et d’avoir eu une fille avec elle.

_ Valerya, je crois que j’ai accompli le rôle que les dieux m’ont donné à ma venue dans ce monde. Notre fille est une femme maintenant. Je n’ai plus rien qui me retient ici, mais j’ai toi qui m’appelle. Je finis deux trois petites choses et j’arrive. Encore un peu de patience, ma belle.

_ Vous lui passerez le bonjour de ma part, fit madame Palm en arrivant les mains chargées de papiers.

_ Dois-je encore remplir tout cela ?! Quand est-ce qu’un roi mourant peut se reposer ?

_ Si vous voulez je peux repartir avec, votre Altesse.

_ Faites donc.

Les trois jours qui suivirent, le roi Mosegi fut accompagné de madame Palm. Elle ne quittait la chambre que lorsque les médecins examinaient le roi. Le troisième soir, alors que le roi dormait, la main tomba du lit et madame Palm en prenant celle-ci sentit que la fin était venue. Une larme glissa le long de la joue de Marwa Palm et elle quitta la chambre. Sans parler à aucune personne, elle se dirigea vers les cloches du palais et les firent sonner. Dans la nuit, elles résonnèrent telle une alarme d’incendie et les habitants d’Our sortaient peu à peu de leurs habitats. Et madame Palm ne cessait de sonner les cloches.

 

La cérémonie d’accès au trône était pour un roi en intérim largement moins importante et belle que celle d’un vrai roi ou d’une vraie reine. Mais le roi Teremun n’en avait que faire. Lors de cette cérémonie il avait vu ses hommes, ses vassaux qui l’aiderait à accomplir son rêve. La puissance l’envahissait. Le pouvoir l’enrobait. Il était le roi. Certainement l’un des plus puissants de Mésopotamie. A Our les festivités furent longues. La nourriture et le vin coulaient à flot. Pendant trois jours et deux nuits les chants résonnaient, les cris de joie tintaient. Personne parmi les citoyens n’avait oublié le roi Mosegi, mais la venue d’un nouveau roi plaisait. C’était toujours une raison de plus pour faire la fête… Pourtant les citoyens auraient dû s’inquiéter. En effet, alors que les festivités battaient leur plein, Teremun lui signait des accords, mettaient en place de nouvelles stratégies, de nouvelles alliances. Pas celles qui plaisent, mais celles qui détruisent.

_ Mes chers amis, commença le nouveau roi, comme vous le savez notre chère Layla est absente mais voulons-nous vraiment de son autorité ? Quand elle reviendra, elle sera exactement comme son père. Ce sont des souverains du peuple. Ce sera même certainement pire avec Layla qu’avec mon cher feu le roi Mosegi III. Elle a étudié parmi ce peuple, elle a grandi à leur côté et je l’ai souvent entendu dire qu’elle trouvait cela injuste que l’on vive mieux qu’eux. Nous, élus des dieux ! Voulez-vous encore vous serrez la ceinture ?! Voulez-vous encore voir le bas-peuple prendre un peu plus de nos parts ?! Moi Teremun II, vous promet de vous rendre vos richesses, vos avantages ! Alors faites de moi votre roi ! Faites de moi votre sauveur ! Si je reste roi par intérim je ne pourrais jamais briser les règles établies par mon pauvre Mosegi. Faites de moi votre ROI !

Presque chaque seigneur de la terre entre le Tigre et l’Euphrate voyait en Teremun un nouveau demi-dieu, celui qui leur permettrait d’accéder à ce qu’ils avaient tant désirer : puissance, richesse, femme, terre, … Les promesses que le successeur de Mosegi III faisait, semblaient enfin les comprendre. Et là où ils pensaient gagner, c’était Teremun qui en sortait toujours plus victorieux. Peu à peu son régime autoritaire, sa dictature se développait. Le « bas-peuple » en était sa première victime. La famine se faisait sentir, la maladie se propageait. Les paysans devaient toujours plus aux seigneurs et au roi. L’éducation des enfants devenait de plus en plus inaccessible. La loi du plus fort commençait à régner. Les femmes se faisaient violer, les enfants battre et tuer, les voleurs les plus habiles devinrent les plus riches et les hommes les plus pieux finirent les plus détruits. La révolution ne se réveilla pourtant pas. Si l’on devait attribuer une qualité à Teremun II, c’était celle de savoir gérer son peuple. Il le faisait certes par la peur, mais aucun soulèvement digne de ce nom n’avait été à relever. Le tyran était né. Le semblant de démocratie avait été enterrée avec Mosegi III. Silencieusement, le peuple regrettait d’avoir fêté l’arrivée d’un nouveau roi. Secrètement chacun espérait le retour de la princesse Layla. Mais plus les mois passaient, moins l’on espérait son retour. Certains croyaient même que Teremun II avait tuer sa nièce, la vraie héritière du trône.

Pendant les quatre années qui suivirent la mort du roi Mosegi, les dieux semblaient avoir abandonné Our. La pluie ne tombait plus, et les quelques parcelles non pillées avaient été mises à sec. Les femmes et les hommes ne semblaient plus avoir la foi, les cérémonies étaient désertées, comme les rues, les écoles. Tout le monde se cachait de tout le monde. L’ambiance de la ville, du pays était passée de la paix à la peur. De la brillance du soleil, aux cendres du feu. La mort s’était abattue sur Our et son pays.


 

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