La prophétie du roi déchu: L'enfant sombre
Chapitre 14: Ma dernière bataille
Un grand croissant de lune était de nouveau à son point de rendez-vous, elle brillait de milles éclats argentés et de lumière bienfaisante, sur un monde endormi, plongé dans le rêve et le sommeil profond. Mais depuis quelques temps, à vrai dire depuis qu’il avait été accueilli à la Tanière, Warda avait l’habitude que cette nuit-là il y ait des petits bouleversements dans le monde endormi. C’était pour cela qu’ils préféraient marcher plutôt que dormir, car essayer de fermer un œil lors des nuits de pleines lunes était impossible. Cette horrible voix qui pleure et qui hurle était insupportable, et ce martèlement lointain n’était guère rassurant. Souvent l’elfe noir avait songé qu’il avait fini par devenir fou, car le son de la voix était, lors d’une nuit, si forte qu’il avait cru que sa boite crânienne allait exploser.
_Je suis sûr que c’est à cause de toi ! Grogna le loup noir.
_ Comment cela à cause de moi ? Répondit férocement Warda.
_ Depuis que nous t’avions rencontré, toutes les nuits, nous y avions le droit ! Je ne peux même plus apprécier le silence nocturne par ta faute !
_ Hé ! Cria Warda tout en évitant une branche un peu trop haute à son goût. Moi, c’est depuis que je suis arrivé chez vous que j’y ai droit ! Moi aussi je n’arrive plus à supporter ce foutu vacarme ! Même une chorale de pies est plus silencieuse.
_ Pour une fois je suis d’accord avec toi, elfe ! Fit Granland en marchant au-dessus d’une grosse flaque.
_ La seule chose que je sais à propos de ces plaintes c’est qu’elles se produisent uniquement la nuit, quand la lune est visible, dit l’elfe. Et souvent, au petit matin, je retrouve un cadavre d’animal réduit en pièces. Dans un premier temps j’ai songé que c’était peut être toi, mais je te connais bien, tu n’auras jamais massacré une pauvre bête juste pour contempler sa carcasse.
_Tu es sûr de bien me connaître bipède ? Demanda le loup noir avec un ton sinistre.
Celui-ci lorsqu’il finit sa phrase, une flaque encore plus grosse et dissimulée dans les hautes herbes lui submergea les pattes dans un éclaboussement fort bruyant. À la vue de la bête trempée jusqu’aux os, Warda ne put retenir son rire. Mais à son tour, une plaisanterie du destin lui survint. Une racine grosse comme un chien était elle aussi bien cachée, et ne lui manqua pas de faire un croche-patte. Dans sa surprise et son élan, l’elfe noir ne réussi à empêcher sa chute et tomba comme un piquet de bois qui refuserait de se tenir droit sur le sol. Lors de son voyage vers la terre, le guerrier noir pouvait voir son compagnon de voyage se marrer comme une baleine. Au contact de la surface du sol, constitué de caillou et de terre asséchée, il eut le souffle coupé. La douleur piquante qui circulait dans son corps était intense, et lorsqu’il se releva il ne put s’empêcher de faire une remarque pour manifester son mécontentement.
_Dis moi Granland, pourquoi est-on passé par cette partie du territoire ? Nous savons qu’au milieu de toute cette savane, c’est le seul coin qui est recouvert d’obstacles aussi saugrenus que inévitables.
_ Et cela fait la énième fois que je te dis que nous passons par là parce que si nous sommes poursuivis, nos pisteurs devraient avoir du retard par rapport à nous. Si jamais ces fichus hommes sont à cheval, ils perdent beaucoup de temps à éviter les obstacles et ils ne peuvent nous rattraper.
_C’est une logique complètement folle ! Rétorqua Warda. Nous aussi nous perdons beaucoup de temps à éviter les obstacles, nous aussi nous tombons dans des pièges à chaque pas !
_ Mais nous sommes plus agiles qu’eux et nous avions une meilleure vision dans l’obscurité, argumenta le loup. De plus, la nuit, les humains préfèrent se reposer pour ne pas avouer qu’ils ont peur de marcher dans le noir. Attention !
Warda arrêta immédiatement de bouger, car son pied était à deux doigts de marcher sur la queue d’un serpent venimeux. Dans les ténèbres il était difficile pour un humain de le discerner d’une petite branche tordue, mais Warda n’était pas un humain, il était un être des ténèbres, et lui savait à quoi il avait affaire. Si jamais sa botte d’acier avait touché le reptile, celui-ci se serait réveillé fou de rage et aurait planté ses crochets empoisonnés dans la jambe l’elfe noir et serait parti aussitôt.
_ Merci Granland. Dit Warda reconnaissant de son sauveur.
_Ne perd pas ton temps à caqueter ! Rétorqua le loup sombre. Avance !
Bien que le grand canin se soit encore montré brusque, Warda savait au fond de lui que pour une fois, il commençait enfin à avoir des liens autres que la haine. Sous cette épaisse fourrure d’ombre, Granland le cachait fort mal, il rougissait. Peut être que c’était la première fois depuis des années que quelqu’un lui disait simplement « merci » sans ironie dans le timbre de sa voix. Les deux voyageurs continuèrent leur long périple jusqu’au moment où ils levèrent la tête pour voir au-dessus des grandes herbes de la savane.
_ Regarde ! Fit l’elfe à son compagnon canin.
_Tu n’as pas besoin de t’exciter gamin ! Grogna Granland. Je le vois aussi, et à mon avis ce n’est pas de bonne augure.
Ce qu’ils voyait à l’horizon n’était pas grand chose, juste une petite et pâle lumière, rien d’agressif en ce terme. Mais ce qui était inquiétant n’était pas tant qu’il y avait une petite lumière, c’était qu’il y en avait plusieurs de ces petites illuminations. Mais ce qui était vraiment préoccupant ce n’était pas tant qu’il y avait autant de petites étincelles lointaines, c’était ce qui en était à l’origine. Et dans ce monde à part les grands dragons, une seule créature était capable de maîtriser le feu: l’homme.
Le camp était installé, la tente préparée pour le paladin fut installée par deux fidèles guerriers de l’Église, une marmite bouillonnait au-dessus d'une petite flamme. Tilbar à ses côtés, épiait l'extérieur, d'où on pouvait entendre la rumeur de la phalange. Les soldats discutaient entre eux, jouaient aux cartes et se racontaient des histoires coquines. Mais Galro était plongé dans ses pensées, ressassant les souvenirs de son rêve. Qu'elle était donc cette signification ? Généralement un rêve s'évapore dès le réveil, mais la trace de celui-ci avait marqué son âme.
Il était imprégné des émotions, de l'odeur de pierre humide, de ces dessins anciens qui étaient toujours très clairs dans son esprit.
_Tu n'as pas ouvert la bouche depuis des jours Galro, fini par dire le général. Je te connais plus bavard que ça. Qu'est-ce que qui te travail ?
_Rien. Répondit le paladin qui se servit un bol de ragoût. Ses hommes avaient capturé des rats des savanes sur la route. Ils étaient bien plus gros que les rongeurs de ville, et possédaient une fourrure jaunâtre se confondant avec la végétation. Leur viande rappelait vaguement le lapin, et l'animal était réputé comme pacifiste, mais sa morsure pouvait arracher un doigt imprudent. Les spécimens attrapés devaient faire la taille d'un limier.
Le général insatisfait se délassa les épaules, et commença à aiguiser sa hache.
_ Un rien ne provoque pas des cauchemars répétitifs. L'homme à la peau grisâtre se saisit d'un torchon pour frotter le tranchant de son arme. La nuit tu te réveilles en sursaut, le jour te es perdu dans tes pensées.
Le paladin ne répondit pas, il se contenta de prendre une cuillère qu'il mena à sa bouche. Toujours en astiquant sa lame, le général s'énerva.
_ À quoi penses-tu encore nom de Dieu ?
_Tu as juré ?! Tu devrais avoir honte !
Le général rit, son œil bleu reflétait l’âtre du feu. Sa barbe grise prenait une teinte presque dorée à la lumière.
_ J’avais presque oublié que tu es en mesure de me sanctionner si tu veux ! C’est dur de voir son ancien élève au-dessus de soi.
_Je fermerai les yeux cette fois-ci, répondit Galro. Mais que ça ne se reproduise pas, si mes subordonnées me voyaient te laisser faire, ils risqueraient de manquer de respect.
Le gradé rit une nouvelle fois. Ses dents étaient incroyablement larges et longues pour un homme. C’était une mâchoire de prédateur, ou du moins il avait un air familier avec le loup. La lame de la hache qu’il tenait entre ses mains brillait d’un éclat entre l’or et l'argent. Il reprit:
_ Bon, à part ça, tu ne m’as toujours pas répondu. À quoi tu penses ?
_ Rien, répondit Galro. Juste un drôle de rêve.
_Ah ouais ? Et quel genre de rêve ? Des femmes vierges qui dansent pour toi ? Je comprends, c’est une des choses contraignantes dans notre quotidien, le manque de femmes.
_Rien à voir, interrompit le chevalier blanc. Elles ne viennent même plus hanter mes rêves, c’en est presque frustrant. Non, la nuit dernière j’avais rêvé d’une chambre...
_Je sais, moi aussi je rêve de chambres où l’on pourrait dormir toute une journée sans s’en lasser.
_Tilbar ! Fit Galro.
_ Oups ! Veuillez me pardonner messire.
_ J’aime mieux ça, dit le paladin. Non, ce n’était pas vraiment une chambre comme tu l’entends. Ça ressemblait plutôt à une pièce qui servait à des rituels. Cette salle me donnait la chair de poule. J’avais une sensation de malaise qui me collait à la peau. Puis il y a cet homme, je ne sais pas, j’ai l’impression de déjà l’avoir vu...
_ Qui ?
Galro réfléchit un long moment. Cette personne, cet individu représenté sur les fresques murales lui était familier. Mais il avait beau chercher à le reconnaître, il n’arrivait pas à remettre le doigt sur son nom. Il se retourna vers Tilbar.
_ Laisse tomber. Ce n’est qu’un rêve.
_Tu as probablement raison, répondit le général. Dors un peu, tu as besoin de repos. Après ce n’est pas étonnant que tu rêves de chambre !
Warda était maintenant à portée d’oreille, il arrivait à suivre les différentes discussions entre les hommes du camp. Caché dans les hautes herbes et dans la profondeur de l’ombre, il arrivait à apercevoir les croisés sans se faire repérer. À force de ramper, il avait l’impression d’être devenu un lézard. Il était prêt à dégainer Algazalm au moindre danger. Un groupe de sept individus criaient tout en buvant et jouant à la Demiaïl. Ce jeu stupide était basé sur le pari. Chaque joueur avait trois cartes dans la main. Toutes les cartes portent des numéros allant du un au vingt. Chaque carte valait le nombre de points indiqués par son numéro. Les points sont additionnés entre les trois cartes du jeu du joueur, et lorsque le joueur avait une paire, les points additionnés entre les deux cartes sont doublés, et triplés dans le cas d’un brelan. Celui qui avait le plus de points remporte la partie et la mise, mais tout de fois, il faut éviter de dépasser le score de soixante points, sinon on est forcé de donner le double de sa mise au second qui a le meilleur score. Alors, bien sûr, comme dans tous les jeux d’argents, les joueurs tentent de feinter ou de tricher pour remporter de grosses mises. Bien que les sanctions soient souvent sévères, comme par exemple un lynchage du tricheur, il y avait toujours beaucoup pour tenter le coup.
_ Faites vos mises messieurs ! Hurla un ivrogne.
_Sept d’argent ! Qui suis ?
_ Allez ! Je suis !
_ Hou ! Vous misez haut ! Je préfère me taire dans ce cas.
_Qui sait, peut-être qu'il est en train de feinter. Allez, deux Densas d’or !
Des hurlements d’acclamation résonnèrent. Tout en se fourrant d’alcool, les uns et les autres faisaient des mises de plus en plus folles. Un homme raisonnable qui ne participait pas au jeu prit un instrument et se mit à chanter.
_Un beau matin, à mon balcon
Je vis une jolie de damoiselle
Un beau matin avec mon verre de Fraiscon*
J'hallucinais sur une belle donzelle
Viens avec moi, me dit t-elle
Ris avec moi, qu’elle me dit
Nous danseront, me dit t-elle
Et nous chanterons, chanterons pardi !
Un verre de Fraiscon, de rhum et de vin
Rien de mieux pour être heureux
Un verre de foison, de Graïnbar divin
Rien de tel pour honorer Dieu !
Viens avec moi, me dit t-elle
Ris avec moi, qu’elle me dit
Nous danserons, me dit t-elle
Et nous chanterons, chanterons pardi!
Alors que je buvais, je la vis belle
Je m’enivrais de son parfum à elle
Elle me montra toute sa dentelle
Et dans le lit, je m’crus au ciel !
Lorsqu’il avait fini sa chanson, les hommes finirent de parier leur argent. Le mystère allait se dévoiler, qui allait être le gagnant.
_ Deux trois et un dix !
_ Trois deux !
_Un vingt et deux dix !
_ Le salopard ! Depuis que j’y joue, je n’ai jamais vu ça ! Il arrive que l’on soit un point au-dessus, ou en dessous à la limite. Mais pile soixante, impossible !
_ Ben faut croire que je suis super chanceux !
Le gagnant s’apprêtait à ramasser son butin quand soudain, un homme l’arrêta.
_ Laisse moi vérifier quelque chose.
Sur ce, Warda ne put suivre ce qu’ils faisaient, mais au bout de quelques secondes, l’un se leva et s’écria.
_J’ai vérifié le jeu et il y a encore cinq dix et les six vingt, où sont tes cartes ?!
_ Dans ma main imbécile !
_Non, pas celles-là ! Les autres ? Elles sont où ?
_Qu’est ce que tu veux dire ?
_ Tes manches !
Deux hommes l’attrapèrent par les bras, pendant qu’un autre le fouillait. Avec un cri victorieux, il brandit les cartes en l’air.
_ Ah scélérat ! Un deux et deux sept ! T’es pris la main dans le sac !
Le tricheur reçut un violent coup dans l’estomac, puis il fut plaqué sur la table, renversant les précieux Densas et les verres d’alcool. Un d’eux mit son pied sur la tête du malheureux et lui dit:
_ Tu connais la règle ? Bien, alors tu n’as pas besoin de plus d'explications !
Un des soldats attrapa un bâton noueux et le leva. Lorsqu’il le rabattit, un terrible hurlement retentit. Le guerrier recommença l’opération, et frappa une nouvelle fois. Deux autres prirent à leur tour des lourds gourdins et ils cognèrent en chœur le tricheur. Le misérable criait, pleurait, suppliait sa mère.
_Je vous en prie, arrêtez ! Je vous jure que je tricherai plus ! Pitié ! Pitié !
_ C’est la règle ! Tu connais le règlement toi aussi !
_ Je vous en prie !
_La ferme ! La ferme !
Ils continuaient à masser le dos de leur victime en riant et en blâmant leur camarade. Mais soudainement, à travers les hautes herbes, Warda aperçut une armure blanche fondre sur les soldats, et le chevalier frappa violemment dans le nez d’un Croisé. Les autres militaires s’éloignèrent et abandonnèrent les armes. Le chevalier s’approcha de l’homme massacré. Il lui dit quelque chose, mais Warda ne put deviner ce qu’il lui raconter. Puis, l’homme en blanc se leva et se retourna vers le groupe de Croisé.
_ Bande de gueux ! Hurla t-il. À partir de maintenant, j’interdis ce jeu stupide ! L’argent n’est pas une vertu, juste un moyen ! Et si j’en prend encore à lyncher leurs camarades, je m’occuperai d’eux personnellement !
_ Oui paladin Galro ! Répondirent en chœur les soldats.
_Je veux des hommes capables de se battre ! Bientôt, nous atteindrons la tanière des loups géants, des soldats blessés sont des soldats morts ! Médecin !
_ Oui paladin !
_ Soignez cet homme, nous avons perdu assez de temps !
Ce que venait d’entendre Warda le troubla au plus profond de lui. Ils allaient détruire la Tanière ! Et ils étaient accompagnés par un paladin. Ses plus sombres souvenirs lui revinrent. Il se revoyait se faisant fouetté par le chevalier blanc, il se revoyait se faire battre comme un chien, il se revoyait décapiter cet homme. Le visage si dur de ce guerrier, cracher le sang au moment où Algazalm lui avait traversé la gorge, puis l’hémoglobine sombre qui s’échappait comme une fontaine entre les deux épaules. Paladin, ce nom le répugnait et le terrifiait. Ce n’était pas seulement de simples hommes pour l’elfe noir, pour lui, un paladin était la pure matérialisation du malheur.
Paladin, ce nom résonnait dans son esprit comme un écho macabre qui le traquerait dans ses pires cauchemars. Paladin, la consonance de ce mot éveillait en lui le mal. Comment une telle abomination pouvait être de retour ? Il l’avait déjà tué, comment pouvait t-il être de retour ? Naviguait-il de nouveaux dans un mauvais rêve, où la réalité était-elle plus cruelle que les cauchemars de la nuit ? Maudite soit l’Église ! Pourquoi est-ce qu’ils s’acharnaient-ils tous pour le tuer ? Est-ce que le crime de naître était si grave ? Les croisés de l’Ordre lui avaient détruit sa famille, son foyer, et comme si ce n’était pas suffisant, ils allaient anéantir les dernières personnes auxquelles il s’était attachées. Il ne pouvait le tolérer. Il devait prévenir Carnassus et Rassoun du danger qui les guette. Il devait défendre les Chamans contre cet agresseur. Il devait tuer le paladin s' il voulait vivre en paix. Il se retourna et disparut dans les fougères.
Le grand loup noir regardait les lumières disparaître une à une dans la nuit. Les hommes devaient certainement éteindre les feux de camp pour éviter d’attirer l’attention. Ces paresseux dormaient beaucoup pour peu d’efficacité, dans le règne animal, sans leurs stupides armes, ils ne seraient ni plus ni moins que les êtres les plus bas dans la chaîne alimentaire. Craintifs, fous, faibles, lents, maladroits, fragiles, prétentieux, têtes brûlées, sensibles au froid et au chaud, bouchés du nez, véreux, pestiférés, sans défense face aux maladies, et pour couronner le tout, leur stupidité est la plus lamentable qui soit. Tout en se grattant, Granland se demandait comment une telle espèce a pu survivre durant tout ce temps, voire même les dominer un jour. Il avait envie de vomir à cette idée-là. Enfin, après, un long moment, le jeune elfe noir apparut. Le grand canin ouvra sa grande gueule en montrant ses plus grands crocs et sa langue incroyablement longue. Il bailla un long moment et finalement il regarda l’elfe.
_ Alors ? Qu’est ce que tu as à me raconter ?
_ Ils vont à la Tanière !
Lorsqu’il entendit ces paroles, Ganland se mit sur ses quatre pattes.
_ Quoi ? Qu’est ce que tu viens de dire ?!
_ Les croisés, ils vont détruire la Tanière !
_ Comment est-ce possible ? Ils ne nous ont jamais trouvé !
Warda s’assit, il était à bout de souffle. Ce qu’il avait vu et entendu l’avait incité à courir dès qu’il fut hors de portée de vision humaine. Les deux compères se turent un long moment, puis le loup demanda:
_ Comment l’as-tu su ?
_Lorsque je suis allé les espionner, commença l’elfe noir, un paladin a remonté les bretelles à ses hommes et il a dit qu’ils avaient besoin de tous les hommes pour détruire la Tanière. Il faut qu’on aille faire évacuer les Chamans au plus vite.
_ Où sont ces misérables que je les réduisent en miettes ?!
_ Arrête ! Ils sont des centaines ! Ils te tueront !
_ Leurs lances ne peuvent me toucher !
_ Tu n’es pas immortel !
_ Mes crocs les transperceront ! Ces bêtes sont trop lentes et faiblardes pour moi !
_Tu vas périr !
_ Alors je périrai en accomplissant ma vengeance !
_ Les Lunes d'Argent ont encore besoin de toi !
Sur ce, Granland se calma, il ne pouvait retenir un grognement de rage. Il se tourna et s’assit face à la lune.
_Tu as raison ! Maudit bipède ! Je ne peux me permettre de mourir aussi bêtement, mon devoir est de protéger le clan avant tout. Maudit sois-tu !
Heureux d’avoir réussi à calmer l’ardeur du loup, Warda souffla un coup pour se débarrasser de tout le stress qui l’avait torturé. Il dit à Granland:
_ Il faut y aller, il faut y être avant qu’il ne soit trop tard.
_ Bien, répondit Granland en se levant. Monte sur mon dos et cramponne-toi, il n’y a plus de temps à perdre ! Je vais y aller au plus court, alors tu as intérêt à avoir le cœur solide !
L’elfe noir monta sur le dos du loup, qui parti aussi vite que la flèche qui fend l’air. Le géant sauta par dessus les innombrables obstacles, il bondit sur les rocs, il traversa les rivières sans chercher à contourner, sa course, sa hâte, même le meilleur des chevaux ne pouvait le rattraper.
Deux longues journées s’écoulèrent, Granland était à bout de force, il a été contraint de ralentir son allure pour parcourir encore de longues distances. La modulation du terrain rendait le voyage encore plus pénible. Les petites collines comme les étroits couloirs escarpés épuisaient le loup. Les buissons épineux, les branches acérées, les pierres tranchantes sous les pieds, tous les éléments naturels lui avaient écorché les pattes et le corps. Heureusement pour eux, ils eurent droit à un bref repos mérité au bord d’un ruisseau. En voyant le précieux trésor bleu, Warda se jeta de sa monture pour boire. Sa gorge asséchée et irritée apprécia particulièrement le contact frais de l’eau qui lui coulait dessus. Il plaçait ses mains en forme de creux pour accueillir le don de la nature. Granland préféra se coucher à l’ombre d’un des rares arbres pour se soulager de toute cette chaleur. Le soleil brillait si fort que sa fourrure cuisait au contact des rayons. Son énorme langue pendait hors de sa gueule. Après s’être réhydraté, l’elfe noir se leva et déclara que ça faisait un bien fou.
_Ne te plains pas ! Fit le loup. Ça se voit que ce n’est pas toi qui a couru.
_ Ton échine est aussi confortable qu’une pierre ! Rétorqua l’elfe. C’est un miracle que j’ai pu tenir tout ce temps sur toi !
_ Arrête ! Sans moi tu n’aurais même pas parcouru un tiers de la distance en une journée ! De plus, si tu n’avais pas attiré l’attention des humains, je serai encore dans ma tanière à dormir au lieu d’être coursé par les chasseurs !
_ Tu crois peut-être que c’est à cause de moi ?
_Non, tu n’y peux rien, tu as juste été trop lent pour rattraper le manchot.
_Tu veux bien arrêter d’être désagréable oui ? De plus, les Croisés avaient peut-être prévu depuis des années de détruire la Tanière, je n’y suis pour rien !
_ Comment être certains ? Tu serais capable d’aller leur demander ?
_La ferme ! Conclut Warda. Il nous faut du repos, et de cette manière nous n’arriverons pas à l’obtenir.
L’elfe noir retira Algazalm de son dos. Il posa son arme juste à côté de l’arbre de Granland. Même si il avait l’habitude de la porter, même s' il était assez fort pour la manier, cette épée était si lourde qu’il se sentait soulagé de ne plus l’avoir sur le dos. Il la regardait, et il avait même oublié à quel point elle était si belle. L’acier de l’arme renvoyait l’éclat doré des rares rayons du soleil qui traversait le feuillage. Lorsqu’il se retourna, il put observer l’immensité de la plaine. Le groupe de soldats avait disparu depuis un long moment, trop de distances les séparaient maintenant. Puis, au milieu des herbes, il aperçut une tâche blanche se mouvoir. « Voilà bien ma veine ! Se dit-il en reprenant Algazalm. Un tel déjeuner ne se refuse pas après tout. »
Il marchait lentement, en produisant un minimum de bruit. La bête inconsciente du danger continuait de manger l’herbe fraîche. Ses deux grandes oreilles sourdes n’avaient pas détecté la présence du prédateur. Après un si long trajet en si peu de temps, de la viande était la bienvenue. Il s’approcha d’avantage vers sa proie, le rongeur ne l’avait toujours pas senti. Même si son épée avait peu de chance de laisser un gros morceau, ce serait au moins ça. Il salivait en voyant le petit lapin à portée de son arme. Il brandit sa lame au-dessus de sa tête. « Tu es à moi ! » se hurla intérieurement Warda avant de rabattre son arme.
_Wooouuuuuaaaaaaa !
Lorsque l’animal entendit le bâillement tonitruant du loup, il prit ses jambes à son coup et Algazalm se planta dans la terre. En voyant le lapin s’enfuir à travers les plaines, Warda fut à deux doigts de pleurer. Il se tourna vers Granland et lui hurla:
_ Espèce de crétin !
_Ha ? Fit-il comme si il était innocent. Tu chassais ? Je ne savais pas.
_ Tu te rends compte que c’est le seul morceau de viande à des hectares à la ronde ?! Qu’est-ce que nous allons manger maintenant ?
_ Tu peux manger l’écorce de cet arbre si tu veux. Après tout, t’es pas à moitié herbivore ?
Les paroles du loup finirent par l’achever. Warda était tellement débordé de rage qu’il renonça. Il jeta son arme par terre, et s’assit dans l’herbe. Une fois de plus, le voilà ridiculisé, pire que humilié, mit plus bas que terre. Le seul repas convenable qu’ils auraient pu avaler venait de partir en laissant derrière lui le goût amer de l’échec. Pourquoi a-t-il fait ça ? Lui-même n’avait pas d’intérêt de faire fuir une si fraîche viande, si ce n’est que pour enfoncer l’elfe plus profondément dans sa misère. Son estomac vide creusait un trou de plus en plus profond dans son ventre dans lequel il enterrait toutes ses forces. Finalement, la meilleure chose était encore de préserver au maximum son énergie. Il marcha jusqu’au ruisseau et il s’allongea.
Le Maître dormait à présent, son énergie diminuait jusqu’à pratiquement disparaître. Pendant qu’Il mangeait l’offrande qui lui a été offerte par son Maître, Il regardait derrière lui. Les humains n’étaient plus visibles à l’horizon, trop de distances les séparaient. Il se mit sous l’ombre d’un rocher et tout en mangeant le rongeur délicieux, Il observait son Maître. Il semblait se disputer avec le loup borgne, Il hésita à lui venir en aide, mais le Maître semblait pouvoir régler cette affaire sans l’aide de son fidèle et dévoué Serviteur. Le zénith lui faisait terriblement mal aux yeux, Il avait perdu l’habitude de vivre de jour. Son Maître allait bientôt rencontrer des dangers, peut-être que le Maître serait obligé de se battre dans un futur proche. Il n’avait pas le choix, Il devait reprendre l’entraînement. Il n'avait pas manié l’épée depuis trop longtemps, et l’art de la magie. Il avait durant tout ce temps suivi son Maître pour le protéger, mais Il savait qu’Il ne pourrait rien faire pour lui s'Il devenait faible. Il inspecta de nouveau le secteur, rien à signaler, le Maître était à l’abri ici. Mais ce qui semblait inquiéter le Maître n’était pas sa propre vie, il avait d’autres idées derrière la tête. Est-ce que ces loups seraient derrière tout ça ? Il ne pouvait pas influencer les choix de son Maître, car après tout, c’était lui le Maître, et lui son valet, mais Il aurait aimé le conduire vers sa véritable destinée. Mais patience, patience, car l’Ombre avait écrit la prophétie, et un jour ou l’autre, le Maître accomplira son devoir. Il continua de dévorer les viscères du petit animal et Il bénit le Maître. Car dans très peu de temps, son Maître en aurait besoin. Car si il y a bien une chose qu’Il a apprit durant sa misérable vie, c’est bien que les hommes sont les pires créatures qui puissent exister. Leur rancoeur est infinie et jamais ils ne pardonneront au Maître son existence. Le sang allait bientôt être versé, et Il devait être prêt à agir.
Les deux compagnons reprirent la route, à travers les grandes plaines. Les herbes sèches se pliaient sous le vent. Les nuages blancs dansaient dans un ciel bleu dont le soleil perché sur son trône admirait toujours les vivants. Granland et Warda pouvaient apercevoir la Tanière, cette montagne percée de plusieurs trous où vivaient chamanes et loups. Soulagés d’être arrivés à temps, ils soupirèrent ensemble. Les croisés étaient encore bien loin, ils avaient le temps de fuir avec les leurs et de semer l’ennemi. L’elfe noir descendit du dos du canin géant et lui dit:
_ Il faut y aller.
Ils étaient tous les deux épuisés du voyage, mais ils n’avaient pas encore atteint la montagne. Plus vite ils auraient prévenu le clan, mieux ce sera. Ils n’avaient pas de temps à perdre. Ils accoururent à travers les hautes herbes, Warda faisait de grands signes avec ses bras tandis que Granland hurlait pour attirer l’attention. Au loin, des loups répondirent et descendirent de la montagne. Jaron et Mélane étaient là, les appelant par leur noms. Lorsqu’ils se réunirent au pied de la montagne, la chamane sauta dans les bras de l’elfe noir.
_ Merci ! Tu es en vie !
Le grand loup gris avança vers le loup borgne, et il lui demanda ce qui se passait. Granland lui expliqua la situation et résuma de façon très rapide la mésaventure des brigands. Puis il lui dit que les croisés étaient en route vers la Tanière et que dans environ deux jours, ils les atteindraient.
_Il faut que nous allions voir Carnassus tout de suite, fit Warda qui tenait toujours Mélane.
_Je vais vous y conduire, dit un grand loup au pelage cendré. Suivez-moi.
Ils montèrent la montagne à un rythme moins effréné qu’avant, la retombé d’adrénaline fit réapparaître l’épuisement des muscles. Ils en profitèrent pour échanger des discussions avec leurs semblables. Jaron et Mélane avaient vraiment manqué à Warda, et il était ravi de les retrouver enfin. Mais il aurait tout de fois préféré que ce soit dans d’autres circonstances. Granland quant à lui était encore en retrait, s’isolant du reste du groupe. Les autres chamanes parlaient entre-elles, et l’une dit à sa voisine:
_ Je sens un mauvais présage. Son arrivé ne signale rien de bon pour l’avenir.
_Son espèce est maudite, il a dut encore provoqué le courroux des hommes.
L’elfe noir ne fit pas attention à ces propos, la seule chose qui comptait pour lui c’était de tous les sauver. À l’entrée de la grotte, Mélane et Jaron durent quitter leurs compagnons, l’elfe et le loup borgne se retrouvèrent seuls à pénétrer la demeure de Carnassus. Le petit vieillard était encore assis au fond du terrier, avec à côté de lui la louve mère. Tout autour d’eux, tous les totems du clan étaient réunis. Pendant toutes ces années, il n’avait point changé. Il avait toujours ce petit corps brun maigre recouvert de tatouages, et cette chevelure grise. Tout en allumant son calumet sculpté, il scruta ses deux invités. La louve se dressa et demanda:
_ Que se passe t-il Granland ? Tu es bien trop attaché à ton territoire pour l’abandonner sans raison.
_ Les hommes vont venir pour tous nous tuer ! Gronda Granland. Ils sont légions et armés de fer et d’acier !
_ Une horde de chasseurs à l’ambition démesurée ? Fit Carnassus.
_Non, répondit Warda. Des croisés de l’Ordre, les mêmes qui m’ont chassé autrefois.
À ces mots, le vieillard plissa son front tout en aspirant la fumée des herbes aromatiques. La louve fit quelques pas vers lui et lui dit:
_ Quelle est la cause de cette intrusion ?
L’elfe se remémora ce qui s’était passé quelques jours auparavant et réfléchit à la manière dont il allait raconter.
_ Des hommes sont venus pour piller une mine dans laquelle j’avais trouvé refuge, et je les ai tous massacré...
_ Sauf un ! Rajouta Ganland sur un ton menaçant avant que Warda finisse sa phrase.
_ Il a dû avertir de ma présence à l’Ordre et maintenant ils avancent vers la Tanière, conclut le guerrier sombre.
Le vieil homme inspira profondément la fumée et se tint la tête. Puis enfin, il demanda:
_ Où est-ce que tu les a rencontrés, ces fameux croisés ?
_À mi-chemin, répondit Granland. Ils ne doivent plus être bien loin dorénavant.
_ Ces hommes ne seront donc jamais nous laisser en paix... Conclut le vieux noir tout en époussetant sa barbe.
_ Faudrait faire évacuer tout le monde pour partir vers les terres du nord, dit Granland. Nous pourrons peut-être nous réinstaller autre part.
_ Hélas, interrompit la louve. Les éléments ne nous le permettent pas. Les pluies ont fait déborder le fleuve derrière nos montagnes et les marais en cette saison sont plus profonds que jamais. Nos seules issues sont inaccessibles. Le seul passage encore praticable sera foulé par les hommes à l’armure blanche.
_ Alors tout recommence ? Fit l’ancien tout en étant plongé dans de sombres pensées.
Les lumières des torches dansaient sur son visage en y reflétant la crainte, la peur et ... Le chagrin. Tout en se relevant, il ramassa une lance sur laquelle plusieurs grigris en pattes de lièvre et de plumes d’aigle sauvage étaient ficelées. Il tâta la pointe en os qui semblait aussi tranchant que l’acier d’une épée.
_ Pendant des siècles, le monde nous offrait la paix, et nos luttes contre les hommes étaient rares, heureusement. Mais durant toute ma vie de chaman, je ne connut qu’une crise de cette ampleur. Nul endroit où se cacher, nul endroit où fuir, seul la mort au bout du chemin. Une seule option était envisageable à l’époque, et une seule option est envisageable aujourd’hui. Nous devrons nous battre pour survivre.
_ Quoi ? S’écria Warda en se levant. Ils sont bien trop nombreux pour être arrêtés, et ce sont des guerriers de métier. Ils ont des armures de fer et des armes tranchantes, et nous n’avons que nos lances de bois et des flèches à pointe d’os. Comment pourrions nous résister.
Carnassus saisi l’elfe noir par l’épaule et le regarda droit dans les yeux. À travers deux petits yeux noirs, une tendresse infinie en jaillissait.
_ Nous ne sommes pas sans défense, nous saurons nous en sortir. Ces marques que nous portons existent dans ce but. Chacune de ces femmes ont été tatouées pour quand le clan sera menacé. Malheureusement, elles en ont eu recours au moins une fois dans leur existence, et elles l’utiliseront encore. Certes, nous ne sommes pas des guerriers, notre but n’est pas le sang, mais si il faut sacrifier nos vies pour sauver le reste du clan, je n’hésiterai pas à verser mon sang.
_Carnassus...
_ Écoute Warda, c’est mon devoir. Le totem que j’ai dressé pour Rassoun me protégera de leurs lames, et j’ai vécu plus que n’importe qui sur cette terre. De plus, j’ai fait la Guerre des Flammes, je sais ce que c’est le champ de bataille, ajouta t-il en riant un petit peu. Je ne me laisserai pas tuer facilement.
_ Nous combattrons les hommes pendant que les plus jeunes évacueront, dit Rassoun. Notre diversion est leur seul moyen de s’échapper. Quant à toi, Warda, tu devras les protéger durant l’exode. Tu es le seul à savoir se battre contre des hommes. Elles auront besoin de toi.
_ Granland, je te prie, va mettre le reste du clan au courant, quand à nous Warddan, nous aurons une petite discussion.
Le grand loup noir quitta la tanière, puis Carnassus s’assit tout en faisant un geste vers l’elfe noir.
_ Montre moi ton arme.
Warda s’exécuta, il retira Algazalm des lanières de cuirs entrelacées et montra cette épée qui adorait tant le sang de l’homme. Le vieillard saisit l’arme avec précaution, caressant l’acier froid et lisse. Il regarda de nouveau l’elfe et lui dit:
_ C’est un beau présent que t’a légué ton père. L’aimes-tu ?
_Non Carnassus, je la déteste.
_ Pourquoi la haïs-tu ?
Warda regarda de nouveau sa lame, et dans les reflets il avait l’impression de revoir le visage de tous les hommes qu’il avait tués.
_ Parcequ'elle a pris la vie. Tout ce qu’elle fait, c’est semer la mort. J’ai juré que je protégerai ma vie à n’importe quel prix, mais pourtant, à chaque fois que je l’ai utilisé, des champs de cadavres s’entassaient devant moi. Je ne veux plus tuer.
Carnassus tendit de Algazalm à son interlocuteur. Il prit sa lance et la fit tournoyer au-dessus de sa tête avant de la dresser à ses côtés.
_ Vois-tu, les choses ne sont pas si simples que cela. Une arme, aussi paradoxalement que ça puisse être, peut aussi bien sauver des vies que de les retirer. Tout dépend de ton usage. Cette lance est celle qui m’a servi à faire reculer les hommes qui allaient tuer Rassoun. Mais si tu décides de faire de ton arme ton ennemi, effectivement, tu ne pourras que seulement tuer. Mais si tu deviens ton arme, et que l’arme devient toi, alors là, tu pourras choisir la destinée de ta lame.
Sur ces mots, il fit tourner si vite la lance que Warda n’eut même pas le temps de réagir, et la pointe tranchante en os effleurait son cou avant de s’arrêter net. Le vieil homme noir retira son arme et dit:
_ Là où j’ai réussi à m’arrêter, tu aurais tranché.
Il marcha aux côtés de Rassoun et caressa la fourrure obscure. Ensuite, il se retourna.
_ Ton épée est encore sauvage, tu dois la dompter. Lui as-tu donné un nom ?
_Algazalm.
_ La pourfendeuse d’acier. Est-ce tout ce que tu vois en elle ? Une trancheuse de métal ? Lorsque tu lui auras trouvé un autre nom, tu pourras enfin la contrôler.
La mère louve se leva et renifla.
_L’air empeste.
Le vieil homme se tourna vers sa louve. Son visage fier se rembrunit. Il se crispa sur sa lance et dit sur un ton froid.
_ Dans combien de temps ?
_ D'ici deux nuits, lorsque la pleine lune se lèvera.
_ Regroupe les chamanes. Warda, va chercher des provisions avec Mélane et Jaron. Ensuite, il faudra mettre les totems à l’abri.
L’elfe noir quitta la tanière et rejoignit ses amis. Quant à la louve, elle resta encore un moment avec Carnassus. Elle regarda de son unique œil le petit homme brun.
_J’ai vu l’avenir Carnassus.
_ Qu’as-tu vu ?
_ Tu vas mourir.
_ Je le sais. Ce sera ma dernière bataille.