La prophétie du roi déchu Tome 2: Le seigneur oublié

Chapitre 25 : Affronter ses démons

Par gabbuster

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Chapitre 25 : Affronter ses démons





Les légions de Galro faisaient face à Shalis. Le seigneur de cette alliance était en tête, sur sa monture, il toisait la ville déserte. L'assiéger était une certitude, le comment était la question. Alors qu'il y méditait, Warda s'approcha, sous le regard vigilant et accusateur du cortège du Commandant Suprême. Comment oublier la nuit dernière ? Ils étaient sur leurs gardes, et l'elfe noir comprenait cette méfiance. Toutefois Jaron amena son cavalier au plus proche du chef croisé et le guerrier sombre demanda :

_ Quel est ton plan ?

L'homme à la parole divine resta lui-même muet quelques instants. Il voulait éviter de perdre trop d'hommes. C'était une guerre d'attrition, remporter une victoire à la Pyrrhus ne l'intéressait pas. Puis, sur un fauve géant, Garak vint à leur rencontre.

_ Nous pouvons les débusquer pour vous, assura l'orque. Nous sommes de bons chasseurs, ce n'est pas si différent de la chasse aux lapins. On trouve la tanière, on faire fuir l'un d'eux, les autres le suivront. Nous connaissons bien les Gnolls, ce sont des rivaux depuis toujours, laissez-nous le premier sang.

Hésitant, Galro finit par accepter.

_ Si les choses dégénèrent, vous vous repliez et nous brûlerons purement et simplement la cité.

Le grand orque acquiesça de la tête. Il talonna sa monture et parti quérir des chasseurs des clans qu'il avait réuni. Il avait du mal à accepter, mais heureusement qu'ils étaient là. Ces sauvages, en plus d'être une excellente première ligne, étaient des survivants nés, c'étaient les éclaireurs idéaux. Galro fit signe à Tilbar de se rapprocher, ce dernier s'exécuta.

_ Quand je donnerai le signal, lancez la charge généralisée. Nous ne faisons pas dans la finesse, massacrez les tous ! Je veux des paladins en escorte, je mènerait un assaut sur le temple de l'autre côté de la ville.

_ Une raison particulière ? Demanda l'homme chauve.

_ Leur chef... Il est là bas. J'ai une affaire personnelle à régler avec lui.

Il lança un regard complice à Warda. Ce dernier se ré-haussa, il fit craquer ses phalanges, le souvenir frais de la mort d'Ushhar le hantait. Cette fois-ci, il ne faiblirait pas. Le démoniste devait payer. Alors que Garak sélectionna ses meilleurs pisteurs, Warda demanda à Galro :

_ Comment le démoniste a acquis ses pouvoirs ?

_ Bien... Les Gnolls sont naturellement dépourvus de magie, mais lorsqu'un des leurs vend son âme au Dieu Noir, c'est en contrepartie de puissance et de dons surnaturels. L'adversaire que nous avons affronté la nuit dernière devait être un Marqué. Il est un réceptacle vivant de la volonté divine de Kaös en personne. Il est capable d'influencer la réalité selon les désir de son maître dans son entourage proche. Tout comme toi, je dois l'avouer.

Sur ces paroles, Warda s'offusqua. Il répliqua :

_ Je ne suis pas un réceptacle de Kaös !

_ Tu es différent, reprit Galro. Dans ton cas, je dois l'admettre, ce n'est pas le Grand Dément qui te possède. Nous, les fidèles du Coeur, ne croyons pas qu'ils sont des divinités au même rang que le Créateur Tout-Puissant, mais Daös et Fëalian sont capables de telles prouesses selon les dires des Guiogniens et des elfes. Bien qu'à nos yeux ces croyances sont païennes, des Marqués de telles divinités font offices d'excellents alliés.

_ Qui m'aurait marqué selon toi ?

Le commandeur des paladins réfléchit, il n'avait pas de réponse claire. Mais il sourit et tapota l'épaule de son acolyte.

_ Dieu, probablement. Allez rejoint les rangs, il faut se préparer à l'assaut. Tu me rejoindras quand nous attaquerons le repaire du démoniste.

_ Très bien !

Le guerrier sombre donna un léger coup de talon à Jaron pour lui indiquer de se mettre en marche. Le loup géant, inquiet, demanda à l'elfe :

_ Es-tu certains de vouloir y retourner ? J'ai vu ce qu'il s'est passé quand … vous étiez plongé dans ce rêve. Je ne veux pas que tu prennes de risques !

_ Hé ! S'exclama Warda en lui donnant des claques amicales sur le flanc. Nous prenons tous des risques, toi le premier, de m'avoir recueilli et secouru dans les bois de la chouette. Je sais ce que je fais... Qui plus est, je veux prendre ma revanche.

Warda fut en tête des rescapés de l'Ouest, ces derniers reçurent armes et armures du reste des croisés. Il était clair qu'ils étaient les moins entraînés, mais aussi les plus motivés à rejoindre leur sauveur au front. Le guerrier sombre le savait, chacun d'eux donnerait sa vie pour lui. Cela lui mit du baume au cœurs, ainsi que le terrible fardeau de tous les protéger, comme eux le protégerons. Il s'adressa à ses ouailles :

_ Vous m'avez suivi dans le désert, vous avez bravé les intempéries, et le doute. Mais aujourd'hui, vous ferez face à des adversaires redoutables, les serviteurs des ténèbres ! Je sais que vous êtes prêts à vous sacrifier pour moi, mais ne vous élancez pas au combat de manière irréfléchi ! Nous avons la chance d'être aux côtés de soldats professionnels, aussi écoutez attentivement leurs instructions, obéissez aux ordres, soyez disciplinés et vous survivrez ! Beaucoup de vous mourront aujourd'hui, mais beaucoup aussi ressortiront avec les lauriers de la gloire. Mes amis, une dernière chose, ne vous battez pas pour un idéal, battez-vous pour vous même ! Pour vos vies ! Pour votre liberté ! Pour ceux que vous chérissez ! Levez les étendards ! Pour la Guiogne ! Pour Sintraë ! Pour Natal !



Les hommes et femmes de l'ost levèrent les fanions, hurlant de rage, brandissant l'étendard de la main entaillée. En ce jours, ils étaient prêts à mener leur première bataille contre les forces de Kaös, à prendre leur revanche contre le seigneur des fléaux. Eux, qui avaient tout perdu, allaient faire payer une dette de sang à ceux qui leurs ont tout prit. Pour leurs royaumes, pour leurs familles, pour leurs enfants, ils iraient sauver le monde. Les orques des rangs arrière scandèrent le nom de Warda, reconnaissant en lui un chef digne, un prophète des jours meilleurs. Il fallait mener cette ultime guerre pour trouver l'éternel salut, il fallait vaincre Kaös. Garak vint à la rencontre de son allié elfique, et lui donna une accolade.

_ Veille sur eux, lui dit-il.

_ Je veille sur toi aussi, lui répondit Warda alors qu'il le vit s'éloigner en direction de Shalis.

Au niveau de Jaron, Gartërn tira sur le pied du messie ténébreux, lorsqu'il lui attira son attention, il lui tendit la poupée de chiffon rafistolée.

_ Veille sur elle, lui dit le gobelin avec plein de tendresse. Je ne serai pas toujours là pour recoudre.

Warda saisit le jouet. Il en saisit toute l'attention qu'elle représentait. Pour rien au monde il la perdrait une nouvelle fois. Il l'accrocha à sa ceinture, elle deviendrait son talisman, son porte bonheur.

_ Sois prudent, lui ordonna Warda.

_ Arf ! Tu sais, l'amour du risque !

Le gobelin regarda le col, la cité qui les surplombait, il se retourna une dernière fois vers son compagnon, dévoilant ses petits crocs pointus.

_ Sans moi, Garak serait perdu. Fais moi un serment, ne meurs pas !

Warda acquiesça de la tête. Voyant la réponse gestuelle, Gartërn reprit la marche, arc à la main. Les éclaireurs prirent l'initiative, ils gravirent la pente qui les séparaient de la cité. L'immense muraille était certes robuste, mais des brèches l'éventraient en de multiples endroit, le qualificatif de ruines aurait plus exact.



En tête du cortège, Garak menait la marche, accompagné de Dourgen et Nurtag. Le plus massif des orques testait le tranchant de sa lame, il grommela :

_ Évidemment, c'est nous, les orques, qui prenons tous les risques alors que ces foutus humains restent bien planqués en arrière !

Garak fit arrêter sa monture, il fit face à son bras droit, un regard dur.

_ Tu te méprend, mon frère ! Ce n'est pas par trouille qu'ils nous laissent passer devant, c'est par respect. Nous verserons le premier sang, c'est un grand privilège. Alors accepte cette preuve de reconnaissance comme il se doit.

Sous l'autorité de son seigneur, Nurtag baissa les yeux, et reprit la route silencieusement, toujours sous la vigilance de celui qu'il respecte le plus. Garak avait du mal à avouer, mais lui-même était effrayé par ce qui pouvait se cacher là-bas. Il connaissait bien les Gnolls, ces viles sournois frappaient toujours dans le dos, cette société basée sur la force et la ruse. Ils n'avaient aucun honneur, aucun remord, aucune pitié. Ces rongeurs d'os préfèrent la viande froide, dès qu'un adversaire à leur hauteur les confrontait, ils préféraient détaler. Avec une armée aussi puissante que celle de Galro, pas étonnant qu'ils aient pris refuge derrière ces murailles. Par chance, le chef humain avait accepté de laisser les orques passer devant, grâce à leur carrure imposante, ils feraient réfléchir à deux fois les coupe-jarrets avant de s'en prendre à eux. Au-dessus de la cité, un nuage sombre planait. L'obscurité allait poser soucis, il devra se montrer prudent.



Dans les allées de la cité, l'obscurité était dense. Les seuls rayons de soleil devaient de l'est, n'éclairant que très faiblement. Même si les orques étaient réputés avec une bonne vision nocturne, ils se résignèrent à allumer des torches. Gartërn guidait l'un des groupes, alors que Brentark et Garak menaient les autres. Les guerriers des clans aux côtés du gobelin étaient robustes, même pour des orques. L'un, massif, portait une grande hache double à deux mains couvert de gris-gris.

_ Vous croyez que les Gnolls sont là ? Demanda-t-il à l'intention du vieux chaman gobelin.

_ Non, je ne crois pas. Ils sont là !

Dans les ruelles, des squelettes rongés gisaient sur le sol. Des déjections canines énormes. Des débris. Il était clair que la cité avait été pillée et vidée de ses habitants. Cela rendit inquiet Gartërn, les Gnolls n'attaquent que lorsqu'ils ont un strict avantage, la garnison de la cité devait compter au moins six milles hommes. Et pas un cadavre de Gnoll, le siège a du être éclair. Cela était d'autant plus effrayant de savoir que les Sintraënnien étaient réputés comme d'excellents guerriers. Ce n'était pas de simple bandits de grand chemin, c'était plus probablement une armée immense. Qui pouvait être assez fort pour assujettir autant de Gnolls sous une seule et même bannière ? Eux, qui sont connus pour être indisciplinés et sauvages. Même un orque pourrait passer pour raisonnable en comparaison. Un seul maître peut vassaliser autant de tribus sans contestation possible : Kaös lui-même.



Crac ! Un os se brisa sous son pied. Nurtag regarda sous sa semelle, puis tenta de distinguer quoique ce soit dans l'ombre des habitations.

_ Garak, cet endroit semble désert !

_ Il ne l'est pas ! Affirma le chef des légions orques. Warda les a sentit ici, il ne peut pas se tromper. Ils ont bien failli nous duper une fois, ça ne marchera pas ce coup là non-plus. Restes sur tes gardes !

Garak dégaina son espadon, et garda proche du corps sa rondache. Une odeur de viande pourrie et d'urine empestait les quartiers. L'hygiène plus que douteuse était sans équivoque, la ville était habitée, par des parasites...



Brentark s'arma de son arbalète récupérée quelque mois plus tôt sur les cadavres elfes noirs. Après plusieurs soirées d’entraînement, il comprit le mécanisme qu'il trouvait fascinant. Il aurait souhaité l'étudier davantage, mais le temps jouait contre lui. Il y plaça un carreau, puis se mit sur la défensive, le clan des Griffes sanglantes qui l'escortait vivait en abord de la forêt nord, ils avaient l'habitude de débusquer le gibier avant de l'abattre. Ils étaient habiles à l'arc, et quand la proie était trop proche, grâce aux armes de pugilats ils l'achevaient. De vrais chasseurs.

_ Je veille sur tes arrières, s'exclama Dourgen. Soit attentif, ce sont de vrais fourbes !

Il tenait ses deux sabres, tirés au clair, il épiait le moindre recoin de ténèbres. Ils passèrent devant un stand de maraîcher, les légumes étaient pourris depuis longtemps, des mouches volaient au-dessus des étalage. Des champignons et autre mucus recouvraient le comptoir. Même les deux frères orques connus pour leur estomac solide furent contraints de s'en éloigner tant l'odeur était immonde.



Le Mal rôdait entre ces murs.



Gartërn contourna une statue de bête mythologique, un lion avec une corne sur le front. Bien que finement ouvragée, cette œuvre était très loin du réalisme recherché par les elfes. La construction devait avoir une signification religieuse, un gardien peut être ? Le gobelin pria pour que cette créature repousse mieux les esprits malfaisant que ce qu'elle n'a fait jusqu'à présent. Même sans les voir, le nez du soigneur ne le trompait pas, l'ennemi était là, son odeur infecte empestait à des kilomètres à la ronde. Le Malin avait élu résidence sur ces terres, le Démon Originel régnait depuis les ténèbres. Il nota une traînée de sang séché, vers l'une des boutique en bord de route, il décida de suivre la piste. Des traces de griffes, de dégradation, d'excréments, l'odeur d'urine, nul doute, au moins un Gnoll y avait élu domicile. Il tendit la corde de son arc, flèche en joue. Son rythme cardiaque s'accéléra. Il pénétra dans les ténèbres du bâtiment, escorté par deux guerriers. L'un d'eux, moins discipliné que les autres, aperçut un bol rempli de kumquats. L'odeur sucré l'attira, il s'y dirigea furtivement, non pas pour les Gnolls, mais pour éviter d'attirer l'attention de ses alliés, il voulait éviter de se faire voler son trophée. Les fruits confis étaient au bord d'un comptoir, dans l'angle de la boutique. Une balance était renversée à côté, l'un des poids roula jusqu'au pied du barbare. À cette vue, le garde du corps haussa des épaules et tendit sa main délicatement vers le bol. Il effleura les fruits.



Un accoue, le récipient tomba, le gobelin se retourna. Un piège ! Avant que le serviteur de l'ombre ne jaillisse de sa cachette pour se jeter sur l'orque qui se pencha pour manger sa prise, Gartërn tira sa flèche en direction de la monstruosité, mais trop tard, le Gnoll planta sa lame dans le dos de sa victime.

_ Ennemis ! Hurla t-il.

Hélas, il ne vit pas le deuxième, accroché à la poutre, lui sauter dessus.



Des escarmouches se mirent à éclater un peu partout, rapidement la horde maléfique sortit de sa cachette, des milliers de ces perfides créatures charognardes allèrent à la rencontre des orques. Ils étaient énormes, même pour leur espèce, leur dos courbé donnait l'allure de croc mitaines lycanthropes. Ils portaient des armures lourdes, des armes hétéroclites de mauvaise facture, seuls leurs yeux brillants luisaient dans l'obscure. Les rirent éclatèrent, les monstres se jetèrent sur leur festin. Garak sans attendre sonna du cor, alors que les premiers adorateurs de l'Archi Ennemi se ruèrent sur sa tribu.



Le signal, Galro l'entendit. Ils avaient réussi, les Gnolls se montraient enfin. Un éclair rouge claqua dans les nuages noirs, une pluie de goudron commença à tomber. Le seigneur du Mal les défiait. Le porteur de lumière dégaina Grandal, la pointa vers la cité et hurla :

_ Maintenant ! Chaaaaaaargez !

Tilbar sonna du cor, un assaut général fut lancé. Tous les serviteurs de l'Ordre se ruèrent vers les brèches, il était temps de vaincre ces engeances de la mort. Les croisés entrèrent les premiers, brandissant de longues guisarmes pour accueillir la charge irréfléchi des hyènes humanoïdes. Elles étaient trop nombreuses, malgré les pertes elles s'éclatèrent sur les défenses, comme une vague gigantesque sur une digue. Les hommes d'armes tentèrent de repousser les viles créatures, mais la soif de sang de ces dernière dépassait même l'instinct de survie. Leurs yeux d'or fendues d'une pupille reptilienne fixaient les sacs à viande qui leurs faisaient face.



Des ricanements.



Les abominations sauvages se jetèrent sur les boucliers, mues par l'appel du sang. Un appétit vorace les poussait à se jeter au mépris de leurs vies dans la mêlée. Ce n'était plus une bataille, c'était un massacre. Les soldats de l'Église reculaient, apeurés par cette engeance impie, quand soudain, des ailes noirs jaillirent derrière eux. Un éclat brillant d'une épée démesurée, une vague de Gnoll fut projeté avec violence, tuées en un coup. Au-devant, un être née des ténèbres, porteur de la flamme blanche, apparût, un rayon de lumière l'auréola, le guerrier sombre faisait face aux hordes d'hommes bêtes.



Devant sa prestance, les créatures de l'Obscure reculèrent, se protégeant les yeux, intimidés par l'élu des Dieux. Warda, celui qui saigne pour les autres, s'avança, et frappa dans la multitude. De sa force prodigieuse, il envoya valser les opposants qui barraient sa route, massacrant les bêtes païennes. Les réfugiés de l'Ouest entrèrent en lys, il lancèrent un assaut frontal contre les fidèles de Kaös.

_ Anathème ! Hurlèrent les Gnolls terrifiés. ANATHÈME !

La troupe de la main entaillée se ruèrent dans la bataille, plongeant dans une juste fureur. Grâce à leur élan, ils percèrent une brèche dans leurs défense.



Garak affrontait avec sa troupe une multitude de ces bêtes sauvages, chaque duel était intense, même lui peinait à combattre autant d'adversaires à la fois. Ils n'avaient aucun sens de l'honneur, aucun remord, aucune pitié, ils se prenaient à plusieurs pour abattre un à un les éclaireurs. Même si beaucoup des hommes hyènes furent emportés dans la tombe, Nurtag et Garak furent bientôt encerclés. Ce dernier sonna de nouveau son cor, mais fut interrompu par l'assaut d'une créature à la crinière blanche, une balafre défigurait son visage, ses crocs jaillissaient de sa gueule de manière grotesque. Il maniait une lourde masse cloutée, attaquant sauvagement.

_ Nous t'avons vu, dit l'adversaire de Garak. Nous avons vu ta mort, tu te sacrifieras pour tes amis, en VAIN !

L'énorme Gnoll effectua une série d'assauts, brisant une statue totémique sur son chemin. Même pour Garak, cet ennemi était un réel défi. L'orque profita d'avoir contourné son ennemi après l'avoir déséquilibré pour le frapper de toute ses forces. L'épée s'ébrécha contre la coriace armure noire, le Gnoll se retourna, dévoilant un sourire carnassier.

_ Vous pensiez nous débusquer, mais vous vous êtes jetés dans la gueule... de la Hyène !

Il lança sa main en avant, saisissant à pleine poigne la lame tordue, et frappa de son pied le ventre du seigneur orque. Garak vola sur plusieurs mètre, se heurtant à un mur derrière lui. Le Gnoll albinos s'approcha lentement, faisant traîner son énorme gourdin derrière lui.

_ Vous allez échouer. C'était écrit ! Le Démoniste a déjà vu toutes les possibilités de cette bataille, vous allez perdre !

Il brandit sa lourde arme au-dessus de sa tête, prêt à l'abattre sur le chef orque.

_ Tu n'as jamais été assez fort, Garak le fou !

Une masse écrasante le percuta de plein fouet, d'un coup d'épaule Nurtag l'envoya valser dans un jardin, en plein dans un bassin. Le guerrier massif donna une claymore à Garak, et lui tendit la main.

_ Tu te ramollis ! S'exclama-t-il en riant. Ça c'est une bagarre comme je n'en ai jamais connu !

_ Toujours à penser à te battre ! Répliqua Garak en saisissant la poigne de son frère. Je dois retrouver les croisés, nous devons créer une tête de pont.

_ Une tête de quoi ? Arf, laisse tomber, la stratégie c'est pas mon truc !

_ Et taper ? C'est plus ton truc ?

La hyène blanche sortit de l'eau, un nénuphar sur la tête dont il se débarrassa prestement. Nurtag empoigna son énorme cimeterre, il était prêt à en découdre.

_ Ça je peux le faire !

Les deux vaillants orques se mirent en garde, ils étaient encerclés de ces sournoises créatures. La faim les rendait frénétique, leur gueule dégoulinait de salive. La pluie noir tombait, ruisselant sur tous les combattants, les adorateurs du Dragon Noir semblaient posséder une vitalité accrue. Leurs yeux étaient animés d'une flamme maléfique. La hyène blanche s'élança la première, Nurtag la para sans effort et lui assèna un violent coup de poing qui fit valser l'infâme créature. Garak contenu la vague de Gnolls affamés à son encontre. Il en occis plusieurs, massacrant les horribles bêtes poilues. Il bloqua un javelot en plein vol, et envoya rejoindre leur Maître une multitude de ces vermines mangeuses d'os. Nurtag, lui, saisit le coriace ennemi qu'était le Gnoll blanc par les deux bras, usa de toute sa force, et lui arracha les deux membres dans une gerbe de sang. Tombant sur le flanc, le guerrier des ténèbres rampa, terrifié à la vue de l'orque géant.

_ Voilà ce que ça fait d'affronter un adversaire à sa taille, s'écria glorieusement Nurtag en ramassant son cimeterre.

_ Cette bataille n'est pas encore gagnée, répliqua l’amputé. Tu ne survivras pas à cette guerre, j'ai vu ton trépas !

Sans plus de cérémonie, le bras droit de Garak acheva la bête, il se contenta de donner le dernier mot :

_ Moi j'ai vu le tiens.

Les derniers Gnolls prirent la fuite, ou du moins s'éloignèrent, laissant un moment de répit à Garak. Le chef orque était couvert d'entailles et de bleus, mais il était vainqueur. Il se reposa contre un mur et dit à son ami :

_ Effectivement, taper, ça tu sais le faire !

_ L'honneur du premier sang... J'aime bien ça ! Déclara Nurtag en riant.

Ils regardèrent autour d'eux, la concentration d'ennemis devait être ailleurs. Soudain, un éclair de lucidité frappa Garak :

_ Gartërn ? Dourgen et Brentark ? Il faut les retrouver !

_ Ne t'en fais pas ! Ils sont grands, ils savent se battre. Ce sont des orques, tu as oublié ?!

Soudain, derrière une ruelle, Brentark tenait le corps de Dourgen, il était inconscient.

_ À moi ! Hurla le frère de tribu. Ma troupe est décimée, venez m'aider !

Une horde de ces féroces velues traquaient les deux orques blessés. Brentark tira son projectile dans la masse, et se rua en direction de son chef. Garak et Nurtag partirent à l'assaut, armes aux poings, mais une telle marée serait difficile à contenir. Ils étaient au bas mot une vingtaine. Les deux guerriers chargèrent, usant de toute leur vélocité, mais Brentark était trop lent, les Gnolls allaient les attraper tous les deux. Puis...



Un gigantesque éclair blanc désintégra la horde. Les survivants prirent la fuite. Au coin de la rue, un chevalier blanc immaculé, portant fièrement une cape d'or, une épée azur à la main crépitant de la foudre divine.

_ Reculez, démons ! Hurla Galro sur son destrier caparaçonné. Je suis la voix de Dieu ! Je suis la lumière de sa bienveillance, les flammes de son courroux, la foudre de son jugement ! Craignez ma juste colère !

Les serviteurs maléfiques prirent la tangente, face à la masse de paladins les viles créatures des ténèbres ne faisaient pas le poids. Tout le gratin de l'Église était à ses côtés, les hérauts divins étaient en marche, piétinant toute résistance. Garak poussa un soupir de soulagement. Il appela le seigneur de la croisade :

_ Vous en avez mis du temps !

Galro en rit, il renvoya une autre réplique :

_ Navré, vous avez laissé tellement de Gnolls derrière vous que nous avons du faire le ménage ! Trêve de plaisanteries, nous avons un objectif face à nous !

Garak regarda autour de lui, des statues de bêtes mythiques. Galro pointa une direction, au bout de sa lame, une tour d'un temple Sintraënnien profané les narguait. Un portique rouge désignait l'entrée.

_ Leur maître est à l'intérieur, affirma Galro à voix haute. Sus à l'ennemi ! Chargez !

_ Où est Warda ? Demanda l'orque.

_ En pleine boucherie, répondit un paladin. Il est dans son élément, mieux vaut ne pas le perturber.



De l'autre côté des ruines, un véritable carnage avait lieu. Même si les acolytes de l'elfe noir n'étaient guère de bons combattants, grâce à l'appuie des croisés et leur bravoure, ils firent reculer les abominations Gnolls. Les viles créatures étaient tétanisés en la présence de Warda, il les décimait avec violence, Algazalm broya de nombreux adversaires, tous les ennemis qui osaient croiser son fer se faisaient irrémédiablement exterminés. Il était une force implacable, le jugement divin, une puissance que les hyènes craignaient. C'était bien plus que son bras dont ils avaient peur, son aura, mêlant ombre et lumière, était un fléau pour les serviteurs maléfiques. Tous hurlèrent le nom d'Anathème à son égard, le liens qui les unissait à Kaös faiblissait dans son sillage. Malgré la percée, bientôt la troupe de Warda fut encerclée, mais cela les résolue davantage à vendre chèrement leurs vies. La bataille faisait rage, la tempête reculait à chacun de leurs pas, comme si le Dieu Noir lui-même était effrayé par cette vision. Alors que Jaron bondit sur un Gnoll pour l'exécuter, Warda scruta les ténèbres lointains, en amont, un temple couvert de nuages.

« Là où il fait le plus noir... » songea-t-il. Le repaire du Menteur. Il fallait abréger cette bataille tant qu'ils avaient l'avantage.

_ Avec moi ! Hurla-t-il à ses combattants. Là-bas, menez la charge !

Il talonna les flancs de Jaron pour lui indiquer de prendre de l'élan, fidèle, le loup réagit au quart de tour, guidant la pointe de l'assaut. Les nomades se jetèrent sur la masse compact de Gnolls, ces derniers se dispersèrent à la vision de l'elfe noir.

« ANATHÈME ! » Scandèrent les charognards.



Puis... Un sifflement. Au milieux des rangs Gnolls, un homme avec une capuche moisie sourit, il avait des yeux verts. Il tenait d'une main une dague ornée d'une rose. Warda stoppa net à cette vue, le mystérieux inconnu leva la lame à hauteur de sa bouche et lécha une goutte de sang dessus.

_ Merci... de rien !

Les glyphes le démangèrent de nouveau, un tambour résonnait en lui. Non ! Il devait rester concentré ! Il sentit les palpitations le gagner.

_ Il ne sert à rien de lutter, reprit Mayirr qui se dévisagea. Tu dois bien t'amuser à tuer mes enfants, n'est-ce pas ?

Ses yeux changèrent de couleurs, pour devenir noirs, avec un iris d'or, fendus d'une pupille en lame.

_ Tu n'es pas réel ! Répliqua Warda en lui faisant face.

_ Non ?!

L'assassin s'avança à contre sens de la foule, il en sortit, toujours sa dague apparente. Il la nettoya sur sa cape mouchetée.

_ Je ne suis pas … réel ?

Les glyphes, elles bouillaient de rage. C'était le démoniste, il lui lançait un sort. Plus l'illusion de Long-couteau s'approchait, plus les ténèbres engloutissaient tout. Les soldats sous le commandement de Warda reculaient face au néant dévoreur. Les glyphes hurlaient.

_ JE NE SUIS PAS... RÉEL ?!!

Un coup de tambour résonna dans le crâne de Warda. La colère grandissait. Il se tint la tempe, il ne devait pas perdre le contrôle. Des flammes jaillirent des maisons, elles s'incendiaient sous une force surnaturelle. Des flammes noires. La voix de Mayirr devint celle d'une bête, sauvage et puissante, féroce !

_ JE NE SUIS PAS RÉEL ?! ALORS QU'EST-CE QUE TU RESSENS ? IL N'Y A PAS PIRE DÉMON QUE SOI-MËME !

Une nouvelle vague de rage l'envahit, la haine insufflée par le grand Maléfique en personne. Warda sentit sa marque bouillir, ses glyphes brillaient avec intensité. Bientôt il allait perdre la tête... mais il sentit au bout de ses doigts, à sa ceinture, un objet délicat. Il l'amena à ses yeux, il le vit, le chevalier de chiffon recousu. Il comprit alors : la raison de ce combat. Il n'était pas là pour écraser les Gnolls, il était là pour sauver Natal, et cette poupée était le liens qui l'unissait à la terre. Il leva les yeux vers Mayirr, il ne souriait plus.

_ Comment fais-tu ? Demanda incrédule le tueur. COMMENT FAIS-TU ? Tu n'es pas supposé me résister !

Plus que la haine, le bras vengeur de Warda était guidé par une émotion encore plus forte. L'amour... Celui qu'il portait à ce peuple, celui qu'il portait à ceux qui ne sont plus, celui qu'il portait aux vivants... C'était là, la raison de se battre !

_ Je ne te crains plus !

Terrifié devant une telle vision, Long-couteau recula, il tourna les talons et se mit à fuir dans l'ombre. Warda était béni, sa force intérieure apaisa les flammes de sa colère, il avait dépassé ce stade. Ses glyphes redevinrent sombres, la frénésie le quitta. Il allait chasser ces Gnolls, non pas par haine, mais pour sauver les hommes. Il donna un léger coup sur les flancs de Jaron.

_ Frayons nous un chemin jusqu'au temple, dit Warda aux oreilles du loup géant.

_ Pas la peine de se répéter.

Le grand canin se mit à la course, rattrapant les couards de Gnolls. Warda ne les calcula pas, ces misérables ne représentaient plus un danger. Les suivants de l'elfe noir foncèrent, mais furent distancés.



La horde était bien plus dense aux abords du monastère, les infâmes mangeurs de cadavres s'avancèrent, brandissant des armes tordues, mais les premiers rangs furent clairsemés par une foudre divine. La dyaladuil était encore enveloppée de l'aura magique, le tonnerre raisonnait dans la vallée. Junar se mit côtes à côtes avec son seigneur.

_ Messire Galro, vous ne devriez pas user de Grandal à la légère ! D'après vos dires, le démoniste est puissant. Économisez vos forces, nous nous chargeons de cette racaille !

Galro regarda sa suite, il était vrai que tant de paladins ne feraient qu'une bouchée de ces minables. Il acquiesça de la tête et dit :

_ Faites votre office.

Les chevaliers ecclésiastiques fondirent sur les rangs de servants du dieu de la Guerre, dans un élan héroïque, et les massacrèrent sans autre difficulté. Un chevalier en armure lourde monté est déjà un bélier mortel à la charge, autant dire qu'un paladin accoutumé à la magie et à affronter les créatures de l'obscure représente une force irrésistible. Après avoir décimé les gardiens, les chevaliers blancs se mirent en poste, voyant une nouvelle vague d'ennemis les charger. Junar et les paladins phénix encerclèrent Galro.

_ Sire, entrons dans le bâtiments, laissons les paladins de moindre rang s'occuper de ces rongeurs d'os.

_ Bien paladin phénix Junar, répondit Galro en descendant de sa monture, allons débusquer ce chien !



D'entre les rangs Gnolls, une silhouette massive jaillit tel un éclair. Plusieurs de ces vermines voltigèrent sur son passage, emporté par la puissance d'un loup géant. Warda chevauchant Jaron firent face aux paladins qui s'écartèrent. Galro sourit et lui lança :

_ Tu en as mis du temps, j'allais prendre toute la gloire sans toi !

_ Silence ! Hurla Warda.

Il descendit de Jaron, il posa Algazalm sur son épaule, faisant face au temple qu'ils avaient déjà visité en songes. Galro vint à ses côtés.

_ Tu crois que nous allons réussir cette fois-ci ? S'inquiéta Galro.

Warda regarda sa poupée de chiffons, il la serra et la remis à sa ceinture. Il voulait vaincre ce démon.

_ Nous allons réussir, déclara-t-il. En avant !

_ Vous allez à la fête sans moi ?!

De derrière eux, Garak et Nurtag se dressaient, ils étaient couverts de sang. Ils avaient du commettre un énorme massacre. Les hyène se ruèrent sur les paladins, le combat commença. Bien plus grands et musclés qu'un homme, les guerriers Gnolls tenaient tête aux croisés, mais les chevaliers blancs avaient la maîtrise et l'expérience. Garak tapota l'épaule de Warda.

_ Nous couvrons vos arrières, accomplissez votre devoir !

Les deux orques rejoignirent la bataille, soutenant les paladins. L'elfe noir et le seigneur de l'ordre se regardèrent une dernière fois, escortés des paladins phénix, ils entrèrent dans la demeure du démoniste. Tilbar s'écria :

_ Je sens qu'on va s'amuser ! Viens à nous, vermine !



Lorsqu'ils entrèrent dans l'édifice, seul un vent froid leur répondit. Les ténèbres étaient absolues. Les chevaliers levèrent des torches, éclairant la voie. Galro dissimula sa faculté à voir dans l'obscurité en illuminant faiblement sa lame. Warda se rangea à ses côté, la cohorte entra dans une immense pièce qui sembla familière aux deux hommes. Devant un, un dragon serpentin, une main levée, l'autre dirigée vers le bas. L'odeur fétide était ignoble, un mélange de viande pourrie, d'excrément et de pisse. Fradel toussa tant l'air était irrespirable. Tilbar ria tout en se plaquant une main devant la bouche :

_ Ça va, j'ai connu des bordels pires que ça !

Un craquement d'os retentit sous sa botte, il éclaira le sol, il était jonché d'os, de vêtements et de poils. Humains, gobelins, orques, Gnolls, les restes appartenaient à toutes ces espèces. Il était clair que celui qui vivait ici avait un appétit d'ogre.

_ On ne fait pas la fine bouche à ce que je vois, s'écria l'homme borgne. Où sont tes sbires, qu'on commence à faire connaissance.

D'abord, seul l'écho de leurs pas répondait. Puis, une voix sinistre, difforme, dégoûtante répondit :

_ Mes ouailles n'osent mettre le pied ici. Savez-vous pourquoi je n'ai pas de garde du corps ?

Galro s'avança, il reconnut le piédestal où il avait déposé Warda lors de leur visite astrale. Un squelette était assis, tenant sa jambe coupée.

_ Ils ont trop peur... reprit le démoniste caché dans les ténèbres.

Sa voix résonnait contre les murs, il était impossible de le localiser, il était partout à la fois. Il continua :

_ Et vous, vous êtes venus me braver ici-même. J'ignore encore si vous êtes courageux... ou STUPIDES ?

Un pot de terre cuite tomba au sol, se brisant en morceaux. Un paladin phénix éclaira les débris, de la cendre s'en échappait.

_ Quel est cet endroit ? S'enquit le chevalier surpris.

_ La dernière maison des morts, répondit le Prophète en écartant une toile d'araignée de son chemin. Pas étonnant qu'il ait choisi de profaner ce lieu saint, il a suffisamment d'os pour ronger une vie entière !

Alors que Galro s'engagea dans un escalier, Junar lui barra la route du bras. Il avait l'épée au clair, prêt à attaquer :

_ Laissez-moi passer en premier votre Flamboyance, il vaut mieux que je prenne la …

Un rugissement retentit, la hyène se jeta sur le plus vieux des paladin phénix, l'attrapant de sa gueule puissante à la gorge. Il l'emporta dans les ténèbres. Les autres chevaliers eurent à peine le temps de se retourner pour apercevoir sa silhouette bossue, ses ignobles cornes torsadées en jaillissaient. En un éclair, il disparu, on pouvait entendre dans le lointain Junar hurler de terreur, puis un craquement d'os. Galro finit de monter les escaliers, Warda se tenait à côté de lui, en gardes. Un bruit humide, puis un objet rond roula devant eux. Galro l'éclaira, c'était la tête de Junar, une expression cauchemardesque figée sur son visage.

_ Tête ? Dit la voix de Long-couteau mêlée à la hyène.

Les guerriers de la lumière reculèrent un instant, mais ils campèrent rapidement leurs positions. Aucun d'eux n'était un tendre, tous avaient déjà vu pire durant leurs longues carrières. Mais cette dernière vision dévoila leur vulnérabilité face à cette engeance sournoise.

_ Tu crois qu'une démonstration aussi puérile m'épate ! Proclama Galro qui tenta de masquer sa peur face à la dépouille de son camarade.

Un autre paladin s'avança dans une coursive, torche bien haute, tentant de débusquer le funeste sorcier. Il ouvrit une porte coulissante, il aperçut une traînée rouge, il l'éclaira et s'aperçut que c'était juste une peinture murale d'un cerisier fleur en pleine éclosion, un foulard carmin au vent. Il poussa un soupir, mais ne vit pas le vile monstre s'approcher de lui. Un grognement, un coup de croc, les autres se mirent sur leurs gardes quand ils entendirent le corps tomber au sol. Tilbar regarda autour de lui, il vit les quatre survivants, dont Fradel, lui faire face.

_ Restons groupés ! Ordonna le Septième. C'est un ennemi redoutable, ne le sous-estimez pas ! Il n'est pas seulement discret, il use de sorcellerie pour tromper vos sens.



Warda et Galro progressaient lentement, les yeux de l'elfe noir s'accoutumèrent en partie au noir, mais malgré ça, localiser le démoniste n'était pas mince affaire.

_ Il peut se cacher n'importe où, dit Warda à l'égard de Galro.

_ Comme à l'entraînement ! Il faut faire comme à l'entraînement !

Warda tenta de se concentrer sur sa marque, ignorant si cela pouvait l'aider. Il marcha en arrière, et tomba à la renverse quand il traversa la toile d'une porte, la déchirant au passage. Il se retrouva sur une piste de danse.

_ Fais attention ! S'écria Galro en se dirigeant vers lui pour lui tendre la main.

À ce moment précis, Warda pris de l'élan, poussa Galro et saisit des deux mains les pattes griffues de la bête malfaisante. Le Gnoll lui faisait face, dévoilant ses rangées de dents horriblement mutées.

_ Je ne suis toujours pas réel alors ? Demanda le Gnoll avant de jeter en arrière l'elfe noir.

Non content d'être doté de pouvoirs magiques, le démoniste possédait une force herculéenne. Galro tenta de lui asséner un coup, mais il bloqua de l'une de ses cornes dorsales. Il le repoussa, tandis que Warda ramassait son arme. Le démon tenta de se dissimuler dans l'ombre, mais Galro lui barra la route, dévoilant sa position.

_ Les Calénaclidials ! S'exclama le Gnoll. Tes sbires le savent ?

Galro garda le silence, puis lança une série d'attaques. La chimère esquiva avec aisance, ou para avec des cornes et ses griffes. Il était couvert d'une toge déchirée, une capuche dissimulait son visage immonde, même pour son espèce, et d'autres excroissances osseuses sortaient de ses avant-bras. Les autres paladins se jetèrent à sa poursuite, mais le sorcier se tourna vers yeux et cracha un ignoble miasme. Masquant sa trace, même Galro ne parvint pas à le retrouver. Le démoniste devait encore tendre une de ses viles embuscades.

_ Ne le perdez pas de vue, ordonna Galro. C'est une question de vie ou de mort.

Groupés, les paladins, Warda et Galro progressaient sur une piste de danse, des instruments étaient déposés. Le bruit de la bataille faisait rage dehors. L'être maléfique se terrait dans l'ombre. Fradel abattit son épée sur un paravent, persuadé de le trouver dissimulé derrière. Mais ce n'était qu'une armure de samouraï.

_ Ce qu'il y a de fâcheux avec les fanatique, commença la voix presque chantante de la hyène, c'est qu'ils ont des convictions. Ils y croient dure comme fer...

Des crissement de griffes sur le bois résonna, quelque chose approchait.

_ N'écoutez pas ses mensonges, dit Galro à ses hommes. Ils cherchent à vous détourner de votre objectif !

Les griffes cessèrent de frotter le bois, de nouveau, impossible de le localiser. Le sorcier rôdait, et il était invisible. Un tel maître de l'arcane noir était un fabuleux adversaire, il jouait avec le plus grand atout de son maître : les ténèbres mêmes. Dos à dos, les guerriers de l'Ordre veillaient dans chaque recoins en progressant. Galro lança un regard à Tilbar, puis une mains griffue lui trancha la gorge... Puis une main griffue fut tranchée par Warda au dernier moment, la bête recula. Il se dissimula aussi vite, mais une traînée de sang trahissait son passage.

_ Merci ! Dit Galro en se retournant vers l'elfe noir.

Le guerrier sombre repris son souffle, lui-même fut étonné de sa réactivité. Sa marque était d'un grand secours.

_ … Mais une fois la vérité révélée, reprit le démoniste, les convictions s'effondrent ! Que reste-il alors ?

_ Tu es blessé ! Déclara Tilbar. Rend toi, ta mort sera miséricorde !

_ Rien ! Reprit la voix de la hyène. ABSOLUMENT RIEN ! N'est-ce pas... Galro ?

Les inquisiteurs traquèrent la piste de sang, mais le doute commença à s'instiller.

_ Messire, comment connaît-il votre nom ? Vous l'avez déjà rencontré ?

_ Non, mentit Galro. Il a du... rêver.

L'hémoglobine brillait encore à la lueur des torches, noir aux reflets pourpres. Ils chauffaient, il n'était pas loin. Sûr de lui, Galro cria face à l'obscurité :

_ Tu es piégé ! Tu ne peux plus nous vaincre !

_ Moi, non, mais vous oui !

_ Qu'est-ce que ce charabia ? Demanda agacé Fradel. Vous savez quelque chose !

Galro garda le silence, il lui fit signe de s'avancer dans une pièce. Une salle avec une grande vitrine sur un piédestal. Le reflet brillant d'une bague en argent trahit la phalange qui y reposait.

_ Une relique de Chasseur d'ombres ! S'écria un paladin. Utilisons la !

Galro barra sa route d'un revers de bras, il lui pointa la tâche de sang au sol. Elle s'arrêtait là. Comprenant que la hyène tendait encore une embuscade, les hommes se mirent en position autour. C'était sûr, il était caché ici. Galro montra trois doigt, il en replia un.



Warda sentait son cœur battre la chamade, il ignorait quel prochain coup il leurs réservait.



Galro en replia un deuxième.



Tilbar empoigna fermement son épée, son sourire carnassier était aussi effrayant que celui d'un loup.



Galro referma totalement son poing.



Les hommes s'élancèrent, épiant chaque recoin de la pièce, le plafond, les recoins, chaque espace où il pouvait se dissimuler. Tous scrutèrent les cachettes éventuelles, et Fradel remarqua alors au pied du mur un pot. Il ne comprenait pas la langue, mais il reconnut la forme. Un encrier, rouge.

_ C'est un leu...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que depuis l'entrée de la chapelle une énorme patte poilu le saisit, il hurla alors qu'il était traîné au sol. Ses suppliques terrifiés tétanisèrent de terreur les paladins restants. Un éclair rouge illumina une immense silhouette noire bossue, des cornes ornant son dos. Il saisit un poignard à la main et le plongea dans le cœur de sa victime, puis plus rien.



Puis, deux yeux brillant d'un éclat jaune se tournèrent vers eux. Ses prochaines victimes. La peur... elle s'insinuait en eux... à travers eux... Tous s'étaient jeté dans la gueule de la hyène, ils réalisèrent alors que leurs ossements iraient rejoindre les restes de ses précédents repas. Elle se mit à siffler... comme Long-couteau.

_ Vous vous rappelez de cet air ? Messire Galro ?

Le Commandeur fut paralysé par l'angoisse. Les derniers paladins phénix se tournèrent vers leur maître, inquiets :

_ Que veut-il dire ?

_ Les morts n'oublient jamais, reprit le démoniste toujours enveloppé de ténèbres. Ni même le contrat que vous avez passé avec moi ! Il est temps de payer les dettes !

Ses yeux immondes s'avançaient, bientôt on l'aperçut à la lueur des torches, dominant. Il avait été amputé d'une main, mais il s'en moquait, une seule suffirait pour finir le travail. Dans la dernière valide, une dague ornée d'une rose reposait dans sa paume. Tilbar chuchota doucement :

_ Long-couteau !

Le Gnoll rit, il lécha la lame encore humide du sang de Fradel.

_ Je me repaîtrais de vos os quand ce sera fini.

La rose pendait le long de son corps, trônant dans la paume de sa main. Même les chevaliers en armure n'osaient l'approcher. Warda s'interposa, faisant face au monstre.

_ Recule ! Ordonna l'elfe confiant. Je t'ai déjà affronté une fois !

_ Et tu as perdu... Bien, finissons-en !

Le guerrier sombre s'élança, frappant dans sa direction, mais le vile sorcier esquiva aisément. Il profita d'une ouverture pour lui blesser la cuisse... Il profita d'une ouverture, mais Galro le chassa d'un coup d'épée. Bien qu'il ne fut pas touché, le démoniste recula.

_ Ohhh, je vois ! Vos facultés croissent. Vous devriez leurs expliquer, MESSIRE GALRO !

Le chef des croisés lança un nouvel assaut, accompagné de Warda, affrontant le vile nécromancien. De ses excroissances osseuses, le mange-cadavres dévia les attaques, et répondit à l'agression. Mais incapable de les atteindre, le démoniste recula, il était acculé. Incrédules, les paladins phénix les regardaient, Tilbar comprit. En pleine fureur, le Prophète s'élança, profitant de son avantage

_ Cesse tes mensonges, démoniste !

_ Votre Prophète a pactisé avec le plus ténébreux des rois ! Il s'est accoquiné d'une elfe noire ! Il a lié son âme à son ennemi juré ! Et son plus fidèle laquais est un pédéraste !

Sur ces paroles, sur le coup de l'émotion, Galro planta Grandal dans le ventre du vile rapporteur, l'empalant contre le mur en papier de riz. Ils traversèrent tous les deux le trou béant qui s'ouvrit, les deux corps tombèrent à la renverse. La lame de l'épée azur était toujours plantée dans les viscère du démon, mais Galro ne calcula plus, il se jeta sur le corps immobile du Gnoll, malgré ses blessures, celui-ci rit.

_ Voilà ce qui blesse le plus, la vérité ! Rien que la vérité !

_ SILENCE CHIEN ! Hurla Galro en le martelant de ses poings.

Il le frappa de toutes ses forces, accablant le crâne de son adversaire de mandales. Ses os étaient robustes, il avait l'impression de cogner une pierre, mais cela lui importait peu, il voulait le faire taire.

_ Tu as déshonoré ton père ! Tu as commis l'ultime sacrilège ! Tu as menti à ton Église ! Tu as engrossé une démone ! Tu as dupé ton roi !

_ FERME LA MENTEUR !

Il commença à l'étrangler, mais ce n'était pas assez, alors il commença à fracasser sa tête à même le sol.

_ Tu les as tous dupé ! TOUS ! Aux yeux et à la barbe de tes plus fidèles serviteurs !

Du sang coulait abondamment de sa bouche, il brandit sa main valide vers Warda, il incanta le noir parler, le sort en fut jeté.

Warda eut une sensation étrange, sa marque se mouvait en lui. La troisième présence, l'Intrus. Long-couteau apparut, souriant de ses dents, il assistait à la molestation du Gnoll avec amusement.

_ Tu vas le laisser faire ? Dit-il en désignant Galro.

Warda ne répondit pas, mais Mayirr se rapprocha subitement, comme téléporté. Il avait des yeux jaunes.

_ Tu sais qui a tué le vieil homme noir ?

Il se mit à rire comme une hyène. Les ténèbres l'engloutissaient.

_ C'est toi ! Répondit avec assurance Warda.

Le meurtrier se mit à rire, il en éclata de délire. Fichu rire de hyène.

_ J'aurais bien voulut, mais non, ce n'était pas moi. Tu connais l'assassin de Carnassus ! Il juste en face de toi !

Galro continuait de fracasser le Gnoll, les voix des paladins se turent, seul le Commandeur Suprême était dans son champ de vision, faiblement éclairé par la lueur des torches. Mayirr sortit une main de sous sa cape et le désigna du doigt.

_ Tu le savais. Depuis toujours tu le savais.

_ Non ! Répliqua Warda furieux, mais sa voix baissa en intensité. Non.... non...

Galro se retourna, il avait les mains couvertes de sang, son visage était moucheté des éclats de rubis.

_ Tu te voile la face, mais tu connais la vérité ! Il a tué bien plus de tes amis que n'importe qui d'autre sur cette terre !



Warda était debout, les yeux fermés, en transe. Tilbar tenta de le réveiller, en vain, puis l'elfe noir fut secoué de spasmes.



_ SILENCE MENTEUR ! Hurla Warda dans le monde du rêve.

Galro leva une main en signe d'apaisement, il avait cessé de frapper le démoniste. Une fois de plus, Long-couteau prit la parole.

_ Il a assassiné Carnassus ! Il a assassiné Mélane ! Il a assassiné Rassoun ! Il a détruit le clan des Lunes d'Argent !

Une marre de sang entourait le chevalier de Dieu, des crânes humains, innombrables, reposaient à ses pieds. Galro se releva, les os craquèrent sous ses bottes, il était dans une marre de sang.

_ Ne l'écoute pas Warda, il est entouré d'un maléfice, il nous détourne de notre objectif !

La colère grandissait, une rage pure. Les glyphes brûlaient, elles se mirent à rougeoyer, la vérité frappa Warda de plein fouet. Le démoniste sous les traits de Mayirr continua :

_ Il a tué tous tes amis ! Il a le sang de tous ceux qui te sont chers sur ses mains ! Même moi, il m'avait recruté pour te tuer !

La haine grandissait, Galro n'était pas seulement un ennemi, c'était un traître. L'elfe noir fulmina de rage. Il ne voulait plus refouler la colère, le Menteur disait vrai, Galro était la source de toutes ses souffrances.

_ Et maintenant, c'est toi qui est son pantin ! Il te manipule, comme il a manipulé tout le monde.



Galro et Warda tombèrent à la renverse, secoués de convulsions, les yeux grands ouverts. Les paladins se fixèrent, l'un d'eux demanda à Tilbar :

_ C'est vrai ? Cette histoire de pédéraste ? Notre Prophète a pactisé avec l'Obscure ?

_ Sottises ! Rétorqua le Septième. Il nous manipule, il cherche à nous retourner contre lui, la victoire est proche, ne le laissons pas manipuler nos esprits !

_ Vous mentez ! Cria un paladin phénix en colère. Des rumeurs circulent sur la tour nord, elle est en rénovation depuis deux ans, nous n'en avons aucune nouvelle ! Notre Prophète nous cache des choses, et vous êtes son complice !

_ Absurdités ! Allons finir ce sorcier avant qu'il nous embrouille l'esprit !

Les yeux injectés de sang, un autre lieutenant de Galro s'avança, saisit Tilbar par la cuirasse.

_ Vous avez été son maître, nous le savons, c'est la seule raison de pourquoi vous avez été choisi Septième ! Vous êtes grossier, ivrogne, pistonné ! Vous ne maîtrisez même pas la magie ! Vous êtes un blasphème vivant! Anathème !

Il renversa violemment Tilbar contre le piédestal en verre. Il heurta son crâne contre un rebord du meuble, renversant la relique. Le verre se brisa, la phalange glissa dans les ombres. Le vieux soldat tomba inconscient. Les paladins phénix se dirigèrent vers le corps de Galro, lame tirée au clair.

« Anathème ! Anathème ! Anathème ! »

L’envoûtement les affectait, l'un des plus fidèles paladins phénix de Galro dégaina sa dague, et se pencha vers le Commandant Suprême.



_ Il vous a tous utilisé pour ses propres caprices ! Reprit Mayirr.

L'esprit de Warda était embrouillé, mais il entendait tout, il ouvrit les yeux sur Galro qui lui faisait face.

_ Nous allons gagner Warda ! Dit Galro en tendant une main amicale. Il nous faut juste un dernier effort !

_ SILENCE ! Rugit Warda, tous les murs explosèrent et s'embrasèrent. Il a raison, tu es ma plus grande nuisance ! Ton père a tué mes parents ! Ton armée a exterminé ma tribu ! Tes hommes de mains m'ont arraché tout ce que j'avais de plus précieux ! Ton Ordre m'a mené une vie d'enfer ! Je vous hais ! Je vous HAIS ! JE VOUS HAIS !

Une déflagration psychique s'échappa de son être, une aura de flammes jaillit de son corps astral, propulsant Galro. Celui-ci roula boulé au milieux du corridor, couvert d’hématomes. Il se releva, et vie les glyphes maudites brillaient de leurs aura meurtrière. Warda rugissait bestialement, libérant toute sa fureur.



Le paladin phénix saisit Galro par les cheveux, redressa son visage, mit la dague sur sa gorge.

_ Anathème ! S'écria t-il.

Mais... Un grognement sauvage le retint. L'elfe noir se relevait, ses glyphes s'illuminaient de lueur sanguine. Il saisit Algazalm, il avait les yeux injectés de sang. Profitant de la confusion, le démoniste s'échappa, retournant dans le doux foyer de l'Obscure. Lorsque Warda regarda les paladins phénix autour de lui, il grommela.

_ Que fais-t-on ? S'enquit l'un des hommes.

_ Il ne se contrôle plus, dit le second. Plus le choix, Sire Galro n'est plus là pour le maîtriser, ce n'est qu'un manipulateur de toutes manières. Tuons les tous les deux !



Warda hurla de colère, et se jeta sur les inquisiteurs. Les hommes durent se mettre à plusieurs contre lui, mais ils étaient incapables de le contenir. Mais ils avaient tous une formation à l'épée bien supérieure, le guerrier sombre frappait au hasard dans toutes les directions. L'un des chevaliers dans son dos parvint à le frapper, mais la cuirasse de Warda était bien trop épaisse. Il fut projeté d'un revers de main, tombant au milieu des décombres. Un autre incanta un sortilège de feu qui propulsa l'elfe noir sur une bonne paire de mètre, mais il se releva, indemne. Il était le pire adversaire qu'ils puissent avoir. Plus ils l'attaquaient, plus la rage de Warda grandissait. Il finit par saisir l'un d'eux et le jeta sur les deux autres. Jamais auparavant il ne s'était vu insufflé une telle colère, car cette fois-ci elle n'était pas que liée aux glyphes, elle était lié à la tourmente de son cœur.



Mayirr s'approcha dans le dos de Warda, il lui remit une dague ornée d'une rose dans la main.

_ Accomplie ta vengeance, ordonna Long-couteau avant de disparaître.

Dans une frénésie meurtrière, Warda progressa en direction du chevalier blanc. La lame scintillait dans le noir, le Prophète du Phénix se releva, et commença à boiter dans une direction aléatoire.

_ Je dois sortir d'ici ! Se dit Galro en longeant les longs couloirs.

Il entendait les excès de rage de son allié, ou son nouvel ennemi, tout dépend du point de vue qui était flou à ce moment précis. Le démoniste les avait encore piégé dans sa dimension infernale. L'un des murs se mit à briller, comme si des bougies étaient allumées, Galro ouvrit le battant de la porte, derrière des poupées crucifiées. Un homme chauve, un elfe noir, puis un chevalier de chiffons. Ils étaient animés par une force impie, elles hurlaient de douleur, des flammes les dévoraient.

_ HÉRÉTIQUES ! C'est tout ce qu'ils retiendront de vous !

La voix du démoniste résonnait de partout à la fois. Fuyant cette vision horrible, Galro tituba une nouvelle fois, il entendait la furie de l'elfe se rapprocher dangereusement. Une autre porte, sur la droite, il ouvrit. Sans même regarder l'intérieur, il s'y engouffra, et referma derrière lui, se sentant soulagé d'avoir gagné encore quelque secondes de répit. Mais l'odeur d’encens et de nectar envahit ses narines, devant lui des coussins moelleux. Un parfum enivrant, il vit deux corps entre-mêlés. Un noir et un blanc. Des rondeurs féminines.

_ Te voilà de retour ? Demanda une voix familière, celle d'Ilada.

Elle se releva, elle était nue, ses seins pointaient. Puis, à ses côtés, jaillit Nardel de sous les draps, lui aussi en tenue d'Adam. Il était en érection, se languissant des caresses de l'elfe noire.

_ Viens avec nous ! Ordonna Ilada avec un air malicieux. Aimons nous juste cette nuit...

_ Non ! S'exclama Galro. Ne me montre pas ça Démoniste !

_ Ce sont pourtant tes plus profonds désirs, Galro...

La voix rieuse du sorcier rebondit contre les murs, les deux personnes en face de lui étaient en pleine séance de masturbation.

_ Venez maître ! Dit Nardel alors qu'il léchait les seins de la femme de son seigneur. Venez m'enculer, je sais que vous en rêviez.

Sur ces paroles, il introduisit son pénis dans le vagin de la femme elfe, et ils commencèrent alors à copuler. Tous deux prenaient du plaisir, un plaisir malsain, et invitèrent le Prophète à se joindre à cette orgie. Fou de colère, Galro saisit Grandal à deux mains et les occis tous les deux dans un déchaînement de violence.

_ ASSEZ ! ASSEZ ! ASSEZ ! Montre toi, DÉMONISTE !

Quand il se calma, il aperçut la marre de sang à ses pieds, les deux corps atrocement mutilés de ceux qui lui avaient offert leurs cœurs. Ses amours, il les avait brisé. Il comprit alors qu'il venait de tomber dans le piège de maître des mensonges.

_ Parjure, même eux tu les as trahit !



Les paladins phénix comprirent rapidement qu'ils ne faisaient pas le poids, Warda était déchaîné. L'un d'eux se mit en travers de sa route, il fut coupé en deux sans cérémonie, un geyser de sang s'échappa de ses entrailles dégoulinantes.

_ Par ici ! S'écria un des survivants en courant dans une direction au hasard piétinant les ossements par centaines.

Mais le chevalier tomba, il rampa à terre, cherchant sa torche. Lorsqu'il la leva, le Gnoll se tenait derrière lui, soufflant sur la flamme qui mourut.



Isolé, dernier serviteur de l'Église en cette terre corrompue, il courrait pour fuir, Warda à ses trousses. Il descendit les escaliers, et vit en face de lui la sortie. De la lumière ! Il y accourut, mais au moment de rejoindre la terre des vivants, il sentit une pointe perforer son dos. Il se retourna, le démoniste lui souriait de ses longs crocs courbés. Il l'emporta au plafond, ils disparurent dans l'oubli.



Tilbar sortit du col-tard, encore étourdit, il s'entailla les mains sur le verre brisé. Au milieux des débris, une phalange, une bague. Instinctivement, il la saisit. Elle était imprégnée de pouvoir, c'était son dernier espoir.



Galro pleurait les dépouilles de ses deux amants, et les rires de Long-couteau résonnèrent.

_ Tu as toujours été plus fort pour blesser tes proches que tes ennemis !

Les têtes décapitées de Nardel et Ilada devinrent hilares, c'est ce qui décida le Prophète à quitter la pièce, il allait devenir fou, si ce n'était déjà le cas. Il traversa le mur en feuille de riz, déchirant tout sur son passage, il réduisit en pièce les encadrements de bois dans sa fuite. Puis, une lumière aveuglante, un vitrail. Une orgue jouait, des pétales de fleurs. Il se cacha du soleil de sa main, il entendit une voix forte :

_ Vous arrivez à temps ! La croisade s'est bien passée ?

_ Votre Majesté ? S'étonna Galro lorsqu'il reconnut Thurnang.

Le souverain était face à un banquet, sur son trône, une assiette couverte d'une cloche siégeait devant lui. Habillée d'une robe blanche cérémonielle, Mélénia le regardait, une tenue de mariage.

_ Vous avez faillit louper la cérémonie ! S'écria le souverain d'Étale. Approchez, je vais vous bénir !

Hésitant, Galro s'avança. C'était une nouvelle illusion, mais il se sentit impuissant. Il progressa, gravissant les marches, il arriva au niveau d'une plate-forme. Sous les rayons multicolores, Galro se surprit à posséder un collier d'union.

_ Vous, Messire Galro, Commandant Suprême du royaume d'Étale, ancien Prophète de l'Église, sauveur des Nations, acceptez vous d'épouser la princesse d'Étale Mélénia ?

Se sentant pris au piège une nouvelle fois, la victime du démoniste dit à voix basse :

_ Je le veux...

Thurnang tendit l'oreille, visiblement agacé, il ordonna :

_ PLUS FORT ! Je suis sourd, un peu plus de conviction mon garçon !

_ OUI JE LE VEUX ! S'exécuta Galro humilié.

Le roi, coiffé de sa mitre sacrée, reprit la cérémonie :

_ Princesse Mélénia, Fille du Prophète Thurnang, futur reine d'Étale, jouet des machinations d'un despote, catin juste bonne à enfanter, cocue avant l'heure, acceptez vous d'épouser le Commandant suprême Galro ?

La femme, souriante, dévoila des dents noires charbon, elle avait une haleine fétide.

_ Oui je le veux !

_ Bien ! S'émerveilla le roi alors que la princesse entoura le cou de son époux de son collier. Embrassez la mariée !

D'abord hésitant, Galro regarda autour de lui. La foule attendait le moment. Le trac monta, la honte, puis la pression monta. Il ne voulait pas ! Il voulait que tout s'arrête. Il voulait fuir ce cauchemar ! La mariée l'attrapa de force et l'embrassa, une douleur sur ses lèvres, Galro s'éloigna, il avait la bouche en sang. Il vit son épouse se lécher les babines, elle déclara :

_ Maintenant mangeons le plat de résistance !

_ Mais bien sûr ! S'écria sa Majesté. Approchez mon petit !

Forcé, le nouveau Prince monta les marches jusqu'à arriver devant le banquet. Une cloche reflétait une image tordue de lui.

_ Nous l'avons spécialement préparé pour vous ! Dit Thurnang la voix imprégnée de joie. C'est un mets de choix.

Le rythme cardiaque monta, le nouveau marié craignait encore une vision macabre que lui réservait le démoniste. Lorsque le roi enleva la cloche, un nuage de fumée aromatisé s'en échappa. D'abord aveuglé, Galro ne comprit que quelque secondes plus tard ce qu'il voyait. Un fœtus humain encore vivant, cuit, baignant dans une crème onctueuse.

_ Vous voulez goûter un bout ? Demanda le roi.

Alors que l'assemblée se mit à rire, Galro, lui, se mit à pleurer de terreur. Il était au bord du gouffre, prêt à sombrer dans les méandres de la folie, seul le suicide pouvait le délivrer de ces visions cauchemardesques. Puis, une douleur, une brûlure, son front se mit à fumer, une marque lui irradia le crâne, il fut aspiré à travers le vitrail.



Sortant subitement de sa torpeur, hurlant, Galro revint dans le monde réel. Il réalisa quelque secondes plus tard que Tilbar se tenait à ses côtés, il portait une bague d'argent à la main qu'il avait posé sur son front.

_ Je crois que ça a marché, dit le Septième encore abasourdit que son plan ait fonctionné.

Prit d'un soudain élan affectif, Galro se jeta dans les bras de son maître d'armes, en larmes.

_ Ravi de te revoir vieux bouc ! S'exclama le Prophète ému.

Sentant l'émotion de son apprenti, Tilbar accepta le câlin bienvenu dans une heure aussi sombre. Mais rapidement, il se ressaisit et fit face à son élève.

_ Galro, le démoniste a rendu tout le monde complètement fou ! Mais ne t'en fais pas, j'ai la solution.

Il montra sa bague, elle reflétait la lumière d'un vif éclat.

_ C'est une bague en argent, tu sais ce que ça veut dire ?

Galro se remémora ses cours sur la lutte contre les forces du Mal.

_ Oui, l'argent... Il repousse l'Obscure, c'est une arme puissante contre les adeptes de Kaös.

_ J'ignore à qui appartenait cette relique et Dieu sait que je n'en ai rien à foutre, mais si ça a marché sur toi...

_ Ça peut marcher sur Warda ! Retrouvons le !

Un hurlement bestiale retentit, l'elfe noir traquait sa prochaine proie. Les deux compères se tournèrent vers l'origine du cri et Tilbar dit :

_ Le trouver n'est pas le dur. Lui survivre, ça c'est une autre paire de manche, il a tué le reste des paladins phénix.

De nouveau, un rugissement bestiale. Tilbar aida Galro à se relever et proposa un plan.

_ Un seul de nous peut porter la bague. Je m'occupe de Warda, toi, retrouve ce foutu démoniste et colle lui la branlée de sa vie.

Galro acquiesça. Le Septième lui remit une épée du Phénix encore intact.

_ Tu as la fichu manie de perdre tes armes, soit plus soigneux, d'accord.

_ Je serais prudent Tilbar.

_ Bien, dit le borgne. Reste sur tes gardes.

Les deux hommes se séparèrent, traçant des chemins opposés. Tilbar se dirigea vers l'elfe noir, celui-ci martelait le cadavre d'un paladin phénix. L'homme d'arme siffla, ce dernier attira l'attention de Warda.

_ Viens mon grand, j'ai une surprise pour toi...

L'elfe noir saisit sa lourde épée, et la fit traîner sur le sol, émettant un crissement d'acier. Face aux dimensions d'Algazalm, Tilbar poussa un juron, comprenant qu'il se frottait peut être à trop fort pour lui. Il préféra fuir dans les couloirs, le semant dans le dédale. Le guerrier sombre courait vite, mais dans sa fureur il se perdit, incapable de retracer la piste du vieux borgne. Alors qu'il progressa dans un couloir, Tilbar était caché derrière un pilier.

_ Dans quelle merde tu t'es foutu vieux con ? Se demanda Tilbar.



Galro déambulait dans un ossuaire, ici reposaient les dépouilles des plus humbles personnalités de la ville. Des sceaux de pureté souillés recouvraient un portique rouge, les maigres tentatives de repousser le seigneur du Mal étaient vains. Galro s'avança, sans crainte, il avait les Calénaclidiales, mais sans la prescience de Warda, il se savait vulnérable.

_ Tu ne peux plus te cacher, démoniste !

_ Ohh, répondit la voix sinistre du Gnoll. Mais je ne me cache pas.

Le chaman des ténèbres dévoila sa présence, Grandal était encore plantée en lui. Il toussa du sang, mais il était toujours en position dominante.

_ Si tu crois que les cachotteries sont mes seuls atout, déchante toi, Parjure, mon maître m'a octroyé bien des dons.

Il sortit de sous sa cape la dague ornée d'une rose. Au plus grand étonnement de Galro, celui-ci lui demanda :

_ Où l'as tu eux ?

La hyène ria, il jongla avec d'une seule main.

_ Où n'est pas la question. Quand serait plus approprié.

Galro réfléchit... La mort de Long-couteau. Il se rappela de ce que l'Ombre lui avait dit : « Le temps n'est pas linéaire, c'est un long fleuve dont seuls les poissons les plus forts peuvent en remonter le courant ».

_ Le mont de Léondia...

_ Oui, reprit le Gnoll. Précisément, l'instant où tu as choisi de suivre la volonté de l'Ombre plutôt que les ordres de ta pathétique Église. Les marques ont de nombreuses aptitudes, celle-là en fait partie.

Le Commandant regarda attentivement les catacombes autour d'eux, des os blancs pâles formaient un mobilier macabre. Il devait contenir tous les morts de humble conditions de vie de la ville, c'était presque un temple sous le temple.

_ Tu comptes tous les ronger ? S'enquit le chevalier.

Le monstre ria, gloussa, caressa un mur tapissé de crânes, raclant ses griffes contre l'os.

_ Jusqu'au dernier. Je me repaîtrais de leurs moelle, de leurs âmes. Je vais me gorger de la puissance de la mort, puis, je serais... Invincible. Je commencerai par les tiens, cela fait longtemps que je n'ai pas mangé de viande fraîche.



Le Démoniste se lécha les babines, il monta la dague à hauteur de visage, se mit en garde. Il transpirait d'une aura malveillante, Galro se mit à son tour en garde. Sans la prémonition de Warda, ce combat sera difficile. Ils se tournèrent autour, jaugeant les forces et faiblesses de l'autre. Lorsqu'ils finirent de s'analyser, la hyène chargea la première.



Errant dans les couloirs, Tilbar se faufila discrètement. Il savait qu'il ne tiendrait pas une seconde face à un elfe noir déchaîné. Il entendait les bruits de pas proches du démon, il respirait fort, la malédiction lui avait fait perdre la raison. Il devait l'atteindre par surprise, mais comment faire face à une créature avec des sens aussi aiguisés que les siens ? Alors qu'il progressa, il marcha sur un os qui craqua. Warda, alerté, se dirigea vers l'origine du bruit. Lorsqu'il contourna un meuble débordant de parchemins, il ne vit rien.



Tilbar retint son souffle, il était coincé dans un petit recoin juste derrière Warda. C'était le moment rêvé. Il se jeta dessus, le saisissant au niveau du front. Mais le contact ne dura qu'un quart de seconde, l'elfe noir le projeta plusieurs mètres en avant. Roulant en boule, le paladin phénix alla s'écraser contre une armoire, des urnes lui tombèrent sur la tête. Il fut aveuglé par les cendres en lévitation. Lorsqu'il récupéra ses esprits, Algazalm fonçait vers lui. Il eut juste le temps de rouler sur le côté pour l'éviter, l'armoire fut tranchée en deux. Terrifié, il rampa à terre avant de se relever. Il se mit à courir, il perdait l'équilibre. Du sang masquait sa vision, celui qui coulait de son crâne. Le guerrier couvert de glyphes rouges se mit à le suivre, traînant son immense épée au sol. Rapidement, Tilbar fut acculé. Il se retourna, il eut juste le temps d'esquiver sur le côté, il tenta de saisir une nouvelle fois le front de Warda, mais il fut saisit trop rapidement au bras.

_ Merde ! S'écria-t-il alors l'elfe noir brandissait son épée, prêt à l'abattre.

Sentant une ouverture, Tilbar frappa de son épée la jambe du démon furieux, il parvint à peine à l'entailler. Mais cela lui fit gagner suffisamment de temps pour s'enfuir. L'elfe noir lâcha un hurlement de douleur, mélange de souffrances et de colère infinie. Il se mit à pourchasser le vieux briscard.

_ Petit enculé ! Dit Tilbar d'un air offusqué. À dire que nous avons partagé du boudin, c'est de la confiture donnée aux cochons !

Il n'eut que comme réponse le halètement du sauvage en pleine charge, Tilbar regarda dans son dos, Warda boitait. Cela pouvait l'aider. Il ne pouvait canaliser la folie de son camarade, il devait trouver un moyen pour détourner son attention... puis lui vint une idée. Il se mit au centre d'un couloir, écouta attentivement. Les bruits d'un combat dans le lointain, dans les profondeurs. Théoriquement, il ne restait que lui, Galro, Warda et le démoniste en vie. Il sourit.

_ Ça vous dit un petit air ?

Cette idée le fit rire.



Galro bloqua un nouveau coup, mais il fut projeté au sol. Son épée vola au loin, plongé dans les ténèbres. Alors que l'ignoble Gnoll plongeait vers lui, la rose dressée au-dessus de sa tête, le seigneur des croisés leva sa main et invoqua le pouvoir de la flamme blanche pour purifier cette vermine. Le monstrueux sorcier fut expulsé en arrière, retombant lourdement au sol, il chercha à éteindre les pans de ses tissus embrasés. Il se releva en même temps que Galro, se débarrassant des dernières flammèches.

_ Tu oses user de la magie d'un autre dieu que le tiens ? Demanda le démoniste.

_ La magie d'un autre dieu que le miens ? S'enquit surpris le chevalier. C'est le pouvoir du Tout-puissant pour combattre l'obscure !

_ Est-ce ce cher Taläsna qui te l'as enseignée ? Je me trompe ?

Galro réalisa alors que oui, ce fut l'elfe sylvain qui lui enseigna l'arcane sacrée pour repousser les ténèbres. La hyène se mit à rire.

_ Tu comprend dorénavant ? Les soi-disant dons divins qui vous sont conférés ne viennent pas de votre inexistant Dieu, c'est une divinité païenne qui vous a accordé tous vos pouvoirs. Mon Frère... Il a développé cette arme contre moi, pour vous protéger de MOI. Il vous l'a enseigné, transmit, intégré, mais la réalité... c'est que mon pouvoir est bien supérieur...

La hyène, hilare, écarta les doigts en tenant juste du pouce la poignée de la dague. Il plaça sa main droite au-dessus de son moignon, et appela les pouvoirs impies de l'abominable souverain du sang. Os, cartilage, muscles se reformèrent, une main neuve apparut. Face à ce spectacle effrayant, Galro regarda hagard, il finit par demander :

_ Tu parles de ton Frère, qui est-il ?

_ Tu connais la réponse... Celui qui est rien, celui qui est tout, celui qui est trois, celui qui est Lui, celui qui est Moi... Tout comme je suis le vassal de mon Maître, ton ridicule allié est le vassal de mon rival... Il est celui qui crut à un rêve fou... Le premier qui donna sa vie pour une chimère, celui qui se sacrifia pour s'octroyer le droit d'imposer SA vision sur un monde dévoré par la Guerre des Flammes... Celui que je déteste le plus... Il a fait cessé une guerre nécessaire, il a fait cessé toutes les guerres... Et cela... m'a rendu fou de rage !

Marchant lentement vers Galro, chacune de ses paroles étaient un cracha de poison virulent, toutes les convictions de Galro s'écroulaient une à une, le Gnoll avait raison depuis le début, il n'était pas un Menteur, il était la glaciale Vérité...

_ Il est le grand Dragon Blanc, celui dont tu avais juré de faire tomber les idoles il y a deux ans. Et maintenant tu oses utiliser Son don sans même croire en lui. Quelle hérésie ! Tu Lui fais honte, tu me fais honte à moi ! Laisse moi te montrer ce qu'est la vraie foi.

La gueule béante de la hyène s'écarta, distordue, et crachat un flot de sang vicié en direction de Galro qui roula au sol, se protégeant de ses éclats du revers de sa cape. Là où le tissu fut touché, il se mit à brûler. Reprenant son souffle, le démoniste vomit de nouveau son torrent acide, le chevalier blanc se dissimula derrière une colonne d'ossements. Rapidement son abri fut compromis, il se faufila dans les ténèbres. Sous les rires de la hyène, Galro tenta de se dissimuler.

_ Alors ? On a perdu le sens de l'honneur ? Tu me réclames de moi de me dévoiler, et maintenant tu te caches ? Petite souris blanche...

Heureusement pour lui, le croisé possédait la vision dans le noir total, il parvint à ramper au milieux des squelettes à même le sol. Il avait peur. Les cadavres blanchis craquaient à son passage. Il se tourna et vit de justesse la dague se jeter sur lui. Il donna un coup de pied, repoussant l'horrible bête. Le Gnoll plongea de nouveau dans les ténèbres, non pas pour se cacher, mais pour savourer sa victoire.

_ Petite... souris... blanche... Viens te BATTRE !

Il lui jeta son épée du phénix à ses pieds. Hésitant, Galro finit par se relever et la ramasser. Il avait la chair de poule. L'haleine glacée et putride du démon lui venait au visage.

_ Je te vaincrais ! S'écria Galro. Je vais te faire payer de tes crimes !

_ Mais toi ? Le paieras tu... pour les tiens ? Hahahaha !

Le crâne de Galro fut de nouveau saisit d'une violente migraine. Un sortilège !

_ Pourras tu te pardonner pour TOUT ce que TU as commis ?

Une odeur appétissante de viande monta à ses narines, une cloche couvrait un plat d'argent. Le démoniste la retira, il dévoila le fœtus humain.

_ Tu n'en veux pas ? Demanda le Gnoll. Tant pis pour toi !

Il attrapa par le pied l'enfant à naître, sous le regard terrifié de Galro qui hurla :

_ LÂCHE MON FILS !

Le Gnoll amena le nourrisson à sa gueule, l'ouvrit et... Croqua dedans, éclaboussant de sang le Prophète. Les craquements d'os mêlés aux pleurs secouèrent profondément le chef des croisés. Amusé de l'expression de terreur de son adversaire, le démoniste dit :

_ Tu as tord, on aurait dit du... veau !

Face à cette vision de cauchemar, Galro recula, lâcha son arme, et se mit à courir dans le labyrinthe d'os. Les rires de hyènes éclatèrent.



Le chevalier de l'Église courut de toutes ses forces, titubant, bien qu'il voit dans le noir, le terrifiant sorcier pouvait se cacher n'importe où. Pire encore, il était persuadé de voir sa silhouette courbée à chaque recoin, comme si les Calénaclidials étaient une malédiction. Quelle vision d'horreur lui réservait-il ? Soudain, un coup de dague dans son jarret. Il tomba face à terre, le visage couvert de poussière d'os. Il se tourna, et vit les crocs luisants du démoniste.

_ C'est la fin du chemin, tu vas rembourser ta dette de sang maintenant... La sentence est... La mort !

Il leva sa dague, s'apprêta à la planter dans le cœur de son ennemi quand soudain, un tambourin se mit à jouer. Il se retourna, vit un vieil homme jouer de la musique frénétiquement. Face à ce ridicule, le sorcier demanda :

_ Tu comptes me tuer avec des fausses notes ?

_ Non, répondit Tilbar. Je ne te tuerai pas. Mais lui oui !

Il lança l'instrument sur le démoniste, et se jeta sur le côté pour se cacher. En pleine fureur, Warda chargea le Gnoll, l'emporta dans son élan, et le fracassa contre un mur. Galro réalisa alors que l'elfe noir affrontait le démoniste. Dans une colère noire, le guerrier sombre jeta le nécromancien sur un tas d'os, ramassa Algazalm et bondit dans sa direction. Impuissant, le Gnoll tenta de s'enfuir, mais se fit trancher une des cornes.

_ Impossible, tu es mon esclave ! Attaque les !

_ Ce n'est pas comme ça que ça marche, déclara Tilbar. Ils attaquent à vue, dommage pour toi, tu l'as vraiment, mais vraaaaiment énervé.

Le sorcier noir tenta de le griffer, mais ses ongles se fracassèrent sur son armure. En réponse, l'elfe noir lui trancha le bras, sa victime tomba à genoux, tenant son moignon.

_ Un misérable ESPOIR comme toi...

Sans lui laisser le temps de proférer d'autres paroles, Warda saisit Grandal et l'arracha des viscères qui se répandirent sur le sol. Il jeta la lame aux pieds de Galro, et continua de s'acharner sur sa victime. Il attrapa les deux cornes les plus massives du dos du mutant, et dans un effort considérable, les arracha brutalement dans un geyser de sang. Suppliant, le nécromancien fut saisit au-dessus de la tête du guerrier sombre et jeté quelques mètres plus loin. Il se mit à noir parler, mais Galro fit crépiter son épée.

_ Ici c'est la réalité imbécile. Tu n'as aucun pouvoir, c'est moi seul qui dicte les règles !

Il envoya un éclair qui transperça de pars en pars le Gnoll, son corps meurtrie fut projeté à travers plusieurs murs, son pouvoir impie s'échappa de sa carcasse encore fumante. Le démoniste était vaincu.



Victorieux, Galro aida Tilbar à se relever, mais ils firent face à une nouvelle épreuve. Warda était à genoux, se tenant le crâne, hurlant tel un dément.

_ Que comptes-tu faire ? Demanda Tilbar.

_ Ce n'est pas évident ? Nous allons affronter ses démons !




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