Macédoine

Chapitre 40 : 27 octobre 2020, 13 h 20

Par myfanwi

Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.


Mardi 27 octobre 2020, 13 h 20


Un frisson désagréable tira Miranda de sa léthargie. Elle se força à ouvrir les yeux, les paupières lourdes. Sa langue, pâteuse, était collée à son palais. Elle ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois, tentant d'humidifier sa bouche et ses lèvres avec sa salive.


Elle regarda autour d'elle, perdue. Tout était flou. Elle eut beau cligner des yeux, elle n'arrivait pas à poser son regard sur aucun des objets qui l'entourait. Tout tanguait, comme si elle avait embarqué sur un bateau en pleine tempête.


— Ouise ? articula-t-elle avec difficulté.


La jeune femme attendit une réponse. La salle resta silencieuse. Elle en était pourtant certaine, elle avait entendu la vieille femme lui parler. Avait-elle rêvé cette interaction ?


Un mouvement sur son bras attira son attention. Elle se pencha pour mieux voir ce qui grouillait sur la surface de sa peau. La chose ressemblait à une crotte de nez de taille honorable, visqueuse et d'un vert-noir qui lui rappela vaguement un escargot sans coquille. Peut-être parce que ça ressemblait étrangement à un mélange entre une limace et un ver de terre, réalisa-t-elle soudainement.


Elle écarquilla les yeux, soudainement réveillée. Elle secoua son bras de tous les côtés. L'horrible créature vola à travers la pièce et s'écrasa au sol dans un « splotch » pitoyable. Sauf qu'elle était loin d'être la seule. Il y en avait d'autres sur ses deux bras, et aussi sur ses jambes.


Là où la créature avait lâché, un rond où le sang s'écoulait lentement. Elle posa la main sur la blessure. Ce n'était pas douloureux, mais un fin filet coula le long de sa peau pour tacher le sol de gouttes rouge sombre.


Perdue, Miranda fit de son mieux pour s'ancrer à la réalité. Où était-elle ? Une chambre d'hôpital ? Non, il n'y avait plus d'hôpitaux depuis fort longtemps. Elle fronça les sourcils, tentant de lever la brume sur son esprit.


Le laboratoire. Sa blessure. Connor.


Dans un grognement, elle saisit le rebord de son lit et tira sur ses bras pour se redresser. Elle commença par se débarrasser des autres créatures avec une grimace de pur dégoût, puis, lentement, posa les pieds sur le carrelage froid. Le contact lui arracha un frisson.


Elle tenta d'appuyer sur sa jambe, mais elle devint soudainement cotonneuse, l'avertissant qu'elle avait déjà atteint ses limites pour la journée. Têtue, elle prit tout de même le risque. Elle tenta de se lever. Ses fesses décollèrent du matelas pour y retomber immédiatement. Elle soupira.


— Qu'un ? appela-t-elle faiblement.


Sa gorge était sèche, elle mourait de soif. Depuis combien de temps était-elle allongée ici ? L'anxiété grimpa rapidement à l'idée qu'ils l'avaient peut-être tous abandonnée. Ce ne serait pas la première fois. Connor avait abandonné à son sort une vieille dame de quatre-vingts ans, il n'aurait sans doute que peu de scrupules à le faire pour elle, malgré leur cordialité plus marquée ces derniers jours. Ils n'étaient que des inconnus les uns pour les autres. Elle ne leur en voudrait même pas s'ils avaient décidé qu'elle était trop faible pour continuer. Dans ce nouveau monde, on ne pouvait s'embarrasser de ceux incapables de suivre le mouvement.


Alors tant pis. Elle devait marcher. Trouver à boire. Sortir d'ici. Continuer de chercher Louise. Et si elle devait le faire seule, elle le ferait. Elle l'avait déjà fait. Elle savait que ça ne durerait pas de toute façon. Les groupes ne restent jamais bien longtemps ensemble. Il y avait toujours, toujours quelque chose qui clochait et les faisait éclater comme des ballons de baudruche.


Elle était épuisée.


Sa main agrippa fermement la barre du lit. Elle se retourna sur le ventre pour avoir un meilleur appui, puis laissa ses jambes glisser de nouveau au sol. Elle se releva doucement dans une grimace.


Ses jambes tremblaient toutes seules, et elle ne se sentait pas encore de lâcher-prise, mais elle tenait debout. Et maintenant ? Elle prit une grande inspiration et tenta de faire un pas de côté. Son pied glissa au sol malgré ses plaintes silencieuses, puis elle se retrouva en grand écart sur le sol, pantelante. Elle n'avait plus le courage de se relever.


Tant pis. Le sol était confortable, tout compte fait, si elle écartait les restes de crottes de nez vivantes qui s'agitaient quelques pas plus loin. Si seulement elle pouvait fermer les yeux, juste cinq minutes...


La porte s'ouvrit avant que la somnolence ne l'emporte sur la raison. Elle grogna, avant de sentir son cœur faire un bond à la vue d'un visage familier. Blanche pencha la tête sur le côté, visiblement surprise de la trouver à même le sol.


— S'lut, marmonna Miranda.


— Qu'est-ce que tu fais sur le sol ? demanda la petite d'une voix curieuse.


La jeune femme haussa les épaules pour toute réponse. Blanche sortit de la pièce. Elle l'entendit appeler quelqu'un, puis revint à son chevet. Lucrèce ne tarda pas à les rejoindre. Miranda aurait aimé lui faire ravaler son air désapprobateur, mais elle n'en avait plus la force.


— Tu dois vraiment régler ce problème d'égo, dit la jeune femme. Un jour ou l'autre, il va falloir que tu apprennes à demander de l'aide.


Lucrèce glissa une main sous ses bras et la tira vers le haut. Miranda peina à garder l'équilibre, mais, avec son appui, réussit à retourner dans le lit. La fillette et son alliée l'aidèrent à se réinstaller sur le coussin confortable sur lequel elle avait été installée avant d'avoir l'idée de s'en sortir toute seule.


— Ça fait longtemps que t'es réveillée ?


Elle secoua négativement la tête. Blanche lui apporta un verre d'eau, à son grand plaisir, qu'elle vida en quelques secondes. Sa gorge se détendit légèrement, et elle eut immédiatement moins l'impression d'avoir traversé le désert du Sahara.


— J'suis restée combien...


— Un peu plus de trois jours. Il y a eu quelques complications.


— Quoi ?


— Cette saloperie de plante dans la rue t'a empoisonnée. On n'était pas sûr que tu t'en sortes, donc on t'a mise en quarantaine, juste au cas où, avoua-t-elle crûment. Le doc' a dit que te faire une saignée pourrait peut-être éviter que le poison se propage, et ça a l'air d'avoir fonctionné. En tout cas, ça ne t'a pas transformée en légumes, on le saurait déjà, sinon.


Miranda encaissa l'information. Peut-être que ça ne l'avait pas tuée, mais qui savait vraiment ce que les légumes étaient capables de faire ? Certains prenaient des mois à changer. Pourtant, il leur suffisait de quelques minutes pour faire un carnage s'ils avaient le malheur d'être accompagnés. Miranda avait entendu des rumeurs, d'autres survivants croisés sur la route. Des gens qui, la veille encore, étaient normaux et avaient emporté plusieurs personnes dans leur chute, en quelques minutes.


Était-ce le sort qui lui était réservé ?


— Et si...


— On avisera. Pour l'instant, tout va bien. Restons-en à ça. Tant que tu parles si tu sens que ça va pas le faire, tout ira bien.


Elle hocha la tête, trop fatiguée pour débattre. Sa peur de l'abandon valait-elle de risquer la vie de tous les autres ? Elle n'en était pas certaine. Cependant, dans son état, elle ne pouvait que dépendre des autres. Alors tant pis pour ses principes.


— Connor ? changea-t-elle de sujet.


— Il va bien. Il est dans la pièce d'à côté. Il galère toujours à marcher, mais il ne ressemble plus à un cadavre. Il ne respire toujours pas, par contre. Impossible de lui tirer les vers du nez.


— Et le doc ?


— Toujours dans son laboratoire. On ne le voit pas beaucoup. Il dit qu'il est occupé, mais il vient vérifier ton état et celui de Connor de temps à autre. Je ne sais toujours pas s'il est fiable ou non, confia-t-elle. Il est bizarre.


Miranda doutait qu'il leur veuille du mal. Il ne l'aurait pas soignée dans le cas contraire. Non, le scientifique devait avoir d'autres motivations. Pour le moment, cependant, il lui parut compliqué de chercher à en savoir plus. Elle n'avait ni l'énergie ni les informations nécessaires pour se forger une opinion à son sujet.


Elle hésita. Bien que l'envie de retourner dormir soit forte, elle ne voulait pas rester un poids mort pour l'équipe plus que nécessaire. Avec détermination, elle reposa le pied à terre.


— Qu'est-ce que tu crois faire, là ? demanda Lucrèce, suspicieuse.


— Je ne compte pas m'éterniser dans ce lit. Aide-moi.


— Je ne suis vraiment pas sûre que c'est une bonne idée. Tu ne veux pas attendre le feu vert du doc avant ça ?


— Tu voulais que je demande de l'aide ? Aide-moi, je te dis.


Lucrèce poussa un soupir et roula des yeux, mais ne s'opposa pas plus à sa demande. Elle attrapa le bras droit de Miranda et passa sa main de l'autre côté de sa poitrine. Les deux femmes échangèrent un long regard, avant que Lucrèce ne détourne le regard, les joues rouges. Miranda préféra ne pas en tenir rigueur.


Bras dessus, bras dessous, les deux femmes firent plusieurs fois le tour de la chambre, jusqu'à ce que Miranda regagne assez en confiance pour en sortir. Un pas après l'autre, elle finit par atteindre la porte, ce qui s'avéra plus compliqué que prévu, puisque Miranda ne pouvait pas encore appuyer pleinement sur sa jambe blessée.


Elle y retrouva Blanche, qui était sortie pour avertir les autres de son réveil. Connor était avec elle, appuyé contre le mur. Il ne semblait pas en meilleur état qu'elle, les cheveux gras et couvert de sueur par l'effort.


Miranda ne put s'empêcher de jeter un regard curieux à sa poitrine inanimée. Quand avait-il cessé de respirer ? Avait-il un jour respiré ? Elle avait tellement de questions à l'esprit. Quels autres mystères pouvaient bien cacher Connor ? Elle allait devoir trouver un moyen de lui faire cracher le morceau.


— T'as une tronche de cul, l'accueillit Miranda.


— T'as la même tronche de cul, lui signala-t-il.


Elle sourit à ce pseudoretour à la normalité. Elle ne savait toujours pas si elle lui faisait entièrement confiance, mais elle était à peu près certaine qu'elle pouvait compter sur lui à présent. S'il avait caché ce qui s'était passé dans ce vaisseau spatial depuis tout ce temps, c'était sans doute plus à cause du traumatisme que par volonté de lui nuire. Était-ce la même chose pour sa respiration inexistante ?


Elle était si fatiguée. Pourtant, il fallait garder le cap. Une chose à la fois. D'abord, retrouver Louise. Ensuite, chercher à percer les secrets de Connor. Il était temps de se reprendre en main.




Publié sur Fanfictions.fr.
Voir les autres chapitres.

Les univers et personnages des différentes oeuvres sont la propriété de leurs créateurset producteurs respectifs.
Ils sont utilisés ici uniquement à des fins de divertissement etles auteurs des fanfictions n'en retirent aucun profit.

2026 © Fanfiction.fr - Tous droits réservés