METALBORN : Les Gardiens du Métal

Chapitre 1 : Un Monde sans Normalité

6777 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 15/07/2025 18:48

Ce rêve… Ou en était-ce vraiment un ? Elle le revivait sans cesse… Bien qu’elle aie la sensation d'être aussi légère qu'une plume, elle sentait encore la fraîcheur du vent sur son visage et dans ses cheveux, l’odeur de la nature sauvage dans ses narines et le contact du sol sous ses pieds nus. La notion du temps lui était devenue presque inconnue, une sensation des plus étranges qui lui semblait aussi longue qu’une existence entière sur Terre…

Elle les revoyait continuellement… Ces montagnes déchiquetées, d’un gris métallique, s’étalant à l’horizon comme une rangée de dents géantes et acérées… Les collines d’herbes hautes, rouges et sauvages, ondulant lentement sous la brise du nord… Le ciel nocturne où les aurores boréales se mêlaient en un ballet de bleu et de vert, dansant telles des rivières de lumière à travers l’immensité des cieux. C'est dans ce sentiment de tranquillité absolue, à cet instant précis, qu'elle put le constater…

Les collines se firent moins accueillantes, l'herbe folle cédant la place à la roche brune, nue et froide, dénuée de toute présence végétale… D'étranges petites structures apparurent tout autour d'elle, incrustées dans le sol. Des formes de pierre sculptées rappelaient les silhouettes fines et allongées de guitares électriques pointées vers le ciel. Certaines étaient rongées et brisées par le temps et les intempéries, leurs surfaces poussiéreuses portant des noms étranges et inconnus, presque comme des gravures sur des pierres tombales.

Le champ de guitares de pierre s'étendait à perte de vue, à travers lequel un tapis de brume serpentait en permanence. Et au milieu de ce champ d'instruments endormis se dressait un arbre titanesque, à l'écorce blanche comme la craie, elle aussi érodée par le temps, déployant des milliers de feuilles rouge sang frémissant au vent… Sa taille était impossible à définir, la plus haute de ses cimes donnant l'illusion de disparaître dans les nuages…

Mais alors qu'elle s'apprêtait à le toucher de la main, impuissante à pouvoir s'en empêcher, le temps commença à changer radicalement, et en quelques secondes… L'air devenait vicié, empreint d'une odeur pestilentielle de charogne et de soufre. La brume, d'abord légère, devint épaisse, opaque et noire, l'entourant telle une meute de prédateurs fantomatiques poursuivant leur proie. Les magnifiques aurores boréales s'évanouirent dans le néant, englouties par le ciel, qui prit une teinte rouge crépusculaire menaçante. La lune, à son tour, prit la couleur du sang. Et l'arbre, si majestueux et fier, vit son tronc se flétrir, son écorce blanche prendre la couleur du bois moisi, ses innombrables feuilles se détacher des branches et s'effriter dans l'air pour ne former qu'une pluie de cendres. Les guitares de pierre craquèrent de tous côtés, et de leurs fissures s'écoulèrent des flots de sang, toujours plus prononcés, accompagnés d'échos, lointains et proches, de cris d'agonie et de souffrances atroces…

Mais au milieu de ce paysage cauchemardesque et de ces gémissements glaçants, une voix calme et douce se fit entendre, comme un appel provenant de l'arbre lui-même…

_ "Vénéséa…"

Puis, tout devint blanc et silencieux…


Comme elle en avait pris l'habitude après ce rêve, Mariko se réveilla dans un calme absolu. Ouvrant péniblement ses paupières collantes, elle resta allongée sous les draps, la tête posée sur l'oreiller, attendant quelques instants que sa vision et son esprit, encore obscurcis par le sommeil, reviennent à la normale. Une fois cela fait, Mariko resta immobile dans son lit, silencieuse, contemplant avec lassitude toute sa chambre comme si elle la redécouvrait.

Les murs, au papier peint bleu marine, étaient couverts d'affiches de ses groupes de métal préférés tels que Judgment Death, Motorstorm, Dawnwish, Battle Wolf, ainsi que de posters de ses films et jeux préférés. Sur le petit bureau, soigneusement disposés, se trouvaient son ordinateur portable et ses manuels scolaires. Sa guitare électrique, son micro et son ampli, le tout étaient soigneusement rangés à côté de la commode où étaient rangés tous ses vêtements… Sa grande étagère contenant des rangées d'albums de métal, de films, de jeux vidéo, ainsi que quelques figurines de collection de personnages d'heroic fantasy dont elle était fan… Le tout éclairé par la seule lumière présente, celle de la lune, formant un véritable rayon de poussière transparent filtrant entre les rideaux de la fenêtre… Dehors, aucun bruit, si ce n'est le vent qui frottait doucement contre la paroi lisse de la vitre et caressait les feuilles de l'arbre planté tout près. On entendait le hululement timide d'une chouette, ainsi que les aboiements d'un des chiens du quartier.

Toujours pensive, l'adolescente contempla alors le pan de plafond au-dessus d'elle.

Mariko Miyazaki, c'était son nom. Dix-sept ans. De longs cheveux noirs, yeux verts. Un beau visage délicat. Mariko était une fille plutôt solitaire, métalleuse depuis l'âge de dix ans, n'excellant dans aucune matière en particulier, et n'étant pas populaire au lycée. À cause de ses goûts pour le métal, les vêtements gothiques et les films d'horreur, Mariko était considérée comme une paria à l'école, mais elle avait fini par s'y habituer et par l'accepter plus ou moins.

Se frottant les yeux, Mariko, dont les longs cheveux ébène lisses lui tombaient sur les épaules, se redressa mollement dans son lit, sous sa couverture noire ornée de petits crânes cornus. Un cadeau de sa mère pour son onzième Noël. Écoutant le vent siffler dehors et se grattant nonchalamment la nuque, Mariko resta pensive. Elle ressentait encore les effets de ce rêve. Son cœur battait un peu plus vite que d'habitude, cette désagréable sensation de malaise, et ces légers frissons lui parcourant les bras et le cou… Encore ce satané rêve, pensa-t-elle, perplexe. Je le fais de plus en plus souvent… Mais qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Sachant qu'elle ne trouverait pas la réponse à ses questions, Mariko se pencha vers sa table de chevet pour attraper son réveil. Cinq heures du matin. Elle fit la grimace. Dans deux heures, elle devrait se lever pour aller à l'école. Que faire ? Se recoucher et essayer de se rendormir alors que la nervosité engendrée par le rêve ne le lui permettrait sûrement pas, ou attendre patiemment au lit jusqu'au lever du soleil ?

Allumant sa lampe de chevet, ajoutant ainsi une source de lumière supplémentaire à la pièce, Mariko écarta les couvertures et se leva en silence. Son père dormait encore, et connaissant le travail exigeant qu'il accomplissait, il avait dû rentrer à des heures indues une fois de plus et peut-être venait-il juste de se coucher, qui sait ? À moins qu'il n'ait encore trouvé le temps de traîner dans les bars, et si c'était le cas, elle priait pour qu'il ne cuve pas quelque part en ville et ne soit pas complètement perdu.

Mariko, vêtue de sa chemise de nuit en dentelle noire, se dirigea vers son bureau, alluma sa petite lampe Judgment Death et ouvrit son ordinateur portable. S'il lui restait deux heures à tuer avant de pouvoir enfin se lever sans risquer de réveiller son père, autant les passer à autre chose. Avant d'ouvrir Internet, elle s'attarda quelques secondes sur la photo qui servait de fond d'écran à son ordinateur. Elle, tout de noir vêtue, avec des mitaines et des bottes de cuir, souriante et rougissante, levant timidement la main en faisant le signe des cornes du diable, entourée des membres de Battle Wolf, son groupe de power metal préféré, formé en 1996 en Allemagne. Mariko esquissa un petit sourire nostalgique, se souvenant parfaitement de son amie Suri prenant cette photo avec son téléphone portable. C'était il y a deux ans, lors d'un super concert au Budokan. Mariko et Suri avaient eu l'immense chance d'acheter les dernières places VIP avec accès aux coulisses et un Meet and Greet avec le groupe. Le prix avait été élevé, mais le jeu en valait la chandelle, car Mariko se souvenait de cette soirée comme de l'une des meilleures de sa vie de jeune fan de métal.

Mariko se rendit sur son navigateur web, puis sur le réseau social Facebook pour ouvrir son profil personnel. Parcourant le fil d'actualité, elle jeta un coup d'œil aux quelques publications qui défilaient devant elle, sans y prêter vraiment attention. Elle remarqua une notification dans les messages et cliqua dessus. La petite barre s'ouvrit en bas à droite de l'écran, et un message apparut, envoyé quelques heures plus tôt. Mariko le lut et sourit. C'était un message de Shinji, l'un de ses rares amis et également responsable de sa page « professionnelle ». Il confirmait que le nombre de vues des vidéos de Lady Dragon avait augmenté de 20 % ces derniers mois. Mariko sembla ravie de la nouvelle et répondit sans plus attendre en le remerciant. Même si Shinji dormait probablement à cette heure-ci, au moins il recevrait le message à sa prochaine connexion.

Profitant de sa présence sur Facebook, Mariko décida de consulter son autre page, plus professionnelle cette fois. Car en plus d'être une lycéenne d'ordinaire sage et solitaire, Mariko menait une sorte de double vie, se faisant également connaître sous un pseudonyme : Lady Dragon, une jeune chanteuse de métal à la voix prodigieuse, proposant un Death Metal mélodique, marqué par des influences de Power et de Symphonique, dans un style très sombre et puissant, mêlant chant mélodique et scream avec une maîtrise digne d'une professionnelle.

Elle se montrait dans ses vidéos vêtue d'un costume semblable à une sorte d'armure de guerrière amateur qu'elle avait fabriquée elle-même et cachant son visage derrière un masque kabuki bon marché recouvrant le haut de son visage. Produisant initialement des reprises de ses groupes préférés, elle s'était au fil du temps forgée une solide petite réputation sur Internet. Mais sa popularité décolla grâce à son tout premier single original, All I know is who I am, mis en ligne sur YouTube par elle-même et qui, en deux semaines, avait atteint plus de trois cent mille vues. Tout cela en enregistrant simplement dans le petit studio installé dans le garage de Suri, après avoir méticuleusement enregistré la guitare, la batterie, la basse, le clavier et le chant, et avoir tout mixé sur ordinateur…

Mariko n'en revenait toujours pas du succès de cette petite chanson maison, qui avait pourtant marqué les modestes débuts de sa carrière dans le métal. Elle avait déjà envisagé d'abandonner l'école pour se consacrer uniquement à la musique et tenter de devenir une star du métal, mais elle n'avait pas voulu décevoir son père et lui avait promis de décrocher son diplôme. Pourtant, son don indéniable pour le métal s'était rapidement confirmé, à sa plus grande surprise, comme si elle était née avec ce talent. Le nombre d'abonnés avait également continué d'augmenter ces trois dernières années, la page Facebook comptant désormais plus de vingt mille followers et la chaîne YouTube plus de dix mille. Ce petit succès réchauffa le cœur de Mariko et lui permit de penser à autre chose, tout en consultant les derniers messages envoyés à son alter ego Lady Dragon. Des messages de quelques fans l'encourageant, des garçons déclarant ouvertement être tombés amoureux d'elle… Parfois aussi quelques haters, mais elle choisissait de les ignorer complètement, ne voulant pas perdre son temps à leur répondre, et leurs déclarations étaient aussi intelligentes qu'une amibe. Quelques petits commerces locaux lui avaient également envoyé des messages, souhaitant devenir ses sponsors pour gagner un peu d'argent. Mariko hésitait encore. Encore novice dans ce monde impitoyable du show-business, elle voulait être sûre de ne pas se faire arnaquer. Mais surtout, elle voulait pouvoir conserver une liberté absolue sur ses créations et en être fière.

Mais alors qu'elle continuait à naviguer, un choc soudain la surprit. Regardant par-dessus son épaule, elle remarqua une petite fissure se former sur la vitre de sa fenêtre. Intriguée mais néanmoins prudente, Mariko s'avança prudemment vers sa fenêtre, pénétrant dans le rayon argenté du clair de lune. Un coup d'œil à travers la vitre lui permit de découvrir la source du bruit. Un moineau s'était écrasé de plein fouet contre la vitre, se tuant sur le coup. Un moineau ? À cette heure tardive ? Mariko, perplexe mais aussi attristée, vit l'oiseau sans vie sur le rebord de sa fenêtre et le prit doucement dans ses mains.

_ "Mon pauvre petit." souffla-t-elle tristement.

Aimant les animaux, voir une telle chose lui faisait mal au cœur. Elle décida de l'enterrer dans le jardin lorsqu'elle partirait à l'école. En attendant, elle prit un mouchoir et le plaça délicatement à l'intérieur, comme un linceul. Cependant, dehors, quelque chose d'anormal semblait se produire. Tous les chiens du quartier, sans exception, s'étaient mis à aboyer à l'unisson sans raison, comme s'ils cherchaient quelque chose. Mariko écouta ce chœur d'aboiements, perplexe.

Soudain, elle se figea, les yeux écarquillés et le cœur battant la chamade. Tel un sixième sens, son attention la porta à regarder vers le trottoir devant sa maison, et plus précisément vers la petite ruelle sombre coincée entre deux grandes maisons voisines. Mariko resta immobile, le regard fixé sur l'impasse à vingt mètres à peine de chez elle. Elle observait avec la plus grande attention, retenant presque son souffle… Bien qu'elle ne voyait rien dans son champ de vision, elle le sentait très clairement au plus profond d'elle-même… Une présence hostile, inhumaine, rôdait dans l'ombre de la ruelle, l'observant tel un prédateur prêt à bondir sur sa proie au moindre signe d'inattention.

_ "Non… pas ici… pas maintenant… va-t'en, laisse-moi tranquille." murmura-t-elle avec une certaine agacement, son poing se serrant de plus en plus et tous ses sens en alerte, prêts à agir au moindre signe suspect.

Mais aussi vite qu'elle s'était fait sentir, la présence menaçante et invisible disparut dans l'obscurité, et les chiens du quartier cessèrent soudain leur cacophonie. Bien qu'elle paraisse inquiète, Mariko ne manifesta pas plus de surprise dans son attitude qu'une personne ne devrait l'être en pareille situation. Cette présence qui rôdait dans la nuit, la surveillant… elle l'avait déjà ressentie, plus d'une fois en un mois seulement. Quelle que soit cette chose, là-bas, elle l'observait, et elle semblait se rapprocher de plus en plus. Bientôt, elle agirait, et Mariko serait là pour l'accueillir comme il se doit. L'étudiante ferma la fenêtre après un dernier regard par-dessus son épaule, se rassurant : ce qui était dehors avait disparu… mais pour combien de temps encore ?


Deux heures plus tard…

7 heures du matin, heure locale

Comme prévu, Mariko commença à se préparer pour sa nouvelle journée de cours, bien que sa courte nuit l'ait laissée un peu fatiguée. Après un petit-déjeuner léger, elle alla à la salle de bain pour une toilette rapide, coiffant ses longs cheveux couleur ébène devant le miroir et les lissant autant que possible. Une fois terminé, elle retourna dans sa chambre, troquant sa chemise de nuit pour enfiler son uniforme de lycéenne : une chemise blanche surmontée d'un blazer bleu foncé, orné de l'emblème de l'école sur la poitrine et d'un petit nœud papillon rouge foncé au col. Une jupe rouge mi-longue et de longues chaussettes blanches montant jusqu'aux genoux et des souliers noirs.

Fouillant dans un tiroir de sa commode, elle trouva également un petit objet métallique : une petite broche en argent à la forme inhabituelle d'une tête ressemblant à un crâne humain cornu, avec des yeux rouges et des défenses semblables à celles d'un sanglier dépassant de sa mâchoire et reliées par une chaîne. Ayant reçu ce cadeau de sa mère lorsqu'elle était petite, Mariko ne s'en séparait pratiquement jamais, la portant sur elle comme une sorte de porte-bonheur qu'elle glissait soigneusement dans sa poche.

Bien qu'un soleil timide mais prometteur se soit levé ce matin, Mariko n'était pas d'humeur à sourire. Son esprit était encore hanté par cette présence menaçante mais familière près de la maison la nuit dernière. Mariko avait senti que cette chose, quelle qu'elle soit, rôdait encore quelque part et reviendrait ; ce n'était qu'une question de temps. Et ce rêve… Étrangement, elle ne pouvait s'empêcher d'y penser… et à chaque fois, son cœur ressentait une chaleur intense, mais aussi une profonde et incompréhensible tristesse… Vraiment curieuse…

Après avoir fini d'ajuster son nœud papillon autour de son col et vérifié les derniers plis de son uniforme impeccable, Mariko se dirigea vers son bureau pour récupérer la petite boîte en carton contenant le corps sans vie du petit moineau, qu'elle comptait enterrer avant de partir à l'école. La boîte sous le bras et son cartable dans l'autre main, Mariko descendit l'escalier d'un pas nonchalant, mais alors qu'elle atteignait la dernière marche, un bruit soudain de verre brisé résonna dans la salle à manger.

_ "Ah, merde !" jura d'une voix rauque, comme l'ivresse personnifiée.

Bien que surprise par le bruit, Mariko soupira lourdement, plus agacée qu'inquiète. Arrivée à l'entrée de la salle à manger, le spectacle qui s'offrit à elle était inévitablement celui qu'elle redoutait.

Sa cravate défaite, sa chemise froissée, ses cheveux en bataille, son menton mal rasé, ses yeux vitreux et ses joues rouges… Son père était là, encore péter comme un coing, son bras appuyé contre le bord de la table pour garder l'équilibre. À ses pieds, ayant taché le parquet, se trouvait une petite flaque, ainsi que les restes du verre qu'il avait laissé tomber. Sur la table se trouvait la bouteille de whisky, ouverte, bien sûr. Et à en juger par son grand manteau et son chapeau gris posés par terre, et ses chaussures encore aux pieds, il venait tout juste de rentrer. Mariko contempla ce triste spectacle. Shiro Miyazaki, quarante ans, vingt ans d'expérience comme inspecteur dans la police japonaise… et malheureusement, alcoolique chronique. Son état d'ébriété était tel qu'il n'avait même pas remarqué la présence de sa fille.

_ "Bordel, c'est fragile ces trucs." grommela-t-il en essayant de se baisser, non sans difficulté, pour ramasser les éclats de verre au sol.

En le voyant faire cela sans réfléchir, Mariko vit rouge, laissa tomber son cartable à ses pieds et se dirigea rapidement vers son père. L'attrapant par le poignet, elle le força à lui faire face et, de force, le fit asseoir sur la chaise derrière lui. Incapable de résister dans son état pitoyable, Shiro s'affala timidement contre le dossier de la chaise, l'air stupéfait de voir sa fille, comme s'il la rencontrait pour la première fois.

_ "M… Mariko ?" balbutia-t-il, voyant double.

_ "C'est incroyable de voir que tu te souviens encore de mon nom après tout ce que tu t'es enfilé. Laisse-moi deviner, papa… Tu traînes encore après le travail, n'est-ce pas ? Tu perds encore ton temps dans les bars, à liquider tout ton salaire pour te mettre minable !" le gronda Mariko sans la moindre retenue, désormais trop habituée à voir son père revenir dans cet état à des heures indues.

Voyant sa fille lui faire la morale, comme d'habitude, Shiro fronça les sourcils comme un sale gosse pris en flagrant délit.

_ "Oh, c'est… Fous moi la paix… Je rêve, après mes collègues de travail… maintenant, c'est ma fille qui me donne… des leçons…"

Son haleine empestait le whisky, une véritable infection. Mariko grimaça, presque comme si elle absorbait plusieurs grammes d'alcool rien qu'en l'inhalant.

_ "Si tes collègues de travail et moi faisons cette remarque, il y a une bonne raison, papa. Réfléchis !" répondit sèchement Mariko en se mordant la lèvre et en sentant sa gorge se nouer comme un étau. "Regarde-toi une seconde… Franchement, tu me fais honte ! À cause de toi, tout le monde au lycée m'appelle Mariko la fille du piccolo !"

Shiro n'écouta que brièvement, mais repoussa ces mots d'un geste maladroit de la main.

_ "T'as qu'à… les ignorer. Ce sont tous des petits cons de toute façon…"

D'une main désordonnée, il attrapa un autre verre pour se servir du whisky, mais en le voyant faire, Mariko perdit patience. Elle lui arracha le verre des mains et le reposa violemment sur la table, le faisant presque trembler. Shiro, trop ivre, réagit à peine et se tourna vers sa fille. Mariko était en colère, mais les larmes qui lui montaient aux yeux révélaient aussi un autre état d'esprit, bien plus douloureux, que son père ne semblait pas remarquer.

_ "Et dire que tu m'avais promis d'arrêter", dit Mariko, la voix tremblante de désespoir qu'elle ne pouvait plus contenir en voyant son père ainsi. "Mais avec toi, c'est toujours la même chose, des promesses et encore des promesses, pour rien… Si seulement maman pouvait te voir comme ça…"

À la mention de sa femme, les yeux de Shiro s'écarquillèrent soudain, dans un éclair inattendu de lucidité. Se redressant brusquement, il tendit la main pour gifler violemment sa fille sur la joue. Secouée par le coup, Mariko frotta sa joue douloureuse et rougie, une larme coulant de son œil. Tremblante de colère, elle se leva pour faire face à son père, le poignardant du regard.

_ "T'ES QU'UN SALE CON ! JE TE DÉTESTE !" lui hurla-t-elle au visage avant de le pousser si fort contre la chaise qu'il tomba en arrière.

Bien avant qu'il ait eu le temps de se relever ou même de réaliser ce qui venait de se passer, Mariko avait déjà attrapé son sac et claqué la porte d'entrée. Shiro voulut la poursuivre, mais son état l'en empêcha, tout comme le mal de tête qui le tenaillait.

Réfugiée dans le petit jardin devant sa maison, Mariko tomba à genoux au pied du tronc du cerisier en fleurs, quelques pétales se détachant et s'envolant au vent. Enterrant la boîte contenant le corps du petit oiseau mort, la jeune étudiante garda le silence quelques secondes pour qu'il puisse reposer en paix. Ses joues portant encore les traces des larmes qu'elle avait versées et l'empreinte de la main de son père, elle se surprit à repenser à ce qu'elle avait dit à son père.

Trois ans… Il y avait trois ans maintenant que sa mère était décédée. Mariko s’en souvenait parfaitement, comme si c’était hier, pour son plus grand malheur… Elle et ses parents, de retour d’un séjour chez les grands-parents. La nuit noire, la route filant à toute vitesse dans les phares, les fines gouttes de pluie glacée frappant le pare-brise… Et soudain, un choc aussi brutal que soudain. La voiture dévala la pente herbeuse jusqu’à percuter un arbre en contrebas, puis, le trou noir… Mariko se réveilla dans une chambre d’hôpital, avec une entorse au poignet et quelques blessures mineures au visage… Son père avait eu la jambe cassée et le cou bloqué pendant plusieurs semaines… Mais sa mère, en revanche, n’avait pas eu de chance et avait déjà succombé à ses blessures bien plus graves avant même l’arrivée des secours…

C’était tout ce dont Mariko se souvenait, et cela seul la replongea dans une terrible mélancolie. Elle et sa mère étaient très proches, quoi de plus normal. Quelques semaines avant le drame, elles avaient prévu d'aller ensemble aux festivals de métal organisés à travers le Japon, lors d'un petit road trip mère-fille… Malheureusement, ce jour n'arriva jamais, le destin en ayant décidé autrement. Depuis ce drame, son père n'était plus le même. D'inspecteur compétent et respecté, il était peu à peu devenu un véritable vaurien alcoolique et bon à rien, parvenant à peine à payer le loyer. Mariko savait qu'il ne pourrait pas continuer ainsi bien longtemps. Elle aurait aimé l'aider davantage, mais en tant que lycéenne, que pouvait-elle faire ? Dans ces moments-là, elle se sentait complètement impuissante.

Elle repensait à tout cela en arpentant les rues du quartier pavillonnaire, se dirigeant vers l'arrêt de bus qui la mènerait au centre-ville, à deux pâtés de maisons de là. Elle avait l'impression d'avoir la tête prise dans un étau, mille pensées se bousculant dans son esprit et s'accrochant à elle comme des parasites invisibles.

Perdue dans ses pensées, Mariko ne prêtait plus vraiment attention à la zone devant elle et heurta soudainement l'épaule d'un passant. C'était un homme caucasien assez grand, au crâne chauve, avec des boucles d'oreilles en argent en forme de tête de mort. Il portait un long manteau noir fermé, les mains dans les poches, et ses yeux étaient cachés par une paire de lunettes noires. Il portait des bottes noires à semelles compensées, ornées de petites pointes et de chaînes. Un look très métalleux, pensa la jeune étudiante en le remarquant. Dominé par cet homme de deux têtes plus grand qu'elle, Mariko s'inclina légèrement.

_ "Excusez-moi, monsieur." dit-elle poliment avant de poursuivre son chemin.

L'homme ne répondit pas, la fixant quelques secondes avant de poursuivre sa route.

Mais de nouveau, alors qu'elle s'apprêtait à traverser la rue pour rejoindre le trottoir d'en face, Mariko se figea, une expression de malaise se lisant sur son visage. Le cœur battant, elle la sentit à nouveau… Cette présence sombre et inquiétante… Cette chose était là, se rapprochant de plus en plus d'elle. Ses sens ne pouvaient la tromper… Dans quelques minutes, elle serait sur elle. Mariko esquissa un sourire narquois, les yeux brillants, et fit craquer les jointures de ses mains. Vérifiant qu'il n'y avait personne à proximité, elle se mit aussitôt à courir, traversant la route à vive allure et se dirigeant vers une impasse un peu plus loin, coincée entre deux grands murs de petits immeubles résidentiels. Pénétrant dans l'obscurité de l'enclave formée par les deux bâtiments, Mariko s'arrêta pile au milieu. Déposant son sac à ses pieds et prenant position parmi les quelques poubelles et tas de vieux cartons entreposés dans ce recoin caché, elle était prête à affronter son harceleur face à face. Grâce à ses sens, elle continua de le traquer, le sentant se rapprocher de plus en plus.

_ "C'est ça, sens mon odeur… viens me chercher, espèce d'enfoiré." murmura Mariko avec un sourire narquois en préparant ses mains.

L’air de la ruelle devenait de plus en plus froid, et l’obscurité déjà envahissante devenait curieusement plus opaque. Mariko remarqua, sans la moindre surprise, un chat errant bondir hors des poubelles et s’enfuir, pris d’une panique bien réelle. Ses narines furent caressées par l’odeur nauséabonde de charogne, ce qui la fit légèrement grimacer, mais elle resta néanmoins concentrée. Le temps lui-même sembla ralentir, presque s’arrêter, et les couleurs autour d’elle devinrent plus ternes.

Un bruit sourd se fit entendre lorsqu’une forme sombre bondit du toit d’un des bâtiments et atterrit une dizaine de mètres derrière Mariko, au fond de la ruelle, faisant légèrement trembler le sol. Surgissant de l’obscurité, la chose, haute de près de deux mètres, se révéla à elle.

Elle n'avait qu'une apparence humaine, recouverte d'une peau d'un gris-noir très profond, dont la texture collante rappelait celle des amphibiens. Une tête dépourvue de poils et de fourrure, un nez aplati, des oreilles tordues et pointues, deux sphères d'un rouge reptilien brillant en guise d'yeux, ainsi qu'une mâchoire salivante bordée de crocs blancs acérés. Elle était d'une maigreur cadavérique, comme si ses côtes allaient jaillir, et son dos, légèrement arqué, était couvert de petites excroissances osseuses formant une crête le long de sa colonne vertébrale. Ses jambes et ses bras, également très fins, étaient démesurément longs, et ses mains étaient armées de longues griffes recourbées à l'aspect redoutable. Une cicatrice béante se détachait sur toute la longueur de son torse, apparemment laissée par une lame.

Statique, Mariko fixait la créature devant elle. Elle grattait l'asphalte de ses longues griffes, sans jamais quitter la jeune fille des yeux, émettant des grognements bestiaux empreints d'une soif de sang palpable.

_ "Je me doutais bien que c'était toi depuis le début." dit Mariko avec un sourire mauvais. "Ça fait un mois maintenant… La dernière fois, tu as réussi à t'échapper, mais cette fois, je peux t'assurer que je vais pas te louper."

Sur ce, Mariko sortit son porte-bonheur, la broche crâne en argent offerte par sa mère. La tenant délicatement entre ses doigts, elle la pressa contre sa poitrine, et plus précisément contre son cœur, dont la chaleur ne fit que croître. D'abord vides de toute substance, les petits yeux vides de la broche commencèrent à briller d'une lumière rouge flamboyante. Tendant son autre main droite devant elle, Mariko continua de regarder le monstre, ce dernier paraissant particulièrement agité et irrité par ses actions. Bien qu'aucun souffle de vent ne se manifesta, les cheveux de Mariko se dressèrent peu à peu, flottant dans l'air, tandis qu'à ses pieds, une énergie rouge, dotée d'une volonté propre, se dessinait sur le sol, serpentant et formant un cercle runique autour des pieds de l'étudiante.

_ "Moi, Mariko Miyazaki, fille de Hana Miyazaki, je vais t'achever, ici et maintenant !" dit-elle sans crainte, le cercle de runes émettant une lumière de plus en plus intense.

Voyant cela, la créature bondit à une vitesse surhumaine, griffes et crocs déployés, vers sa proie, mais se heurta à un mur invisible, une protection formée par le cercle, qui la projeta en arrière de plusieurs mètres.

Concentrant ses pensées et son énergie sur l'éradication de cette chose, Mariko passa à l'étape suivante. Sur son bras tendu, des traînées de flammes brûlantes apparurent, émanant directement de son corps, descendant le long de son bras jusqu'à sa main, se matérialisant en un pommeau en forme de tête de dragon rugissant, puis en une garde ressemblant à des serres déployées, et enfin en une lame légèrement incurvée reflétant la moindre lumière sur sa surface argentée. Affichant une confiance encore plus grande, Mariko serra le manche du katana qu'elle venait d'invoquer et, après quelques mouvements de kendo démontrant sa grande maîtrise de l'arme, la pointa sur son adversaire qui se relevait.

_ "Viens te battre, salopard !" s'écria Mariko, prête à en découdre.

La créature réagit promptement. Se relevant d'un bond, elle s'élança pour sa première attaque. Avec la lame de son katana, Mariko bloqua les griffes qui auraient pu la couper en deux. Bien qu'inférieure en termes de poids et de taille, la lycéenne ne broncha pas d'un pouce malgré le choc de l'attaque, quelques fissures se formant sur l'asphalte à ses pieds. Mariko tenta une contre-attaque verticale pour fendre le crâne du monstre en deux, mais celui-ci para avec les griffes de son autre main, l'impact produisant quelques étincelles.

Mariko et l'aberration de la nature échangèrent des coups plus rapides et plus violents, chacun parvenant à parer les attaques de l'autre sans réellement prendre le dessus. Mais une seconde d'inattention suffit à Mariko pour recevoir un violent coup de pied au ventre, la projetant en arrière de plusieurs mètres et roulant au sol. Saisissant l'occasion d'en finir, le monstre bondit, joignant les mains pour une attaque frontale des plus brutales. Bien que sonnée par le coup, Mariko le remarqua et, d'une roulade suivie d'un bond agile sur le côté, évita de justesse la masse de la créature qui s'abattit de plein fouet, fracassant le sol. Si Mariko n'avait pas esquivé, elle aurait eu tous ses os littéralement broyés.

Cependant, le coup au ventre la faisait encore souffrir, mais elle parviendrait à se rétablir, ayant déjà subi bien pire. L'abomination changea de tactique et bondit tel un félin, de mur en mur, gagnant de plus en plus de hauteur et d'élan. Restant au sol, Mariko la suivit des yeux autant que possible, la vitesse de la bête la rendant difficile à repérer. De sa main libre, Mariko invoqua une sphère de feu, puisant à nouveau dans son énergie intérieure, et la lança de toutes ses forces. Malheureusement, la créature l'esquiva prestement, et le projectile enflammé disparut dans les airs. Mariko grimaça. Elle avait vraiment besoin de s'entraîner à viser davantage.

La gorge du monstre se gonfla soudain comme celle d'un crapaud et, prenant une profonde inspiration, il cracha une substance visqueuse et verdâtre. Mariko le vit et fit un bond en arrière, évitant de justesse le projectile. Formant une flaque fumante et immonde, la substance visqueuse commença à ronger l'asphalte comme du papier. Mariko déglutit à l'idée de ce qu'une telle substance pouvait faire aux tissus organiques. Elle devait désormais redoubler de prudence.

Mais malgré la force et la vitesse de la chose, et pour l'avoir déjà affrontée, elle connaissait sa plus grande faiblesse : l'intelligence. Avec elle, la force brute était vaine. La subtilité était la clé. Cette chose voulait la tuer ? Qu'elle vienne !

_ "Allez… Allez, qu'est ce que tu attends ? Tue-moi!" marmonna Mariko entre ses dents, serrant fermement la poignée du katana à deux mains.

Ayant pris suffisamment de hauteur, le monstre se lança dans un dernier bond vers sa proie, prêt à l'écraser de tout son poids et à la mettre en pièces. Mariko sourit. C'était exactement ce qu'elle voulait. Sa soif de sang causerait sa perte. De toutes ses forces, Mariko planta la pointe de son épée dans le sol, s'agenouillant et concentrant ses pensées et son énergie sur un seul objectif. Marmonnant quelques mots, les yeux fermés, elle leva son arme devant elle.

_ "Nesshin'na sakuru !"

Alors que de nouvelles flammes jaillissaient de ses mains et léchaient la lame du katana de haut en bas, Mariko invoqua un nouveau cercle de runes à ses pieds. De celui-ci s'élevèrent des flammes ardentes qui, telle une cage de feu, entourèrent la jeune fille sans la blesser et, comme guidées par le regard de la lycéenne, furent projetées vers les cieux.

Emportée par son élan et sa soif de chair humaine, la créature ne put esquiver et fut frappée de plein fouet par le cercle de flammes invoqué par la jeune humaine. Touchée à la tête et une grande partie de son corps désormais brûlée au troisième degré, la créature s'écrasa violemment au sol, créant un petit cratère.

Se relevant, Mariko fit disparaître le cercle de flammes et marcha lentement mais résolument vers son adversaire agonisant, si gravement brûlé qu'il ne pouvait même plus se relever. Émettant des gémissements inhumains et tendant faiblement la main dans l'espoir d'attraper Mariko, le monstre la fixait comme un possédé ou un toxicomane en manque. Contemplant cette pauvre créature dégénérée à ses pieds, Mariko resta impassible. De toutes les créatures qu'elle avait combattues, celle-ci était de loin la plus stupide. Bien qu'elle lui ait donné du fil à retordre lors de leur première rencontre, elle avait tiré les leçons de ses erreurs et ne s'était pas laissée berner.

Sans la moindre hésitation, Mariko abattit son katana une dernière fois, transperçant la créature en plein cœur, laissant une flaque de sang noir et visqueux se répandre sur le sol. Mariko prit garde à ne pas se faire asperger ni marcher dedans, sachant pertinemment qu'un tel sang pouvait être toxique pour un humain.

Un dernier gargouillement de sang et une série de grognements, et les yeux du monstre s'éteignirent de toute étincelle de vie. Bravo, se dit Mariko en sortant la lame ensanglantée. Privé de sa force vitale, le cadavre se décomposa rapidement sous les yeux de la lycéenne, se transformant en l'espace de quelques secondes en un tas de cendres qui serait bientôt dispersé par le vent.

Laissant le katana s'évaporer dans sa main comme s'il n'avait jamais existé, Mariko récupéra son sac par terre et, comme si de rien n'était, quitta l'impasse pour reprendre sa route vers l'arrêt de bus. Heureusement, personne aux alentours n'avait été alerté. Mariko vérifia également sa tenue et ne trouva aucune trace de sang, tant mieux. Combien de fois avait-elle dû rentrer chez elle en catimini après une bagarre parce que ses vêtements étaient déchirés et son corps couvert de bleus ? Elle ne pouvait le dire, mais à chaque fois, elle devait inventer une excuse bidon pour son père. Elle regarda aussi sa main, encore imprégnée de la chaleur brûlante générée par ce pouvoir… Ce même pouvoir d'origine totalement inconnue avec lequel elle s'était réveillée, dans cette chambre d'hôpital, trois ans plus tôt, sans aucune explication… D'abord effrayée par ce don qu'elle avait hérité sans savoir comment ni pourquoi, et après avoir renoncé à le connaître après tant de recherches vouées à l'échec, Mariko avait dû apprendre à vivre avec, à le contrôler…

Puis un jour, ces choses abominables, ces monstres apparurent, cherchant à l'attaquer à tout prix, une fois de plus sans raison valable. Personne ne le savait, pas même son père. Elle ne voulait impliquer ni sa famille ni ses amis dans cette histoire, et de toute façon, qui croirait une telle chose ? Aujourd'hui encore, elle avait du mal à y croire. Mais tous ces événements avaient au moins permis à Mariko de comprendre quelque chose : que de nombreux mots pouvaient décrire ce monde, mais que la normalité n'en faisait pas partie. En un sens, ce n'était pas une double vie, mais une triple vie qu'elle menait, et c'était tout sauf facile.

_ "Ah, super", soupira Mariko en vérifiant l'heure sur son portable. "Je vais encore être en retard au lycée… La surveillante principale va me tuer…"

Soufflant d'épuisement à l'idée de la réprimande qui l'attendait à son arrivée à l'école, Mariko accéléra le pas et s'éloigna vers la place, espérant pouvoir encore attraper le prochain bus.


Mais ce que Mariko n'avait pas anticipé, et encore moins pressenti, c'était la présence très discrète mais bien réelle d'un témoin, lui aussi caché dans l'ombre des maisons environnantes et qui n'avait rien manqué de la confrontation. S'approchant du cratère où se trouvait auparavant le cadavre de la créature, l'individu s'agenouilla pour prendre une poignée de cendres et la regarda glisser entre ses doigts, l'air plutôt satisfait, et ne put s'empêcher de sourire.

_ "Eh bien… Il semble que le moment soit venu… Enfin."


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