Notre histoire débute dans le paisible et pittoresque village de Mercurion, situé au cœur des anciennes terres vampires, aujourd’hui appelé la frontière. Cette zone délimite la forêt interdite et le royaume des humains.
Le petit village est d’apparence plutôt banale. Il compte une dizaine de maisons et un petit manoir niché sur une colline qui surplombe la zone, appartenant au duc de Mercurion. On y trouve également une zone minière où des esclaves vampires sont engagés dans des travaux forcés.
Leurs pieds traînent dans la boue qui recouvre le chemin alors qu’un groupe de gardes les ramène aux cellules. Amber, à peine âgée de 16 ans, est exténuée, incapable de suivre le rythme imposé aux esclaves. L’un des gardes s’approche alors qu’elle trébuche et lui balance un coup de pied pour l’obliger à avancer.
Garde : Allez, bouge-toi !
Amber : Argh…
L’homme à la forte corpulence l’attrape par le bras et la force à se redresser, pressant ses doigts sur sa peau couverte d’ecchymoses.
Garde : Relève-toi, vermine !
Un vampire un peu plus âgé qu’elle, aux cheveux bruns courts, s’interpose mais reçoit aussitôt un coup de poing au visage qui l’envoie valser en arrière. Amber hurle et parvient à se détacher de l’emprise du garde, se ruant vers son frère.
Amber : Non ! Kellan !
Kellan grogne de douleur en acceptant l’aide d’Amber pour se relever. Il se tourne vers le garde corpulent en lançant un regard de mépris.
(pensée de Kellan) : Depuis combien de temps ça dure… ?
(pensée de Kellan) : Ces humains… ils nous ont tout pris…
(pensée de Kellan) : Ils méritent tous de mourir…
Le garde remarque son regard et laisse échapper un sourire amusé avant de lui asséner une violente gifle qu’il encaisse sans broncher.
Garde : Quoi ? C’est quoi ce regard ?
Garde : Sale gamin...
L’homme ramasse les chaînes qui lient les esclaves entre eux et les fait claquer, faisant avancer la file d’esclaves.
Garde : Allez, retournez dans les rangs !
Amber aide son frère à suivre le rythme, supportant son poids un moment tout en jetant un air inquiet vers le jeune homme maigrelet, sa joue marquée d’une balafre rose.
Amber : Kellan, est-ce que ça va ?
Kellan grimace mais se force à sourire, sa main venant frotter les longs cheveux noirs et rouges de sa petite sœur.
Kellan : Ne t’inquiète pas... Tant que tu vas bien, ça ira pour moi…
Amber lui adresse un sourire, malgré son inquiétude.
Quelques instants plus tard, les voilà entassés avec les autres esclaves. Ils ont été emmenés dans les cellules souterraines du manoir du jeune duc qui règne sur le village. La vaste pièce humide étant le seul endroit qu’ils pouvaient un tant soit peu qualifier de maison, celle qu’ils n’ont jamais eue.
Amber, pétrifiée, se serre contre son frère, cherchant du réconfort. Kellan la prend doucement dans ses bras, sa main caressant le fin tissu abîmé qui lui servait de t-shirt.
Kellan : Ne t’en fais pas, on va s’en sortir.
Amber : C’est ce que tu dis toujours…
Amber : Mais regarde où on en est… toujours enchaînés dans cette pièce…
Amber observe la large pièce carrée en plissant les yeux. Elle est ornée de murs froids et les autres esclaves sont entassés les uns sur les autres, leurs yeux rouges semblant éteints et perdus.
Amber : Je déteste cet endroit…
Son frère la rapproche de lui, essayant de la réchauffer comme il peut, tandis que son regard erre dans l’obscurité de la pièce. Il pouvait distinguer de légers détails dus à sa vision de vampire.
Kellan : Moi aussi…
Ils finissent par s’endormir, blottis l’un contre l’autre au milieu des autres vampires, alors que la nuit commence à tomber.
Les jours passent et Kellan et sa sœur sont forcés de faire les mêmes travaux chaque jour. Le groupe d’esclaves se rend à la carrière non loin du village, où ils extraient de nombreux minerais pour le compte du duc, dont les précieux lingots d’argent brut qui servent dans l’entièreté du royaume de Strigua. Ceux-ci servant à perpétuer le massacre de leur peuple au-delà de la forêt des contrées interdites.
Comme à chaque fois, Kellan se tue à la tâche, tentant d’épargner à Amber cette besogne ingrate. Il effectue les allers-retours entre les différents postes, se chargeant de porter les lingots, dont le seul contact lui brûle la peau.
En fin de journée, les gardes viennent replacer les chaînes au groupe afin de les ramener au cachot.
Sur le chemin, Kellan regarde en haut de la carrière où le visage pâle et gracieux du jeune duc les observe. Un garçon dans la milieux de vingtaine, aux cheveux châtain courts, qui avait hérité des terres de Mercurion et qui les dirigeait avec pour seul but : le profit.
Quand le groupe remonte et passe devant lui et ses conseillers, le regard du duc observe la file avec un léger sourire amusé avant de dévisager Amber d’un œil un peu trop indiscret. Le sang de Kellan ne fait qu’un tour et il dut se retenir de lui coller son poing là où il pense.
Trois jours après, les gardes ouvrent la porte de la cellule avec fracas et déposent une cuvette à moitié remplie de sang. Les esclaves se ruent dessus d’instinct, ne laissant rien.
Le garde corpulent à l’air répugnant, qui accompagne toujours le duc, entre dans la pièce et commence à scruter les prisonniers. Il passe entre eux en s’enfonçant dans la pièce froide et humide d’un air attentif. En se grattant le ventre dodu, son regard se fixe sur Amber.
Il la désigne du doigt en dévisageant deux gardes. Ils saisissent la jeune fille frêle et la traînent hors du donjon.
Garde : Elle fera l’affaire.
Amber les regarde la porter avec dégoût et tente de se débattre de toutes ses forces, essayant de s’accrocher à Kellan, en vain.
Amber : Non, lâchez-moi !
Kellan : Qu’est-ce que vous faites ?! Amber !
Son frère se relève, conscient du danger qu’il prend, mais se fait mettre K.O. par un coup de gourdin. Un deuxième coup vient le frapper aux côtes alors qu’il est déjà à terre.
Amber : Kellan, ne me laisse pas !
Garde : Arrête de gigoter, sale monstre !
Il tente de trouver la force de se relever, alors que les dernières images qu’il voit sont sa sœur tendant sa main vers lui tandis que les gardes l’emportent.
Kellan : Bande de salauds !
La lourde porte en argent se referme, les éclats de rire des gardes se mêlant aux cris d’Amber dans le couloir.
Suite à cette intervention, un silence pesant s’installe dans la cellule. Les autres esclaves se taisent, restant reclus dans les coins de la pièce en lançant des regards apeurés vers Kellan, qui tente de se relever. Il parvient à s’asseoir et s’adosse contre le mur, sa respiration devenant lourde.
Kellan : Que vont-ils lui faire… ?
Un autre esclave, âgé d’une quarantaine d’années, allongé dans un coin sombre, murmure d’une voix froide en baissant la tête.
Esclave : Elle sera sûrement pour le duc… un de ses caprices habituels.
Kellan, horrifié, pense aux atrocités qui pourraient attendre sa sœur. Son cœur se serre à l’idée qu’il ne la reverra peut-être jamais, et cette pensée suffit à attiser encore plus sa haine envers les humains, qui lui ont une fois de plus tout pris. Ses parents, son peuple, et maintenant sa sœur…
Les nombreux bleus présents sur son corps lui lancent alors qu’il tente de trouver une position pour la nuit, essayant de chasser, sans y parvenir, les pensées sombres qui le traversent.
Le temps passe, et après plusieurs tentatives vaines pour tenter de s’échapper, Kellan s’effondre sur le sol dur, abattu. Cela fait deux jours qu’il n’a plus de nouvelles de sa sœur et il commence à perdre pied, quand enfin, au milieu de la nuit, la porte s’ouvre à nouveau.
Le garde de la dernière fois entre en ricanant et jette le corps d’Amber dans la cellule avant de refermer violemment la porte. Elle s’écrase lourdement sur les dalles de béton, sans bouger.
Un air inquiet passe dans les yeux de Kellan alors qu’il se précipite vers elle.
Kellan : Amber !! Est-ce que ça va ? Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?
Il la relève doucement et la tient contre lui alors qu’elle le regarde en tremblant, les yeux vides.
Kellan l’observe attentivement et vérifie qu’elle n’est pas gravement blessée, mais ne remarque rien d’apparent. Son regard descend vers le bas de sa robe trouée et remarque une traînée de sang le long de ses jambes nues et des traces blanchâtres visqueuses.
Face à cette vision, son visage se crispe de colère et de dégoût tandis que sa prise se resserre sur sa sœur.
Kellan : C’est… le duc qui t’a fait ça… ?
Amber, incapable de parler, se contente de serrer le bras de son frère et de pleurer doucement contre lui.
Une semaine plus tard, ils continuent les travaux qui leur ont été assignés, se contentant d’agir comme des pantins ayant perdu tout espoir. Peu importe ce qu’ils auraient tenté, ils n’étaient pas de taille face aux hommes du duc.
Alors que les beaux jours reviennent, tous les esclaves sont sortis du cachot pour être emmenés à l’extérieur. Le soleil brûle leur peau pâle, affaiblie par le manque de sang.
Amber s’accroche à la manche de Kellan, comme elle le fait toujours depuis un moment lorsqu’elle se sent en danger. Les chaînes leur serrent les poignets et leurs pieds sont liés avec ceux des autres esclaves. Le jour de leur vente au marché de Cardia est enfin arrivé.
Sous la surveillance de gardes à cheval, ils avancent péniblement en direction de la ville, située plus profondément sur les territoires des humains.
En quittant le village, Kellan aperçoit le duc, vêtu d’une cape rouge élégante, qui le toise d’un air arrogant et satisfait. Le regard de Kellan se remplit de haine alors qu’il serre les poings. Un jour, s’il en a l’occasion, il lui fera payer ce qu’il leur a fait, à lui et à sa sœur. Mais pour l’heure, il n’a pas d’autre choix que de suivre ce chemin qui les conduit à un avenir incertain.