Le groupe d’esclaves avance péniblement à travers le chemin rocailleux, s’enfonçant dans le paysage naturel décoré par les forêts alentour, leurs chaînes cliquetant à chaque pas.
Kellan avance en silence, perdu dans ses pensées, quand des bruits de pas lourds résonnent à côté de lui. Il tourne la tête pour faire face à un garde musclé. Ses yeux rouge sang, caractéristiques des vampires, le dévisagent avec méfiance, une rage contenue sous sa capuche crasseuse.
Le garde, habillé d’une cote de mailles et muni d’une lourde épée, passe à son niveau et baisse la tête vers lui. Quand il croise le regard de Kellan, il s’arrête brusquement avant de le dévisager avec un sourire amusé.
Garde : Quoi ? Tu veux ma photo ?!
Sans attendre de réponse, il assène un coup de poing à Kellan. Ce dernier titube contre Amber, qui le rattrape, l’empêchant de s’écrouler à terre.
Amber : Kellan !
Kellan : Ça va…
Il se redresse et essuie le sang qui coule de sa lèvre fendue, tandis qu’Amber le regarde faire face au garde avec inquiétude. Elle avait beau avoir confiance en lui, elle savait qu’il ne ferait pas le poids, surtout dans son état.
Le garde sourit de plus belle en croisant le regard résolu de Kellan et tend la main vers son épée attachée à sa ceinture.
Garde : Oh, on a affaire à un dur, hein ?
Il dégaine son arme avec un sourire narquois, mais n’a pas le temps de porter son coup sur le jeune vampire qu’une lance siffle dans l’air et vient se loger en plein dans sa poitrine. Un jet de sang vient tacher la joue de Kellan, surpris par cette attaque inattendue.
L’homme s’effondre, le regard éteint sous les yeux écarquillés de Kellan et Amber.
Les autres esclaves s’arrêtent avec stupeur, l’attaque surprise provoquant une vague d’agitation dans le groupe. Les cavaliers et autres gardes reforment leurs rangs et encerclent les esclaves, voulant protéger leur précieuse marchandise à tout prix.
Cavalier : On nous attaque !
Garde : Formez les rangs !
Une nuée de flèches fend l’air, s’abattant sur plusieurs d’entre eux situés à l’avant.
Des soldats sortent de la forêt, vêtus d’armures noires et rouges, tandis que d’autres surgissent des hautes herbes, leurs armures luisant sous le soleil de midi.
En quelques secondes, le carnage commence. Les gardes humains se font décimer un à un, leurs cadavres jonchant le sol face aux esclaves affamés.
Certains ne se font pas prier et se ruent sur les corps sans vie pour boire leur sang encore chaud. Kellan les sent tirer sur les chaînes et tomber à genoux devant le cadavre du garde tombé devant lui. Son regard se fige alors qu’il observe la scène avec horreur et fascination. L’odeur du sang réveille en lui une faim viscérale, qu’il tente de réprimer.
En tête du groupe d’escorte, le dernier garde humain tombe, tranché net par l’épée d’un soldat vampire.
Cela fait, un cavalier s’avance sur son imposant cheval brun, bloquant l’avancée du groupe.
Il porte une armure différente de celle des autres soldats, marquant son grade, et a le visage découvert, montrant un homme assez vieux pour un humain, mais pas pour un vampire. Il frotte ses cheveux courts bruns, teintés de mèches grises, avant de parler d’une voix autoritaire et fière, ses yeux rouges scrutant le groupe d’esclaves.
Renfield : Écoutez-moi bien. Je suis le capitaine Renfield de la garde royale, au service de sa Majesté. Vous allez à présent être pris sous notre charge, au nom d’Elzartia et de la reine Alixia Van Derer.
Les esclaves échangent des regards incrédules, mais plusieurs laissent échapper des soupirs de soulagement à la mention des noms d’Elzartia et de la reine. Les membres de la garde royale s’approchent et viennent les libérer de leurs chaînes, en plus de leur distribuer des fioles de sang.
Quand un garçon en uniforme vient les libérer, Kellan prend la fiole rouge dans sa main et la fixe d’un air hésitant.
Kellan : …Elzartia ? Ils sont vraiment venus nous sauver ?
À côté de lui, Amber l’ouvre et avale le contenu d’une traite, retrouvant peu à peu des couleurs ainsi qu’un léger sourire satisfait.
Amber : Tu devrais la boire, ça fait un bien fou.
En entendant sa sœur, un sourire apparaît sur son visage fatigué.
Il ouvre la fiole et finit par boire le liquide chaud, sentant la vitalité revenir dans son corps affaibli.
Le capitaine Renfield les observe d’un regard attentif depuis son cheval, et reprend la parole.
Renfield : Maintenant que vous êtes rassasiés, nous allons vous conduire jusqu’à la capitale.
Le groupe, maintenant ragaillardi, reprend sa marche sous la protection des soldats, le cheval du capitaine en tête du groupe. La main d’Amber vient s’accrocher à la manche de Kellan, son regard encore incertain.
Quelques instants plus tard, le groupe arrive à l’ombre des arbres, quittant le chemin pour s’aventurer plus profondément dans la forêt. Renfield ralentit son cheval et vient marcher à la hauteur des deux frère et sœur, les accostant d’un air calme.
Renfield : Tout va bien ? Vous tenez le coup ?
Kellan relève la tête vers le cavalier, encore méfiant. Il hoche la tête en détournant le regard, tandis qu’Amber se cache légèrement derrière lui.
Kellan : Disons que ça pourrait être pire, mais… merci pour l’aide.
Il n’aimait pas son ton de pitié, mais devait admettre qu’il était heureux d’avoir été sauvé, lui et sa sœur. Il relève la tête d’un air curieux.
Kellan : Comment vous nous avez trouvés ?
Renfield soupire et vient caresser la crinière de son cheval.
Renfield : Un coup de chance, pour être honnête. Notre escouade était en mission de reconnaissance, et nous sommes tombés sur vous en chemin.
Il les observe un moment, son regard s’attardant sur les deux silhouettes minces et couvertes de bleus.
Renfield : Vous avez dû endurer bien des choses dans ces camps… C’est rare de trouver des jeunes comme vous en vie.
Kellan serre les poings en pensant à tout ce qu’ils ont traversé et vient croiser le regard du capitaine avec un air de défi.
Kellan : On est peut-être plus résistants qu’on en a l’air.
Renfield acquiesce, ses yeux devenant plus sérieux.
Renfield : Des jeunes comme vous, nous en aurons toujours besoin.
Il hésite un instant, réfléchissant aux pour et aux contre, puis se penche vers les deux jeunes vampires.
Renfield : Si vous souhaitez un jour nous aider à reprendre nos terres aux humains, votre aide nous serait précieuse.
Renfield : Réfléchissez-y. Si vous décidez de vous engager, je me porte garant de vous deux.
Le capitaine leur adresse un sourire rassurant et les dévisage d’un air curieux.
Renfield : Comment vous vous appelez ?
Kellan reste silencieux, partagé entre la tentation d’accepter et la méfiance naturelle qui l’habite. Finalement, il relève la tête et fait un signe pour montrer sa sœur derrière lui.
Kellan : Je m’appelle Kellan Bloodspot, et elle, c’est ma sœur, Amber.
L’un des soldats vient adresser un mot au capitaine avant d’aller se placer en tête de file. Renfield tourne un regard confiant vers Kellan avant de reprendre les rênes de son cheval.
Renfield : Je reviendrai vers vous plus tard. Pour l’heure, nous sommes arrivés.
Le cheval accélère, retournant à l’avant du groupe d’escorte.
Le chemin s’étire à travers la forêt pendant quelques minutes avant que les murs d’une ville apparaissent au loin. Les toits d’ardoise bleue et les tours imposantes d’un château en marbre blanc surplombent la vallée.
Le groupe d’esclaves passe sous une arche en ruine envahie par la végétation, marquant l’entrée de la capitale. Kellan lève les yeux et jette un regard rassurant à sa sœur.
Kellan : Alors, c’est ça, Elzartia ? Ça ne peut pas être pire que Mercurion.
Amber desserre enfin sa prise sur la manche de son frère, mais reste proche de lui tout en hochant la tête.
Amber : C’est un peu intimidant… mais… peut-être qu’on est enfin chez nous.
Kellan suit le groupe, réfléchissant aux possibilités futures ainsi qu’à l’offre du capitaine. Se demandant si Elzartia est enfin le renouveau que lui et sa sœur attendaient depuis si longtemps.
Kellan : Je ne sais pas encore… Mais pour l’heure, restons sur nos gardes.
Ils échangent un regard entendu et rejoignent le reste du groupe, guidés par Renfield et ses soldats, tandis que les portes de la capitale vampire s’ouvrent devant eux.