Mael se déplace sur le côté face aux gestes nerveux des soldats du Lion d’or. Aslan le suit et tous deux se mettent à couvert derrière une charrette remplie de provisions et de matériel.
La porte d’entrée du village de Pourtfeu venait d’être défoncée par un vampire à la carrure impressionnante. Son imposant marteau, semblable à celui d’un forgeron, venait s’empaler sur les crânes des soldats qui lui barraient le passage.
Mael ne pouvait détourner le regard des éclats de sang et de chair qui valsaient autour d’eux. Un relent de vomi à côté de lui lui rappelait la présence d’Aslan, qui ne supportait pas cette vue. Il fallait faire quelque chose, mais quoi ? Les soldats ne parvenaient qu’à l’érafler et peinaient à le toucher.
L’instructeur Pinpondou, toujours debout sur les remparts en bois, continuait de donner ses ordres à ses hommes. Alors qu’une nouvelle rafale de flèches arrive sur le vampire, il lève son marteau et se protège tandis qu’une autre silhouette arrive à sa suite.
Une fille aux longs cheveux bruns, habillée d’un plastron en fer, se place devant lui et lève son lourd bouclier rectangulaire pour le protéger.
Le reste des soldats se regroupe, déjà prêts pour une nouvelle riposte, mais une étrange créature se déplaçant à quatre pattes se rue sur eux, toutes griffes dehors.
Mael voit la bête sauter de soldat en soldat. Une imposante crinière noire et violette teintée de taches de sang volait à sa suite.
Quand la créature relève la tête, une oreille humaine entre les dents, Mael comprend. Ce n’était pas un animal, même si elle se déplaçait comme tel. C’était une jeune vampire visiblement incontrôlable.
Le dernier soldat au sol, elle se relève sur ses deux jambes, un sourire ravi ornant ses lèvres rouges tachées de sang chaud. Aslan croise son regard et se cache à temps, sa lance tremblant entre ses mains. Ces trois-là venaient d’éradiquer la moitié de leurs effectifs sans trop d’effort.
Un coup de coude de son ami le surprend et le fait réagir. Mael croise son regard, essayant de garder un ton calme et silencieux malgré sa peur.
Mael : Dis... je ne vois plus le commandant Harsel...
Ils jettent un coup d’œil rapide vers l’entrée, attirés par le lieu où se trouvait l’imposant chevalier. Mais la zone est vide et les archers ne sont plus là, excepté les corps des malchanceux.
Mael : Il serait…
Aslan pâlit à cette idée, également inquiet. Si c’est le cas, ils auront de fortes chances de perdre le village. En rejetant un regard vers le trio de vampires, il voit qu’ils ont l’air de se préparer à attaquer le reste du village. Ils leur faut prévenir l’arrière-garde… si elle n’a pas été touchée, bien sûr.
Aslan : Il faut qu’on bouge... si on prévient les autres... on aura peut-être une chance de s’en sortir.
Son comparse hoche la tête d’un air nerveux mais déterminé. Mael recoiffe les mèches de cheveux blondes qui lui tombent devant les yeux et commence à ramper sur le côté, en espérant pouvoir longer les murs des maisons en direction de la tour de guet centrale, Aslan à sa suite.
À peine a-t-il parcouru deux mètres que Mael tombe nez à nez avec une paire de bottes noires usées et mal nouées. Il relève la tête et tombe sur la jeune vampire en furie de tout à l’heure. Elle le toise de sa petite taille avec un grand sourire carnassier et de grands yeux rouges luisant d’une lueur d’intérêt.
Rebecca : Salut ! Les humains !
Les deux recrues restent paralysées un moment à sa vue. Ils avaient tous les deux vu de quoi elle était capable et savaient qu’ils ne feraient pas long feu si un combat s’engageait.
Elle pose ses mains sur ses hanches d’un air fier, son uniforme noir taché de taches sombres.
Rebecca : Vous êtes si mignons comme ça... terrifiés... et à ma merci.
Son regard se rapproche d’eux avec gourmandise. Ils sont sur le point de se faire dessus quand une flèche vient se loger dans le front de la créature.
Rebecca : Hein... ?
Ils n’ont pas le temps de comprendre la situation qu’une épée vient entailler le flanc de la vampire avec force, l’envoyant valdinguer dans la boue, à moitié coupée en deux et hurlant de douleur, ses tripes à l’air.
Un soldat au crâne rasé s’approche de Mael et Aslan et leur tend la main.
Commandant du Lion d’or : Venez ! Nous devons bouger nos lignes de défense.
Les recrues s’exécutent, remerciant le commandant au passage. L’arrière-garde venait de se positionner au niveau de la place à l’entrée du village de Pourtfeu.
Ils reconnurent Harsel non loin, l’imposant guerrier à la barbe rousse étant occupé à repousser les soldats vampires qui ont ouvert l’assaut.
Sa hache en argent fracasse les corps frêles des soldats sans difficulté avant de se repositionner dans son dos. Mael vient à sa rencontre alors qu’il les gratifie d’une tape amicale sur l’épaule, d’un air désolé.
Harsel : Dieu soit loué, vous n’avez rien. J’ai dû aller prévenir l’arrière-garde pour avoir des renforts, mais malheureusement, c’est tout ce dont nous disposons.
En face d’eux, Aslan observe les soldats du Lion d’or accompagnés des gardes du village. Les deux factions faisaient face aux envahisseurs vampires. Il était rassuré par l’arrivée des renforts, mais ce n’est pas ça qui allait renverser la situation. Il devait leur rester trente soldats au total.
Harsel semblait savoir ce qu’il pensait et observe les troupes en reprenant sa lourde hache.
Harsel : Un deuxième groupe de vampires, plus expérimentés que de simples soldats, a percé les défenses Est de la ville. L’arrière-garde a tenu bon le temps que j’arrive, mais on est cernés à présent.
Derrière eux, un autre groupe de soldats couvrait leurs arrières.
Aslan : Je suis désolé, monsieur, je n’ai pas réussi à avoir le courage de prendre position.
Mael note l’air inquiet de son ami et décide de l’épauler, s’approchant près de lui et baissant la tête.
Mael : Je vous présente également mes excuses, j’ai été trop pris par la peur et ça m’a empêché d’agir.
Ils étaient tous les deux conscients qu’ils n’avaient pas servi à grand-chose et ne voulaient pas répéter cette erreur, surtout à un moment aussi crucial. L’instructeur le comprend parfaitement et sourit d’un air sincère face à ses deux jeunes.
Harsel : Les garçons, vous n’avez pas à vous excuser. C’est votre première bataille, c’est normal d’avoir peur. C’est moi qui vous ai ordonné de rester à l’abri et vous avez suivi mes conseils avec attention.
Le chevalier aux longs cheveux roux attachés bombe le torse et brandit sa hache en direction d’un groupe de vampires posté à l’entrée.
Harsel : Le grand au marteau. Il faut qu’il tombe, et là, on aura peut-être une chance de reprendre le village.
Il fait un signe de tête aux recrues et part devant.
Harsel : Couvrez mes arrières les jeunes, je vous fais confiance.
Mael et Aslan échangent un regard amusé et rassuré. Chacun prend son arme, Aslan sa lance et Mael son épée, et ensemble, ils foncent dans la mêlée générale.
***
Il l’avait vu venir à des kilomètres, sans doute en raison de sa carrure. Tarus évaluait la situation, qui commençait à tourner à leur avantage. Malgré ça, il leur restait une menace importante : le commandant des forces humaines, celui à la hache d’argent, dont le seul contact pouvait signer leur perte.
À côté de lui, Laurie tentait d’aider Rebecca comme elle pouvait. La jeune fille avait été trop sûre d’elle et s’était fait couper en deux. Heureusement pour eux, la blessure avait été infligée avec une arme en métal normal, donc inoffensive, surtout à cet endroit.
Rebecca poussait des cris de douleur alors que la membre de l’ordre de la Lune Noire tentait de maintenir son corps en place afin d’enclencher sa régénération.
Harius termine de neutraliser un soldat qui s’avançait un peu trop près et rejoint Tarus. Il l’avait vu aussi : le chevalier à la barbe rousse et à la hache d’argent se dirigeait vers eux.
Harius : Tu as déjà un plan pour lui ?
Son regard parcourt le champ de bataille et il fait signe à Panthena, située au centre de la place avec deux autres soldats. Elle se tourne vers lui, prête.
Tarus : Plus ou moins. Tu vas t’en occuper avec Panthena, je serai en retrait pour vous couvrir.
Il tend son bras et maintient sa prise sur l’arc double, où deux flèches sont déjà encochées. Il sourit du coin de l’œil à son ami.
Tarus : Vas-y, et essaye de ne pas abîmer ton joli visage.
Harius le regarde avec un air intrigué mais ne prête pas attention à la remarque de l’archer. En revanche, Laurie saisit le sens de cette taquinerie et rougit d’embarras et de nervosité, ce qui fait rire Rebecca entre quelques cris de douleur.
Au cœur de la bataille, Harsel se fraie un passage vers sa cible. Derrière lui, Aslan et Mael se réveillent et tentent de faire bouger les choses. Sa hache s’abat sans contrainte jusqu’à trouver sa cible. L’acier en argent brille dans la nuit et vient entrer en collision avec le lourd marteau d’Harius.
L’homme sourit et enchaîne les coups puissants, le vampire les lui rendant avec la même intensité. Il était rare qu’il puisse se mesurer à un homme de sa carrure, mais son adversaire n’était pas un homme, mais bien un vampire.
Harius contre un coup de hache et réplique, utilisant son effet de force pour porter un coup rapide dans la poitrine de son adversaire. Le marteau entre en contact avec l’imposante plaque de métal qui lui sert d’armure.
Harsel : Pff…
L’instructeur sent le coup passer. L’impact avait déformé sa cuirasse mais pas au point de le gêner. Il balance sa hache dans son autre main et s’élance de nouveau, ses quelques tresses rousses se balançant en rythme derrière sa tête.
Harius bouge à temps et évite le coup meurtrier. L’humain venait d’augmenter sa vitesse et cela le forçait à être plus vigilant. Il recule d’un coup et se prend une lance dans le flanc. Il pousse un grognement de douleur et se retourne pour faire face à un jeune homme aux cheveux brun clair à l’air pétrifié.
Son regard suffit à le faire flancher, et il recule en abandonnant son arme d’un air maladroit. Harius se tourne pour se reconcentrer sur son adversaire, qui est déjà en train de foncer vers lui, prêt à poursuivre son attaque surprise.
Harsel : Merci, jeune Terd.
Aslan roule sur le côté pour revenir en sécurité, tandis que Harsel abat sa hache sur l’arme du vampire. Harius faiblit face au coup, mais un signe sur sa gauche l’avertit que le combat est sur le point de prendre fin. Depuis le début, il n’arrêtait pas de reculer, se rapprochant progressivement de la position de Tarus.
Il sent un souffle puissant passer à côté de sa nuque, et la flèche, propulsée par la force dévastatrice de l’arc double, vient se loger dans l’épaule du guerrier humain, transperçant la plaque de métal pour ressortir derrière son dos comme si de rien n’était.
L’instructeur Pinpondou avait pu anticiper l’attaque, mais la blessure était quand même assez grave. Il ne sentait plus que des fourmillements dans son bras droit. Il prend une bouffée d’air frais et balance sa hache dans sa main gauche, puis retourne au combat.
Harius : Bon sang…
Il pensait que ça suffirait pour en venir à bout, mais cet humain était plus coriace qu’il ne l’aurait cru. Avec un dernier élan, il balance son marteau en portant un coup par le bas.
La hache de Harsel, venant du haut, se fait projeter par le contrecoup. Il avait perdu en force mais pas en concentration. L’humain se laisse tomber et roule pour récupérer son arme. Une fois sa hache de nouveau en main, Pinpondou la relève avec rapidité pour porter le coup décisif, mais la hache tombe avant d’arriver au-dessus de sa tête.
Un mouvement sur sa droite l’avertit trop tard d’une seconde présence. La vampire aux longs cheveux bruns avait jeté son bouclier, et son épée, tenue à deux mains, venait de trancher le bras armé du chevalier d’un coup renforcé.
Panthena se retourne pour contempler son œuvre, son regard sérieux accordant un léger signe de tête à son chef d’équipe. Harius lève son marteau, prêt à porter le coup final sur l’instructeur, agenouillé dans la boue.
Harius : Tu t’es bien battu…
Harsel respire d’un air saccadé, essayant de ne pas penser à la douleur qu’il ressent actuellement. Il attend patiemment la fin. Après tout, il ne pouvait même plus bouger, son corps engourdi de toutes parts.
Le marteau s’abat, mais est retenu par une force invisible. L’instructeur relève le regard, aussi surpris que les deux vampires, et voit Mael et Aslan, tous deux accrochés au manche d’une canne à pêche rétractable. Voyant l’urgence de la situation et n’étant pas à l’aise avec son épée, Mael avait décidé de l’utiliser.
Harsel : Les garçons…
L’hameçon s’était accroché au manche de l’arme, et les deux recrues étaient occupées à tirer de toutes leurs forces pour empêcher le coup d’atteindre sa cible.
Panthena réagit et, d’un geste rapide, pointe son épée vers le fin fil de pêche, mais un soldat vient l’intercepter en s’empalant sur son arme : c’était le commandant du Lion d’or. Tous se mobilisaient pour sauver le chevalier affaibli.
Commandant du Lion d’or : Partez ! On va les retenir le temps qu’il faudra... mais faites vite !
Le commandant sort sa lame et blesse Harius au bras, qui lâche son marteau. Mael et Aslan sont projetés en avant mais se reprennent et se ruent sur Harsel pour l’aider à se relever.
Aslan : Instructeur... on est là, ça va aller.
Mael : Il faut qu’on parte, les soldats restants vont nous laisser le temps de nous éclipser. Permission d’annuler la mission ?
L’instructeur passe d’un à l’autre d’un air confus, et après avoir observé la situation autour d’eux, se résout à la situation.
Harsel : Permission accordée...
Il s’appuie sur eux et marche en direction de la sortie, Mael récupérant l’énorme hache en argent laissée non loin de là.
Derrière eux, le commandant et le reste des troupes se battaient jusqu’à la mort. Ils allaient perdre le village de Pourtfeu, c’était inévitable. Mais en contrepartie, ils avaient gagné deux nouveaux alliés prometteurs pour l’avenir de Lizalein.
***
Au village de Ratenfold, la situation devient tendue. Lilith vient apporter son aide à Amber face aux troupes humaines qui ne semblent pas diminuer.
Philémon se range sur le côté, profitant de sa petite taille pour filer entre les soldats qui s’affrontent. Un jeune chevalier humain avait décidé de le prendre en grippe depuis un moment, et il n’arrivait pas à s’en débarrasser.
À chaque fois qu’il trouve une ouverture, ce dernier balance son épée à double tranchant pour parer. Sa maîtrise de l’épée n’était pas encore parfaite, mais il se débrouillait. Ce garçon était visiblement plus habile de son arme.
Derrière eux, Rachel était accroupie, dos à la rambarde des escaliers, avec les archers survivants. Elle devait les gérer afin d’alléger le fardeau de ses camarades, tout en veillant à protéger Amber si nécessaire.
Son amie venait de terminer sa dernière fiole de sang, et un rapide coup d’œil l’informe que Philémon et Lilith n’en ont plus qu’une chacun.
Rachel : À ce rythme, ils vont nous avoir à l’usure.
Elle trouve un endroit à couvert plus loin sur la place où la bataille a lieu. De là, elle pourrait avoir une meilleure visibilité de l’ensemble.
Rachel : Tirez vos dernières flèches encochées, puis suivez-moi !
Trois flèches atteignent les remparts, dont deux qui parviennent à blesser les archers ennemis, mais pas au point de les arrêter. C’est tout de même suffisant pour donner le temps à Rachel de foncer vers l’endroit à couvert, derrière une zone de stockage où sont posés divers tonneaux et caisses en bois.
Elle passe derrière Lilith, qui manque de trébucher sur elle. L’assassin se rattrape et pare le coup de son adversaire en jurant.
Lilith : Mais merde ! Tu pouvais pas choisir un meilleur endroit pour passer, sale ingrate ?
Rachel n’y prête pas attention et lève les yeux en grimaçant, d’un air exaspéré.
Amber assiste Lilith, prenant le relais quand elle esquive les coups de la jeune fille à la hallebarde. Elles s’étaient mises d’accord sur une stratégie : elle devait garantir le champ libre pour que Lilith élimine rapidement l’humaine, et devait prendre le relais quand la situation s’y prêtait pour l’avoir à l’usure. Mais cette fille était plus endurante que prévu.
Ophélia... c’est le nom qu’elle a entendu quand son camarade l’a appelée. Elle tâcherait de s’en souvenir, ce genre de chose peut être utile pour déstabiliser son adversaire.
Lilith : Hé, petit chat ! Réveille-toi un peu !
Amber reprend ses dagues et fonce vers l’avant. Lilith venait de se faire prendre en grippe par un soldat humain, l’un de ceux avec l’emblème rouge et jaune. Soudain, une explosion retentit dans la vallée en contrebas.
Philémon ressent le souffle et se maintient à la rambarde en regardant de plus près.
Les fermes en contrebas étaient en proie aux flammes, et le bétail était déjà en train de fuir dans les champs. Victore venait de réussir le premier objectif du plan.
Amber : Pas trop tôt...
Lilith s’apprête à lui dire quelque chose, mais s’abstient. Elle n’avait pas tort, Victore aurait dû revoir son plan, mais ce n’était pas le moment pour ça.
***
La main d’Ophélia lui faisait mal. Elle tenait fermement son arme, mais à force de parer les coups des deux vampires, la fatigue se faisait ressentir dans ses bras.
Elle devait faire quelque chose et changer d’adversaire. Les soldats du Lion d’or étaient efficaces, mais elle avait toujours autant de travail, ses deux adversaires ne lui laissant pas le temps de se reposer.
Elle jette un œil à Tristant, qui se bat sur sa gauche avec un blondinet d’à peine seize ans.
Ophélia (pense) : Ils enrôlent même des enfants ? À moins qu’il soit plus âgé que ce que son apparence montre ?
Elle décide de tenter le coup et recule vers son camarade.
Ophélia : Tristant ! J’ai besoin d’aide…
Le garçon aux yeux verts l’avait remarquée et la surveillait du coin de l’œil depuis le début de son combat, guettant le moindre signe.
Tristant : Bien sûr. Changeons de place…
Ophélia se rapproche, et une fois assez proche de lui, elle tourne sur elle-même tout en changeant de place avec Tristant. Leurs yeux verts respectifs se croisent dans l’instant, et elle est tentée de l’embrasser, mais se contient.
Une fois son mouvement effectué, sa hallebarde vient entrer en contact avec l’épée du jeune vampire, tandis que Tristant prend sa place face aux deux filles.
Elle peut voir la surprise du jeune garçon, mais elle ne se laisse pas faire. Ce n’est qu’une apparence. Elle sait qu’il est bien plus redoutable que ça, comme le sont tous les vampires.
Son arme frôle la lame de son adversaire, et elle frappe plus fort contre le plat de son épée, le faisant perdre sa garde. En deux temps, elle enfonce la pique de sa hallebarde dans le ventre du vampire, puis vient lui lancer le contenu d’une fiole qu’elle avait déjà préparée dans sa main droite.
Au contact de l’arme, Philémon tressaille de douleur, mais ce n’est rien face à la brûlure qui le ronge suite au contact du liquide que l’humaine lui a jeté dessus. La douleur est insupportable, malgré la blessure pour le moins superficielle. Il voulait se régénérer, mais c’est impossible.
L’humaine abat son arme pour lui trancher la tête, mais elle flanche, une flèche étant venue se loger dans sa cuisse. Philémon a juste le temps de se projeter en arrière pour esquiver le coup, et finit allongé sur les marches de l’escalier derrière lui.
Rachel l’avait vu à temps et soupire de soulagement quand elle voit son ami sain et sauf. Elle regarde derrière elle : un autre de ses archers venait de tomber sous les assauts. Il leur restait encore un escalier à monter sur le flanc de la montagne pour atteindre l’armurerie et le reste des zones de stockage, mais vu leurs forces, c’était trop risqué.
Elle neutralise un soldat humain proche de Lilith avec son arbalète et attire son attention d’un air pressé.
Rachel : On y arrivera pas ! On n’est pas assez nombreux pour continuer.
Lilith l’écoute d’une oreille, concentrée dans son combat contre le jeune chevalier qui lui faisait face.
Lilith : Ne dis pas n’importe quoi Lomell, on est proches du but !
Amber couvre ses arrières, mais était visiblement mieux au courant de leur situation que l’assassin. Elle se met dos à Lilith, ce qui lui vaut un regard dérangeant de la part de la jeune femme, mais elle ne lui laisse pas le temps de répondre.
Amber : Regarde autour de toi... c’est un échec. De plus, Philémon est gravement touché, en tout cas suffisamment pour qu’il ne puisse plus se lever.
Lilith grogne entre ses dents et daigne enfin jeter un coup d’œil ailleurs que sur son adversaire. Il ne leur restait plus que trois soldats sur les treize, et Philémon était étalé dans les escaliers, incapable de se relever.
Elle réévalue la situation à contrecœur, ne voulant pas faire la même erreur que Victore.
Lilith : Arh... bien. Écoutez-moi alors. On se replie ! Tous aux escaliers !
Elle laisse éclater sa frustration et repousse le jeune humain qui lui tient tête depuis un moment avec violence. Il manque de tomber par terre à cause du coup, mais son amie vient l’aider, boitillant à cause de la flèche encore coincée dans sa cuisse.
Rachel vient aider les soldats à battre en retraite, tandis qu’Amber se charge de porter Philémon, son bras appuyé contre son épaule. Il transpire fort, et sa blessure ne se régénère pas. Il a dû être blessé par de l’argent ou, dans le meilleur des cas, par de l’eau bénite.
Amber : Allez... encore un effort, Phil.
Ils partent en tête, Lilith et Rachel fermant la marche, aidées des archers restants. Ils devaient à présent rejoindre Victore à la lisière de la forêt, comme convenu.
Ils avaient fui, et rien qu’à cette idée, Lilith avait honte. Dans l’Ordre, c’était un signe de faiblesse, et elle le savait. Si ce n’est pas la Reine, ce sera sœur Mehira, ou pire, Sérène en personne, qui la réprimandera pour son incompétence.
Au-dessus des marches, les tirs des archers ne s’arrêtent pas, alors qu’Ophélia observe le groupe d’assaillants battre en retraite. Elle a eu de la chance, mais leur première mission s’achève sur une victoire. Ils avaient su défendre le village de Ratenfold comme convenu, malgré quelques pertes.
Elle retire la flèche logée dans sa cuisse d’un coup net et serre les dents, alors que Tristant s’occupe d’elle.
Tristant : Tu t’es bien battue, mais j’aurais bien pu prendre le relais avant, tu sais.
Elle laisse échapper un léger rire et se rapproche de lui.
Ophélia : Je sais, mais nous savons tous les deux que tu es bien moins endurant que moi.
Sur ces mots teintés de plaisanterie partagée, elle l’embrasse d’un mouvement léger et profite de leur moment de répit. Bientôt, ils devront reprendre la route pour faire leur rapport.