Un vœu, un simple vœu t'a un jour fait perdre ton humanité. Enfin, une partie, une sorte de dédoublement de personnalité. Tu la décris ainsi à toi même car c'est tout ce que tu trouves dans cette situation. Mais... Quel est donc ce souhait qu'un jour tu as fait ? Celui de changer, tu t'en rappelles car c'était un soir pluvieux où tu voulais juste en finir. Cependant tout ne s'est pas passé comme prévu et tu en es là. Tu ne veux plus vivre pourtant tu es devenu un être éternel, quelle ironie pour toi qui en avait assez de ta vie monotone, vide, fade. Aujourd'hui pourtant ton existence est régie par une chose en particulier : la soif de chair fraîche, le sang.
Que faire à présent à part errer tel un fantôme ? Rechercher une autre proie ? Non tu ne le veux pas, pas toi. En revanche, l'autre en a clairement envie. Mais non ! Tu peux résister, encore un peu du moins, juste un peu.
Malgré tout, cette crampe au ventre t'es venue d'un coup. Ce démon, il est apparu bien trop tôt devant toi. Tu pensais t'en être débarrassé mais non. On ne se libère pas si facilement de la folie. Alors tu hurles, tu défonces tout sur ton passage, tu exploses tes phalanges contre les murs à ta portée. Tu ne dois pas écouter ce démon en toi. Et pourtant.. Il bénie tes tympans qui auparavant sifflaient de terreur.
C'est l'heure de partir. Partir à la recherche d'une proie... Ça fait bien longtemps que tu n'as pas chassé, trop longtemps. Mais ce soir tu as bien besoin de tuer, de voir du sang couler, de te nourrir. Tu t’habilles tranquillement et sors de chez toi, il est tard mais en boîte il y a des appâts partout.
La boîte de nuit n'est pas très loin alors tu marches tranquillement en fumant ta cigarette. Tu pénètres à l’intérieur et que vois-tu ? Des tas de débauchés, il y en aura bien une qui te plaira ! Le démon réapparaît dans l’un des miroirs de la boîte. Malgré les stroboscopes tu peux le voir, son visage squelettique comme la mort...
Une femme s'approche alors de toi et te saisis par les hanches, petit sourire. Ce sera elle... Elle t'invite à boire un verre et vous vous dirigez vers le bar, par chance il y a de la place au comptoir et vous vous installez tranquillement, commençant à parler. Ton sourire en coin ne s'efface pas, pourtant la femme n'a pas l'air de le remarquer. Peut-être pense-t-elle qu'elle t'a déjà dans son lit ? Quelle erreur de sa part. Vous buvez beaucoup et il est à présent temps de s'en aller.
En dehors de la boîte, les lumières des lampadaires sont vacillantes, comme le signal d'une menace qui approche, mais elle n'y fait pas attention. C'est bien une humaine tiens... Tu la plaques alors contre un mur l'embrassant fougueusement, bestialement mais... Tu te lasses bien vite et on peut voir de la panique dans ses yeux, elle tremble, mais, il t'en faut plus ! Tu la lâches d'un coup et la regarde de tes yeux devenus rouges comme la braise. Le démon est à présent de sortie et elle te supplie, pourtant tu ne t'arrêtes pas. Elle a voulu aller plus loin à présent c'est le cas mais peut être pas dans le sens qu'elle voulait.
Lui bloquant les bras, tu ouvres ta bouche qui semble se transformer en un gouffre énorme avec des dents acérées et pointues comme celles d'un requin. Ta bouche est prête à accueillir ton repas. Tu te mets à genoux et lèche son ventre avant de le déchiqueter avec ta mâchoire puissante. Qu'il est bon de manger ce savoureux corps. Rassasié tu la regardes.
– Merci pour ce délicieux repas...
Tu regardes ses yeux à présent vides mais toujours ouverts. Tu as clairement l'impression qu'ils te fixent mais qu'importe, ta soif de sang est apaisée. Cependant... Pour combien de temps ? Ceci est une question qui revient toujours sur le tapis. Tu te dis que tu pourras t’en passer la prochaine fois, tu t'en persuadés même... Cependant cela n'est pas si simple. Ta faim revient toujours. Oh bien sûr, tu as déjà essayé divers stratagèmes pour pallier cette envie. Tu en es même arrivé à te couper pour boire ton propre sang. Mais ce goût n’était pas le même. Il était même fade, totalement insipide, comme de la cendre dans ta bouche. Le sang humain lui était chaud, ferreux et d'une texture inégalée. Tout ce que tu aimes en fait.
Perdu dans tes pensées tu te rends compte que tu n'es pas encore parti de la zone où tu as tué cette jeune femme. Tu secoues un peu la tête et tu te retiens de vomir devant ce spectacle. Non le démon n'est plus là, maintenant tu te sens coupable. Si le monstre ressent un plaisir sadique à dévorer ses victimes ce n’est pas ton cas. Toi ? Tu veux juste vivre normalement. Depuis quand ? Depuis quand vit-il avec toi ? Pas la moindre idée... Mais pas le temps de réfléchir plus. Tu as envie de vomir et tu veux rentrer chez toi, à l'abri de tout. Si ton démon est à l'aise en société ce n'est pas la même chose pour toi. Te cacher, c'est tout ce que tu sais faire. Parce que tu es un monstre à exécuter, et c'est sûrement comme ça que tu finiras, te dis tu.
Tu pars enfin de ce lieu que tu éviteras à tout jamais dès à présent. Tu vas dans un supermarché et t’achètes de l’alcool, tu vas en avoir besoin. Tu es rentré bien vite et dans ton studio miteux qui pue le renfermé tu t'affales sur le canapé qui grince . Tu détestes ce bruit mais tu n'as pas envie d'en changer. La bouteille dans la main, tu fixes le mur, totalement perdu. Tu bois une gorgée du liquide ambré et grimace, ça brûle ta gorge mais, cela importe peu. Apaisé par ton repas et par l'alcool, tu finis par t'endormir. Paisiblement ? Non, bien sûr que non ! Tes rêves ne sont que les visages de tes victimes. Tu t’en veux tellement. Et lui, que fait- il ? Il rit, il rit aux éclats car il se délecte des boyaux encore chaud de ses pauvres femmes qui voulaient passer une simple et bonne soirée.
Tu te réveilles en sursaut, transpirant à grosses gouttes, serrant tes draps à en faire blanchir les jointures de ta main. Tu attrapes ta tête dans tes mains et hurles comme un damné, ça recommence ? Non c'est impossible,pas si tôt et tu le sais. Tu dois résister. L'alcool, où est ton alcool. Tes calmants ? Où sont - ils pour t'apaiser ne serait - ce qu'un peu. Tu fouilles donc dans le chaos qu'est ton studio suite à la veille. Tu remarques un miroir brisé lorsque par mégarde tu marches dessus. Ça te fait mal mais ta douleur attendras un peu, là tu dois retrouver tes médicaments. Une fois que tu les as, tu en prends beaucoup, assez pour sombrer dans l'inconscience la plus totale.
Malheureusement la faim te réveille de nouveau et tu ne peux la réprimer. Le démon s'empare de toi. Il s'accroche à ta cage thoracique, la compresse et te fait suffoquer à tel point que tu sens ta tête tourner, mais pour la bête hors de question de te laisser ainsi. Il veut boire, il veut manger et comme toujours son choix se porte sur une femme. Bien plus appétissant qu'un homme. Celui-ci à une chair bien trop dur pour toi alors que celle d'une femme... Tu te lèches les lèvres en y pensant. La peau d'une femme est plus tendre, ce qui rend son goût bien plus irrésistible. Il est alors temps d'aller chasser.