— Gabrielle as-tu fini? Tu sais qu'il ne faut pas trop s'attarder sur ça…
— Hmmm...
La jeune femme releva son visage couvert de sang et s’essuya la bouche grossièrement alors que les deux autres anges la regardaient, impatients. Ezechiel tapotant son index sur l’un de ses bras croisés, il n'avait jamais aimé le temps que Gabrielle prenait pour manger. À vrai dire, il était le seul des trois anges à ne pas aimer se nourrir d'êtres humains. Peut-être par compassion ? Peu importe, il n'aimait pas ça, ce qui, bien évidemment, n'était pas le cas de Nathaniel et Gabrielle.
Dans la nuit froide ils marchaient. Elle venait à peine de commencer et pour s'amuser un peu, ils avaient décidé de se diriger vers les bas quartier, à la recherche d'âmes en perdition. Histoire de s'amuser avec celles-ci. Ezechiel n'aimait pas ce genre de nuit. Faire souffrir des gens n'était pas son truc. Pour un ange déchu il était bien trop gentil. Ce que les deux autres lui reprochaient souvent. Mais protéger deux coupables se devait d'être puni... Il en avait donc perdu ses ailes et se devait d'errer avec ces deux autres compagnons pour l'éternité parmi les humains. Cependant les anges déchus devaient-ils forcément devenir comme les pires humains qui soient? Non, Ezechiel ne le voulait pas, c’était bien trop dur pour lui de faire souffrir les autres et dans le fond, peut-être voulait-il se faire pardonner? Non, il savait qu’il ne le pourrait jamais. Il avait causé la mort d’une pauvre innocente à cause de son silence.
— À quoi tu penses, Ezechiel?
— Rien, je sais juste où on va et je n’aime pas ça…
La femme ricana et prit la parole.
— Malheureusement pour toi… Nous avons été envoyés ici sans possibilité de se séparer. Tu crois que ça me plaît de rester avec quelqu’un d’aussi faible que toi?, Gabrielle s’approcha de l’autre ange déchu et lui offra un baiser, Ne t’en fais pas, je ne t’en veux pas.
Et au fil de quelques minutes, le quartier des plaisirs se profilait devant eux. On pouvait à présent voir les prostituées habillées en jupes courtes et aux t-shirts dévoilant soit leur nombril, soit leurs seins. Attendant qu'un client vienne à leur rencontre pour une passe, histoire de donner encore un peu plus d'argent à leur maque. Le désespoir menant à la dépravation... Voici une bien triste réalité de nos jours. Les deux « hommes » s'arrêtèrent tandis que Gabrielle se mordilla la lèvre inférieure. Elle avait trouvé leur proie vers qui elle s'était avancée nonchalamment, arrivant à sa hauteur, elle vint caresser la joue de la prostitué qui la regarda sans bouger. Sourires échangés suivis d'un baiser langoureux avant que Gabrielle fasse un signe aux deux autres anges qui vinrent vers les deux femmes.
La prostituée prit la main de Gabrielle et les deux autres les suivirent vers un hôtel malfamé. Ils arrivèrent dans une chambre dans un état pitoyable. Une seule fenêtre donnant sur l'enseigne de l'hôtel qui clignotait. Les murs étaient comme peints de moisissures dû à l'humidité de la chambre. Et l'odeur ! Cette odeur de pourriture...
Sans s'en rendre compte, Ezéchiel s'était bouché le nez alors que les deux autres anges déchus commencèrent à couvrir de baisers le corps de la prostituée qui se laissait faire, résignée par habitude. S'en suivit une valse des corps, des gémissements de plus en plus forts puis, au bout de quelques heures un cri, presque inhumain sortant des cordes vocales de la pauvre jeune femme. Mauvais endroit, mauvais moment... Ils étaient en train de déchirer sa peau, ses entrailles et commencèrent à se délecter d'un festin qu'ils attendaient depuis des heures déjà. Et depuis le début de cette boucherie les minutes semblaient être des secondes, les secondes? À une éternité qui n’en finissait pas. L'heure de la délivrance, bien que l'appel de la chair leur allait tout aussi bien, avait été long à attendre. Ils aimaient ça. Gabrielle et Nathaniel aimaient le sexe et le sang. La perversion dans sa plus belle magnificence.
Et plus ils se délectaient de la jeune femme, plus ils gémissaient d’extase, comme s’ils avaient un nombre incalculable d’orgasme à la fois. Quant à la prostituée? Elle s’étouffait dans son propre sang. La pauvre n’était pas encore morte. L’avaient-il fait exprès? Le plus innocent des trois anges déchus le savait. Il connaissait déjà la réponse. Celle- ci n’était autre que: Oui. Depuis qu’il avaient été déchus ils vivaient tous les deux pour le sang et le sexe. La jeune femme finit par ne ressembler qu’à une écorchée vive. Il n’y avait plus une once de peau sur ce qu’il restait de la prostituée dont les yeux restaient ouverts en direction du plus pur.
Le sang giclait sur leurs corps dénudés, ils se délectaient de cet instant, le goût de la viande fraîche les ensorcellait jusqu'à ce qu'il y ait un bruit qui les dérangèrent dans ce fastueux repas : Ezechiel et son humanité à n'en plus finir. Ils s'arrêtèrent et soupirèrent tous les deux, se redressant sur le lit imbibé de sang, le regardant. Gabrielle se leva et alla en direction d'Ezechiel avec un sourire affectueux.
— Ezechiel… Mon pauvre petit… Tu sais très bien que j’aime ça. Que Nathaniel aime ça. On en a besoin pour vivre et même survivre. Je t’aime Ezechiel, mais… Tu dois te faire à l’idée à l’idée que plus jamais nous ne serons des anges. Défais toi de cette pureté.. La terre sur laquelle nous avons été piégés n’a que faire de cette qualité.
Gabrielle vint ensuite se coller à lui, elle posa sa main derrière son cou et vint l'embrasser tendrement, avec amour oui. Car oui, elle aimait Ezechiel, mais, de quelle façon? Et surtout, en était -elle encore capable? Ses baisers commencèrent à devenir plus bestiaux, puis, le dernier ange déchu sursauta et rouvrit les yeux. La preuve d’amour de Gabrielle s’éteint à ce moment précis, les yeux d'Ezéchiel c’étaient révulsés à cause de l'incompréhension. Jamais il n’aurait pensé ça venant d’elle et elle se tourna vers Nathaniel.
— Il le fallait.
Nathaniel regarda la déchue en acquiesçant puis le trou béant dans le ventre dont le sang gicla lorsque Gabrielle retira sa main griffue. Ange? Elle n’aurait jamais fait pareil chose mais à présent? Elle n’en avait que faire. Elle avait été transformée en une bête assoiffée de sang qui ne serait jamais rassasiée. Lorsqu’elle se rendit compte qu’elle tenait encore son ancien camarade dans ses bras, elle le lâcha, laissant son corps glisser le long du mur comme une poupée désarticulée. Ce qui, en soit, était véridique. Ils se rhabillèrent ensuite comme si de rien n’était étant donné que leurs vêtement avait été épargné par le sang.