La Femme à l'Ombrelle

Chapitre 42 : A la recherche de Pierre

857 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/10/2025 19:17

Gougeard chevauchait botte à botte avec Slavic, suivis d’un peloton de cavaliers Serbes que l’on n'aurait pas aimé croiser à la nuit tombée, ni même de jour d’ailleurs. Slavic, conscient de son erreur ne desserrait pas les dents, visage fermé. Il se sentait honteux d’avoir failli devant un officier supérieur de la prestigieuse armée Française et était bien décidé à se racheter.


Ils arrivèrent devant l’auberge que Slavic fit encercler par ses hommes. Il descendit de cheval et entra, suivi de Gougeard. Sans même prononcer un mot Slavic empoigna le tavernier et le jeta à terre le bourrant de coups de pieds. Gougeard tenta de s’interposer mais le Serbe, respectueux mais ferme lui dit :


-       Désolé gospodar pukovnik mais ici, c’est mon pays, je sais comment faire pour retrouver Pierre. Cette charogne va parler.


Slavic lança de nouveau sa botte qui frappa l’homme en pleine face. Le sang jailli de son nez écrasé. Il cessa de hurler ne produisant plus que de petits sifflements. Slavic, son sabre courbe au tranchant redoutable en main s’agenouilla auprès de l’homme et, d’une voix d’autant plus terrifiante qu’elle était presque douce, il lui cracha :


-       Tu vas me dire tout de suite qui a attaqué le Français hier ou je t’ouvre comme un porc. Je ne te redemanderai pas.


L’homme, entre deux toux provoquées par le sang qui coulait de son visage, dit qu’il y avait un village un peu plus loin en montant dans la forêt, qu’il fallait aller voir là, que c’était des bandits, très cruels. Il ajouta en se signant qu’il y avait d’autres choses encore plus terribles dans cette forêt. Slavic en se relevant le remercia d’un nouveau coup de pied et lui lança :


-       Il n’y a rien de plus terrible que moi, chien. Puis se tournant vers Gougeard, Pukovnic, il n’y a pas un instant à perdre.


Slavic était un excellent officier de cavalerie légère, Gougeard l’observait en connaisseur, il répartit savamment sa troupe de manière à aborder le village de tous côtés à la fois. Dès qu’il entendit les cris d’alerte des habitants, il ordonna l’attaque déchainant une brutalité inouïe. Entrant le premier dans le hameau, il abattit d’un coup de pistolet bien ajusté le premier homme qu’il vit ce qui eut pour effet de tétaniser les villageois. Arrivant de toutes part, les cavaliers Serbes rassemblèrent la population au centre du village. Si quiconque esquissait un geste de défense, il était aussitôt massacré. Gougeard était écœuré d’une telle sauvagerie. Deux soldats amenèrent à Slavic un homme qui paraissait être le chef. Fidèle à son habitude, le capitaine Serbe le roua de coups avant de demander, la pointe de son sabre, posé sur le ventre du malheureux, où était le Français.


L’autre terrifié répondit par un flot de parole. Slavic revint vers Gougeard et ricanant lui expliqua que selon le chef, Pierre était parti avec un vampire, la « blijeda dama ». Se retournant vers l’homme qui gémissait il lui lança :


-       On va aller voir où tu as dit mais s’il n’y est pas, on revient et on tue tout le monde. Le malheureux sanglotait, tandis que les villageois se serraient les uns contre les autres.


Slavic ordonna à un de ses sous-officiers de garder le village avec quelques hommes, puis il annonça à Gougeard qu’avant de partir ils allaient tuer tous les hommes. Gougeard se récria et menaça de rompre la visite officielle si l’on commettait un tel crime devant lui. Slavic réfléchit et se dit que provoquer une rupture entre l’Empereur des Français et la Serbie risquait de nuire légèrement à sa carrière et même de raccourcir singulièrement son espérance de vie. Il eut un petit rire narquois.


-       D’accord Gosposdar Pukovnic, un seul alors, et, avant que Gougeard ait pu esquisser un geste, d’un coup de pistolet ajusté, Slavic brula la cervelle du chef et poursuivit d’un ton égal. Vous comprenez Pukovnic, tant que je les tue, ils ont peur, si j’arrête de les tuer, ils arrêtent d’avoir peur et ils me tuent. En route, la « blijeda dama », la dame pâle dans votre langue, habiterait si j’en crois ce que m’a dit ce déchet, assez loin dans les bois.


Gougeard se demandait ce qu’il dirait à l’Empereur de sa rencontre avec de tels sauvages. Mais il songeait que la dureté de ce pays fraichement délivré de la Porte rendait les hommes féroces.


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